27.08.2009

T’as pas 2 balles ?

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… Mais non manouche, j’veux pas t’arnaquer, j’te demande juste une pièce, et comme t’en as vingt dans ton chapeau, j’te donne un billet de dix, tu m’en donnes cinq et je t’en rallonge un pour le service - ah mais non, le billet de cent pour réparer ton accordéon, ça tu demandes au Service Culturel de la Migros…
Image : Philip Seelen

Ceux qui lanternent

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Celui qui porte cette horrible cravate de skaï rose et verte que lui a offert la mère de son épouse en 1976 et dont il pense que cela le remettra dans ses bons papiers au moment du partage / Celle qui se rappelle l’odeur de feu de bois du corps de son premier flirt hélas disparu en mer / Ceux qui vivent aux crochets de l’oncle économe / Celui qui revend au bouquiniste sourd les polars qu’il lui a fauchés la veille / Celle qui serre les lettres anonymes qu’elle n’envoie jamais dans un carton à chaussures de marque Bata / Ceux qui n’ont pas compris leur neveu Boubi quand il leur a dit qu’il assumerait désormais sa différence / Celui qui finit les pompes de ses frères aînés / Celle qui en tant que nourrice attitrée a branlé tous les fils en bas âge du Comte De La Paluche pour les endormir / Ceux qui distillent le mauvais esprit léniniste dans la famille Du Pasquier banquiers depuis sept générations à Neuchâtel / Ceux qui ont eu plus de cinq femmes dans leur vie et aucun divorce coûteux pour autant / Celui qui tombe amoureux de l’avant-dernier ex de sa cousine Lola au cours d’une de ces fêtes dont elle a le secret / Celle qui présente volontiers ses ex qu’elle sent proche de vivre des expériences inédites / Ceux qui préfèrent la peinture sur porcelaine aux 376 positions de l’amour hindou / Celui se dit essentiellement un héritier du soufisme dans ses travaux de macramé à motifs ésotériques / Celle qui propose à son ami Le Tatoué de prendre au lit son caniche que le rustre malmène au moment de l’Acte / Ceux qui ne parlent jamais de sexe mais font encore un peu l’amour malgré leurs courbatures de centenaires, etc.

Image: Philip Seelen.

26.08.2009

Dialogue de sourd

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...Comment ça tu n’entends pas ce que dit le ciel de ce soir, mais c’est alors que tu es aveugle ? Mais non ce n’est pas forcément en écoutant qu’on entend : ferme les yeux et dis-moi le murmure du vent du ciel qui te passe à l'instant  sur le front de ses ailes douces -  ne sens-tu pas  cette musique de vent de fin d’été chargé de senteurs vert sombre ?

 

Image: Philip Seelen

25.08.2009

Sisyphe

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… Puisque vous me demandez comment ça va, je vous réponds : ça va, ce serait plus cool si je n’étais qu’une limace, je n’aurais pas ce sacré rocher à trimballer, et les dieux ont corsé le jeu ces derniers temps avec ce foutu gravier, mais on a sa fierté et c’est pourquoi je vous propose, l’un dans l’autre, de m’imaginer heureux…

Image : Philip Seelen

L'Ange blessé

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La scène apparaît dans les nuées tourmentés d'un ciel de songe, à la fin du court-métrage d'Alexandre Sokourov intitulé Le rêve d'un soldat. Or de qui est cette peinture étrange et belle ? C'est la question que je me suis posée avant de demander à mon ami Philip de la capter en noir et blanc pour notre Panopticon. Et voici qu'à ma demande d'identification vient de répondre l'inestimable, inappréciable, irremplaçable et non moins impossible Niki, sorti de son fourré d'Ardenne bleue. Intitulé L'Ange blessé, le tableau date de 1903 et son auteur est l'artiste finnois Hugo Simberg, à propos duquel Wiki, par Niki, nous dit tout ce que nous devons savoir. Que Niki et Wiki en soient bonnement remerciés... 

24.08.2009

Selva oscura

 

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…Il n’est pas vrai que nous ayons tout soumis, il n’est pas vrai que tout mystère soit dissipé, il n’est pas vrai que plus rien ne soit à découvrir, vois donc : il n’est que d’ouvrir les yeux dans le jour obscur et de ne pas désespérer…

Image : Philip Seelen

Swiss Way

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…A ma connaissance, notre pays est le seul au monde qui propose au citoyen marcheur d’atteindre Les Cases par la droite ou par la gauche,  et ce n’est pas d’ambivalence politique qu’il s’agit là mais du Symbole même de ce multilatéralisme séculaire qui nous a enseigné que, de la même façon, nous pouvons être  roulés par la gauche ou par la droite…

Image : Philip Seelen

 

Image : Philip Seelen

22.08.2009

L'oeil du mur

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…Faut mieux regarder, les kids, faut mieux regarder le monde, regardez ce mur dans la ville aux arbres, regardez mieux, vous voyez ce visage sur le mur et cet oeil dans ce visage, regardez plus attentivement le monde, les kids, parce que ça vous regarde, le monde, les kids…

Image : Philip Seelen

Débandade

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…Là ça craint vraiment pour l’Aventure, avant, avec les vaches pères, t’avais ton troupeau de mômes, tu faisais gaffe, mais quand même, t’allais pas les priver de porter du rouge, donc on traversait tout crâne le pâturage avec les muletos et ensuite ouf le louf, mais là c’est la loi des veaux, y a plus rien à faire, t’as même plus le Danger pour t’éclater…

Image : Philip Seelen

Défense de l’emblème

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… C’est entendu, les cheminées de nos unités de navigation, fierté de nos lacs alpins, ne lâchent plus vraiment de fumée authentique, ce qui profite à l’environnement et aux bronches des non-fumeurs, mais pouvez-vous imaginer  nos bateaux sans cheminées alors que vous militez pour le maintien convivial des minarets ?...

Image : Philip Seelen

Avertissement

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…Et quand je dis vacances, mon chéri, c’est : vacances, tu ne prends ni tes dossiers ni ton ordi, je veux que tu te détendes, je veux que tu lâches prise complètement, d’ailleurs tu auras assez à faire avec nos enfants et ceux de tes ex, et moi aussi j’y ai droit, moi aussi pendant trois semaines je veux avoir ma vie à moi…

Image : Philip Seelen

Recours

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… L’interdiction du chien policier dans nos forêts, signée par le Préfet du canton, fait obstacle au travail de nos groupes d’intervention et de leurs maîtres-chiens lancés sur la piste des Roms qui, comme vous le savez, Madame la Ministre, se tapissent volontiers dans les bois, aussi nos Services vous demandent-ils, en plein accord avec les médias et les retraités, de surseoir à cette mesure clairement inappropriée aux règles de Sécurité…

Image : Philip Seelen

GPS

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…Mais oui, Waldfried, je suis tout à fait consciente du fait que le concept de lisière est aussi décisif dans l’œuvre de M.H. que celui de clairière, et je suis prête à reprendre notre chère conversation sur l’application de ces deux intuitions à la réévaluation grecque des fondamentaux  hölderliniens, mais là, tout de suite, concrètement, bordel, on est où ?...

 

Image : Philip Seelen

 

 

Copie conforme

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La nuit où le Pont de la Chapelle a brûlé les Japonais ont pleuré, on les croit dénués de sensibilité parce qu’ils ont la peau lisse, mais ils écoutent la musique allemande ou française et même italienne comme personne et leur façon de vénérer ce qui nous semble cliché est touchante, surtout : l’idée qu’il n’y ait plus de pont, que les cartes postales représentant le pont n’aient plus de sens leur était aussi intolérable que celle de l’effondrement du Cervin dont, tout pareillement, ils seraient prêts à financer la reconstruction au cas où...
Image : Philip Seelen

21.08.2009

Ceux qui survolent les nuages

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Celui qui est conscient de la trace blanche que son Boeing 747 trace dans le ciel bleu Uccello / Celle qui se rappelle l’exhortation d’Antonin Artaud à Paolo Uccello : « Quitte ta langue oiseau ! » / Ceux qui ont toujours été convaincus que tout ce qui monte converge / Celui qui fait sa ronde de nuit sans se douter qu’il est observé / Celle qui fait des rondes de jour dans l’usine à décolleter / Ceux qui cherchent la bonne lumière à la bonne place pour se faire un bon plan / Celui qui remarque avec un aplomb d’écrivain qu’il est fâcheux de constater que les jeunes gens d’aujourd’hui n’aiment pas le lapin / Celle qui note que les surimpressions de Godard sont aussi subtiles et difficiles à déchiffrer que celles de l’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes très recherché des femmes de Lisbonne dans les années 70 / Ceux qui ne se rappellent plus les phrases qu’ils doivent dire à la télé à propos de la grève en cours / Celui qui se voit dire des phrases à la télé dont la bande-son ne reproduit que le passage des F-16 volant pile au-dessus de l’usine à décolleter / Celle qui s’entend dire par le rédacteur en chef que son refus de traiter Godard façon pipole tombe mal alors y a une vingtaine de stagiaires prêtes à prendre sa place / Ceux qui admettent que les jeunes gens manquent quelque chose en perdant le goût du lapin / Celui qui se demande ce que Goya aurait fait avec les motifs de Zoran Music / Celle qui demande à son père polonais d’arrêter d’embêter les gens avec ses histoires de Solidarnosc quand elle a des invité professionnellement intéressants côté médias / Ceux qui sont naturellement antipathiques et en tirent une certaine séduction plus ou moins calculée / Celui qui vit une intrigue de téléfilm à deux balles sur le tournage du probable chef-d’œuvre du 7e Art / Celle qui remarque la folle beauté de la courbe de l’autoroute juste après l’averse /Ceux qui se demandent si c’est ça le cinéma polonais au moment où le Christ des nations (comme l’appelle Karol) en chie un max / Celui qui révèle à son amie que le cul des autres n’existe pas en Inde, tout occupé aux 346 positions qu'on  se trouve à vivre chacun pour soi / Celle qui dit la travail dans la séquence où elle est censée faire son boulot de se mettre nue / Ceux qui disent JE TRAVAILLE au moment où les grévistes se pointent sans crier gare / Celui qui ne sait plus comment échapper à l’effondrement du décor de son film déconstruit / Celui qui dit (il ment) qu’il se les roule alors qu’à vingt ans (il dit vrai) il se faisait une montagne de tout / Celle qui roule une pelle à l’éclairagiste pour relancer la passion du Polonais dont elle sait qu’il les mate sur son moniteur / Ceux qui dansent sur leurs chevaux barbes pendant qu’ils en ont encore l’âge, etc.

(Notes prises en lisant alternativement BW de Lydie Salvayre et Passion de Jean-Luc Godard)

Image: Philip Seelen

Sur des ailes de papier

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Le deuxième roman de Noëlle Revaz, Efina, est une merveille.

 

Dire que le deuxième roman de Noëlle Revaz, sept ans après Rapport aux bêtes, est captivant, pourrait sembler une formule convenue, mais c’est un fait : Efina vous captive, Efina vous fascine même d’entrée de jeu, ce roman-sparadrap (par allusion à Tintin qui n’arrive pas à se débarrasser du foutu sparadrap qui lui colle aux semelles) est immédiatement passionnant par sa façon de vous attirer et de vous repousser, comme les deux protagonistes sont irrépressiblement attirés l’un vers l’autre et repoussés par un désir qui se nie et se multiplie à l’instant de se jurer que cette fois c’est bien fini, et ni.

Efina est l’histoire d’une obsession mimétique qui se transforme en amour plus profond que l’amour qu’il y a trop souvent dans les livres ou sur les scènes de théâtre, exaltation factice. Le roman commence sur les retrouvailles de deux personnages : Efina, qui n’est rien qu’Efina, trentenaire passionnée de théâtre à ses heures, et T., comédien fameux et bientôt vieillissant. Après s’être revus une seconde au théâtre, Efina et T. s’écrivent des lettres qui ne partiront jamais. Tout au long du roman, ils ne cesseront d’ailleurs de s’écrire des lettres, qui arriveront parfois, parfois seront anonymes, souvent diront le vrai, souvent le faux qui parfois est moins faux que le vrai.

Efina est un formidable roman de la passion mimétique, telle que l’a décrite René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque. Mais Efina n’est pas l’illustration d’une théorie : c’est la vie même. Efina croit qu’elle aime T. mais c’est peut-être une illusion. Elle lui écrit pour lui dire qu’au fond il ne compte pas pour elle, et c’est là que la passion repique. Même topo pour T. Efina et T. ne coucheront pas avant 40 pages, mais ça n’arrangera pas vraiment les choses, car leur amour est ailleurs.

L’amour d’Efina et de T. est tissé par des siècles d’attente d’amour. T. est marié et saute des tas de femmes, Efina rencontre des hommes plus gentils que T. et s’essaie à la maternité. Mais c’est comme au théâtre, entre cœur et jardins publics : ce qui s’y passe, c’est surtout que le temps passe et vous fait des rides au coeur.  

Or ce qui ne vieillit pas, dans Efina, c’est l’écriture de Noëlle Revaz. Curieusement maniérée au tout début, elle s’affûte de magistrale façon au fil des pages et devient une joyeuse cavalcade de mots qui font la pige au mensonge romantique pour accéder à la vérité romanesque. Et c’est très drôle, très affreusement juste et drôle, humoristique comme la vie quand elle tombe le masque.  Bonheur de lire un vrai roman qui dit le faux pour mieux exprimer le vrai, jusqu’à cette dernière phrase ailée : « Le cimetière est la maison des oiseaux »…

Revaz2.jpgNoëlle Revaz, Efina. Gallimard, 182p.  

 

20.08.2009

Carnets de la Désirade

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Panopticon763.jpgNotes de Janvier (extraits) 

 

 À la Désirade, ce dimanche 4 janvier 2009. – Une belle photo de Philippe, où l’on voit Lucienne et Florent, l’ami de Sophie, en train de faire ensemble un puzzle dans un rayon de soleil oblique traversant le clair-obscur, rend à merveille le climat familial dans lequel nous avons passé les fêtes et le tournant de l’année. Cette image me restera comme un emblème de l’affection qui nous relie les uns aux autres, de même que l’image de la flamme dont le reflet palpite dans l’arbre enneigé, que ma bonne amie a photographiée l’autre jour.

 

À La Désirade, ce samedi 10 janvier. Me viennent, tous les matins, des pensées que j’aimerais inscrire de façon plus nette et régulière. Je les intitulerai Pensées de l’aube. En voici trois pour commencer…  

 

DSCN1653.JPGDe la joie. - Il y a en moi une joie que rien ne peut altérer : telle est ma vérité première et dernière, ma lumière dans les ténèbres. C’est dans cette pensée, qui est plutôt un sentiment, une sensation diffuse et précise à la fois, que je me réveille tous les matins.

 

De l’Un. – Ma conviction profonde est qu’il n’y a qu’un seul Dieu et qu’une seule Vérité, mais que cela n’exclut pas tous les dieux et toutes les vérités : que cela les inclut.

 

Du noir. – Plus vient l’âge et plus noir est le noir d’avant l’aube, comme un état rejoignant l’avant et l’après, à la fois accablant et vrai, mais d’une vérité noire et sans fond qui reprend bientôt forme tandis qu’un sol se forme et qu’un corps se forme, et des odeurs viennent, et des saveurs, et la joie renaît - et cet afflux de nouveaux  projets.

 

A La Désirade, ce lundi 12 janvier. – Je pense ce matin à mon père, qui aurait eu 93 ans aujourd’hui. Ensuite composé mes Pensées de l’aube, qui me sont venues d’une coulée. Je vais m’y employer chaque matin, comme à une sorte d’exercice spirituel et grammatical à la fois.

 

 

Paint83.JPGDe l’offrande. – Je me réveille à hauteur de source, j’ai refait le plein d’énergie, sous la cloche d’azur je tinterai tout à l’heure comme l’oiseau, puis je descendrai par les villages aux villes polluées et là-bas j’ajouterai ma pureté à l’impureté, je vous donnerai ce qui m’a été donné les yeux fermés.

 

De l’absence. – Je n’aime pas que tu ne sois pas là, je n’aime pas avoir pour écho que ton silence, je n’aime pas cet oreiller que ta tête n’a pas martelé du chaos de tes songes, je n’aime pas cet ordre froid de ton absence que nous sommes deux à ne pas aimer, me dit ton premier SMS de là-bas.

 

De l’espérance. – Tu me dis, toi le désespéré, que mes pleurs sont inutiles, et tout est inutile alors, toute pensée comme l’aile d’un chant, toute esquisse d’un geste inutilement bon, toute ébauche d’un sourire inutilement offert, ne donnons plus rien, ne pleurons plus, soyons lucides, soyons froids, soyons utiles comme le couteau du bourreau. 

 

A La Désirade, ce dimanche 18 janvier. – J’ai visionné hier soir Du bruit dans la tête, le dernier film de Vincent Plüss, film d’auteur romand  typique de la nouvelle génération des trentenaires, d’une vive sensibilité et d’une grande plasticité visuelle aussi, avec une jeune comédienne remarquable, du nom de Céline Bolomey.  Immédiatement après cela, nous avons encore regardé Séduction dangereuse, thriller américain à tout casser avec Bruce Willis et une fille canon, mais qui s’est éventé aussitôt après alors que Du bruit dans la tête me restait précisément « dans la tête »…

 

Des mains amies. – J’ai mal au monde, se dit le dormeur éveillé, sans savoir à qui il le dit, mais la pensée se répand et suscite des échos, des mains se trouvent dans la nuit, les médias parlent de trêve et déjà s’inquiètent de savoir qui a battu qui dans l’odieux combat, les morts ne sont pas encore arrachés aux gravats, les morts ne sont pas encore pleurés et rendus à la terre que les analystes analysent qui a gagné dans l’odieux combat, et le froid s’ajoute au froid, mais le dormeur dit à la nuit que les morts respirent encore…

 

De la vile lucidité. – Ils voient partout des alibis, toute pensée émue, tout geste ému, toute action émue ils les dénoncent comme nulles et non avenues, car ils voient plus loin, la Raison voit toujours plus loin que le cœur, jamais ils ne seront dupes, jamais on ne la leur fera, disent-ils en dénonçant les pleureuses, comme ils les appellent pour mieux les démasquer, mais ce ne sont pas des masques qu’ils arrachent : ce sont des visages.  

 

De la compassion. – Mais aussi tu te dis : de ta pitié, qu’en ont-ils à faire ? Les chars se retirent des décombres en écrasant un peu plus ceux qui y sont ensevelis et tu devrais faire ton sac, départ immédiat pour là-bas, mais qui s’occupera du chien et des oiseaux ? Et que fera-t-elle sans toi ? Et toi qui ne sait même pas construire un mur, juste bon à aligner quelques mots, juste ces quelques mots pour ne pas désespérer: courage les vivants…

 

A La Désirade, ce mercredi 21 janvier. – Il n’y a, pour L’Enfant prodigue, qu’une discipline à restaurer : l’écriture à l’encre verte, une ligne après l’autre. C’est ainsi que je recopie, à la main, toute la partie lancée à la machine, des quatrième et  cinquième chapitre, et tout le chapitre Veillée des silencieux, dont les premières quinze pages ne m’ont pas satisfait, faute de suite et d’attention.

Même chose pour la peinture : c’est par l’odeur de l’huile que je vais y revenir, et la suite attentive, une couche après l’autre…

 

A La Désirade, ce jeudi 22 janvier. – Très étonné, ce matin, de trouver plus de 900 visiteurs dans les stats de mon blog. Est-ce une erreur ou l’effet de je ne sais quelle annonce ? A vrai dire je n’en ai cure, plutôt inquiet du temps que je passe sur la Toile, au détriment de mon Enfant prodigue, auquel je n’ai pas avancé ces derniers temps.

 

À La Désirade, ce dimanche 25 janvier. – Tôt levé ce matin. Tôt achevé mes Pensées de l’aube. Tôt relancé la machine. Grand beau temps. Bonne écriture en perspective. Bonne lecture. Bonne peinture. Et ce sentiment cuisant, cependant, que tout va à vau-l’eau. Pour ce qui me concerne alors : tout à relancer, tout à revivifier. Le sentiment d’une grande solitude, quoique je sois bien entouré par des proches très attentifs. Mais le sentiment de froid et de vide, s’agissant des autres, n’en est pas moins là. Seule réponse me concernant : mes livres, ma peinture, la présence d'L.

 

 

°°° 

Se rappeler, à tout moment, que c’est le manuscrit qui commande – le manuscrit et la toile aussi. Faire compte seul. Ne faire que faire. Ne faire que ce qui me plaît. Or ce qui me plaît essentiellement, c’est tirer, de la matière, beauté et spiritualité. Ne penser ainsi qu’à donner. C’est cela même : ne penser qu’à donner.

 

A La Désirade, ce lundi 26 janvier. – Très bonnes dispositions ce matin, après un éveil troublé par un cauchemar. Mon idée fixe : ne faire que faire, une chose après l’autre. Ne plus rien attendre de quiconque, hors de mes tout proches, et construire obstinément. Ceci constitue d’ailleurs ma force : l’obstination.

 

Notre besoin lancinant de reconnaissance relève d’une espèce d’obsession d’époque qui nous impatiente et nous affole, proportionné sans doute au sentiment que nous avons d’être seuls et abandonnés

 

°°°  

 

Renouer avec le texte et la matière picturale est essentiel. J’entends : le geste. Cela surtout compte : le geste.

 

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Sheers1.jpgJe suis en train de découvrir, ces jours, trois nouveaux auteurs anglais de belle qualité : Owen Sheers, John Burnside et David Mitchell. Résistance d’Owen Sheers est immédiatement prenant, dans la foulée poétique d’Edna O’Brian ou de John McGahern. Il y a là une épaisseur humaine et une qualité poétique d’expression rares aujourd’hui. Ces auteurs ont en commun un sens de la société beaucoup plus affûté que leurs pairs français

  

         °°°

L’allégresse vient en chantant.

 

°°°

Peut-on rester croyant en étudiant réellement les textes ? Je me le demande. Je me demande quelle sorte de foi reste possible… de bonne foi ? Je sais que l’amour reste et que l’inquiétude subsiste elle aussi, mais ce qu’on appelle la foi ? Je me le demande. Newman disait: « De même que dix mille poneys ne font pas un cheval, dix mille difficultés ne font pas un doute ». Or n’est-ce pas, justement une de ces pirouettes de théologiens qui relèvent d’une certaine mauvaise foi ?

 

A La Désirade, ce jeudi 29 janvier. – Nouvelle surprise ce matin, à la lecture des stats de mon blog : plus de 1000 visites en un jour et 11.000 pages consultées. Et pourquoi cela ? Quel nom, quel thème ont suscité ce regain d’attention ? Quelle recommandation de qui ? Pas la moindre idée.

 

°°°

Assez intéressé par le nouveau livre de Danielle Sallenave, Nous, on ne lit pas, où elle raconte ses expériences dans une école de Toulon. Note au passage qu’elle considère l’écriture comme une joie qui contient sa propre rémunération. Tout à fait mon sentiment.

 

Vif plaisir à lire Interventions 2 de Michel Houellebecq. Sacré lascar tout de même. Sa façon de traiter Prévert de con et de parler de Robbe-Grillet m’est plutôt sympathique ; sa façon de faire le mariole n’exclut pas des vues intéressantes et souvent originales.

PaintJLK32.JPGDe la lecture. – Moi c’est comme une lumière qui montrerait tout à coup les couleurs du vitrail, un livre, c’est comme une fleur de papier qui s’ouvre dans l’eau, ou c’est comme l’eau que tu découvres toute nue et toute fraîche et toute froide et toute belle après le coup de hache dans la glace du lac…

 

De la délicatesse. – Toi je vois que tu ne supportes pas les compliments et la lèche des médias et des gens importants, après ton concert, te retenant cependant de ne pas leur sourire de tes vieilles dents de divine pianiste à peu près aveugle, et c’est pourquoi je reste si longtemps à t’observer de loin, te souriant lorsque tu te penches vers notre enfant qui s’excuse de te déranger avant de t’offrir son bouquet de pensées…

 

De la bienveillance. – À ces petits crevés des fonds de classes mieux vaut ne pas trop montrer qu’on les aime plus que les futurs gagnants bien  peignés du premier rang, mais c’est à eux qu’on réservera le plus de soi s’ils le demandent, ces chiens pelés qui n’ont reçu que des coups ou même pas ça : qui n’ont même pas qui que ce soit pour les empêcher de se déprécier.

 

Ascal2.jpgÀ La Désirade, ce samedi 31 janvier. – En apesanteur ces jours, ou peu s’en faut. Content d’un nouveau lien, avec Françoise Ascal, écrivain de Franche-Comté qui a suivi la composition de mon Enfant prodigue avec beaucoup d’attention. Ses propres mots et images, dans un très beau texte intitulé Noir-racine, paru sur Remue.net, m’ont immédiatement touché. L’ai signalé sur mon blog en lui dédiant mes dernières Pensées de l’aube. En outre recopié l’ensemble de celles-ci à ce jour : tout janvier 2009. Dix pages.

 

19.08.2009

Ceux qui rêvent à Lanzarote

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Celui qui s’aime bien / Celle qui préfère ses rêves à ceux de Jean-Pierre Foucault / Ceux que la sexualité SM fait juste se poiler / Celui qui estime que l’exaltation du concept de transgression relève d’une forme de jobardise typique de la mauvaise foi post-bourgeoise / Celle qui aime bien le côté fille des bois de Catherine Millet / Ceux que l’autocensure porte à la schizophrénie / Celui qui ose dire tout haut qu’il aime voir tricoter la femme de sa vie en regardant avec elle un épisode de Columbo déjà vu douze fois / Celle qui estime qu’un corps est plus attrayant que son ombre / Ceux qui préfèrent quand même Michel Drucker et Enrico Macias à Pierre Assouline et l’interdiction de fumer / Celui qui se promet d’assurer une bonne éducation à ses clones Pierrot et Poulou / Celle qui recommande à ses cousines humanistes la lecture de Demain les chiens de Clifford Simak / Ceux qui constatent que le thème médiatique du « retour de Dieu» fait encore (un peu) recette chez les quadragénaires même nantis / Celui qui pense que la terreur molle du politiquement correct n’a pas encore donné sa pleine mesure mais que ça ne saurait tarder / Celle qui considère les changements d’humeur de son conjoint norvégien du seul point de vue de la physiologie animale / Ceux qui reconnaissent que leur vie intime est loin d’être un feu d’artifice quotidien, etc.

Image: Philip Seelen

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18.08.2009

Le squatter

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… Au terme de sa réunion de crise liée à l’occupation illégale de l’immeuble dit Les Bleuets par le dernier irréductible de la communauté dite Anarchie Vaincra, le Conseil d’Etat s’est décidé, tous partis confondus, à déloger sans délai, avec l’appui des sections de sécurité s’il le faut, le sieur Kevin Dulaurier barricadé dans le bâtiment, étant entendu qu’un précédent ne saurait être toléré dans notre ville par ailleurs ouverte à la Culture et à la Convivialité…
Image : Philip Seelen

En phase

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… Et là, j’te jure, t’as encore des nazes qui te disent que c’était mieux avant, tu crois pas, tu leur dis mais y avait même pas de Desktop Pavillon Elite, tu vois le plan ? la mère de ta mère de ta mère de ta mère qui mange des racines avant la guerre genre Napoléon et tu veux me faire croire qu’elle t’envierais pas de pas pouvoir télécharger Slim City, non mais je rêve, tu te rends compte si t’as même plus la fierté de te trouver où y faut quand y faut…
Image: Philip Seelen

Ceux qui votent sécuritaire

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Celui qui essaie d’attirer Jennifer hors de la party de l’ambassade pour lui faire admirer le ciel de Carthage / Celle qui laisse crever son mainate après avoir été repoussée par le bel et cruel Brésilien / Ceux qui prétendent que Joao n’est pas le meilleur coup du Studio 77 / Celui qui ne se doute pas que l’Engadine est aussi une région du Wisconsin / Celle qui a une langue trop acerbe et un esprit trop vif pour ses partenaires de badminton accros de Barbara Cartland / Ceux qui changent de marque d’eau gazeuse pour repartir à zéro d’un bon pas / Celui qui connaît une ascension foudroyante dans l’immobilier belge et met de l’argent de côté pour sa retraite à Zandvoort tandis que sa future veuve claque le magot avec le président du club de canasta du quartier liégeois d’Outre-Meuse / Celle qui révèle à ses cousines bretonnes que sa devise est depuis toujours En Avant ! / Ceux qui affirment que leur vie est faite désormais de mesures d’urgence / Celui dont le dernier chien Caramel dénichait des morilles même par temps sec / Celle qui estime que l’instabilité du monde actuel incite un couple économe et rangé à la location d’un MobilHome au camping Loin des méchants / Ceux qui remarquent que l’ablation de sa verrue faciale a rendu la fondée de pouvoir de l’Entreprise nettement moins acariâtre à l’endroit des coursiers les plus sexy / Celui qui montre l’exemple d’une bonne humeur communicative en entonnant chaque matin un chant des Joyeux Routiers, genre Marchons dans le Vent / Du matin levant / Celle qui se considère comme une médiocre mais se garde de le divulguer / Ceux qui ont survécu à la grande déprime des militants de la fin des années 70, pour se retrouver au Lyon's Club, etc.

Image: Philip Seelen

Ceux qui aspirent à disparaître

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Celui que ses amis infidèles ne peuvent oublier / Celle qui n’est elle-même que dans ses lettres d’adieu / Ceux qui partagent les mêmes sentiments sans s’en douter / Celui qui vit tout ce qu’il a imaginé / Celle qui retrouve cette amie d’enfance qui lui évoque une pendule arrêtée / Ceux qui se creusent des tombes dans la neige / Celui que son imagination du pire préserve de toute déception / Celle qui répond à toute bassesse par un regard soutenu / Ceux qui s’éloignent sans peser / Celui qui découvre les champs de Castille avec la certitude d’en avoir rêvé / Celle qui cherche ton souvenir dans les rues de Sienne / Ceux dont le ricanement t’a blessé / Celui qui ne revient que par intérêt / Celle qui n’a jamais été accueillie par quiconque / Ceux que même leurs sourires démasquent / Celui qui est amoureux des écrivains secrets / Celle que le nom des îles Lofoten remplit de mélancolie / Ceux qui pensent n’être jamais à leur place / Celui qui a expiré entre tes bras / Celle qui a souffert d’être qualifiée d’épisode dans l’autofiction du romancier à succès Untel / Ceux qui prétendent avoir vu Thomas Pynchon à la pharmacie de le rue Vaneau et en font un plat / Celui qui réserve un hôtel n’importe où pour y séjourner il ne sait combien de temps, etc.

Thierry Vernet, Au bord du Cher. huile sur toile. P.p.JLK

Vert de lune

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… C’est pas Rimbaud ça, alors tu me dis qui c’est vite fait parce que moi faut pas me chambrer, allons bon, lol, tu me dis que c’est Breton, et qui c’est ça Breton, tu me cherches ou quoi, tu veux montrer que tu m’écrases question poésie et tout ça, non mais t’es qui toi, tu vas pas me dire que c’est pas Rimbaud qu’a dit que la lune était bleue comme une émeraude ? …

Image: Philip Seelen

17.08.2009

Back zapping

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Notes critiques sur 30 films vus au Festival de Locarno 2009.

Vitus, de Fredi M. Murer. (Suisse/France) Genre comédie humaine (reprise + concert).

Nous avions découvert les tribulations du petit prodige lors de l’édition de 2006. Nicolas Bideau avait parlé de « film de vieux ». Le même Monsieur Cinéma, avec Pascal Couchepin, remirent ensemble à Fredi M. Murer le Prix du meilleur film suisse à Soleure. En version raccourcie, après une carrière éclatante (nominé aux Oscars), Vitus a été présenté en ouverture avec un concert « live » de Teo Gheorghiu, devenu concertiste international.



(500) Days of Summer, de Marc Webb (USA). Genre comédie humaine. Première européenne. Sur la Piazza.

Certains critiques ont fait la moue à la découverte de ce premier « long » d’un as du court musical. Comédie romantique revisitant les années 90 avec force clins d’oeil, notamment aux Smiths et au Lauréat, la chose est pourtant plaisante, le jeu des deux protagonistes (Zoeey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt) également épatant, et le mode de narration particulièrement efficace, qui consiste à alterner les séquences par appel de dates dans le désordre. Populaire de qualité, comme disait l’autre…

LocarnoRetter.jpgUnter Bauern – Retter in der Nacht, de Ludi Boeken . (Allemagne) Genre drame historique. Première mondiale. Sur la Piazza.
Moment d’émotion sur la scène de la Piazza Grande, jeudi soir 6 août, lorsque deux très vieilles dames de plus de 90 ans, la Juive allemande Marga Spiegel et la dernière survivante de la famille de paysans de Westphalie qui l’a planquée et sauvée, avec sa fille, entre 1943 et 1945, sont apparues au côté du réalisateur hollandais Ludi Boeken et des acteurs de ce témoignage émouvant d’un acte de solidarité rarissime. Des critiques aussi acerbes qu’injustes, comme à la sortie de La Chute, ont été adressées à ce film pourtant honnête et nécessaire, d’une forme certes toute classique mais qui dégage une réelle émotion. Sans donner du tout dans l’édulcoration du nazisme, le film vaut aussi par son souffle narratif et son interprétation.

LocarnoManga.jpgPom Poko, de Isao Takahata. Genre manga. Hommage. Sur la Piazza.
Pour entrer dans l’univers des mangas, auquel le festival fait cette année un accueil exceptionnel, cette saga écologisante associe humour, parfois corrosif, et poésie visuelle, sur fond de folklore japonais. Les tanukis (une espèce tenant du chien et du raton laveur) ressortissent en effet aux vieilles légendes, avec leur façon de se métamorphoser à volonté, ici pour essayer d’agir sur les comportements humains globalement déprédateurs. Dans les grandes largeurs, Takahata restitue aussi de merveilleux paysages, et la virtuosité formelle, dans les enchaînements de plans et de séquences, laisse le non connaisseur positivement baba…



LocarnoTeheran2.jpgTeheran without Permission, de Sepideh Farsi. (France/Iran). Genre docu créatif. Première mondiale. Section Ici et aileurs.
Hasard et nécessité : la jeune réalisatrice, plus encore que Pippo Delbono, a tiré le meilleur parti d’un téléphone portable pour documenter la vie quotidienne de son pays sous contrôle. En enchaînant des interviews en voiture, souvent très intéressants, quelques entretiens « frontaux » et de nombreuses choses vues dans les rues et par les places, la cinéaste reconstruit sa ville dont on perçoit la vitalité, notamment de la jeunesse, et le dynamisme général opposés à la lourdeur du régime. Avec un côté brut de décoffrage, le document relève cependant de la narration cinématographique et du témoignage dans l'urgence.

LocarnoShirley.jpgShirley Adams, d'Oliver Hermanus et (scénario) Stravros Pamballis. (Afrique du Sud et USA). Genre drame humain. Compétition internationele.

Il y a de la Mère Courage en Shirley Adams, qui pote le poids du monde sur ses seules épaules après que son jeune fils Donovan a pris une balle perdue au retour de l'école et s'est retrouvé tétraplégique. Tournlé dans les taudis de Mitchell's Plain, au Cap, ce premier long métrage d'  Oliver Hermanus, 25 ans et sorti de la London Film School où il a rencontré son co-scénariste Stavros Pamballis, touche au coeur et aux tripes sans pathos pour autant. Au silence terrible du garçon (Keenan arrison) répondent les gestes de Shirley (Denise Newman, tout à fait admirable) dont le désarroi et la solitude croissent  à proportion des malheurs qui s'abattent implacablement sur elle. Très bien construit, très juste aussi dans la modulation dialoguée de tous les sentiments des eprsonnages, le film impose immédiatement la densité émotionnelle des situations et la vérité d'une observation élargie au monde extérieur,jamais caricaturé. Caméra à l'épaule, dans une proximité pure de tout voyeurisme, Shirley Adams dépasse de loin le document social ou psychologique pour incarner un drame représentatif de toutes les détresses liées à la violence aveugle dans le contexte de l'après-Apartheid.


LocarnoCameron2.jpgMy sister’s Keeper, de Nick Cassavetes. (USA). Genre comédie humaine. Sur la Piazza.
Pour sauver leur fille Kate (Sofia Vassilieva) atteinte d’une leucémie, Sara (Cameron Diaz) et Brian (Jason patric) ont décidé de concevoir une petite sœur in vitro sur le conseil d’un toubib. Anna (Abigail Breslin) servira donc de « donneur universel » à sa sœur, au fil d’opérations souvent lourdes et douloureuses, jusqu’à ce qu’elle se révolte et refuse de donner un rein à Kate et s’adresse à un grand avocat (Alec Baldwin) pour la défendre. Le mélo, on le devine, n’est pas loin, surtout au fil de séquences kitsch à souhait où la famille, heureuse « malgré tout », bondit de concert dans le ciel plein de bubulles (sic). Mais les comédiens font plus fort que Cassavetes Jr : Cameron Diaz est assez terrifiante dans son rôle de mère acharnée sur la thérapie, Abigail Breslin est d’une présence saisissante de force tranquille et de sensibilité. Le film, évidemment, pose des questions multiples en matière d’éthique médicale, notamment, et son observation des comportements ne manque pas de finesse et de nuances.

LocarnoGitaï.jpgLa Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres, d’Amos Gitaï. (France). Genre théâtre capté. Sur la Piazza.
Trop statique et trop long, en dépit de ses qualités esthétiques et de la teneur de son texte : telle a été l’impression laissée par cette reprise, au cinéma, du spectacle présenté en juillet en Avignon par Amos Gitaï, déjà présent l’an dernier sur la Piazza avec Plus tard tu comprendras, un film beaucoup plus approprié à une projection en ce lieu. Frédéric Maire a bien expliqué que les passages transversaux entre cinéma, théâtre et autres formes d’expression intéressaient le festival, mais en fin de soirée jusqu’à point d’heures, comme ça: fatigue et basta…

Men on the Bridge, d’Asli Özge (Turquie/Allemagne). Genre docu-fiction. Cinéastes du présent.
Un fleuve tonitruant de voitures sur le Bosphore, entre deux continents que relie le pont immense, voici se détailler quatre tranches de vie ou de survie. Tel est le canevas de ce film tenant à la fois du document et de la fiction. Quatre lignes de vies représentatives de la classe moyenne et inférieure en Turquie contemporain, sur fond de nationalisme et de difficultés économiques au jour le jour: un jeune couple plombé par les ambitions petites-bourgeoises de Madame mal accordées aux aspirations un peu velléitaires de Monsieur, chauffeur de taxi pour le moment ; un flic gagne-peu rêvant de rencontrer l’âme sœur via les sites de rencontres de la Toile, à chaque fois déçu en revenant à la case réel ; un grand ado à peu près illettré, vendeur de roses sur l’autoroute et préférant finalement ce job à un emploi plus astreignant. Avec beaucoup d’empathie pour ses personnages, qu’elle a rencontrés dans la vie et qui jouent tous leur rôle, dûment « réécrit » cependant, la jeune réalisatrice turque Asli Özge, établie à Berlin, réalise un vrai film de cinéma grâce, aussi, à son formidable chef opérateur, Emre Erkmen. Avec peu de moyens et beaucoup de talent, le tableau est très vivant, servi par un sens plastique remarquable mais jamais esthétisant et un souffle constant dans la narration.

LocarnoPorchet3.jpgLes yeux de Simone, de Jean-Louis Porchet. (Suisse). Genre court. Sur la Piazza.
En hommage à deux cinéphiles admirables de Pontarlier, qui perpétuent l’amour du cinéma à l’enseigne d’un ciné-club , de rêve, le producteur lausannois Jean-Louis Porchet, fondateur de CAB productions, signe son premier film, petit bijou de 7 minutes dont le rouge est la couleur par référence au film de Kieslowski, avec la visite d’Irène Jacob émouvante sur le dernier plan où, comédeinne sortie de l’écran, elle voit le couple des vieux fous de cinéma Pierre (aveugle depuis vingt ans…) et Simone Blondeau s’éloigner dans la nuit.


LocarnoGiulia.jpgGiulias Verschwinden, de Christoph Schaub. (Suisse). Genre comédie chorale. Sur la Piazza.
Après Happy New Year, projeté en salle à Locarno, Christoph Schaub poursuit son observation amicale de la vie des gens avec une comédie écrite par un grand conteur, Martin Suter, pour un grand poète de cinéma, Daniel Schmid, dédicataire de l’ouvrage. La peur du vieillissement est le thème décliné, de multiples façons, par les amis de Giulia qui l’attendent dans le restaurant où ils vont célébrer son anniversaire, et par un groupe de vieillards en EMS qui fêtent les 80 ans d’une vieille chipie merveilleuse. Un troisième élément narratif se greffe à ces deux lignes continues, avec les démêlés d’une jeune voleuse surprise dans un grand magasin et retrouvant ses parents chez les flics. Porté par le dialogue, très incisif, de Suter, le film se charge cependant de densité à la faveur de la rencontre inopinée de Giulia (Corinna Harfouch, merveilleuse interprète) et d’un vieil ange passant par là (Bruno Ganz) qui va l’aider, quitte à faire lanterner ses amis, à accepter la vie comme elle est. Tout cela donnant un beau film qui, sans être du grand cinéma, tient bien la route du meilleur cinéma suisse populaire et de qualité (hum), dans la filiation par exemple de L’Invitation…

LocarnoMermoud.jpgComplices, de Frédéric Mermoud. (Suisse/France). Genre polar social. Compétition internationale.
Seul film suisse en compétition cette année, le premier « long » de Frédéric Mermoud est une autre bonne surprise de cette édition, tant par le dynamisme et l’inventivité de sa narration purement cinématographique, que par la justesse de son observation portée sur la double dérive d’un jeune couple d’amoureux « borderline ». Quand Vincent (Cyril Descours, tout à fait remarquable) rencontre Rebecca (Nina Meurisse, carrément craquante de présence) dans un cybercafé, c’est le coup de foudre immédiat. Le fait que Vincent se prostitue via internet, choque d’abord Rebecca, ensuite tentée de suivre son ami dans ses rencontres, jusqu’à celle d’un client adepte de jeux violents, qui marqueront d’ailleurs la chute de Vincent. Mais le scénario évite l’écueil d’une fin édifiante, et son intérêt tient aussi au mode de la narration, amorcée par l’enquête policière de l’inspecteur Cagan (Gilbert Melki) et de sa coéquipière Mangin (Emmanuelle Devos) dès les premières séquences du film où paraît le corps de Vincent massacré et jeté dans le Rhône. D’une très belle tenue, Complices pâtit un peu, à notre goût, de son « efficacité » même, sacrifiant aux codes du polar télévisé « à la française ». Reste de la très belle ouvrage et, côté jeunes gens, deux personnages crédibles et magnifiquement interprétés.

Nausicaä of the Valley of de Wind, de Hayao Miyazaki. (Japon). Genre saga manga. Manga Impact.
Par un auteur déjà bien connu du cinéma d’animation japonaise, cette fresque post-apocalyptique, un millier d’années après la destruction de l’écosystème terrestre par une humanité dont il ne reste plus grand-chose non plus, rappelle à le fois la fin de la guerre atomique au Japon, les monstrueux bombardiers américains et l’univers SF de Dune de Frank Herbert, avec son désert toxique de la Mer de la décomposition. Une charmante princesse, du nom de Nausicaä, va tenter de remettre un peu d’ordre et surtout de paix dans le chaos des guerres persistantes, mais ça prendra au moins 117 minutes en l’occurrence. Comme le dessin est somptueux et la « mise en scène » souvent étourdissante, le voyage en vaut assurément la peine même pour quelqu’un qui n’a pas encore attrapé la mangamania…


LocarnoLarrieu.jpgLes derniers jours du monde, d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu. (France/Espagne /Taiwan). Genre drame cata-ludique. Sur la Piazza Grande.
Le dernier film des frères Larrieu commence par une tempête traversant l’écran horizontalement de part en part. Or ce mouvement latéral s’est communiqué soudain au ciel de Locarno qui a bientôt déversé la plus verticale des pluies sur la Piazza. C’est donc devant un public clairsemé qu’a été projeté Les derniers jours du monde dimanche soir 8 août, alors que la séance de remplacement à la FEVI accueillait le public allergique aux ondées et aux coups de vent. Quant aux perturbations qui plombent le monde dans lequel Matthieu Amalric, protagoniste masculin du film, évolue d’un lieu et d’une femme à l’autre, entre Biarritz et Toulouse également contaminés, elles sont traitées sans effets spéciaux à la mode SF. L’apocalypse joue ici sur les contrecoups d’une angoisse latente et intériorisée, à laquelle les frères opposent les derniers feux du plaisir de chair et de chère. La chose est intéressante, mais un relent de Grande bouffe nous a fait trouver celle-ci moins goûteuse que les rondeurs d’Andrea Ferréol…

LocarnoPaura.jpgLa Paura, de Pippo Delbono. (Italie/France). Genre docu créatif. Hors compétition.
Aux invectives de Pippo Delbono contre son « paese di merda », l’on a envie de répondre, dans sa propre foulée, « carissima Italia », où la rage à la Pasilini reste inventive. Avec rien qu’un téléphone portable, dont les images sont pourtant retravaillées au fil d’un montage cohérent, avec adjonction sonore tantôt intempestive et tantôt poétique (la superbe séquence finale avec Bobô nu se lavant et se relavant de la saleté du monde), ce tableau kaléidoscopique d’une Italie pourrie de publicité et de corruption « douce », où jeux télévisés débiles (l’inénarrable concours de cris d’animaux) et tragédies ordinaires frottés de racisme s’entremêlent sur fond de terrains vague souillés où les Roms vivent « comme des chiens ». La chose a un côté « jeté » mais l’objet impose bel et bien une vision qu’on reliera à toute la démarche de Pippo.

LocarnoPerrenaud.jpgL’insurgée, de Laurent Perreau (France). Genre drame poétique. Compétition internationale. Première mondiale.
Locarno est le lieu par excellence où découvrir de tels films, aussi sensibles qu’exigeants dans leur forme. Comme dans Sous les toits de Paris de Hiner Saleem, en compétition l’an dernier, Laurent Perreau joue de la présence de Michel Piccoli, ici dans le rôle d’un vieil homme dont la petite-fille, blessée par la mort de sa mère et révoltée, se réfugie dans l’immense maison décatie. D’une grande qualité d’image et d’atmosphère, le film vaut autant par sa modulation des relations délicates entre personnes (le lien fragile et pur entre Claire (Pauline Etienne, dont le jeu tout en finesse nous l’attache) et son premier amant Thomas, que par ses échappées lyriques (la nature y très importante) ou… sportives, puisque Claire est une nageuse hors pair. Reverra-ton ce beau film dans les salles ? Cela paraît moins sûr que sa présence dans le palmarès final…

Os famosos e os duendes da morte, d’Ezmir Filho. (Brésil/France). Genre drame poétique. Compétition internationale.
Le blues de l’adolescence est-il en train de devenir un genre en soi du cinéma indépendant contemporain ? C’est la question qu’on se pose une fois de plus avec ce film dont l’intrigue se réduit aux errances d’un garçon sensible dans une petite ville brésilienne, entre ses copains et sa mère. Très belle images frottées de mélancolie, surtout au début, atmosphère intimiste, évocation fine d’un milieu provincial de moyenne bourgeoisie ennuyeuse. Hélas on n’est pas chez Fellini, les « vitelloni » manquent tout de même de relief et le sujet, qui tiendrait sur l’espace d’un court métrage, pâtit d’être tiré ainsi en longueur.


LocarnoBideau.jpgIvul, d’Andrew Kötting. Genre drame poétique. Concours Cinéastes du présent.
On nous avait dit grand bien de ce drôle de conte ressaisissant la révolte d’un jeune homme accusé par son père d’inceste, alors qu’il n’a fait que mignoter sa sœur, effectivement adorée, mais qui l’excitait au moment de prendre congé de lui pour un séjour en Russie. Du coup, chassé par son père (Jean-Luc Bideau) « de ses terres », le garçon (Jacob Auzanneau) se réfugie sur les toits et les arbres dont il ne redescendra pas. Hélas, l’étrangeté de cette famille à moitié, dominée par un patriarche envahissant mais peu crédible (la construction des personnages est aussi sommaire que le dialogue), ne suffit pas à faire tenir debout ce long métrage en dépit de la singularité de son décor et de son atmosphère. Comme dans plusieurs films de friction vus ces dernières années à Locarno, la faiblesse du scénario et du dialogue contraste avec l’enjeu du sujet et la qualité potentielle des acteurs, nettement sous-employés dans Ivul…


LocarnoDindo.jpgThe Marsdreamers, de Richard Dindo (Suisse). Genre docu créatif. Concours Cinéastes du présent.
C’est une des belles surprise de l’édition 2009 que ce grand documentaire passionnant, aux splendides images de déserts et de paysages américains, où la thématique de la conquête de Mars est exposée et débattue avec beaucoup de nuances et d’intelligence par une quinzaine de personnages dont une géologue, un architecte spatial, des membres de la Mars Society, un physicien aux riches vues philosophiques, deux Amérindiens pleins de bon sens terrien, un charmant étudiant en informatique impatient d’être le premier sur la planète rouge, un écrivain et un ingénieur, notamment. Tous sont conscient du fait que la vie sur Mars sera d’abord une espèce de galère glacée en butte aux radiations, mais tous se disent partants illico, quitte à en revenir, étant par ailleurs entendu que d’autres planètes plus habitables feront plus tard de meilleures colonies de la Terre. La Terre est enfin l’objet final de ce film aux profondes résonances écologiques : la Terre qui est parfois si jolie et dont le sert devrait nous faire changer de vie avant que d’aller polluer les galaxies. Rien pour autant de lourdement didactique chez le nouveau Dindo : mais un souffle généreux qui traverse The Marsdreamers.

LocarnoPiombo.jpgPiombo fuso, de Stefano Savona (Italie). Genre docu créatif.
Une extraordinaire séquence finale, figurant une procession de Palestiniens dans la nuit des ruines de Gaza, avançant vers nous comme un troupeau de damnés de la terre, marque le passage du reportage sur le terrain au grand cinéma. Dès le 14 janvier 2009, Stefano Savona est entré clandestinement à Gaza, d’ou il a envoyé quotidiennemenet des images de sa petite caméra numérique, aussitôt mises en lignes sur internet. Reprises ici et montées par Marzia Mete, avec un travail important sur la bande sonore, ce film relève de la création cinématographique autant que du document à valeur historique et politique. Pas un soldat israélien n’y apparaît, ni la moindre opération militaire. Que des gens dans les ruines, le témoignage d’un directeur d’hôpital, un enterrement de « martyrs » du Hamas martelé par les appels à la haine et à la vengeance des religieux-combattants, un tout petit enfant regardant longuement le ciel d’où le grondement des avions se déverse avec celui des voix de belluaire-muezzins invoquant leur dieu de guerre, enfin tel ministre israélien à fine cravate s’excusant auprès du peuple palestinien pour mieux charger l’ennemi commun du Hamas. Sans un commentaire « off », Stefano Savona est arrivé à cristalliser dans ce pamphlet poème non partisan, l’horreur d’un cercle vicieux. Il y fallait beaucoup de courage et le résultat, d’un haut niveau du point de vue de l’expression artistique, fera date.

LocarnoPasolini5.jpgTiburtino terzo, de Roberta Torre (Italie). Genre docu créatif.
Dans le quartier pourri de la zone romaine du Tiburtino III, ceux que Pasolini appelait les Ragazzi di vita, survivent entre autoroutes et terrains vagues, blocs sinistres et bouges nocturnes, mauvais coups et prison. Glorieux aussi bien, tatoués des orteils aux oreilles, ils parlent en se marrant de leur vie plus ou moins fichues d’avance, dont ils aimeraient sortir sans avoir l’envie de se remuer pour y parvenir. La réalisatrice les met littéralement en scène. Son reportage est un poème éclaté, dense et violent, qui aboutit à un interrogatoire émouvant sur le souvenir de Pasolini. L’un des voyous, le plus affreux-méchant, en fait l’éloge au souvenir d’Accatone, avec une justesse éberluante.


LocarnoPasolini.jpgLa notte quando è morto Pasolini, de Roberta Torre. (Italie). Genre docu créatif.
Tandis qu’un employé des archives criminelles romaine déballe les sacs de plastique remplis des derniers vêtements portés par Pier Paolo Pasolini la nuit où il fut massacré, un quinquagénaire à gueule carrée et grêlée, du nom de Pelosi, raconte ce qu’il a vécu et vécu en sa qualité de dernier partenaire nocturne du grand cinéaste. On sait aujourd’hui que le personnage n’a pu être seul impliqué dans le meurtre de Pasolini. Sa rétractation complète, après des années de prison, et les accusations qu’il porte aujourd’hui, longtemps après la mort des probables coupables, contre les vrais assassins qui le terrorisèrent avant de le livrer aux flics, reste entourée de mystère. Son témoignage n’est est pas moins troublant et même bouleversant quand il détaille la scène du lynchage de l’artiste maudit. Là encore, l’art de Roberta Torre sublime le seul document.

LocarnoRecha.jpgPetit Indi, de Marc Recha (Espagne/France). Genre drame poétique. Sur la Piazza Grande.
Il y a de la pureté franciscaine dans ce nouveau film de Marc Recha, déjà rencontré à Locarno avec Dies d'agost, met en scène un jeune homme blessé par l’incarcération possiblement injuste de sa mère pour détention de drogue. Tout le film, dans un décor fascinant de la banlieue de Barcelone irrépressiblement urbanisée et polluée par les industries , joue sur la marche solitaire d’Arnau, dont la passion pour les oiseaux (son chardonneret Indi est un champion local de la roulade) va de pair avec la sollicitude qu’il voue à un renard blessé. Par delà la beauté des images et les bonnes intentions d’un conte opposant la pureté d’un jeune homme et la malice des hommes voleurs et pollueurs, le film n’échappe pas au maniérisme esthétique et, finalement, à un kitsch que Sean Penn était arrivé à dépasser dans son mémorable Into the Wild… 

 

LocarnoGreen2.jpgLa religieuse portugaise, d'Eugène Green. (Portugal/France). Compétition internationale. Première modiale.

Tout à coup: le miracle. L'Oeuvre attendue. Du grand cinéma, lesté d'une poésie inspirée de part en part. Dans la filiation de Robert Bresson ou d'Alain Cavalier, ce film absolument original, au demeurant, nous arrache immédiatement au temps ordinaire pr un artifice qui pourrait être insupportable d'affectation, imposant aux acteurs un débit de parole relevant d'une sorte de distanciation rituelle, non sans humour doucement hagard. Or ce parti pris s'inscrit le plus naturellement du monde dans la démarche du réalisateur, qui regarde et montre ses personnages comme des êtres absolument uniques, engagés dauns un conte existentiel mystérieux. Le canevas narratif repose sur le tournage, à Lisbonne, d'une variation sur Les Lettres portugaises, roman épistolaire du XVIIe évoquant la passion charnelle d'une religieuse et d'un noble militaire français. Une actrice française (Leonor Baldaque) mais lusophone, aux multiples passions malheureuses, débarque de Paris pour retrouver son metteur en sène (campé par Eugène Green lui-même) et l'acteur unique dont elle devient l'amante d'une nuit. Au fil d'autres rencontres àla fois imprévisible et comme écrites par la main du Destin (un aristocrate fils de salazariste qu'elle sauve du suicide, un enfant, un jeune homme d'une grande beauté) Julie approche de SA vérité en se confiant à une...religieuse portugaise passant toutes ses nuits avec Dieu. Rien pourtant d'un mysticisme conventionnel dans ce voyage déjanté au bout des apparences qui n'a dutre destination, à travers le lumineux labyrinthe de Lisbonne, que la vie, la présence de la vie et la présence àla vie, la révélation de la vie dans sa plénitude d'amours en toutes ses modulations. Merveilleusement pictural et musical, baignée par la mélancolie de la saudade à l'état pur, ce film étrange et doux, mais à la fois transparent et d'une totale fermeté plastique, est la première réelle révélation artistique, à mes yeux de cette édition 2009. Léopard d'or ?   

LocarnoGyorik.JPGLa Valle delle ombre, de Mihaly Györik. (Suisse/Italie/Hongrie). Genre folk fantastique. Première mondiale sur la Piazza Grande.

Foule des grands soirs, pour couronner la journée du cinéma suisse, ce mercredi 12 août, avec la projection d'un long métrage du réalisateur suisse d'origine hongroise (né en 1971 à Bâle), Myhaly Györik, qui reconstitue l'atmosphère des contes et légendes de nos régions alpines avec une mise en scène au souffle assez décoiffant, mais qui tend  à s'empêtrer faute de clarté narrative. L'idée directrice consiste à révéler le monde archaïque des superstitions et des prodiges nés de la peur (la nature et ses monstres présumés) à un môme de la ville débarquant en ces hauts gazons forestiers coupés de gorges avec son i-pod et son grand-père (Jean-Pierre Balmer). Ledit Matteo est bientôt entraîné par une bande de sauvageons se racontant mutuellement les "menteries" des anciennes veillées, à commencer par celle du village sous les eaux. Si le fil de la narration s'entortille à l'excès, avant de s'embrouiller, notamment avecune digression pénible sur les tribulations d'une écrivaine chic s'installant dans un moulin hanté, l'ensemble de l'ouvrage en impose tout de même par la beauté de ses images autant que par sa façon de revisiter le folklore sans (trop) donner dans le cliché pour Américains et Japonais...  

  LocarnoSummers.jpgSummer Wars, de Mamoru Osoda. (Japon). Genre manga. Compétition internationale

Les connaisseurs du genre parlent d'ores et déjà de chef-oeuvre à propos de ce film d'animation d'une stupéfiante virtuosité formelle, et qui vaut aussi par sa réflexion implicite sur les relations entre mondes réel et virtuel, "vécue" par une famille singulière que domine une granny garante des valeurs ancestrales du Japon japonais... La morale tirée après le dernier souffle de la sourcilleuse nonagénaire pourrait se résumer à un message de respect mutuel et d'amour, mais longue et difficile est la voie pour y parvenir, semée d'embûches, de monstres, de duels propres à faire pâlir les antiques samouraïs, entre autres armes de destruction massive imaginées par la créature humaine et lui retombant du ciel. Le Prométhée de la Sphère Internet a imaginé, en l'occurrence, un nouveau Big Bazar universel, à l'enseigne du réseau Oz, dans lequel le jeune protagoniste Kenji, petit génie des maths, fiche la pagaille par inadvertance. Mais le même Kenji, poursuivi par la police "réelle" comme un vil hacker du virtuel, va participer à la grande réparation qui évitera à l'humanité réelle-virtuelle de subir la cata annocée. Tout cela pour déployer une suite d'épisodes d'une ébouriffante inventivité formelle, relevant à la fois de l'épopée et de la magie poétique frottée d'humour et d'affectivité. Présenté en création mondiale à Locarno, le film fera probablement un tabac mondial et sans doute un Léopard d'or aurait-il été mérité, qui eût rejailli sur le festival.

LocarnoFriedkin2.jpgTo live and die in L.A., de William Friedkin. (USA) Piazza Grande.

Datant de 1985, ce polar noir jouant sur la quasi reversibilité des rôles de flics et de gangsters, a été présenté sur la Piazza par son auteur himself, qui a reçu le Léopard d'honneur de cette année pour son oeuvre. Disant douter un peu de la pérennté de celle-ci, par rapport aux grands maîtres du 7e art, Friedkin s'est montré d'autant plus reconnaissant envers le Festival qui le justifie ainsi au siècle des siècles. Or, même si le thriller qu'il a choisi, dans une nouvelle copie, n'atteint pas les sommets de forme et de contenu de ses homologues digés Scorsese ou Anthony Mann, c'est de la toute belle ouvrage que To live and die in L.A, qui démarre sur les chapeaux de roues, avec un enchaînement magnifiques de plans. L'interprétation  du jeune William L. Petersen, bel agent risque-tout qui fera tout pour venger la mort de son vieux coéquipier, de John Pankow en nouvel adjoint et de William Dafoe en très méchant faux monnayeur, compte aussi beaucoup dans l'efficacité de ce film dont la course-poursuite de voitures relève également du morceau d'anthologie...

 

LocarnoPlatonos1.jpgMon Coup de coeur

 

Akadimia Platonos, de Filippos Tsitos. (Grèce/Allemagne). Genre comédie satirico-sociale. Compétition internationale. 

Dans le quartier où se situait la fameuse Académie de Platon, un groupe de parfaits glandeurs quadras et quinquas, tous férus de vieux rock, se retrouvent tous les jours devant le kiosque de Stavros (formidable Antonis Kafetzopoulos) pour distiller leur venin contres les Albanais (fidèlement aboyés par le chien Patriote)  tandis que les Chinois envahissent méthodiquement le quartier. Or voici que se pointe un jour un Albanais qui se dit le frère de Stavros, auquel sa mère a caché qu'elle parlait parfaitement l'albanais et avait fui en Grèce avec lui en son plus jeunes âge. Avec beaucoup de faconde et de subtilité, sans craindre pour autant le gros trait satirique (ce monument àl'interculturalité que le maire fait construire sous les fenêtres de Stavros), le film décortique les mécanismes de la xénophobie ordinaire comme il pourrait le faire dans n'importe laquelle de nos bonnes villes suisses. Galerie savoureuse de portraits de beaufs vitelloniens de plus en plus attachants, le film illustre une probématique qui éclate dans le cimetière où les deux frères (vrais ou faux, nul n'en a la preuve formelle) en viennent aux mains au-dessus du cercueil de leur mère. On pense à Stephen Frears ou Ken Loach pour l'esprit de ce tableau social drôle et tendre à la fois, sur fond de questionnement identitaire très intelligemment modulé. Bref, Akadimia Platonos aurait fait un Léopard d'or propre à réconcilier cinéphiles exigeants et grand public. Le jury de la Compétition internationale a gratifié Antonis Kafetzopoulos du prix d'interprétation masculine, et le le film a reçu le Prix du Jury oecuménique. À ne pas manquer à sa (probable) sortie !

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16.08.2009

FIAT luxe

PanopticonA93.jpg…Oui mes enfants, c’est le miracle de la vie, et c’est parce que maman se saigne sang et eau depuis que vous êtes là, comme papa en usine depuis vingt ans, que ce miracle est possible : sans papa fidèle à la chaîne et maman tous les matins à ses nettoyages, sans papa et maman se cachant sous le drap le samedi soir, jamais, je dis bien jamais vous n’auriez été là ni n’auriez pu LA voir sortir de la fleur…

Image : Philip Seelen

Ceux qui voyagent en lisant

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Celui que le livre de L.S. a tout de suite scotché dans le train (wagon panoramique) remontant du Sud au Nord / Celle que les voyages insupportent / Ceux qui préfèrent les voies désaffectées / Celui qui se casse dès qu'il sent qu'il va s'attacher / Celle qui ne se lasse pas de parcourir le grand corps glabre de son compagnon taiseux / Ceux qui savent que le mot partir en espagnol signifie aussi partager / Celui qui se rappelle soudain à un tagadam du train le choc sourd qui a forcément été provoqué par l'écrasement du  petit chat Pedro jailli sur la route à la sortie du village le soir de sa rupture avec Léa / Celle qui a ramassé les restes du petit chat de Léa et n'a pas osé lui en parler / Ceux qui ont éprouvé la solidité de leur couple en voyageant ensemble et en surmontant joyeusement l'épreuve décisive des musées visités de concert / Celui qui claque volontiers  son argent et plus volontiers encore celui de ses compagnes ladres / Celle qui note les rêves de son compagnon qui en rajoute parfois un peu pour  voir jusqu'où elle le croit / Ceux qui feront le voyage de la Finlande pour y retrouver la mélancolie orangée à reflets bleus des fins de nuit dans les quartiers industriels où de jeunes poètes se défoncent à la vodka Absolut / Celui qui aime aimer mais n'en fait pas une doctrine / Celle qui a toujours préféré son fils raté à l'aîné qui ne sait pas parler aux bêtes / Ceux que le livre de poche a fait voyager autour du monde à prix réduit, etc.

Image: Philip Seelen 

(Notes prise en lisant dans le train le récit de L.S. intitulé B.W.)

Le Kid

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…Mais oui, je sais, vous êtes affreux, sales et méchants, un peu moins les femmes mais encore, un peu moins les mômes en dessous de trois ans mais encore, je dirais pas que c’est la seule Faute du Père, là je suis pas juge, c’est vrai qu’Il était déjà bien vieux quand Il a fabriqué tout ça, et sûr qu’Il a dû trembler la moindre au moment des finitions, mais bon, faut faire avec et je vous le dis en vérité je vous le dis: laissez-vous venir à moi et j’arrange tout ça…
Image : Philip Seelen

Une Chinoise qui vaut de l'or

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Au Festival de Locarno 2009, le palmarès, sans concessions, consacre la qualité plus que l’éventuelle popularité…
C’est une petite bonne femme pétant le feu et toute de rouge vêtue, du nom de Xiaolu Guo, qui est montée hier sur la scène de la Piazza Grande pour recevoir, en présence du président du jury de la compétition internationale, le réalisateur brésilien Jonathan Nossiter, le Léopard d’or de l’édition 2009 assorti d’une somme de 90.000 francs, pour Elle, une Chinoise, film produit par le Royaume uni, la France et l’Allemagne. Figure talentueuse et combative déjà connue en Angleterre et en France comme romancière et cinéaste, Xiaolu Guo incarne la création indépendante attentive aux ruptures sociales et humaines de l’époque. Son film raconte ainsi les tribulations d’une jeune Chinoise quittant son trou de province pour l’Angleterre où elle subit et surmonte de dures et significatives épreuves.
LocarnoChinese.jpgCe choix rigoureux appelle une seule question déjà posée en 2007 et 2008 : verra-t-on Elle, une Chinoise, dans les salles obscures ? Même question à propos des deux autres fleurons du palmarès : Nothing personal de la Néerlandaise d’origine polonaise Urszula Antoniak, gratifié de cinq récompenses dont le Léopard de la première œuvre, le prix de la critique et le prix d’interprétation à Lotte Verbeek ; et Buben baraban du réalisateur russe Alexei Mizgirev, prix spécial du jury international. Par ailleurs, le Léopard d’or de la section Cinéastes du présent consacre lui aussi une œuvre « radicale » avec The Anchorage, des réalisateurs américano-suédois C.W. Winter et Anders Edström, sévère évocation poétique de la vie d’une femme en harmonie avec la nature.
LocarnoGiulia.jpgEn contraste certain, le prix du public a été attribué à Giulias Verschwinden de l’Alémanique Christoph Schaub, comédie qui a marqué l’un des beaux soirs de la Piazza Grande, tandis que le prix d’interprétation masculine récompense le formidable comédien grec Antonis Kafetzopoulos, dans l’irrésistible Akadimia Platonos de Filippos Tsitos, qui décroche le prix du Jury œcuménique alors que Piombo Fuso, poignante traversée des ruines de Gaza par le réalisateur italien Stefano Savona, reçoit le prix spécial du jury des Cinéastes du présent.
LocarnoPiombo.jpgSi le Romand Frédéric Mermoud (seul Suisse en compétition internationale avec Complices) revient bredouille de Locarno, saluons le petit léopard d’or à Chris Niemeyer pour son court métrage Las pelotas. Enfin, dernier clin d’œil au grand public : le prix Variety Piazza Grande distingue le potentiel « grand public » de Same Same but Different, de Detlev Buck évoquant les amours d’un jeune Allemand en Asie, comme un juste retour des choses…

12:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma

15.08.2009

Ceux qui se font du cinéma

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Celui qui change de voix quand il se sait filmé / Celle qui exige le final cut de son porno populaire de qualité / Ceux qui ont choisi de faire passer un message subliminal dans leur polar glauque qui incite à la consommation du Red Bull / Celui qui ne sait plus que faire du couple d’échangistes lusophone qu’il a engagé pour la séquence chaude finalement sucrée / Celle qui explique toute la nuit le sens de son court métrage hyper-hermétique inspiré par la lecture du Talmud et de Paulo Coelho / Ceux qui parlent volontiers pour les tables voisines / Celui qui connaît par leur prénom tous les membres du jury dont il ne sait pas qu’ils ne visionneront même pas son film / Celle qui exagère un peu quand elle prétend que sa fonction d’accessoiriste sur le dernier film du Danois la satisfait pleinement / Ceux qui se font tout un cinoche après avoir casé un projet de scénar à la télé allemande / Celui dont le prochain film-concept sera fait avec les rushes du précédent / Celle qui reçoit le Seigneur toutes les nuits et s’étonne le matin d’avoir les genoux en compote / Ceux qui gerbent dès qu’ils entendent le nom de Dieu / Celui qui se découvre un frère albanais fou come lui de Jim Morrison et capable de chanter divers chants populaires chinois / Celle qui a dû refaire sept fois la prise de la scène où elle a pouffé au lieu de sangloter / Ceux qui sortent du film de Godard en constatant gravement que c’est tout à fait du Godard / Celui qui fait tous les festivals pour on ne sait quels journaux qui ont d’ailleurs marre de sa prose imbibée par tous les cocktails où il se fait inviter / Celle qui se demande ce qu’est devenu le chien d’Une journée de Jacob Berger et ce que deviendra le chien Patriot du film Akadimia Platonos / Ceux qui ont déjà réservé leur chambre au Grand Hôtel pour le festival 2010 sans se douter que le Destin les attend en novembre 2009 au lieudit Le Virage de la Mort / Celui qui ne regarde jamais les films jusqu’au bout afin de pouvoir imaginer lui-même leur dénouement / Celle qui a menacé son ex d’arrêter le cinéma s’il n’arrêtait pas de fumer et qui a tenu parole / Ceux qui camouflent leur muflerie naturelle sous les dehors d’un cynisme blasé typique des critiques de cinéma germanophones et des attachés de presse désabusés, etc.

(Notes prise dans le train de retour du Festival de Locarno 2009)

19:03 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma

Bilan avant terme

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Le grand écart d’une fête du cinéma en quête d’un nouveau souffle: la 62e édition du Festival international du film de Locarno s’achève aujourd’hui. Profuse, passionnante et conviviale, mais sans grandes révélations, sur fond de mal-être mondial… et bernois. Révérence à Frédéric Maire…

« Cette fois nous n’aurons pas droit à l’erreur », déclarait Frédéric Maire à 24Heures en présentant la quatrième et dernière édition dont il aura assumé la direction artistique depuis 2006, avant de reprendre celle de la Cinémathèque suisse en octobre prochain. Chaleureusement applaudi chaque fois qu’il présente un film au public, sur la Piazza Grande ou en salle, le polyglotte à dégaine d’amical plantigrade aura marqué son «règne» en acclimatant des goûts parfois opposés, en 2009 plus que jamais. L’image du zizanique Pippo Delbono, invité d’honneur, assistant à la parade du Pokémon Pikatchu, sifflé par les « purs » de la Piazza, résume bien le grand écart récurrent de la programmation, dont les «erreurs» ont été discutées.
Inégale Piazza…
Sur la Piazza Grande, souvent dite la plus belle salle de projection du monde, le (plaisant) film d’ouverture, (500) Days of Summer de Marc Webb, autant que la nuit des mangas (public clairsemé) ou La valle delle ombre, du réalisateur tessinois Mihaly Györki cafouillant un peu dans le folk helvético-fantastique, ont été les plus critiqués. Mais le lieu a fait le plein la plupart du temps, sauf deux soirs de furieuse pluie…

Côté compétition internationale, la sélection a révélé des films souvent «plombés » par un mal-être mondial, mais ce reflet de la création contemporaine peut-il être imputé au Festival ? La prédominance des films-témoins, au détriment de fictions novatrices, est pourtant un fait. Par ailleurs, la compétition des Cinéastes du Présent et des Léopards de demain (courts métrages de la relève) ne cesse de gagner du terrain de manière significative. Dans un cas comme dans l’autre, cette fenêtre sur la création internationale échappant aux standards du succès commercial est intéressante pour les réalisateurs autant que pour le public curieux, qui a découvert en outre, cette année, le monde foisonnant des mangas.

Dans l’esprit de Locarno
Si certains choix de Frédéric Maire et de son équipe peuvent se discuter, ce qu’on a dit « l’esprit de Locarno », rappelé à l’ouverture par le Président  Marco Solari, a été globalement défendu au fil de cette 62e édition, dont les salles pleines sont le meilleur « juge ».
Or le public de Locarno devrait, lui aussi, mériter un Léopard collectif. Ni consommateur moutonnier ni sectaire intellocrate, il fait de ce festival une manifestation à part. Locarno ne sera jamais Cannes, et l’impatience de Nicolas Bideau devant son manque de « glamour » fait déjà figure de fantasme dépassé, alors même qu’on peut se réjouir de l’attention nouvelle portée à la manifestation via le Prix Variety Piazza Grande décerné depuis l’an passé par la prestigieuse revue américaine…

À ce soir le palmarès. À demain le prochain (re)bond du léopard, au goût d’Olivier Père…

LocarnoGiulia.jpgLa Suisse des créateurs
À en croire Jean-Frédéric Jauslin, chef de l’Office fédéral de la culture et chaperon de Nicolas Bideau, lui-même chaperonné par Pascal Couchepin, le cinéma suisse se pterait bien. Le producteur lausannois Robert Boner, grand routard de la profession et en guerre contre Monsieur Cinéma, est beaucoup moins optimiste. Malgré le pitoyable spectacle de ces bisbilles, nous aurons découvert quelques bons films suisses à Locarno. Sur la Piazza Grande, ce fut le nouvel opus de Christoph Schaub, Giulia’s Verschwinden, comédie tendre et drôle d’écriture un peu lisse mais servie par un dialogue magistral de Martin Suter et d’excellents interprètes. «Populaire de qualité »... Et Complices, le premier long métrage de Frédéric Mermoud, seul en compétition, satisfait à la même formule simplette dans le genre polar, avec une forme plus originale et un regard plus aigu sur les dérives de jeunes desperados. Autre réalisation largement reconnue, et gratifiée du Prix de la presse tessinoise : The Marsdreamers de Richard Dindo, maître lui aussi de l’ancienne garde qui a dû passer un véritable examen de débutant, à Berne, avant d’obtenir une aide pour ce flamboyant documentaire… Mais oui, le cinéma suisse existe, grâce surtout à ses créateurs…

LocarnoPlatonos1.jpgQuels léopards à l’arrivée ?
Un léopard d’or couronnant un film que le public ne verra pas a-t-il un sens ? C’est la question qui a été posée à propos des deux derniers lauréats de la compétition internationale. Or peut-on sortir, en 2009, de cette difficulté ? Ce serait possible avec une comédie irrésistible, à la fois truculente et très subtile dans son observation, de la xénophobie ordinaire engendrée par les mélanges de population : Akadimia Platonos, de Filippos Tsitos. Dans un quartier populaire athénien, quelques glandeurs quadras et quinquas distillent leur venin contre les Albanais du coin, tandis que les Chinois colonisent la place. Et voici que Stavros, aussi chauvin grec qu’amateur de rock, apprend que sa vieille mère parle l’albanais et qu’il a un frère, lui aussi amateur de rock… Proche du premier Kusturica et de Stephen Frears ou Ken Loach, avec un regard très pénétrant et subtil, Filippos Tsitos a conquis le public. Côté Cinéastes du présent, Piombo fuso de Stefano Savona, conjuguant reportage et création, a également impressionné par sa ressaisie de la tragédie de Gaza vécue du coté des civils immolés. Enfin, au nombre des courts métrages, nous aurons relevé le magnifique Love in vain du Finnois Mikko Myllyahti, et le poème cinématographique déchirant de l’Argentin Igor Galuk, dans Tuneles en el Rio. Verdict ce soir sur la Piazza Grande…

10:58 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma