
Livre
-
Au tour du corps
Carnets du veilleur.1. Premiers signes, signaux et alertes, l’escalier vers un nouveau travail au bord du ciel...L’on peut en sourire ou grimacer d'humiliation: c’est pareil, c’est là, marque du Temps, gêne de sous le drap et courbatures d'avant l'aube, douleurs plus vives ensuite selon l'âge et les moments, et cela voudrait dire quelque chose - telle est la première évidence liée aux alertes initiales, cela râle au tréfonds, cela éructe et cela tousse, cela tend à déchirer le silence mais en deçà ou au-delà des mots et de tout langage articulé, bref le corps n’en peut plus de se taire et demande qu’on l’écoute, et déjà l’on pressent que ce sera tout un nouveau travail dès le premier obstacle du matin avec la montée vers le café et le travail hanté par l’obsession de tous les jours de trébucher dans le putain d'escalier dont les marches ne cessent, d’être ou de paraître plus hautes - mais la seule pensée du ciel s'accorde sereinement au silence du corps...2. Ce que cela demande et ce que cela raconte...Le premier travail relèvera d'un inventaire : telle est ma conviction remontant très loin selon l’expérience de ma mémoire qui date l'épisode à ma première opération d’enfant, l'année de la mort de Staline - l'enfant confronté à sa première chambre d’hôpital ou reposent et s'agitent une vingtaine de garçons en chemises indiscrètes (on voit les culs quand ils se lèvent), ensuite l'odeur de l’hôpital sera toujours la même mais la vision des grands blessés du pavillon de traumatologie de l’hôpital cantonal, à la fin des années 60, me restera comme l’image ineffaçable du silence assourdissant des corps des autres soumis à la torture - et toujours et encore la douleur des autres me fera souffrir plus que la mienne à jamais compensée par la présence, au bord du ciel, d'un livre à portée de main - Montesquieu (1684-1735) , l’entendait d’ailleurs ainsi...Peinture: Robert Indermaur. -
Carnets du veilleur
(Aux éveillé(e)s et aux bienveillant(e)s)À La Désirade, ce 31 juillet 2026. - Le choc émotionnel lié à un film vu hier soir - intitulé Un 22 juillet et consacré au massacre d'une septantaine de jeunes Norvégiens, en 2011, par le néofasciste Anders Breivik - et la répercussion de celui-ci, dans un rêve extrêmement détaillé traitant de la réparation de ce qui ne va pas dans le monde à l' exclusion de toute violence révolutionnaire ou terroriste -, sont à l’origine de ma décision de ce matin – pas un nuage sur le lac et les montagnes d’en face sont juste voilées par une brume estivale – de tenir une nouvelle série de journaliers où je développerai mes idées épurées de toute idéologie, au fil de mes lectures et de mes rencontres - un nouveau carnet qui portera le titre de Carnets du veilleur...À la Désirade, ce 1er août 2026. - J’ouvre, ici, et maintenant, ce nouveau carnet que j’ai imaginé d’un veilleur d’aujourd’hui, dédié aux éveillé(e)s et aux bienveillant(e)s, tels étant les camarades de mon parti excluant l’esprit partisan, dont les figures tutélaires seraient un Charles-Albert Cingria et un Anton Pavlovich Tchekhov, le psalmiste et le frère humain...Ces notes d’ailleurs seront ce que mes notes ont toujours été depuis la fin des années 60, en ma première vingtaine, à savoir les notes d'un éveillé porté à la bienveillance, en dépit de son âge soumis à la confusion des sentiments - le premier des grands éveillés en lequel j’ai reconnu un maître à sentir autant qu’ à penser, étant Albert Camus dont à 16 ans j’ai mémorisé la formidable prose lyrique du Vent à Djemila - sa récitation publique m'ayant valu un prix de l’orateur en 1963.Le mufle chauve. - La répulsion quasi épidémique que m'inspire, non pas l’écrivain, mais le personnage de Gabriel Matzneff ou plus précisément sa personne, n’est pas tant liée à son état de pédophile – il préfère se qualifier de philopède, croyant que cela fait plus chic – mais à sa muflerie de ponte des lettres au-dessus de toute critique et à son crâne excessivement chauve jusqu’à l’obscénité du lombric bipède qu'aucun bonnet de coton ne suffit à occulter...Or la réapparition, ce soir sur YouTube, dudit mufle chauve assis à la table des invités de Bernard Pivot, à l’enseigne d’Apostrophes dont une brave séquence de l’édition se trouve insérée au fil du long entretien avec Alain Bauer consacré à l’affaire Epstein, m’a fait prendre conscience du fait que mon rejet de Matzneff relève d’une seule question de goût - comme lui-même affirme que violer des enfants khmères ou thaïlandais de 10 ou 12 ans n’est en somme qu’une question de goût, et partagé par ceux-là à ce qu’il prétend outrageusement.Mais peut-on s’en prendre à un homme de goût qui a signé d’aussi bons livres - je le reconnais pour le avoir parfois appréciés avant la plongée dans la médiocrité satisfaite des carnets du pédolâtre - que Nous n’irons plus au Luxembourg, Ivre du vin perdu, ou L’archange aux pieds fourchus, entre pas mal d'autres ? À cette question, d'innombrables téléspectateurs ont répondu en mitraillant Denise Bombardier, l’accusatrice de Matzneff sur le plateau d’Apostrophes, la taxant de mal baisée ou de nullité provinciale, avec le renfort de diverses éminences parisiennes tels un Beigbeder ou une Josyane Savigneau se la jouant beaux esprits à la coule.Juger Gabriel Matzneff pour sa philopédie n'est pas du tout mon truc, pas plus que juger Montherlant ou Klaus Mann, Oscar Wilde ou le Charlus de Proust s'en prenant à un môme de moins de dix ans (on se rappelle la confidence outrée de Jupien), mais que Monsieur l'Auteur se disculpe au titre d'Auteur, précisément, en accablant ses semblables pédophiles de mépris - à eux la police, à lui l'absolution - m'est aussi insupportable que d'entrevoir sa calvitie et de constater une fois de plus sa muflerie policée, et dans la foulée me revient la tentative d'un Richard Millet de faire passer Anders Breivik pour un artiste tant son crime relevait des beaux-arts à la Thomas de Quincey - ah l'imbécillité crasse des écrivains , parfois, jusqu'aux plus stylés...
-
Je me souviens de La Doulou

(Pour ceux qui savent ce qu'elle est, et surtout pour les autres))Je me souviens de ce qu’on m’a dit des cris de douleur de mon frère aîné, renversé par une voiture sur la Route d’En Haut et que j’étais trop petit pour visiter au pavillon de traumatologie avec notre mère « dans tous ses états »…
°°°
Je me souviens, plus encore que de la lecture du Petit Chose et des Lettres de mon moulin, de celle de La Doulou d’un Alphonse Daudet marquée au fer rouge de la torture quotidienne…
°°°
Je me souviens de l’air désolé de notre père, dans les périodes les plus dures de sa maladie, et de son air de s’excuser de « déranger »…
°°°
Je me souviens de la grande salle de l’hôpital cantonal aux vingt-cinq lits de petits lascars dont les plus mal en point étaient les moins bruyants…
°°°
Je me souviens de la douleur muette émanant du visage de cire fondue du petit Toupie, mon camarade de classe leucémique plus habile que moi au jeu du Mikado, auquel j’offris, lors de ma visite que je ne savais pas être la dernière, un Argus bleu ciel pour sa collection de papillons…
°°°
Je me souviens des rugissements de fureur et des hurlements de détresse quasi enfantine de mon vieux voisin de box, aux urgences du CHUV en je ne sais plus quelle année, auquel on venait d’apprendre en pleine nuit qu’on allait l’amputer de sa jambe déjà gagnée par la gangrène, et de son lit vide le lendemain matin.
°°°
Je me souviens, au lendemain de l’accident de moto qui m’amena inconscient au pavillon de traumatologie de l’ancien hôpital cantonal, de la douleur impuissante que j’éprouvai en découvrant l’état de mes jeunes voisins de chambre dont beaucoup ne marcheraient plus jamais – et la vision terrifiante de celui d’entre eux qui passait ses journées à plat ventre dont le dos nu sculpural était celui d’un athlète apprécié de sa société de gymnastique…
°°°
Je me souviens de la lecture de J’ai saigné, évoquant sous la plume de Blaise Cendrars la fin atoce de son jeune voisin de chambre, et du discours imbécile du gradé lui expliquant en passant que son martyre lui était offert par La France…°°°
Je me souviens de la phase consternante de Ramuz, bien au cocon dans sa chambre de littérateur, au moment même où Cendrars se fait amputer, qui dit comme ça que oui, que c’est terrible, ces jeunes qui meurent de l’autre côté des frontières, mais qu’en somme savoir qu’ils meurent est presque aussi douloureux que mourir soi-même , n’est-ce pas…
°°°
Je me souviens de ce que je ne souvenais de rien quand mes camarades m’ont ramassé au pied des trente premiers mètres de la première longueur de l’arête W de l’Aiguille Purtscheller après un chute opportunément adoucie par la neige…°°°
Je me souviens de l’effroi paralysant que j’éprouvai après le téléphone d’Hèlène m’apprenant, à mon bureau de chef de la culturelle du Matin, ce 16 août 1985, que mon ami Reynald n’était pas rentré de la course que nous devions faire ensemble au Mont Dolent et qu’il avait finalement décidé de faire seul…
°°°
Je me souviens du long silence et des larmes que nous avons partagés au sommet du Dolent, un mois près la mort de Reynald, avant que nous ne balancions ses cendres dans la face glaciaire par grand beau temps...
°°°
Je me souviens du corps prêt à être lavé de notre père, et de notre mère désignant ses multiples hématomes comme les stigmates d’un long martyre...°°°
Je me souviens de la remarque de mon ami Dimitri, des mois après le grave accident qui lui valut des souffrances extrêmes, selon laquelle il lui avait fallu cette épreuve pour concevoir les douleurs du Christ sur la croix…°°°
Je me souviens du regard un peu étonné de notre petite Sophie dans la nuit de son premier faux croup…°°°
Je me souviens des éclats de rire argentins de la petite Louise à laquelle nous avions offert un Pégase bleu à crinière violette volant crânement au-dessus de son lit de douleurs à quelques semaines de sa mort annoncée…°°°
Je me souviens que c’est grâce à l’immobiiisation forcée due à mon accident de moto que j’ai écrit mon premier livre en trois mois…°°°
Je me souviens avec une extrême précision de chaque souffrance morale que j’ai pu infliger à ceux que j’aime, je me souviens aussi de leurs occasionnelles douleurs physiques, sans avoir rien retenu des miennes que le surcroît de lucidité et d’attention reconnaissante que mérite la bonne vie…
°°°
Je me souviens que nous aurons bien ri, certain soir à Cetona, au fin fond de la Toscane, quand Guido Ceronetti m’a lancé de sa voix aiguë et grave la fois : «La vie est vache !» , et que je lui ai répondu selon le code millénaire: «Mais rien ne vaut la vie !»…Sur La Doulou…
La Doulou d'Alphonse Daudet est l'un des rares ouvrages traitant directement et uniquement de la douleur physique. Le courage consiste à ne pas effrayer les autres.
Du jour où la Douleur est entrée dans ma vie…
A quoi ça sert, les mots ? Ils arrivent quand c’est fini, apaisé. Ils parlent de souvenirs, impuissants ou menteurs...
Douleur toujours nouvelle pour moi et qui se banalise pour eux. Ils s’y habituent, moi pas…Croissance morale et intellectuelle par la douleur, mais jusqu'à un certain point.
Extraits
Retour de la douche avec X, un malade de la tête, que je réconforte — que je « frictionne » en chemin, pour le plaisir si humain de me faire de la chaleur à moi-même.… du jour où la Douleur est entrée dans ma vie…
Ce que j’ai souffert hier soir — le talon et les côtes ! La torture… pas de mots pour rendre ça, il faut des cris.
D’abord, à quoi ça sert, les mots, pour tout ce qu’il y a de vraiment senti en douleur (comme en passion) ? Ils arrivent quand c’est fini, apaisé. Ils parlent de souvenir, impuissants ou menteurs.Pas d’idée générale sur la douleur. Chaque patient fait la sienne, et le mal varie, comme la voix du chanteur, selon l’acoustique de la salle.
Douleur toujours nouvelle pour celui qui souffre et qui se banalise pour l’entourage. Tous s’y habitueront, excepté moi.
Douleur qui se glisse partout, dans ma vision, mes sensations, mon jugement ; c’est une infiltration.
Et j’imaginais une conversation de Jésus avec les deux larrons sur la Douleur.
Dans ma pauvre carcasse creusée, vidée par l’anémie, la douleur retentit comme la voix dans un logis sans meubles ni tentures. Des jours, de longs jours où il n’y a plus rien de vivant en moi que le souffrir.
Ecrit pendant l’une de ces crises.
Croissance morale et intellectuelle par la douleur, mais jusqu'à un certain point.
La lutte, ce qu’il y a de plus affreux. Au moins, le jour où il n’y a plus moyen de bouger…
Mon sosie. L’homme dont le mal se rapproche le plus du vôtre. Comme on l’aime, comme on le fait parler. Moi, j’en ai deux : un peintre italien, un conseiller à la Cour d’appel, qui, à eux deux, sont ma souffrance.
Des enfants malades. Causé avec un petit. Certaine fierté dans ses douleurs. (Fragilité des os).
Mais je souffre, moi aussi, et en ce moment ; mais j’ai pris l’habitude de garder mes souffrances pour moi ; quand la crise est trop forte et que je me laisse aller à une plainte un peu vive, c’est un tel bouleversement autour de moi ! « Qu’est-ce que tu as ? D’où souffres-tu ? » Il faut avouer que c’est toujours la même chose et qu’on serait en droit de nous dire : « Oh ! alors, si ce n’est que ça ! »
Car cette douleur, toujours nouvelle pour nous, notre entourage y est habitué, elle deviendrait vite une fatigue pour tout le monde, même pour ceux qui nous aiment le plus. La pitié s’émousse. Aussi, ne serait-ce par générosité, c’est par fierté que je retiendrais mes plaintes, pour ne jamais lire dans les yeux les plus chers la fatigue ou l’ennui.
-
La beauté sur la terre
Carnets de Thierry Vernet
Thierry Vernet s’est éteint au soir du 1er octobre 1993, à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer. Genevois d’origine, le peintre avait vécu à Belleville depuis 1958 avec Floristella Stephani, son épouse, artiste peintre elle aussi. Thierry Vernet avait été le compagnon de route de Nicolas Bouvier durant le long périple que celui-ci évoque dans L’Usage du monde, précisément illustré par Vernet.
A part son œuvre peint, considérable, Thierry Vernet a laissé des carnets, tenus entre sa trente-troisième année et les derniers jours de sa vie, qui constituent une somme de notations souvent pénétrantes sur l’art et la vie.
« La beauté est ce qui abolit le temps »
« Je ne sais pas qui je suis, mais mes tableaux, eux, le savent ».
« Mille distractions nous sollicitent. La radio, le bruit, le cinéma, les journaux Autrefois on devait être face à face avec son démon, on devait patiemment élucider son mystère. Maintenant, vite, entre deux distractions, on doit tout dire, avec brio de chic, faire son œuvre en coup de vent. A moins… à moins de résister aux distractions ».
« L’Art commence quand, après une longue et patiente partie d’échecs, d’un coup de genou sous la table on fait tout valser ».
« D’heureux malgré le doute, arriver à être heureux à cause du doute ».
« Faire la planche sur le fleuve du Temps ».
« C’est dans les larmes qu’on parvient à la géométrie ».
« Aux gens normaux le miracle est interdit ».
« Il suffit de voir qui réussit, et auprès de qui, pour être rassuré et encouragé ».
« Nous vivons, en ce temps, sous la théocratie de l’argent ; et malgré soi on sacrifie de façon permanente à ce culte hideux ».
« D’ailleurs c’est bien simple : ou bien les hommes sont ouverts, autrement dit infinis, ou bien ils sont fermés, finis, et dans ce cas on peut les empiler. Ou en faire n’importe quoi ».
« Nous qui avons une patte restée coincée dans le tiroir de l’adolescence, nous en garderons toujours, sous nos rides, quelque chose ».
« D’abord la sensation est souveraine, ensuite le tableau est souverain. Entre ces deux souveraientés, il y a la révolution ».
« Dieu est éternel, le diable est sempiternel ».
« En matière de peinture, la lumière n'a rien à voir avec l’éclairage ».
« Quand son corps devient infréquentable, il convient de le servir poliment, juste ce qu’il demande, et de penser à autre chose, avec enthousiasme ».
« Les visages : des ampoules électriques plus ou moins allumées ».
« Les gens de la rue sont des bouteilles, des quilles, les automobiles des savons échappées de mains maladroites ; Dieu que le monde est beau ! »
« Monsieur Pomarède, mon voisin retraité de la rue des Cascades, me voyant porter un châssis, me dit : « Vous faites de la peinture, c’est bien, ça occupe ! »
« Une forme doit avoir les yeux ouverts et le cul fermé ».
« Je me bats, et il est normal qu’à la guerre on prenne des coups ».
« Ajouter ne serait-ce que sur 10cm2 un peu de beauté au monde, ce qui diminuera d’autant et probablement bien plus de sa laideur ».
« Si l’on tue en soi-même l’espérance du Paradis, on n’hérite que de l’Enfer. C’est, me semble-t-il, le choix de notre civilisation ».
« La foi en le vraisemblable ne nous sauvera pas de grand-chose ».
« Votre société s’ingénie à rendre le désespoir attrayant ».
« La mort, ma mort, je veux la faire chier un max à attendre devant ma porte, à piétiner le paillasson. Mais quand il sera manifeste que le temps est venu de la faire entrer, je lui offrirai le thé et la recevrai cordialement ».
« Je suis un chiffon sale présentement dans la machine à laver. Lâche, hypocrite, flagorneur, luxurieux, cédant au moindre zéphyr de mes désirs et tentations diverses, comptant sur un sourire et mes acquiescements pour conquérir quelques cœurs utiles (et cela enfant déjà pour « m’en tirer » !). La machine à laver à de quoi faire. Mieux vaut tard que jamais.
Le 4 septembre 1993, et ce fut sa dernière inscription, Thierry Vernet notait enfin ceci : « Je peins ce que je crois avoir vu. 4/5 de mon élan m’attache à notre vie et à tout ce qu’elle nous donne de merveilleux, mais 1/5 m’attire vers la vie éternelle d’où tant de bras se tendent pour m’accueillir ».À lire aussi: Correspondance des routes croisées, de Nicolas Bouvier et Thierry Vernet (1946-1964), fabuleux "roman" dialogué d'une amitié.
-
Fraternel Jean Vuilleumier

Auteur d’une œuvre romanesque aussi importante qu’inaperçue, le critique et romancier genevois s’est éteint dans sa 79e année, en juin 2012. Hommage à un frère humain,
« L’écrivain écrit par besoin, voilà qui semble généralement admis. Mais quelle est la nature de ce besoin ? Face à la souffrance du monde, quelle peut être sa légitimité ». Ainsi Jean Vuilleumier commençait-il de répondre, il y a quarante ans de ça, à la question « Pourquoi j’écris ? » que lui avait posée Franck Jotterand au fil d’une série publiée par la Gazette littéraire, publiée en recueil en 1971. Au terme de sa réponse, le Vuilleumier trentenaire concluait en ces termes applicables à toute son œuvre ultérieure : « Le besoin d’écrire répond à quelques questions essentielles. Mais le meurtre et l’injustice ne renvoient pas à l’ailleurs de la guerre ou de la révolution.Ils sont perpétrés ici, chaque jour, dans le texte des vies les plus banales. (…) C’est aux confins du silence, au bord d’un vertige toujours suspendu, que l’écriture peut se permettre de surgir, sans illusion ni emphase, rachetée, si elle doit l’être, par la conscience de sa dérisoire insuffisance ».
À l’époque où il écrivait ces mots, Jean Vuilleumier dirigeait les pages littéraires de la Tribune de Genève. Avec Georges Anex et quelques autres, c’était alors l’un des chroniqueurs les plus attentifs de la littérature française et romande. Il n’avait que deux romans à son actif : Le Mal été (L’Age d’Homme, 1968) et Le Rideau noir (L’Aire/Rencontre, 1970), mais sa réflexion oriente toute son œuvre ultérieure. Il était en outre déjà proche de Georges Haldas, dont il partageait l’attention aux « vies perdues », la révolte contre un monde de plus en plus déshumanisé et superficiel, et le goût de la bonne cuisine. Or, une année après la mort tragique de Vladimir Dimitrijevic, qui publia tous ses livres avec la complicité de Claude Frochaux, sa disparition est l’occasion de rendre hommage à un homme discret et à son œuvre comptant plus de trente romans et récits dont l’ensemble constitue la fresque minutieuse et pointilliste d’un univers soumis à ce que Peter Handke (auquel il ressemble parfois) appelait « le poids du monde »
Le meurtre derrière les géraniums
Lorsque Jean Vuilleumier se demande, à 35 ans, ce que l’écrivain peut « face à la souffrance humaine», il ne se paie pas de mots. Nous l’avons vu bouleversé par la tragédie des moines trappistes de Tibéhirine, massacrés par un groupe islamiste en 1996, qu’il évoque dans un livre, mais la plupart de ses romans modulent une souffrance plus intime et quotidienne, et de pauvres drames que Georges Haldas disait relever du « meurtre sous les géraniums ». De L’écorchement (Prix Rambert 1974) au Combat souterrain (Prix des écrivains de Genève 1975) ou au Simulacre (Prix Schiller 1978), et dans les vingt-cinq livres suivants, l’écrivain genevois poursuit l’observation clinique de tous nos asservissements quotidiens, nos faillites, nos engluements, notre torpeur ou nos velléités d’action généreuse - notre aspiration à « être plus » malgré tout. Analyste lucide d’un certain syndrome d’impuissance paralysant beaucoup d’auteurs romands, sous l’effet de ce qu’il appelle Le complexe d’Amiel (L’Âge d’Homme, 1985), Jean Vuilleumier incarnait lui aussi, à sa façon, une « conscience malheureuse », dont le délivrait pourtant un intense désir de lumière et de pureté qui l’a fait se passionner pour les « silencieux » et les mystiques.
L’homme était débonnaire et gentiment marié, Pécuchet souriant aux côtés du fulminant Bouvard qu’incarnait son ami Haldas, auquel il consacra un ouvrage référentiel : George Haldas ou l’Etat de poésie (L’Age d’Homme 1985). Le critique littéraire de La Tribune de Genève n’a pas connu de successeur de sa qualité. L’écrivain reste à découvrir, pour beaucoup, dans ses livres sans pareils.
-
Ces dames au cœur vert
Les Bonnes Dames, par Bruno Pellegrino
Il y a des livres dont on peine à expliquer pourquoi on les aime. Le sujet qui nous touche, le style qui résonne de façon particulière, avec une certaine justesse de ton, la manière dont le récit est mené, oui, mais on sent que l’on aime ce livre pour d’autres raisons, sans pouvoir les expliquer – de ces raisons qui se ressentent, qui ne s’analysent pas. C’est le cas du dernier roman de Jean-Louis Kuffer, Les Bonnes dames. Depuis Le Viol de l’Ange en 1997, l’auteur n’avait plus publié de roman. C’est avec bonheur qu’il revient à ce genre – après avoir écrit des nouvelles et s’être attaché à la publication de ses carnets –, avec l’histoire en trois parties de trois vieilles femmes qui effectuent trois voyages.
Il y a Clara la philosophe, craintive et prudente, adepte de la formule bien vaudoise du « mais mais mais », qui pense très souvent à son cher et regretté Paul-Louis. Sa sœur, Lena, qui a passé sa vie à porter secours aux orphelins, qui n’en est pas moins toujours gaie et décidée à « faire de son mieux jusqu’au bout ». Enfin Marieke, la « fofolle » hollandaise, qui trouve qu’ « en France, cela ondule mieux qu’en Suisse ». Trois femmes dont les vies sont, pour la plus grande partie, derrière elles, mais qui ne s’avouent pas vaincues pour autant ; trois femmes qui portent avec elles leurs deuils, leurs regrets, leurs souvenirs (lorsque ceux-ci n’ont pas glissé dans un trou de mémoire) ; en somme, trois vieilles dames comme on en connaît tous, et pourtant on est ici bien loin de la caricature.
Le livre s’ouvre sur un premier voyage, une excursion que font Clara et Marieke « de l’autre côté » du Léman, en France voisine ; un épisode plein d’humour qui annonce, en miniature, le second voyage : des vacances à trois en Egypte, pour réaliser ce vieux rêve, et puis se prouver que l’on en est encore capable. Le troisième voyage, lui aussi à destination de « l’autre côté », ne s’effectue qu’en solitaire. D’abord Clara, puis Marieke : les vieilles dames meurent. Reste Lena, qui « baisse », certes, mais qui se dit qu’elle n’a rien à regretter : « Je dois l’avoir un peu cherché, d’être restée simplement ce que j’ai toujours été. »
Cependant, ce n’est pas autant dans les événements racontés que réside l’intérêt de ce livre (dont le contenu latent important – foule de détails, de références – laisse penser qu’il aurait pu être largement plus développé), que dans la manière dont ils sont rapportés, notamment par un discours indirect très présent dans tout le texte, qui reproduit les expressions et intonations de ces vieilles dames. Ainsi rendus, les personnages (qui sont, on le sent, et l’auteur d’ailleurs ne s’en cache pas, largement inspirés de personnes existantes) n’en deviennent que plus familiers, plus vrais – réels et sincères.
Aussi bien dans Les Bonnes dames que dans Le Viol de l’Ange, Jean-Louis Kuffer porte un certain regard sur le monde, qu’il transmet notamment à travers l’un des personnages, romancier, qui écrit le texte qu’on lit, au fur et à mesure. Il en résulte une sorte de vertige, une efficace mise en abyme, qui ancre encore plus le roman dans la réalité, lui donne un poids particulier. De même, il y a cette intention de faire sentir la multitude de choses qui se jouent simultanément dans le monde, les pensées qui germent dans des têtes différentes, en des endroits différents, au même moment ; ce qui se noue quelque part, ce qui se résout ailleurs, ceux qui vont se coucher pendant que d’autres se lèvent… Une façon de percevoir la société d’aujourd’hui, où tout le monde peut tout savoir sur tout le monde, et où l’on n’a pourtant jamais aussi peu connu ses propres voisins.
Les bonnes dames ont traversé le XXème siècle, et elles continuent à vivre avec ce temps qui n’est plus le leur, ouvertes à l’homosexualité, à internet, aux SMS… Clara va « parfois jusqu’à voter socialiste », les statues de singes du Denantou lui rappellent les membres du Conseil fédéral, à qui elle a d’ailleurs « fait une lettre (…) pour le mettre en garde (…), une lettre de réclamation, pour l’aide aux vieux ». Jamais elles ne perdent leur intérêt pour le monde.
Mais sans considérer la lecture en filigrane qui peut s’en faire, ce texte est avant tout un roman, une histoire où trois bonnes dames nous montrent qu’il n’est jamais trop tard pour entreprendre, pour être jeune. Optimistes, battantes, révoltées et amoureuses de la vie, jusqu’au bout.
Finalement, si l’on aime certains livres pour des raisons difficiles à déterminer, c’est peut-être que cela tient tout simplement au regard de l’auteur, sa manière de nous décrire son monde. Un regard qui nous plaît, qui correspond au nôtre : en l’occurrence, le regard jeté sur ces femmes, tendre, bienveillant, et jeune, un regard qui traque l’humour et le drame, et le rend dans une langue vivante, une langue orale, de chair, qui, mieux que tout autre discours, permet à ces bonnes dames de s’incarner sur le papier et de poursuivre leur route, en compagnie de leurs morts retrouvés.
Jean-Louis Kuffer, Les Bonnes dames, Bernard Campiche Editeur, 2006, 160 pages. Http://www.campiche.ch
Bruno Pellegrino, 18 ans, vient de passer son bac. Cet article a paru dans le No 72 du Passe-Muraille
-
Balzac empereur de papier
Ce mercredi 20 mai. – Le journal de bord de l’humanité que constitue la Littérature avec une grande aile (l’image est de John Cower powys) s’est enrichi, le 20 mai 1799, d’une sorte d’empereur plumitif en la personne d’Honoré Balzac, qui s’ajouta lui-même une particule comme Napoléon se couronna lui-même – le futur grandgousier des lettres (la Comédie humaine compte au moins 140 titres) déclarant crânement que ce que le Corse n’avait pu accomplir avec l’épée le serait sous sa plume.Mais qui lit encore Balzac, s’enquiert alors l’imbécile préposé au Nivellement contemporain. Moi, répond fièrement notre amie la Profesorella, connue de ses étudiants de l’université de Pise (où elle, enfant maltraitée à la Dicken) tenait à mains sûres la chaire de littérature française, et elle le confirme aujourd’hui en octogénéreuse à l’eoil clir : moi j’ai lu TOUT Balzac, et parfois plusieurs fois si tu me cherches en détail…
Et pourquoi lire Balzac aujourd’ui ? demandait le courriériste littéraire Bernard Pivot à l’écrivain Michel Butor qui venait de consacrer TROIS ouvrages au même Titan comme on n’en fait plus. Parce que c’est intéressant.Ah bon, tu es en train de relire Les Trois mousquetaires ? Mais ça ne fait pas le poids, hein, à c’oté d’Illusions erdues, n’est-ce pas ? même si c’est intéressant bien plus qu’on ne le dit, et que, fort de ses plus de 400 romans, Dumas a lui aussi du monstre balzacien, auquel Pietro Citati, dans Le Mal absolu, le rattache en disant d’un Vautrin, comme Milady est l’incarnation du mal absolu au féminin, qu’il est bel et bien lui aussi une figure majeure du mal en sa dégaine de séducteur diabolique… -
Petite maison
Frères et sœurs(Chronique des tribus)60Avant l’apéro ses deux sœurs étaient apparues , ce jour-là où ils s’étaient retrouvés tous quatre, avec le conjoint de la puînée qu’on appellera Bob le débonnaires, coiffées l’une et l’autre avec un même chic dans le finish du brushing qu’on les eût dit apprêtées pour un concours, toutes deux pimpantes et rajeunies sous leur bref gazon capillaire - coupées courtes à la garçon mais à fines boucles sur le devant et nuances de teintures presque dorées chez la blonde aînée aux yeux verts et presque bleutées chez la plus brune mais sans rien de trop sophistiqué chez aucune des deux, disons sainement élégantes voire sport chic mais en douceur et comme en vraies sœurs complices quelques part, et tout le repas, bœuf bourguignon du bon Bob fin échanson par ailleurs, se passerait ainsi dans la même convivialité sans apprêt à parler d’un peu tout et d’un peu tous, des plus anciens aux plus jeunes de la smala se voyant de loin en loin sans trop de mariages ou d’enterrements à vue de nez proche et tant de souvenirs partagés partis de la maison et y revenant, casa plutôt heureuse en somme à l’image de leurs enfance de boomers de milieu moyen le plus souvent laissés libres de folâtrer par les près et les bois d’alentour - et tu te souviens de cette bedoume de Marijo ? Que oui lance Bob elle se prétendait mon béguin, et le grand Polo ? Ah l’actuaire Il a fait fortune ! Et le frère de Simon qui s’est pendu, ? Devenu prof de latin son père sevère prof de grec, et celle-la qui nous a fait un cancer, et l’autre voisin tout gentil qu’on ne savait pas homo comme ça s'est découvert, et la maraude dans les cerisiers, et le délire tout autour de tout ce nouveau bâti n'importe comment, j’te dis pas le prix de l’immobilier, mais t’as vu là-bas la petite maison dans la folie de béton - on dirait qu’elle tient bon mais jusqu’à quand ça faut pas rêver... Eh mais quoi ça va pas, toi, tu deviendrais pas rabat-joie ? -
Bacon

Leur cri dit une telle horreur
qu’aucun espace circonscrit,
chapelle vaticane ou palais babylonien,
ne peut le contenir sans la folle beauté
de la couleur à l’état pur...
Sur sa chaise électrique
le pape hurle à la vie,
tout à fait seul là-haut
dans ses marbres hallucinés,
et le chien martyrisé lui fait écho -
La mort n’est jamais invitée...
L’alcool fort et l’orgie de chair
illuminent le tableau.
L’atelier creuset de tout ça
est un bordel immonde,
mais de cette gadoue
est né l’enfant du monde... -
Nihilisme balnéaire
Régals mortels et autres velléités d'en finir...À La Désirade, ce mercredi 22 juillet. – Je nous observais hier, le Marquis et moi, d’un œil curieux frotté de malice ironique, sur la terrasse agréablement ombragée jouxtant le petit port de plaisance de Pully, à parler suicide et nihilisme en sirotant nos apéros (lui à la bière et moi à la Suze), à propos d’Albert Caraco et d’Emil Cioranescu dit Cioran, mais aussi de Roland Jaccard le disciple de celui-ci et qui se posait un peu en Caraco dilettante impatient de se supprimer à la fin des vacances), et je me disais in petto, après que les compères eurent passé commande de plats italiens - paccheri à la Sorrentina - à la serveuse asiatique, qu'il serait énorme que leurs voisins en tenues d’été, la plupart aux têtes blanches, les entendant «échanger» à propos de si graves sujets, se mêlassent au débat grave avec le point de vue de l’ancien fondé de pouvoir de telle ou telle banque prospère ou de la retraitée des postes aux fins de semaines souvent occupées à soulager ses filles de leur progéniture, sans parler de tous les autres clients de la terrasse supposés tenir à la vie ? Le concert que ça ferait !Dans la foulée, j’étais tenté de rappeler aux commensaux que c’était en ces lieux, d’autres étés, que, descendu de sa suite du Lausanne-Palace à huit cents balles la nuit, le regretté Roland venait passer ses après-midi à la piscine toute voisine et se déchaîner sur la table de ping-pong, en face de l’un ou l’autre des grands intellectuels locaux de ses amis (un Michel Thévoz ou un Etienne Barilier en caleçons décents) avant de se prélasser sur quelque solarium voisin me rappelant les étalages de nudités des entraîneuses du Tabaris ou du Brummel se faisant brunir avant le turbin au temps (années sixties) de notre adolescence où les plus cracks roulaient les mécaniques en slip minimum – notre façon à nous de ne pas en finir avec la bonne vie estivale… -
Encore une journée divine
À la Désirade, ce mardi 21 juillet. – Mal partout ce matin. Bémol à la joie quand les rotules grincent et lancinent comme les chevilles, que des fers à béton te cisaillent mollets et jarrets, et que le souffle s’essouffle à te courir après alors que tu te traînes à peine…La Nature n’a-t-elle donc trouvé aucun compromis entre le lombric et la gazelle dans la conception de nos articulations ? Du moins la joie te revient-elle sur ton balcon en forêt d’où comme chaque matin tu découvres le val suspendu et là-bas la rive arborée de Clarens et son cimetière où reposent Amiel et les Nabokov, le lac au-delà et l’ubac de Saint-Gingolph au pétillement d'infimes pastilles (les maisons des gens d’en face), puis la remontée des bois savoyards et là-haut le Château et les roches d’Oche sur lesquelles flotte un nuage de soie floche conforme à un début de journée d’été et que ne voient ni le ver solitaire ni la bondissante gazelle que rien ne distrait de sa quête de fraîches feuilles dans la savane lointaine...Ce midi rendez-vous avec le Marquis, mon ami cher depuis cinquante ans, et que je voussoie toujours malgré notre complicité à peu près totale, juste nuancée par nos éducations respectives (il est Français et catholique et je suis Helvète protestant), et là je me dis qu’à nous deux nous avons 163 ans et que c’est pas mal pour de vieux enfants mais une paille à la mesure des millénaires et des continents, et quel bol, quel pot d’avoir un ami avec qui parler sans se surveiller de tout ce qui nous chante, nous fait déchanter du monde immonde, et bien plus ardemment de tout ce qui nous enchante…(Soir) - J'ouvre tout à l'heure le Journal de Julien Green n'importe où et je tombe sur ces lignes: "La vie n'est jamais si belle que lorsqu'elle s'éloigne de ce qu'on appelle la vie. Que signifie dans l'éternité le Putsch de Hitler, les mutineries à bord de croiseurs anglais, la chute de la livre ? Tout est ailleurs. Rien n'est vrai que le balancement d'une branche dans le ciel". Or c'est exactement les mots que j'attendais ce soir après les moments d'épiphanie de la journée, même à midi sur la terrasse bondée du restau donnant sur le petit port, où nous parlions avec le Marquis de ce qu'a été le monde de nos aïeux et de ce qu'il est devenu, lui estimant que la perte est irrémédiable et moi protestant que nous ne savons pas ce qu'il en sera des enfants de nos enfants - lui se régalant de son plat italien et moi du mien tandis qu'un bambin se chamaillait avec un petit chien, etc. -
Musiques de l'enfance
Retours rêveurs à propos du Pain de Coucou de JLK...par Fabrice PatautC’est un monde en même temps dur et floconneux où l’on met volontiers une laine, où l’on croise des vélocipédistes, où tout du ciel aux champs se trouve d’un coup laqué par une averse de beau temps. Personne ici n’enfile un pull ou ne fait de bicyclette sous une pluie réparatrice. Que non. Nous sommes sur le terrain familier des plus innocentes nourritures terrestres, faites de plaisirs loufoques, de charmants petits gâteaux licencieux, de joues vermillon, de bons légumes et de messes moins ennuyeuses qu’il n’y paraît.Nous y sommes parce qu’un verbe simple nous y conduit, qui s’autorise parfois de discrets imparfaits du subjonctif et prend les allures d’une fable pleine d’une belle tendresse, sans paraboles ni plaidoiries.Le Bon Dieu à barbe blanche et l’odieux Ponce Pilate sont ses habitants au même titre qu’une sympathique Putzfrau, toute italienne dans le verbe, et une tante Greta qui recommande fermement la propreté des parties génitales, lequelles seront invisibles et aussi immatérielles que possible.La loi du Seigneur dont Grossvater fait grand cas en période de vacances est stricte, mais elle est pure, aussi. Un certain nombre de choses doivent l’être tout autant de manière que la pureté d’ici-bas, moindre parce que matérielle mais néanmoins désirable, soit fortifiée : l’alignement symétrique des chaussons avant le coucher, le nettoyage des parquets, la croix blanche du drapeau suisse.Il y a bien sûr, des résidents d’un autre genre dont l’ours en peluche, le mâni. N’a-t-il pas lui même un nom qui, bien que commun plutôt que propre, s’il n’est biblique, semble l’être, comme celui, disons… d’Ézechiel ? On le croirait sans difficulté.Tous se retrouvent dans la Stube, la chambre commune : on y parle, on y coud et lit le journal, on y rêve des bonnes friandises du Tea-Room, on y joue du piano, assez mal semble-t-il, mais con sentimento, ce qui excuse non sans verve toutes les fautes de style.Et puis, fatalement, après Grossvater et Grossmutter, on retourne à la Rouvraie où la semaine et le dimanche sont bien différents. Modernes, en quelque sorte, et décoré d’anachroniques fossiles : Bruno le guitariste, le hongrois Janos, alter ego rêvé sans succès sur les bancs de l’école, le très riche Monsieur de Warra, au nom inflexible et froidement exotique, avec son couple de lévriers et son imposante Cadillac.Il y a quelque chose de Chardin dans la douceur des lumières et le détail des objets moindres sortis de l’ombre, un goût pour l’éphémère qui persiste.On pensera sans cesse après avoir fermé à regret Le pain de Coucou, à la mort de Toupie, le nain pâle en duffle-coat malmené par ses camarades dans la cour de récréation, victime d’un caillot au cerveau. L’air de rien, JLK prend soin à ce propos de parler de curée. Il y a bien sûr la course, l’encerclement de la bête, l’expédition punitive répétée par goût pour la méchanceté. Mais aussi, quand le maître doit annoncer la mort du garçon le jour où personne ne l’a touché et demande à toute la classe de se lever pour faire silence, l’objet même de l’abjecte moquerie, et comme une partie de l’animal abattu dans ses affaires de classe esseulées sur le banc. La curée, en troisième lieu, est le moment de la distribution. Qui donc aura droit à un morceau de Toupie, ne serait-ce qu’une p’tite lichette ?JLK ne le dit pas. Les trois sens du mot circulent ici en toute liberté. Comme les abominations de l’enfance sont aussi nombreuses et répétitives que ses plus chers délices et que JLK sait être discret, il passe son chemin et nous laisse les goûter seuls. Ce sont les nôtres, bien sûr, le bien commun de l’humanité. Très injustement partagés, il faut bien dire, et qui, parce que le style y est, se transforment, impénitents, en œuvre d’art.F.P.Jean-Louis Kuffer, Le Pain de coucou, L'Âge d'homme, 1983. Prix Schiller. Réédité dans la collection Poche suisse. -
Ceux qui ont eu chaud

Celui qui y serait resté s’il n’avait pas été mis à l’ombre/ Celle dont le cœur de glace la protège des canicules et des amours torrides / Ceux qui restent climatosceptiques pour affirmer leur indépendance d’esprit confortée par un ventilateur ad hoc / Celui qui a tout le temps été en chaleur en dépit de son éducation darbyste / Celle qui a renoncé à ses vacances en Équateur / Ceux qui se les gèlent dans leur cercueil climatisé / Celui qui vous répète que Naomi Klein l’avait bien dit dans ses livres ce qui vous fait ni chaud ni froid / Celle qui réchauffe l’atmosphère de la salle de paroisse en ouvrant les fenêtres / Ceux qui ont une canicule d’avance sur la Hotline / Celui qui est trop cuit pour s’apercevoir de rien / Celle qui a vu le glacier fondre et s’en est plainte aux responsables quitte à jeter un froid / Ceux qui nous rappellent que les glaciations ont parfois commencé comme ça mais pas toujours / Celui qui a esquissé la classique danse de la pluie sur sa pelouse puis est allé se rafraîchir dans son living avec le non moins classique Martini on the rocks / Celle qui répète chauffe Marcel à ce Monsieur Proust que même ses filles déguisées en garçons laissent froid / Ceux que la canicule fatigue plus que le cunilinguisme / Celui qui se dégèle un hot-dog qu’il savoure dans sa chambre froide de légiste assermenté / Celle qui fait une gâterie au saint de glace / Ceux qui ne jurent que par les films de Clim Novak, etc.

-
Profondeurs de Simenon
À propos de La Chambre bleue, l'un des romans les plus purs de la série des "romans durs" en sa paradoxale douceur.À La Désirade, ce lundi 20 juillet.- Le bleu pur du ciel de ce matin convient à la fête de sainte Marina, bergère d’Antioche dont un préfet romain s’enticha non sans lui commander d’adorer ses dieux, ce qu’elle refusa au point d’être trempée dans l’huile bouillante et d’y périr en l’an 290, ainsi en allant-il des tribulations sous le ciel du plus pur azur qui, ce matin me ramène à La chambre bleue de Georges Simenon, qu’on pourrait dire le roman d’un homme à la fois innocent et par trop dépendant d’une maîtresse qui le possède et le pousse au crime par passion jamais vraiment partagée.
La chambre bleue est ce lieu d’une dualité élémentaire qu’on peut dire celle du sexe, lieu de refuge en plein jour et de menace latente, où la nuit du sexe apparaît entre les jambes impudiquement écartées d’une femme d’où coule encore le filet de semence de son amant, comme une preuve (pense-t-elle) de l’Amour les emportant tous deux pour toujours, croit-elle.Vous pouvez regarder ailleurs, mais cela revient au même, vous pouvez faire les innocents, comme on dit, ou vous pouvez juger ou condamner, peu importe, à vrai dire, d’ailleurs vous n’avez rien à dire, et ce que disent le juge ou le psychiatre, l’inspecteur de police ou le témoin ne compte guerre, aux yeux de Tony Falcone, à côté de celle qui se pose quand il se rappelle, de son enfance, que le contenu d’un sachet rempli de poudre bleue peut donner au linge un tel blanc.Quant à la chambre bleue, elle rappelle en somme le blanc de la conscience de Tony – sans parler des blancs de sa mémoire -, au lieu présent du plus grand plaisir qu’il ait jamais éprouvé., sans penser du tout (quand il y pense) que ce plaisir soit aussi grand que la vie ordinaire auprès de son épouse Gisèle et de leur fille, loin de la chambre bleue…La chambre bleue est le lieu oì se consomme la décision de la grande Andrée, fille de résistant que Tony n’a jamais touchée depuis leur enfance, à son dépit de femelle négligée, et qui l’attrape un soir et le prend littéralement et va le tenir en le flattant et le mordant en même temps. Or vous sentez d’avance que tout ça va mal finir. Il n’y a pas à proprement parlé de suspense mais les questions de l’inspecteur et du juge anticipent l’action et l’on comprend que ce qui se passe au présent est déjà du passé au regard du futur procès.Sacré Simenon ! La chambre bleue date de 1963, composée à Noland, au pays de Vaud. La plupart des Vaudois ont de Simenon une représentation sommaire d’auteur à succès à pipe débonnaire, sans rien de commun avec un grand écrivain à la manière, par exemple, d’un Marcel Proust. Or la chambre bleue, imaginée à quelques pas des eaux plates du Léman, est un roman bien plus substantiel et pénétrant qu’il n’y paraît d’abord, raconté d’une façon qui ne le cède en rien aux subtilités narratives du roman de la même époque qui se croyait le seul « nouveau ». D’une écriture qu’on a dit plate alors qu’elle n’est que limpide et lisible avec ses « mots-matière », ce récit d’un malentendu fondamental, dont le personnage rappelle de loin celui de L’étranger d’Albert Camus, à cela près qu’il tangue entre le piège de la passion et la fausse sécurité de la vie famillale ordinaire – jamais vécue par Meursault -,me semble l’un des meilleurs de la série des « romans durs » de Simenon en sa paradoxale douceur…
Images: peinture de Picasso et château d'Echandens, dit Noland. -
Proust au café
Proust chez Weber, par Léon DaudetLe café nous a donné l’exquis Verlaine et le grand et pur Moréas, le salon, Robert de Montesquiou et je ne sais combien de Muses inutiles ou comiques. Je me représente assez bien l’immortalité sous la forme d’une dame de comptoir, adressant à quelques clients de choix de petits signes plein de bienveillance.Vers 7 heures et demie arrivait chez Weber un jeune homme pâle, aux yeux de biche, suçant ou tripotant une moitié de sa moustache brune et tombante, entouré de lainages comme un bibelot chinois. Il demandait une grappe de raisin, un verre d’eau et déclarait qu’il venait de se lever, qu’il avait la grippe, qu’il s’allait recoucher, que le bruit lui faisait mal, jetait autour de lui des regards inquiets, puis moqueur, enfin de compte éclatait d’un rire enchanté et restait. Bientôt sortaient de ses lèvres, proférées sur un ton hésitant et hâtif, des remarques d’une extraordinaire nouveauté et des aperçus d’une finesse diabolique. Ses images imprévues voletaient à la cime des choses des gens, ainsi qu’une musique supérieure, comment on raconte qu’il arrivait à la taverne du Globe, entre les compagnons du divin Shakespeare. Il tenait de Mercutio et de Puck, suivant plusieurs pensées à la fois, agile à s’excuser d’être aimable, rongé de scrupules ironiques naturellement, complexe, frémissant et soyeux. C’était l’auteur de ce livre original, souvent ahurissant, plein de promesses : Du côté de chez Swann, c’était Marcel Proust... -
Flafla et piapia
Claironnée par les médias, la transition des éditions locales B.C, aux mains de l'aspirant éditeur A.B., poète à ses heures, tourne court avant sa première parution. Les nains de jardin ont fait mieux...Les médias ont fait tout un foin, il y a quelque temps, à propos de l’intenion de l’éditeur local B.C. septuagénaire, de transmettre la direction de sa maison à l’employé d’édition trentenaire A.B., poète à ses heures, après 40 ans d’activités et quelque 500 livres publiés.Dans l’ensemble, les médias, très élogieux à l’égard des éditions B.C., qu’ils ont généralement ignorées jusque-là à quelques exceptions personnelles près, se sont réjouis du transit annoncé entre le vieux B.C, et le jeune A.B. , conformément à l’idée reçue selon laquelle une jeune pousse incarne le renouveau au dam des vieilles branches.Or tout semblait baigner dans le ciel radieux de l’avenir quand nous avons appris, à l’insu des médias, que le projet claironné avait capoté à la suite de dissensions de plus en plus orageuses, ponctuées par toute une correspondance ou les services de Chat GPT semblent avoir joué un rôle déterminant, sur fond de dissensions relevant de la complexion nerveuse peu compatible des deux parties et plus encore de leur philosophie entreprenauriale et éditoriale - l’un plutôt vieille école locale misant de plus en plus sur le polar sympa et le récit de vie qui-vous concerne, et l’autre ne jurant que par le sujet porteur «banquable », le Marketing et le Coaching win-win d’auteurs (et autrices) relookés à l’international.Mais que fichent donc les médias ? -
Lumière de Verlaine
Ne lui parlez plus de larmes et n'en attendez pas de sa part, et quant aux crachats c'est comme les larmes: de la matière d'auréole, plus il était insulté et plus sa musique s'épurait, plus on le traînait dans la boue dont lui-même se saoulait à merci, et plus à son front de pierre affleurait comme une transparence de coeur et d'indulgence, à ses lèvres de nouveaux silences déchiffrés entre ses plus beaux vers - et qu'y a-t-il de plus beau que les vers de ce poète de caniveau ?Peinture George Rouault: Verlaine de faubourg, 1914. -
Folie des hauteurs

« Pour tout dire, et vous me connaissez, nous avait-elle lancé à la table dès l’apéro – la table qui, à part moi, ne la connaissait guère que par ses éditos dans Le Monde et par la célébrité de sa mère, alors qu’elle venait de publier un livre que j’étais le seul jusque-là à avoir chroniqué - écrire équivaut pour moi à me jeter du haut de la tour Eiffel », et j’avais pensé un peu perfidement, les yeux flottant sur son brushing et le verre d’Americano qu’elle avait en main : la Tour Eiffel ça te fait 330 mètres antennes comprises, mais même si tu je jettes du premier étage, à 57 mètres, tu risques d’y laisser ta plume, ma chère Claude…Claude S. était la fille de Nathalie S. la romancière super connue et encore très lue dans les collègs américains, mais le talent de Claude se concentrait dans l’exercice de la chronique, d’un spectre peut-être moins large que celles de son époux Jean-François R., et d’une inspiration spirituelle moins pure que celle des méditations très médiatisées de son beau-fils le moine bouddhiste Matthieu R. , mais enfin j’ai apprécié qu’à la fin du frichti haut de gamme , au Richemond, m’identifiant comme le mec qui avait écrit le papier le plus cool sur son livre, et malgré le gag de la tour Eiffel, Claude S. se serre contre moi et me prie de lui faire découvrir le jet d’eau de Genève et autres mauvais lieux de la cité de Calvin… -
De si bonnes nouvelles
Un coup de gueule d'Alexandre Voisard. Retour à Marcel Aymé. Un grand auteur snobé à redécouvrir fissa...À La Désirade, ce lundi 13 juillet. – L’agréable fraîcheur de ce matin, sur les hauts gazons, contraste avec la touffeur d’en bas, hier soir, dont je suis remonté pour me baigner les pieds à l’eau froide salée aux cristaux de la mer Morte, en lisant un fragment de carnets d’Alexandre Voisard qui recoupe en somme ma réflexion de ces jours sur les errances pompeuses de la Poësie poétique et de ses sectateurs divers: « Je ne supporte pas qu’on me convoque au nom de la poésie, comme on appelle les citoyens au nom de la Patrie. Je ne digère plus qu’on qu’on m’envoie « des sentiments fraternels en Poésie ». Ces impudeurs me dégoûtent. Que ces messieurs-dames d’abord se mettent au travail et qu’ils écrivent ce qu’ils ont à dire sans se contraindre à coller une étiquette sur leurs fioles. Qu’ils écrivent ! »Ces mots me requinquent comme de poursuivre, à présent, la lecture des 1353 pages des Nouvelles complètes de Marcel Aymé, parallèlement à celle du Confort intellectuel du même auteur aux yeux apparemment clos (mais voyant tellement plus large et profond que tout un chacun), fort connu de son vivant et même célébré en 1949 où l’essai parut (un an avant le triomphe de Clérambard à la Comédie des Champs-Elysées) mais longtemps snobé par les élites littéraires « à la coule » le taxant de réactionnaire sans l’avoir lu, limite « facho » n’est-ce pas (n’avait-il pas rendu visite à l’affreux Céline au Danemark, en 1951) alors que ses nouvelles expriment sa détestation de toutes les idéologies de droite autant que de gauche, sans parler des romans, comme Uranus, qui sondent la vilenie idéologico-politique de l’époque, à large base de délation et de fausse vertu; mais ce même Marcel Aymé, auquel nous avons emprunté le titre d’une de ses nouvelles (Le Passe-Muraille) pour le journal littéraire que nous avons animé vingt ans durant (et qui reste disponible en format numérique), ce même parangon d’indépendance intellectuelle et de liberté verbale (sa prodigieuse faconde à double souche paysanne et parigote) est par trop oublié de nos jours et je me fais un devoir d’aider à y surseoir…PREMIER INVENTAIRE. - C’est dans le métro parisien, à l’été de 1974, que mon ami Pierre Gripari, sursautant en apprenant que je ne connaissais ni Brûlebois ni Maison basse , la double crème des crèmes du Marcel des champs et de son double citadin, m’a fait sur un calepin une première liste des romans de Marcel Aymé que je devais lire illico presto pour mon agrément et le salut de mon âme, à savoir Le Moulin de la sourdine (roman jurassien au tréfonds troublant voire déchirant), Travelingue (un plan-séquence mémorable côté cinéma avec son ouverture pantelante), La Vouivre (retour à la magie tellurique des contes anciens) et Le Vaurien - tu m’en diras des nouvelles…À propos ds nouvelles, la quatrième de l’intégrale, intitulée Retraite de Russie, est une défense des roux et un coup de pied où je pense à ceux qui se vantent de pisser le plus haut - revigorant ! -
Ce que dit le silence
« Qui sait, dit Euripide, il se peut que la vie soit la mort et que la mort soit la vie »(Léon Chestov, Les révélations de la mort)Pour Emilia, en mémoire de Pierre-Guillaume.La suprême ignorance est là,de ne plus savoir side la nuit avant l’heure,ou du jour et ses leurressont ce qu’ils sont ou ne sont pas…L’étrange chose qu’une rosequi ne parle qu’en soiet dont jamais aucune foin’osa dire qu’elle dispose…Les mots ne voulaient dire que ça:qu’ils savent qu’ils ignorentque le silence dort,et que la mort n’existe pas…Peinture JLK: Al Devero. -
Comme aux ciels étoilés
On les aura laissé tout seulsfaute de temps pour ça,pour le uns retirés dans les bois,es autres aux abrisde fortune des oubliés;ils se seront éteints discrets,modestes et secrets,frémissants en leurs humbles voilesdans le doux charroi des étoiles …À quoi avait pense son père,seul avec son cancer,du peu de nouvelles des siens;pensait-il à son propre pèreen son dernier asile ?et qui viendra me voir ce soir,demande-t-il à son miroirévitant son regard…Les nébuleuses remuantau ciel indifférentn’ont que faire de vos sentimentsd’enfants de tous les âgespassant de merveille en carnage ,et pourtant soyeuses au regard,comme liées entre elles,elles vous font lever les yeuxscintilants autant qu'elles...Peinture: Vincent Van Gogh, La nuit étoilée. -
Contre la Poésie poétique (tout contre)
De la pureté selon les poètes, et des faits. Du mal au pied et des échappées aux fenêtres. Contre le désespoir. Propos malséants.COMME UN LUNDI. - Il n’y a d’abord que du blanc aux hublots, puis les détails montent avec les herbes et les oiseaux, et bientôt c’est tout un nouveau lundi qui se présente au corps: mal de chevilles et de rotules, souffle restreint et j’entends là-bas, dans le couloir glorieux d’un passé relativement proche, les poètes Jaccottet et Celan regretter le « dimanche de l’être » qu’aura été le lendemain qui chante en date d’hier, quand il leur est apparu une fois de plus qu’il fallait « dépouiller le Vieil Homme », non du tout au sens brutal des gangs de youngsters mais à celui de la Bible et du Coran - et voici donc ce nouveau lundi sans un vêtement de nuit !La dernière image que j’avais du dimanche précédent était celle du désespéré peint par ma vieille amie imaginaire Marie-Hélène, figurant en somme l’état du monde : la suite de la cata à Gaza, le séisme et ses répliques à Caracas où, dans les décombres, une mère et son nouveau-né venaient d’être arrachés miraculeusement – le désespéré était nu comme Eve au premier jour, c’étaient des faits et l’Aspiration des poètes à une eau plus pure et toute neuve m’en imposait de moins en moins – cette pureté me semblant un leurre, comme d’un monde fait de seul sucre pur et rien avec, pas un serpent sous la dent...Je regarde alors par la fenêtre : quel flot, quel flux, quel fleuve, quelles fleurs, quels lentes lueurs d'éclairs du côté des guerres !Le kitsch est à son comble avec l’invasion, sur le Réseau, du Tout Poétique se donnant pour élément d’un marketing supérieur en cela d’abord qu’il est accessible à toustes - le Tout Poétique est votre affaire d’un clic, vous répétez toustes que la Meuf est l’avenir du Keum et que la Lune est bleue comme un orage, et tout ça se prouve par Insta - mais pourquoi pas ? À vrai dire la Poésie ne sait pas elle-même ce qu'elle est, donc n'attendez pas d'elle la moindre dénégation alors qu'elle ne cesse par ailleurs de regarder ailleurs précisément...Enfin sérieux :tu reprends Les Fleurs du mal dès le début quand Le Prince des Poètes (comme le proclament les sachants) s’adresse Au Lecteur, et tu lis :« La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,Occupent nos esprits, et travaillent nos corps,Et nous alimentons nos aimables remords,Comme les mendiants nourrissent leur vermine »…Tagadam / tagadam, le tramway nommé Poésie est lancé sur les rails du dodécassyllabe : pas moyen de ne pas voir tout de suite le tableau grave, avec tous les objets d’impiété, le vice et le péché, les vils pleurs et nos taches étalées, l’oreiller du Mal et Satan en DJ : « C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent », bref tout ça ressorti au forceps du vieux ventre fripé de la chipie Sacristie et qui sonne si creux sauf ces deux vers qui nous ramènent en somme à table :« Nous volons au passage un plaisir clandestinQue nous pressons bien fort comme une vieille orange »…La voilà bien la Poésie : le plaisir clandestin, le fruit et la bête !Cependant le terrien Marcel Aymé n'en veut rien entendre: la Poésie selon Baudelaire ne passera pas. Avec ses sabots de bon sens hérité des cantons de l'Est - on oublie trop souvent que le drôle est né à Dole -, et frotté de culot parisien, Marcel Aymé le modéré montre les dents quand on lui sort un sonnet de Baudelaire en exemple de la plus Haute Poésie, pour conclure à la perversion du sens et de toute sensibilité fine dans les fumées d'un langage égaré par le romantisme et se complaisant dans le vague et l'informe des entités spongieuses (la femme fatale et la beauté funeste, la solitude et le vague à l'âme) où l'obscurité devient la norme et défie toute parole claire...Le Poète évidemment n’en fait qu’à sa tête et reprenant son luth, y va de sa déclamation ressassés au fil des ans par des milliers d’innocents au Tableau noir :« Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre »…Alors Monsieur Lesage de pouffer et de trépigner, argüant qu’un « rêve de pierre » ne saurait être (trois vers plus loin) « éternel et muet ainsi que la matière » et rappelant qu’au « bon langage ordinaire » on dit « muet comme une carpe ou « comme une tombe » alors que ce rapprochement d’amour et de matière, même sil vous a « un fumet philosohique », est trop lourdement chevillé et relève de la « recherche inutile ».Dans la foulée, je précise que Monsieur Lesage est le protagoniste ronchon du Confort intellectuel de Marcel Aymé, concentré de propos « politiquement » incorrects et poétiquement – c’est moi qui souligne - stimulants.De toute évidence, Monsieur Lesage préfère s’abreuver à la fontaine de La Fontaine qu’aux eaux mêlées et selon lui frelatées de ce qu’on dit la Poésie Moderne, du romantisme au surréalisme en passant par Baudelaire et compagnie, mais ce « bourgeois cul et poussiéreux », selon l’expression de Marcel Aymé lui-même à la dernière ligne de son essai, n’est-il qu’un philistin qui ergote et radote ? Pas sûr !SAVOIR ET SENTIR. – Je les entends déjà se récrier, eux qui se disent de l’inconfort et de l’intranquillité : réac ! Eux qui prétendent tout oser (oser la différence, oser la transgression, oser le risque d’oser !) je les vois d’ici se liguer au nom de la Poésie Poétique, et voici qu’après Baudelaire ils psalmodient les yeux aux cieux :« Je sais que vous gardez une place au PoëteDans les rangs bienheureux des saintes LégionsEt que vous l’invitez à l’éternelle fêteDes Trônes, des Vertus, des Dominations »…Sans blague, je le cite de mémoire après l’avoir récité à treize ans, au Tableau noir, devant mes camarades médusés, et la suite en pompe :« Je sais que la douleur est la noblesse uniqueOù ne mordront jamais la terre et les enfers,Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystiqueImposer tous les temps et tous les univers. »Or je sais que Monsieur Lesage a raison en me rappelant ce galimatias doloriste, tout en lui opposant ma religion secrète, limpide et toute d’émotion simple que modulent Le Dormeur du val de l’affreux Arthur et Gaspard Hauser chante de l’odieux Verlaine…Voilà comme je l’entends plus que jamais quand me reviennent les vers simples et bons de ces deux malandrins, que j’ai mémorisés à jamais en mon âge tendre et qui me tiennent lieu de Sentiment.Oui, je sais que Monsieur Lesage à raison, mais je sens qu’il a tort… -
Olé, Lélo !
À La Désirade, ce mercredi 7 juillet 2026. - Dès mon retour à ma table au biord du ciel, ce matin, je reviens à Lélo dont je vais tâcher de rappeler tout ce qu’elle représente, à mes yeux, après avoir revu, hier soir, le docu sur Netflix dont j’ai mieux distingué, après mon premier bond d’enthousiasme, les qualités indéniables et les failles.
Quant à ces faiblesses, elles me semblent essentiellement liées à la faute de goût qui a poussé la réalisatrice, Emmanuelle de Riedmatten, à « théâtraliser » plusieurs séquences de la vie de Lélo et à prêter à celle-ci les traits de deux actrices dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles n’ont aucune affinité physique avec l’ « original ».Pire: une scène de triolisme érotique, associant Lélo à Albert Moravia et son rival Paolo, est figurée par trois paires de jambes nues inégalement velues, et l’on verra même une Lélo à poil peindre en se déhanchant comme une vahiné d’atelier…Dommage, car l’intention initiale est des meilleures et la réalisation satisfaisante dans les grandes largeurs à quelques détails près, dont le sous-titrage négligé qui transforme par exemple Philippe Jaccottet en Jacques Côté…
Pour ma part, le seul nom de Lélo me ramène à « toute une époque », comme on dit, qui était celle du Lausanne des années 1950 à 1970 où l’on dénombrait plus de 20 galeries d’art et tout un public avisé, des chroniqueurs compétents (un Paul Budry au premier rang) et des artistes ou des écrivains de qualité, dont un Cingria qui avait salué les qualités de Lélo avec laquelle il aura bu quelques verres (et peut-être plus) avec Budry sur quelque terrasse de Saint-Saphorin…
C’est avec le cri joyeux de « Cachou ! » que les gosses de Saint- Saph accueillaient Charles-Albert remontant à pied la venelle pentue du bourg pour se pointer chez Lélo,non sans s’arrêter devant la vieille fontaine où, en nage sous son béret, il sortait rituellement la fameuse boîte de cachous fleurant la réglisse dont il distribuait chaque fois une poignée aussitôt éparpillée entre les petites mains des rejetons de vignerons le remerciant d’une seule voix qui faisait rire Lélo malgré sa piètre santé de ces temps-là, « merci Cachou ! »
Ces détails m’ont été rapportés par notre ami le bon docteur Emile Moeri, cardiologue attitré de Cingria et proche de Lélo Fiaux à laquelle il prodiguait aussi conseils et soins gratuits, recevant d’elle en retour des toiles ou des objets peints de sa main, comme le bel abat-jour présenté dans le docu où le fils d’Emile, mon compère Tonio, lit également une lettre de son père à Lélo et présente une très belle petite crucifixion évoquant de loin un Goya – l’un des maîtres implicites de l’artiste, au même titre variable qu’un Delacroix ou qu’un Pierre Bonnard.
À propos de peinture, hélas, l’on ne saurait dire que la présente approche de Lélo Fiaux soit d’un apport bien conséquent, faute de bons cadrages -les citations visuelles sont bien trop rapides et jamais identifiées - et de commentaires dépassant les généralités et les platitudes. Le contexte vivant de l’artiste est en revanche mieux situé, grâce surtout aux propos précis et conséquents d’un Bertil Galland ou, plus anecdotiques, aux témoignages d’un Philippe Jaccottet (le fameux Jacques Côté !) ou des peintres Pietro Sarto et Jean Lecoultre. Dans la foulée, l’on rencontre Jean Eicher, dit Jeannot Loiseau, dont le grand talent est trop brièvement évoqué et le personnage à peine esquissé alors qu’il incarnait bel et bien la bohème artiste dont Lélo Fiaux était un peu l’égérie et la « performeuse », selon le vocabulaire actuel, toute d’instinct et de primesaut, etc.
-
La bourde de la gourde
À relever, au fil des premières séquences du film documentaire consacrée à la grand artiste romande Lélo Fiaux (1909-1964), et diffusé sur Netflix sous le titre Lélo, Liberté et peinture, cette énormité proférée par une prétendue peintre (elle peint des lacs et des flaques conceptuelles) au nom de Caroline B. à propos d'une des créatrices les plus authentiquement engagées de ce pays de nains de jardin, au triple plan de la vitalité de coeur et de corps, de la réalisation artistique la plus exigeante et de la liberté existentielle incarnée loin des chiens et chiennes de garde de l'art aligné selon les lois du néo-conformisme et du Marché. Olé Lélo ! Olé olé... -
Surprise du jour
Découverte d'un film documentaire ressuscitant sur Netflix (!) la personne haute en couleurs et l'oeuvre non moins admirable de Lélo Fiaux, grande artiste vaudoise oubliée à redécouvrir absolument. À partir d'une intention très louable, et fort appréciable par sa documentation visuelle, la chose pèche en revanche à divers égards...Ce dimanche 5 juillet. – Mon dimanche pantelant, titubant, chancelant, tousseux et dolent a été sauvé, cet après-midi, par la découverte à vrai dire ahurissante et non moins réjouissante d’un film documentaire diffusé par Nertflix et tout consacré à Lélo Fiaux, à sa vie de bohème et de poivrote inspirée, amante de Moravia et grand frangine attentionnée de l’adorable Jeannot Loiseau – lequel m’a longueement parlé d’elle sous les oliviers de Grignan -, revivant ici par le truchement d’un grand choix d’images d’époque évoquant ses multuples pérégrinations – de Papeete à Saint-Saphorin en passant par l’Andalousie, et autant de peintures et d’aquarelles tirées de son œuvre aussi profuse qu’oubliée aujourd’hui....

Surprise dans la surprise et qui m’a ravi autant que stupéfait: la séquence où apparaît mon ami Tonio lisant un texte de son paternel (Emile Moeri, cardiologue de Charles-Albert Cingria et grand ami de Lélo, dont il a collectionné les toiles), bref j’étais à moitié bon à jeter ce matin aux déchets carnés et je revis ce soir comme un ressuscité…Post scriptum du soir: quant à la qualité réelle de ce documentaire fleurant l'amateurisme provincial, avec des lacunes et des séquences de théâtralisation frisant le grotesque (trois paires de jambes nues figurant une situation de triolisme amoureux, ou cette actrice jouant Léo déguisée en clownesse), le soussigné préfère ne pas en parler un si beau dimanche... -
Nuances de bleu
À La Désirade, ce samedi 4 juillet 2026. – Je dénombre quatre fines petites voiles immobiles, ce matin, sur les eaux étales du lac immense, qui flottent là-bas sans un souffle à la toile, j’imagine leurs occupants désoccupés sans les envier du tout mais sans exclure non plus que tel ou telle souffre dans sa vie comme, hier soir, j’ai été confronté aux tribulations de nos semblables en regardant les sept épisodes d’une série américaine toute consacrée aux conflits parfois mortels de voisinage ; or ce n’est pas morbidité mais attention lucide que de constater le cumul constant de la merveille et de l’infernal – la série en question détaillant, sur fond de banlieues apparement vouées au bonheur loin des méchants, un éventail de tous les aspects du ressentiment par humiliation, de la compulsion vengeresse et de ses séquelles criminelles – j’y ai resongé tout à l’heure en lisant, sur le Résau, la litanie aigre d’un influenceur plus ou moins écrivain convaincu d’être persécuté et concluant à la décadence inéluctable d'un monde égaré infoutu de l’écouter en sa pureté, et je nous revois sous le vent avec Lady L. barrant son 420, cette année-là, comme quoi… -
Avatars de la menterie
Mon ignorance est un océandont l’oreiller me berce:je grandis de ne pas savoir:je vague et je divague;de port en port, de porte en porte :partout je suis ailleurs,ignorant tout,ignorant l’heure…Je porte en moi comme une idéequi me fait supporterd’être tant en n’étant que rienqu’un infini qui flotte,mais cette idée n’a pas de nom,et qui veut le savoirporte l’épée au fond de grottesoù tout reste secret...Au demeurant le va et vientd’Ulysse et de sa bandem’enchante quand je dorset comme l’antilope rêveen oubliant Pénélopeet ses fileuses de feuilletoncampant sur les rivagesarrimés à vos illusions,je reste du voyage ...L’océan est une fuméedont l’Éternel partout,au nom qui vous reste ignoréplus que le rêve du tatou -l’Éternel à vue de nezsavoure les yeux fermésles parfums éventés;et Mnémosyne au pédalo,loin des serpents, près des oiseaux ,nourrit les mêmes songeriesfleuries de menteries… -
Sur le nuage
À La Désirade, ce vendredi 3 juillet. – Un nuage d’été en forme de masque mortuaire voile ce matin les hautes roches savoyardes du Château et du Casque de Borée, qui devriat inciter à la méditation grave sur nos fins dernières, et pourtant non : le nuage s’est effiloché en frise de flocons d’ouate céleste et la pensée aussi se défait de l’Idée…D’ailleurs il fallait que je note ma rencontre de la nuit dernière avec Michel de Montaigne (prononcer Montagne) sur une des terrasses surplombant la cour et la basse-cour de sa demeure aux rayons préférés de sa bibliothèque (qu’il appelle sa Librairie) voués comme on sait au sciences naturelles, au jardinage et à la cosmologie et me parlant en toute simplicité à la manière des humanistes signalés par le Dictionnaire.Or notant cela, et la couleur amarante de la robe de chambre de mon interlocuteur nocturne me parlant maintenant avec bienveillance des « maisons » du ciel et des « trois commerces » amoureux, je me dis qu’il y aura ces jours soixante ans que je prends ces notes et qu’à soixante ans précisément Montagne (qui s’écrit Montaigne) a rendu son dernier souffle… -
Comme une maison retrouvée
(Chanson de La Désirade)On reviendrait à la maison:on n’a pas oublié,on a traversé les saisons,ce qu’on dira : voir du pays,et ce qu’on n’a pas dit,ce qui offense la mémoire,ce qu’on n’a pas vouluou qu’on ne veut pas reconnaître -mais ce n’était pas moi !en accusant le traitrequ’il y avait peut-être là,tout au tréfonds de soi -on n’en sait rien, ou mieux :on préfère ne pas savoir -on ne pense à l’instantqu’à la maison au coin des bois…Il y a partout des champs de ruines,du ciel on voit la terre,et ce qui exulte et fulmine,¨ceux qu’on bénit, qu’on assassine,celle qui vous accueilleet ceux dont on recueillerales derniers mots au soir,après des jours de désespoir;et dans les ruines les errantsne pensent qu’à revoircette maison au coin des boisqui existe ou peut-être pas…Un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit,fait un octosyllabe,suivi d’un-deux-trois-quatre-cinq-six ,au jeu des contrerimes,et c’est parti pour la chansonen rimes et raisonspossiblement déraisonnablesqui diront à façonsce que raconte la maison… -
Poète, vos papiers
Des pratiques fétichistes du preneur de notes en situation aggravée. Visite d’atelier…
Mis en demeure de présenter ses papiers par le jeune peintre Fabien Clairefond de récente connaissance, aussi talentueux qu'intrusif et injonctif, l’auteur de ce blog lève un coin de voile sur sa méthode de preneur de notes invétéré, frappé par cette maladie incurable vers l’âge de 16 ans, qui n’a cessé de s’aggraver depuis lors.
Le support de cette manie compulsive (exercée initialement pour se libérer de la propension à mordre son prochain, notamment, ou pour dépasser le stade du miroir, comme on voudra) fut d’abord une série de petits carnets noirs de marque Biella et de format 10x16cm, dont ses archives comptent une soixantaine à l’heure qu’il est. Dans les années 90 du siècle passé, ledit support de taille modeste fut remplacé par de véritables livres, maquettes reliées aux pages vierges à lui fournies par ses éditeurs. A noter que l’encre du maniaque est verte depuis LA rencontre de sa moitié, dont les yeux virent du gris bleu au vert d’eau selon les variations de la lumière, et que chaque carnet manuscrit fait l’objet d’une recopie dactylographiée, occasionnant l’achat par série de sept de grands cahiers reliés noirs à tranches rouges de marque chinoise, dont chacun compte environ 188 pages. Lesdits carnets et cahiers noirs du malade sont enrichis de nombreux documents collés, cousus, agrafés, qui ajoutent au texte une manière d’hypertexte en trois dimensions et en feront d'improbables objets de collections, sait-on. Est-ce tout ? Sûrement non, mais pour le moment ça va comme ça. Bonsoir, Fabien...Images: de haut en bas et d'ouest en est: 1) La cathédrale de Chartres en passant sur carnet de petit format: aquarelle lavée en voiture sur la route de Saint-Malo. 2) Vue de la Désirade au jour de notre installation, en 1997. 3) Le chien Filou , connu des visiteurs de ce blog en tant que médiateur attitré, sous le nom de Fellow; 3) La maison rouge, à Montagnola, également peinte par Hermann Hesse; 4) Olivier provençal classique gesticulant, non loin de Pézenas, sur un carnet de la seconde génération, relié toilé; 5) Filou sévère, pour faire croire qu'il a la moindre aptitude de gardien, au-dessus d'un coin de Léman; 6) Transcription tapuscrite avec rajout de paysage aquarellé, la Savoie vue
de Lausanne-City... 7) Carnets publiés aux éditions Bernard Campiche; L'Ambassade du papillon et
Les Passions partagées, recouvrant les années 1973 à 1999.8) Dernier carnet ouvert sur des images de Toscane et du lac des Quatre-Cantons.