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06/05/2017

Le spectre du mal

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Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, de Cormac McCarthy

Cormac McCarthy est sans doute l’un des écrivains américains les plus importants de ce tournant de siècle, découvert dans notre langue avec L’obscurité du dehors et, d’une pureté terrifiante qu’on retrouve dans son dernier livre, Un enfant de Dieu, que suivirent six romans non moins marquants, de Suttree à la fameuse Trilogie des confins (De si jolis chevaux, Le Grand passage et Des villes dans la plaine), en passant par cette autre merveille que fut Méridien de sang, tous traduits à l’Olivier.
Il y a chez Cormac McCarthy un mélange de noirceur fataliste et de lancinante tendresse, pour ses personnages, qui évoque à la fois Faulkner (dont il a souvent la puissance d’évocation et le lyrisme sauvage) Nathanaël Hawthorne ou Flannery O’Connor, en plus ancré dans les ténèbres de la violence américaine contemporaine - parent alors, en plus profond dans sa perception du mal, d’un James Ellroy ou d’ un James Lee Burke, notamment.
Un sentiment dominant se dégage aussi bien de Non, ce ne pays n’est pas pour le vieil homme (dont le titre est emprunté à un poème de Yeats), et c’est celui que le mal gagne dans ce monde, et par des moyens qui défient de plus en plus la bonne volonté des honnêtes gens, ici représentée par le shérif Ed Tom Bell, dont la litanie lancinante des réflexions sur la perversité croissante du crime alterne avec le récit des faits abominables auxquels il est mêlé et dont il échappe assez miraculeusement, avant de jeter l’éponge avec le sentiment d'une défaite.
« Je crois que si on était Satan et qu’on commençait à réfléchir pour essayer de trouver quelque chose pour en finir avec l’espèce humaine, ce serait probablement la drogue qu’on choisirait », remarque Bell au cours de ses méditations, et de fait, la drogue et l’argent de la drogue sont au cœur de ce thriller « théologique », dont le pouvoir d’attraction et de contamination fondent toutes les relations et jusqu’aux péripéties du roman, qu’on dirait précipitées dans une sorte d’entonnoir vertigineux à une seule issue, fatale pour la plupart des protagonistes, à commencer par le jeune Moss. Celui-ci, tenté de s’arracher à sa petite vie de brave garçon au moment où, par hasard, il découvre en pleine nature où il chassait, sur les lieux d’un massacre de trafiquants, une véritable fortune en dollars serrés dans une serviette, va payer de sa vie le geste de s’emparer, sans témoins, de cet argent semblant doté d’une espèce de rayonnement radioactif. De la même façon toutes les instances du crime, dans le roman, semblent liées entre elles par une espèce de lien obscur et de connivence fantomatique qui fait fi de tous les obstacles.
Commis aux basses œuvres de Satan, face au shérif Bell qui ne le rencontrera qu’à travers ses traces sanglantes, le personnage maléfique d’Anton Chigurh agit ainsi en parfait expert du crime, doublant son art démoniaque d’une véritable morale criminelle, si l’on ose dire.
Dans la foulée, on aura remarqué qu’il est dit que Chigurh ressemble à « n’importe qui », comme le protagoniste, fort compétent lui aussi, des Bienveillantes. Cependant, à la différence du roman de Jonathan Littell, celui de Cormac McCarthy module les degrés du mal et du bien par le truchement de toute une gamme de personnages se débattant dans les filets de la nécessité.
Si la violence semble faire partie de la destinée fatale de l’Amérique, comme l’illustre le retour de Bell dans son propre passé, avec l’ombre portée de deux guerres européennes et du Vietnam, d’où chacun est revenu avec son poids de péché, c’est finalement à l’avenir de l’humanité en tant que telle, dans un monde désacralisé et privé de tout référentiel, qu’achoppe ce roman implacable et proche de la désespérance, que pondèrent, en fin de parcours, les lueurs de l’amitié et de la tendresse indestructible scellant le couple formé par Bell et sa compagne Loretta. Marqué par une sorte de tristesse révoltée à la Bernanos, ce roman est à lire et relire pour tout ce qui y est écrit comme entre les lignes. D’une écriture à la fois tranchante et infiniment suggestive, tissé de dialogues denses aux résonances se prolongeant bien après la lecture, Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme est sans doute l’une des grandes choses à lire cette année.
Cormac McCarthy. Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme. Traduit  de l’anglais par François Hirsch. Editions de l’Olivier, 292p.

c29f3108470ec3aa95c2ffe576e94923.jpgEn lecture: The Road. Picador, 307p.

"The first great masterpiece of the globally warmed generation. Here is an American classic which, at a stroke, makes McCarthy a contender for the Nobel Prize for Literature". (Andrew O'Hagan, BBC)

A father and his young son walk alone through burned America, heading slowly for the coast. Nothing moves in the ravaged landscape save the ash on the wind. They have nothing but a pistol to defend themselves against the men who stalk the road, the clothes they are wearing, a car of scavenged food - and each other.


16/01/2010

Les porteurs de feu

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Lecture intégrale de La Route de Cormac McCarthy

- Il y a un homme et un enfant.
- Dans la forêt.
- Noir sur fond gris.
- Comme sous un glaucome glacé.
- L’homme émerge d’un rêve.
- Il y a vu une créature aux yeux morts, une créature transparente au cerveau visible sous une cloche de verre mat.
- A la première lueur grise il se lève.
- « Nu, silencieux, impie ».
- Avec l’enfant ils vont vers le sud.
- Impossible de survivre en ces lieux un autre hiver.
- Avec ses jumelles il scrute les alentours lourds de menace.
- L’enfant est son garant.
- « S’il n’est pas la parole de Dieu, Dieu n’a jamais parlé ».
- Ils ont un caddie.
- Comme des personnages de Beckett, mais dégageant une autre sorte d’aura.
- Tout est menace, à commencer par la moindre présence humaine.
- L’homme protège l’enfant. Il a un revolver.
- Chacun est tout l’univers de l’autre.
- Arrivent à une station-service désaffectée.
- Récolte de l’huile, pour leur lampe.
- Continuent dans le paysage carbonisé.
- L’homme croit voir une ville au lointain.
- Le petit ne voit rien.
- Il pleut. Fait très froid.
- Autre trésor : le livre de l’enfant.
- Le petit demande s’ils vont mourir.
- L’homme répond : plus tard.
- Le petit veut savoir ce que l’homme ferait s’il mourait.
- L'homme se dit : « Si seulement mon cœur était de pierre ».
- Quand il se réveille il s’éloigne et demande à Dieu s’il a un cou pour qu’il puisse l’étrangler.
- As-tu une âme, lui demande-t-il en le maudissant.
- Le lendemain ils traversent la ville.
- En grande partie incendiée.
- Ils voient un cadavre.
- L’homme évoque la mémoire : ce qu’il faudra se rappeler et ce qu’il faudra oublier.
- « On oublie ce qu’on a besoin de se rappeler et on se souvient de ce qu’il faut oublier ».
- Puis l’homme se rappelle une journée au bord d0un lac, près de la ferme de son oncle.
- « C’était la journée parfaite de son enfance ».
- Les jours et les semaines qui suivent, ils marchent vers le sud.
- Tout le pays a été brûlé.
- Une nuit l’homme est réveillé par un lointain tonnerre.
- Un seul flocon tombe à un moment donné, « comme la dernière hostie de la chrétienté ».
- Ils s’abritent dans un garage abandonné.
- L’homme y répare le caddie.
- Non loin de là se trouve une grange.
- Dans laquelle ils découvrent trois pendus.
- Le problème des chaussures l’inquiète.
- Et de la nourriture.
- Dans un fumoir, ils trouvent un vieux jambon.
- Croit entendre des bruits de tam-tam.
- En rêve il voit sa pâle fiancée.
- Il se défie des rêves euphoriques.
- Mais il se souvient d’elle, sauf de son odeur.
- « Maintenant insulte ton froid et les ténèbres et sois maudit ».
- Il se sert du caddie à la descente comme d’un bob.
- Cela fait rire l’enfant.
- Du haut d’une côte ils découvrent un lac. Il explique au petit ce qu’est un barrage.
- Il n’y a rien dans le lac : nulle vie.
- Il se rappelle, tout près de là, le piqué d’un faucon fondant sur une volée de grues sauvages.
- Souvenir de la nature vivante.
- A présent l’air est granuleux et grumeleux.
- « Le goût qu’il avait ne vous sortait jamais de la bouche ».
- Puis le temps se lève et le froid faiblit.
- Ils arrivent dans une zone agricole aux bâtiments encore debout.
- Une pancarte invite : visitez Rock City.
- Dans une maison déserte, il récupère des couvertures.
- Il renonce à emporter des conserves, peut-être contaminées.
- Ils arrivent dans les faubourgs d’une ville. Visitent un supermarché.
- Miracle : il trouve un Coca-Cola dans un distributeur défoncé.
- L’homme fait tout boire au petit.
- Qui comprend que ce sera la dernière fois qu’il boit une chose si bonne.
- Arrivent ensuite en ville.
- Où ils croisent des tas de morts momifiés.
- Dont toutes les chaussures ont été volées depuis longtemps.
- On comprend que des années se sont passées depuis le cataclysme.
- Le lendemain, au sud de la ville, ils arrivent à la maison d’enfance de l’homme.
- Qui retrouve quelques souvenirs.
- Le petit est effrayé et voudrait fuir de là.
- Passe de la troisième à la première personne devant sa chambre : « C’est ici que je dormais autrefois ».
- Là qu’il a eu des rêves d’enfant.
- Parfois des cauchemars terribles.
- Mais jamais aussi terribles que celui qui est advenu.
- Trois nuits plus tard la terre semble trembler pendant la nuit.
- Il leur reste une chaîne de montagne a passer pour atteindre la côte.
- Ils doivent passer un col qu’il a passé jadis avec son propre père.
- La montée est extrêmement pénible.
- Le petit surveille tout ce que fait et dit son père.
- Lui rappelant la moindre inconséquence.
- Comme s’il était sa conscience.
- Sur l’autre versant il y a des chutes d’arbres.
- La nuit le petit fait un cauchemar. Où il est question de la rupture du ressort de son pingouin.
- Puis ils arrivent à un torrent et une cascade.
- Ouah, fait le petit.
- Ils se baignent. Puis ils trouvent des morilles. Byzance.
- « C’est un bon endroit, papa ».
- Le père raconte alors d’anciennes histoires « de courage et de justice ».
- Mais on ne peut rester là. Danger partout.
- Ils reprennent la carte en lambeaux.
- Doivent suivre les routes d’Etat, ou ce qu’il en reste.
- Découvrent l’épave d’un semi-remorque.
- Dans la remorque duquel s’empilent des corps humains.
- Poursuivent vers le sud.
- Avisent un type traînant le long de la route. Un grand brûlé. Visiblement foudroyé.
- Le petit aimerait l’aider, mais le père affirme qu’on ne le peut.
- Ce qui bouleverse le petit.
- Avant de l’admettre.
- L’homme revoit des « dieux en loques ».
- La pendule, cette nuit-là, s’est arrêtée à 1h.17.
- « Elle » était encore vivante.
- Il y avait eu une lueur rose mat dans la vitre de la fenêtre.
- Se rappelle le dernier échange de paroles avec elle.
- Qui lui ordonnait d’en finir. Avec le revolver. Lui et l’enfant après elle.
- Elle parle d’eux comme de « morts vivants » et non de survivants.
- Elle finit par le chasser avec le petit et disparaît.
- Nulle psychologie là-dedans. Rien qu’une situation extrême. Le désespoir absolu et l’instinct de survie.
- Mais rien d’abstrait non plus : c’est ainsi, ce fut ainsi. Biblique.
- Il avait des amis.
- Tous morts.
- Une nuit ils sont réveillés par un convoi.
- Des survivants : forcément ennemis.
- Des types avec des flingues.
- Un homme s’en éloigne dans leur direction.
- Devant les signes de menace de l’autre, l’homme le descend.
- Et fuit avec le petit.
- Ne reste plus qu’une cartouche dans le revolver.
- Reviennent ensuite sur les lieux pour récupérer le caddie.
- Entretemps le mort a été dépecé par les autres.
- L’homme lave le petit des éclats de cervelle du mort qui ont souillé son visage.
- On réinvente le sacré : « Ainsi soit-il. Evoque les formes. Quand tu n’as rien d’autre, construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle ».
- Le petit est son « calice d’or, bon pour abriter un dieu ».
- Comme des paillettes de lumière dans les ténèbres méphitiques.
- Il pense qu’il a tué.
- Il a tué le seul homme auquel il ait parlé depuis un an.
- Il explique au petit qu’il doit tuer les méchants.
- Taille une petite flûte en jonc pour le petit.
- Qui en joue.
- « Une musique informe pour les temps à venir » (p. 71).
- « Ou peut-être l’ultime musique terrestre tirée des cendres des ruines ».
- Reprennent la route, à bout de ressources.
- Un chien aboie soudain.
- Le petit fait promettre à l’homme de ne pas le tuer. L’homme promet.
- Puis le petit croit voir un autre petit.
- Puis tout disparaît.
- Plus loin ils parcourent un verger. Traversé d’un mur tapissé de têtes humaines. Relents de cultes barbares.
- Et passent les méchants. Avec des femmes esclaves. Et des mignons. Visions de l’hiver nucléaire. Beauté vitrifiée de tout ça.
- Et les arbres tombent avec fracas (p.87)
- Le lendemain le petit n’en peut plus au milieu des cèdres abattus.
- Le père lui promet qu’ils ne vont pas mourir.
- D’accord, dit le petit.
- OK. Le dialogue se module comme dans la tête du lecteur.
- Un dialogue « intérieur » ou « mental » comme tous les livres de Mc Carthy.
- L’homme se fait des listes.
- Voient courir deux espèces de joggers, de loin.
- Arrivent à une petite ville.
- Devant une très belle maison dévastée.
- Y entrent malgré la peur du petit.
- L’homme avise une trappe cadenassée.
- Va chercher un outil.
- Dans la cave, découvrent des prisonniers nus, hommes et femmes, qui les supplient de les délivrer.
- Des méchants se pointent là-bas.
- L’homme et le petit fuient comme des dératés.
- Le père demande au petit s’il saura se servir du revolver contre lui-même.
- Puis se demande s’il aura la force d’écraser la tête du petit.
- Se dit qu’il ne l’abandonnera jamais.
- La nuit ils entendent des hurlements en direction de la maison.
- Le petit comprend que les prisonniers seront mangés par les méchants.
- Pendant le sommeil du petit, l’homme se dirige vers une ferme flanquée d’un verger.
- Où il trouve des pommes, des tas de pommes. Et de l’eau.
- Boit alors l’eau : « Rien dans son souvenir nulle part de n’importe quoi d’aussi bon ».
- Ils se gavent ensuite de pommes et d’eau.
- Le petit fait promettre à son père qu’ils ne mangeront personne.
- Et le père promet.
- Parce qu’ils sont du club des gentils.
- Des porteurs de feu.
- Plus loin ils approchent d’une autre maison.
- Dans la cour de laquelle le père trouve quelque chose.
- Une trappe là encore.
- Le petit supplie de passer outre.
- Mais l’intuition du père le retient.
- Et c’est Byzance : un abri plein de tout.
- Des poires des conserves du whisky, etc. Mais pas de revolver ni de muniotions.
- « Il s’était préparé à mourir et à présent il n’allait pas mourir et il fallait qu’il y pense ».
- Puis ils vont visiter la ville fantôme.
- L’homme n’arrive pas à y croire.
- Puis ils repartent avec des vêtements secs et leur caddie bien rempli.
- Ils doivent être à 300 km de la côte.
- Le petit avoue qu’il a jeté la flûte.
- A un moment où il croyait qu’ils mourraient.
- Demande pardon.
- Le petit questionne l’homme sur « les objectifs à long terme ».
- Une expression qu’il a dû entendre autrefois…
- Et voici qu’ils croisent un vagabond.
- Très petit et très vieux.
- Le petit aimerait qu’on l’aide.
- Le père accepte avec regret.
- Lui donnent à manger.
- Mais le père exclut de le prendre avec eux.
- Lui demandent ce que le monde est devenu (p. 144).
- Un aveugle genre prophète nommé Elie. Désespéré fataliste.
- « Il n’y a pas de Dieu et nous sommes ses prophètes ».
- Il pensait ne plus jamais voir d’enfant.
- Ils le quittent.
- Plus loin, pendant que l’homme dort, le petit découvre un train à 8 wagons.
- Ils voient ce train chacun à leur façons mais savent tous deux que jamais plus il ne roulera.
- L’enfant lui demande si la mer est bleue.
- Il lui répond qu’elle l’était.
- Le petit fait un cauchemar.
- Souvenir du drugstore avec la tête réduite.
- Plus loin sur la route trois types les menacent.
- Il les tient en joue.
- Constate qu’il est malade.
- Se rappelle les gens de sa famille.
- Puis lui revient le souvenir d’une bibliothèque calcinée.
- Fragments de cauchemars : le nœud de cent serpents.
- Le père dit au petit qu’il ne doit pas renoncer. Qu’il ne le permettra pas.
- Ils continuent. Des tempêtes de feu ont passé par là.
- Visions dantesques (p. 165).
- Plus loin des gens apparaissent.
- Dont une femme enceinte.
- Plus tard ils repèrent un feu.
- S’en approchent.
- Le petit découvre un nourrisson carbonisé sur une broche.
- Approchent d’une nouvelle maison.
- Le petit craint les cannibales.
- Mais il n’y a personne dans la maison.
- Trouvent des bocaux peut-être comestibles.
- Le père évoquant ceux qui sont à l’affût. (p.181)
- Passent quatre jours dans la maison.
- Pleut sans discontinuer.
- Ils approchent de la côte.
- Mais le père sait qu’il place son espoir « là où il n’avait aucune raison de rien espérer ».
- Et voici qu’ils y arrivent, à la mer. Terrible vision (p.186).
- Le père demande pardon au petit.
- Tant pis, répond celui-ci.
- Une image rappelant l’hiver de Caspar David Friedrich.
- Leur raison d’être, au père et au fils, est de « porter le feu ».
- Rien pour autant de barjo à la Paulo Coelho dans cette vocation.
- Le petit demande ce qu’il y a de l’autre côté de la mer.
- Rien non plus de Saint-Ex là-dedans.
- Le petit aimerait se baigner.
- Le père l’y autorise.
- Il y va. Puis il pleure. (p.188).
- L’homme se rappelle le bonheur avec « elle », quand il se disait que s’il avait été Dieu c’était comme ça qu’il aurait fait le monde et pas autrement.
- Au bord de la mer comme des « batteurs de grèves ».
- Un langage précis, parfois étrangement décalé, voire anachronique, poétique à tout coup, d’une musique sourde dans l’original qui ne passe pas entièrement au français.
- Pas mal quand même dans l’évocation : « Ils firent quelques pas le long du croissant de lune de la plage, restant sur le sable mouillé au-dessous de al ligne de varech des marées. Des flotteurs de verre recouverts d’une croûte grise. Les os d’oiseaux de mer. Sur la ligne de laisse un matelas d’herbes marines enchevêtrées et le long du rivage aussi loin que portait le regard les squelettes de poissons par millions comme une isocline de mort. Un seul vaste sépulcre de sel. Insensé. Insensé. »
- Ils observent un bateau échoué.
- Le père y monte et y trouve de tout.
- Le petit l’interroge sur les gens du bateau.
- Ensuite c’est le petit qui tombe de fièvre.
- Pendant qu’ils étaient éloignés du caddie, on leur a tout fauché.
- Soudain l’homme est atteint par une flèche.
- Il tire une fusée éclairante contre le tireur.
- Pense que la vie a été cruelle, mais qu’ils s’en sont toujours tirés et que telle est leur vocation.
- L’homme est blessé et de plus en plus malade.
- Le petit le regarde cracher du sang.
- « Peut-être que dans la destruction du monde il serait enfin possible de voir comment il était fait ».
- Il y a de plus en plus de débris partout.
- Il voit déjà le petit « debout avec sa valise comme un orphelin en train d’attendre un car ».
- Mais point de car à l’horizon…
- Font un feu sur une pointe de sable.
- Pleut froid.
- Reviennent à l’intérieur des terres où survivent des hortensias et des orchidées sauvages.
- Le père tousse à mort.
- Arrivent à un endroit où il sait qu’il va mourir.
- Le petit l’observe et dit : oh, papa.
- Le père a l’impression que son fils irradie.
- « Regarde autour de toi, dit-il. Il n’y a pas dans la longue chronique de la terre de prophète qui ne soit honoré ici aujourd’hui. De quelque forme que tu aies parlé tu avais raison ».
- L’homme enjoint le petit de continuer sans lui.
- Lui promet de la chance.
- L’enjoint à porter le feu.
- Qu’il voit maintenant en lui.
- Lui dit de ne pas renoncer.
- Lui dit qu’il ne peut tenir dans ses bras son fils mort.
- Lui dit qu’ils se parleront encore sans se voir.
- Le petit dit : d’accord.
- Puis s’en va sur la route. Puis revient : son père dort.
- Le petit lui demande plus tard s’il se souvient du petit garçon.
- Se demande ce qu’il est devenu.
- Le père lui dit que la bonté le trouvera.
- Il dort près de son père qui, au matin, est froid et mort.
- Il prend sa main et dit encore et encore son nom.
- Reste là encore trois jours, couvre son père de toutes les couvertures, et s’en va avec le revolver.
- Arrive un type en blouson de ski jaune.
- Avec un fusil à pompe.
- Lui demande où est l’homme.
- Le petit dit qu’il est mort.
- Le type dit qu’il est désolé.
- L’homme sent la fumée de bois.
- Lui dit de venir avec lui.
- Dit qu’il fait partie des gentils.
- « Tu seras bien », lui promet-il.
- Lui demande s’il porte aussi le feu.
- L’autre lui demande s’il est dérangé.
- Puis il convient, ouais, qu’il porte le feu.
- Il a aussi des enfants.
- Qu’il n’a pas mangés.
- L’homme dit qu’il va s’occuper de l’homme.
- Puis le petit revient vers son père enveloppé d’une couverture et pleure longtemps.
- « Je te parlerai tous les jours »…
- La femme le recueille en lui disant : oh, je suis si contente de te voir.
- Et c’est la dernière phrase à pleurer de ce livre : « Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère ».
Cormac McCarthy. La Route. Editions de L’Olivier, 244p.

On The Road again

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À propos du film de John Hillcoat, adapté de La route de Cormac McCarthy

L’adaptation d’un grand livre au cinéma m’a toujours paru la gageure par excellence, et la bande-anonce de La Route, d’après Cormac Mc Carthy, m’avait fait craindre le pire. Or, contre toute attente, le film de John Hillcoat est nettement « moins pire » que je ne le craignais, même s’il pèche par son écriture de blockbuster stéréotypé – on imagine ce que le Tarkovski de L’Enfance d’Ivan en eût fait -, sur un scénario (Joe Penhall) à la fois très proche du roman, avec des citations litaniques de bon aloi, et le tirant vers la romance édulcorée, surtout vers la fin. La force expressive du film tient principalement à l’évocation d’une terre dévastée implosant littéralement après un hiver nucléaire d’origine indéterminée, dans une nature aussi dénaturée que les animaux humains qui y errent. L’interprétation du duo principal d’un père (un Viggo Mortensen à dégaine christique) et de son jeune fils (Kodi Smit-McPhee), fuyant plein Sud après la défection désespérée de la mère (Charlize Theron), est également appréciable, même si le jeune garçon, du club des gentils, est à la fois un peu trop joli malgré ses tribulations effrayantes, et sentencieux aux franges de l’édification christo-new age. Mais la vraie faiblesse du film est ailleurs : dans le manque de réelle réappropriation cinématographique du roman. La question de la poésie et de l’inspiration de McCarthy, qui se respirent littéralement dans le texte (original si possible) de l’écrivain, se pose alors, non résolue à mon avis. Par contraste, on pourrait citer la version de Wise Blood, roman génial de Flannery O’Connor, par John Huston, celle de L’Idiot de Dostoïevski par Akira Kurosawa, ou le Mouchette de Bernanos par Bresson, notamment.
Reste tout de même une illustration honnête de La Route, ou le développement du rôle de la mère, elliptique dans le roman, apparait moins comme une trahison que dans le souci légitime d’ « humaniser » un désespoir absolu que certains lecteurs n’auront pas compris (ou admis) dans les présupposés les plus radicaux du roman, dont la visée évangélique reste bien présente, parfois jusqu’à l’image lénifiante…

01:18 Publié dans Cormac McCarthy, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma

02/02/2008

Au pays dénaturé

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No country for Old Men, du livre au film 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vaut-il mieux lire d’abord Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme de Cormac McCarthy, et ne voir qu’ensuite le film qu’en ont tiré les frères Ethan et Joel Coen, ou voir d’abord celui-ci et ne lire le roman qu’ensuite ?
Poser la question revient à se demander ce que le film apporte au livre ou ce que le livre apporte au film, et la réponse me semble alors toute simple : que le film apporte au livre des images visibles alors que le livre déploie en nous les invisibles images d’un beaucoup plus grand film.
Dans l’état actuel du cinéma américain, l’on pourrait dire que le film des frères Coen est, sinon la meilleure, du moins la plus admissible transposition qu’on pouvait attendre d’un roman qui est bien plus qu’un thriller de la frontière où la violence se déchaîne : une méditation sur le mal qui court et la barbarie qui revient. Or le blues lancinant qui traverse tout le livre se retrouve bel et bien dans le film, comme s’y retrouve, même éparse et comme affadie, la menace physiquement perceptible de la justice démoniaque exercée par le Méchant.

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Les remarquables acteurs qui incarnent respectivement le shérif Bell, figure du Bon (Tommy Lee Jones) et le redoutable Chigurh, figure de l’absolu Méchant (Javier Bardem) constituent une paire visible tout à fait admissible, bien plus étoffée évidemment dans le roman mais non moins cohérente et nettement dessinée dans le film. De la même façon, les paysages et les objets ne nuisent pas à la visibilité plus profonde des images du roman. Curieusement cependant, c’est dans ce qui constitue le propre du langage cinématographique que le film des frères me semble le plus défaillant par rapport au livre, par le défaut de rythme et de densité qui fait que la violence explose comme dans n’importe quel film actuel plus qu’elle ne s’affirme comme la décréation du monde constituant le job du Diable.
Aux yeux du lecteur superficiel, le roman de Cormac McCarthy peut faire figure, je l’ai constaté, de polar raté, tandis que le film « tient » au même regard de surface, alors qu’il peine, aux yeux de qui voit vraiment ce qu’il y a dans le roman, à faire voir vraiment ce que, peut-être un film plus physique et métaphysique à la fois (je pense au fulgurant En quatrième vitesse de Robert Aldrich) eût vraiment montré…