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23/08/2007

Le Dantec nouveau

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Lecture intégrale d’ Artefact. Notes.


DANTEC Maurice G. Artefact. Machines à écrire 1.0. Albin Michel, 565p.

Vers le nord du ciel

- Exergue d’Ernest Hello : « Le monde est un désert où la foule va et vient ».
- 1. La Tour.
- Le narrateur dit être né ce matin à 8h46.
- Mourant et naissant en même temps.
- Dans un « endroit unique au monde ».
- Il est « un peu plus qu’un être humain ».
- D’origine aussi inconnue que ses destinations.
- Sachant que les Temps viennent.
- Il sait tout ce qui advient.
- Est chargé d’une Mission.
- Le rythme du récit a quelque que chose de la scansion biblique.
- Il naît dans le hall de la firme juridique.
- Au centre du centre-monde.
- Qui n’est autre que le World Trade Center, à 8h.46, au 90e étage.
- Il naît à sa nouvelle vie au moment où l’avion percute la Tour nord.
- Le choc et le fracas sont évoqués avec beaucoup de force.
- Il sait déjà ce qui va se passer.
- L’événement va déclencher une guerre sans précédent.
- Il vient du Vaisseau-Mère, auquel sa Mission le lie.
- Mais il a déjà décidé de vivre sa liberté.
- Ce qui se passe dans la Tour nord est une « condensation verticale de l’enfer ».
- S’il a déjà connaissance des faits à venir, il ignore ce que lui-même va faire.
- Il pressent que la catastrophe va révéler quelque chose.
- « Je viens de naître au milieu de l’Enfer, je viens de naître au milieu du monde des Hommes ».

- 2. Celle de l’étage 91.

- Dans la Tour noir, le plein jour devient ténèbres.
- On apprend qu’il a observé l’humanité pendant des siècles.
- Il est Observateur.
- Et décidé à braver tout déterminisme.
- Pense que le sacrifice en vaut la peine.
- Il va s’incarner pour la dernière fois.
- Constate que l’événement marque le début du XXIe siècle.
- L’humanité est devenue idolâtre d’elle-même.
- Et voici qu’il entend une voix de petite fille.
- Pressent alors qu’il est venu pour cette enfant.
- La rejoint et la charge sur son dos.
- Il sait déjà que 1366 personnes auront été bloquées dans le WTC-1.
- Et se met à descendre. Sait qu’il a eu de temps avant l’effondrement de la tour, après la tour sud.
- Il entend vaincre les nombres.
- Et commence alors la descente effrénée.
- A remarqué que la petite portait une croix huguenote.
- Observe l’humanité depuis plus de mille ans.
- « En fait, je suis le futur de votre espèce ». (p.35)
- Il voit dans la nuit et saura dévaler les étages en mettant à profit certaines facultés extra-terrestres.
- Il est au 40e étage lorsque la Tour sud s’effondre.

- 3. Nuit et brouillard
- Le chaos est bien rendu.
- « il y a un train géant qui descend des cieux ».
- Le récit est à la fois statique et très dynamique, limpide et très évocateur.
- Ils arrivent dans le chaos du parterre, alors que la Tour nord commence de s’effondrer à son tour.

- 4. Là où les rues portent 3000 noms.
- Tandis qu’il fuit avec la petite fille, des hommes en costumes sombres quadrillent le parterre. L’un deux le repère. Que fait-il avec cette petite fille ?
- Il la présente comme la fille du sénateur du Wyoming.
- Etrangeté et menace bien rendues.
- Et la Tour nord s’effondre.
- Il se sauve avec la petite fille, auquel il fait boire le contenu d’une fiasque de whisky relique d’une de ses vies passées, durant la guerre des Boers…

- 5. Cities on flame with rock’n’roll
- Ils se retrouvent dans Manhattan.
- Il l’emporte vers son domicile du sud du Village
- Fuit le Ground Zero de la société-monde.
- Plus une société : un champ de bataille.
- Parvient à sa maison-piège.
- Aux installations sophistiquées.
- Où il prépare une salle d’op pour soigner l’enfant.
- Qui s’appelle Lucy. Ben voyons. Skybridge. Naturally.
- Il se prépare à un séjour ultérieur au Canada.
- Il avait d’ailleurs tout prévu, sauf la môme.
- Revoit la journée sur CNN.

6. L'observatoire du monde humain
- Il repasse ses souvenirs depuis la prise de Saint-Jean d’Acre.
- Considère ses livres. 1003 écrits par lui, et 5000 autres.
- Il a commencé à écrire en 998.
- Il est devenu un authentique spécialiste du simulacre humain.
- Au XXe siècle, il a fait tous les métiers.
- Il a vécu une petite dizaine d’années dans la maison de New York.
- L’intendance des Observateurs est assurée par les Truqueurs. Des sortes d’anges gardiens.
- « L’Amérique est la première civilisation a avoir vécu à la vitesse de la lumière. Elle est probablement la civilisation qui mourra le plus vite ». (p.75)
- Lui-même est devenu un super-Américain.
- Les Observateur ne vieillissent pas.
- Ou presque pas.
- La petite fille remarque que son sauveteur a une drôle de façon de se dédoubler.
- Il sait que la mère de la petite a cramé.
- Elle lui apprend que son père les a abandonnées, sa mère et elle.
- Un climat étrange, avec quelque chose d’ingénu dans le récit.

- 7. Me and my black box
- Il annonce à la petite fille qu’ils vont partir.
- Elle accepte de le suivre.
- Lui fait jurer de ne pas s’aventurer hors de la maison pendant qu’il prépare le voyage.
- On ne sait pas qui est réellement la petite.
- Il évoque sa bibliothèque et les morts de Ground Zero
- 8. Un peu au nord du désastre.
- Les Truqueurs lui bricolent une nouvelle identité.
- Qui lui permettra de passer la frontière.
- Se retrouve dans les Appalaches.
- Sur la route (on the Road) il sent l’onde du bonheur le traverser.
- Ils arrivent dans la petite maison dans la prairie, yes sir.
- Tous deux sont sortis de l’humanité, mais l’humanité est entrée en eux dans le même temps.
- Il a vécu mille ans et de nombreuses vies, dont quelques mariages, mais jamais il n’a procréé.
- Les Observateurs n’en ont pas la permission.
- En cas de transgression, les Contrôleurs sévissent.
- N’empêche, il pense maintenant « famille ».
- Beau début d’un récit étrangement épuré, nouveau départ après Grande Jonction, instaurant un rapport très singulier avec le temps et la fiction… (A suivre)

08/07/2007

Le Dantec nouveau (2)

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Lecture intégrale d’  Artefact. Notes.

  9. American Life
- L’automne se pointe.
- Ils crèchent dans une espèce de chalet de montagne surplombant un lac.
- Les Truqueurs lui ont bricolé une identité. James Williamson Skybridge, astronome.
- Il exige des professeurs de Lucy qu’ils n’évoquent pas son drame.
- La petite fille est hyperdouée.
- Et très pieuse.
- Lui-même a épousé toutes les religions à travers les siècles.
- Les gens du coin sont très tertiaire libéral à résidences secondaires.
- Des gens qui travaillent à distance.
- Ou des ouvriers en retraite. Des bûcherons.
- Il donne des cours particuliers à la petite.
- Notamment sur l’évolution humaine.
- Lui apprend des techniques d’apprentissage.
- Lui révèle qui il est.
- Elle s’intéresse à Thérèse d’Avila.
- Lui apprend que sa mère se passionnait pour les saintes.
- Il a commencé à collectionner les ouvrages de théologie à la période de la querelle nominaliste…
- Puis c’est l’été sur les Appalaches.
- Le directeur de l’école le convoque.
- Lui apprend que Lucy Skybridge figure parmi les disparus du WTC.
- Il s’en tire avec habileté.
- Lucy sait déjà qu’elle va devenir comme lui
- Digression sur le secret (p.110).
- Il lui demande si elle veut aller à la commémoration des attentats.
- Elle décline, malgré la présence de U2…
- Ils vont se balader sur le lac.
- Célèbre la beauté de la nature, « comme un don de la grâce divine ».
- Cite Bérulle.
- La nature lui apparaît comme une écriture vraie.
- « Un millénaire comme celui que j’avais vécu est extrêmement formateur sur le plan de la philosophie.
- Un humour singulier là-dedans, candide et un peu dingue.
- La petite parle doctement de la Réforme et de ce qu’elle aurait dû être : l’affaire Luther a été mal « gérée »…

  10. L’année du dieu Mars
- Evoque la guerre engagée
- Qu’il sait déjà promise à tirer en longueur.
- Une guerre globale.
- Dont lui veut se tirer.
- Se dit prêt à un sacrifice.
- Il a des rêves prémonitoires.
- Voit déjà la développement de la guerre en Irak.
- Selon lui, l’homme aura besoin d’une confrontation mortelle pour connaître « le prix véritable de toute création ».
- En irak, le problème ce sera « après »…
- Conversation avec le commandant Cooper.
- Retour à Clausewitz.
- Considérations intéressantes sur le temps.
- Le temps linéaire aristotélicien et l’autre temps.
- Le Vaisseau-Mère est une conscience quantique.
- Qu’il s’applique à déjouer la moindre.
- Il reste libre de ses choix.
- Il va s’attacher à faire évoluer Lucy en accélérant les choses avec les neurovirus et les transposons.
- A la rentrée de 2003, Lucy a donc 9 ans et 9 siècles.
- Elle fait son apprentissage de la précognition. Ses antennes s’affinent. Elle communique avec sa mère.
- Lui-même reçoit des messages du futur.
- Lui : « Je note tout, j’écris tout, je prévois tout, je calcule tout ».
- Se targue de n’être pas calculé, mais…
- Il y a les SUV noirs.
- Qui le calculent, pense-t-il.
- Des types en costumes noirs qui le filent, croit-il.
- Bref, il est temps de programme la séquence neurovirale de départ.
- Il faut qu’il « leur » échappe avec Lucy.

  11. Contre la Tour-monde
- Au début 2004, un signe lui est doné.
- Il doit partir vers le nord.
- Il doit échapper à la mémoire de ses poursuivants.
- Les magouille à distance, sans être sûr d’assurer…
- La haine entre en lui, jamais éprouvée.
- Un sentiment animal et glacial à la fois.
- « La haine est une machine »
- Sent qu’elle menace de faire de lui un homme.
- Ils vont fuir vers le nord.
- Quittent les Appalaches pour le Canada.

  12. Americanada
- Passent la frontière.
- Destination Fermont dans le Labrador.
- «Nous sortons du monde, nous entrons dans le réel ».
- Ils vont vivre comme des nomades, des résistants, des guérilleros.
- Il fait tout pour Lucy.
- Qui doit être télétransportée dans l’autre dimension.
- « Mon plan est de vaincre la mort ».
- Tout cela se lit fort bien, sans qu’on sache où ça va...

  13. La carte et le territoire
- Il entre en clandestinité.
- Il a signé une alliance secrète avec le monde.
- Contre ceux qui veulent le détruire.
- « Ils anéantiront tout. Ils souilleront chaque place sacrée. Ils propageront des abominations encore jamais vues sur cette planète pourtant riche d’enseignements ».
- Ils remontent de Montréal à Québec.
- Trouve encore des ressources vitales dans la nature.
- Qu’il évoque en poète.
- « La Beauté est ce qui, dans le monde, est susceptible de vous parler, est doté d’une voix, est capable d’énoncer une parole ».
- Ils arrivent à Tadoussac.
- Il implose en larmes à la vue de Lucy endormie. Ni des tristesse ni de joie, mais d'un feu liquide.
- Ils iront jusqu’à Natashquan.
- Se sent un « spectre qui navigue ».
- Fuyant « leur globe carcéral ».

  14. Under the northern skies
- Ils arrivent au Labrador.
- Belle évocation là encore.
- L’histoire de deux espèces d’anges, l’un tombé du ciel, l’autre d’une tour…
- Roule sur la 389.
- Le 5 juin ils arrivent à Fermont.
- Le 6 sera l’anniversaire des 10 ans de Lucy.
- Une aurore boréale les rejoint.
- Descriptions scientifico-lyrique assez chiadée.

  15. Contact
- Le jour des 10 ans de Lucy something happens.
- Road 500.
- Prend conscience de sa bifurcation vers la poésie, par ce qu’il écrit depuis quelque temps.
- Le texte de MGD est aussi chargé de lyrisme et tissé d’incantation rythmées.
- Il use des tems verbaux de façon singulière, aussi.
- Lucy l’interroge sur la présence des terroristes dans son monde à lui où ils vont.
- Il la rassure.
- Mais leurs poursuivants les ont rejoints entretemps.

  16. Sous le projecteur des films noirs.
- Il se demande encore qui ils sont.
- Des Contrôleurs envoyés par le Vaisseau-Mère ?
- Il en doute.
- Ce dont il est sûr est que Lucy est menacée, et qu’il doit tout faire pour l’aider à passer de l’autre coté…

  17. Zone d’impact
- Il va pour rejoindre le Vaisseau-Mère.
- Mais ce sont EUX qui les rejoignent.
- Son plan a fonctionné.
- Comme s’il avait-lui-même tendu le piège.
- « Tout ce qui va suivre, je le sais. Je l’ai vu. D’une certaine manière, je l’ai écrit ».

  18. Toutes les lumières du Ciel et de la Terre
- « Ils sont venus. Nombreux. Ils sont là. Armés ».
- Mais lui aussi est armé.
- Lucy s’inquiète, alors qu’il a déjà préparé son transfert.
- Elle y est prête.
- Et l’attaque se déclenche au moment où il la pousse à fuir vers le contact avec la sonde.
- Etrange récit de SF et tout autre chose en même temps.
- ILS sont la loi. Mais lui représente la loi à venir.
- Deux lois qui s’affrontent violemment.
- Il se défend, mais finit par être touché et abattu.
- On comprend que de mourir il va naître.
- Et plus que jamais on se demande où tout ça mène.
- Mais on y va…

Le Dantec nouveau (3)

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Lecture itégrale d'Artefact. Notes. 

19. Le monde en blanc et blanc

- Il se retrouve chez lui (croit-il).
- Dans le Vaisseau-Mère (croit-il).
- Où tout est blanc.
- Mais pourquoi l’agent de réception lui parle-t-il en langage terrien ?
- That’s the very question.
- Pourquoi l’appelle-t-il Docteur ?
- Pourquoi tous ces hommes en blanc ?
- On lui apprend qu’il s’appelle James Curtis Williamson
- Et depuis toujours.
- On lui présente ses poursuivants.
- Dont un détective.
- Le Dr Bloomber, neuropsychiatre, s’occupe de lui.
- Lui apprend qu’il est l’un des physico-chimistes les plus éminents de la Côte Est.
- Qu’il a eu un accident de la circulation, en 1997.
- Où il a perdu sa femme et sa fille.
- Bloomberg vient le trouver chaque jour.
- On lui parle d’un certain objet qu’il a laissé dans sa fuite, après son « kidnapping ».
- On lui reproche des « crimes fédéraux », comme usages de faux, etc.
- On lui montre des photos de son labo, aux murs couvertes de formules.
- On le soupçonne d’expériences illégales sur Lucy.

- 20 Epilogue : Ground Zero
- En fait il se trouve dans une clinique de Newark.
- No loin du Ground Zero.
- Où il a l’autorisation de se rendre.
- Tout y a été nettoyé, comme si le WTC n’avait jamais existé.
- Il est conscient du gouffre qui le sépare d’EUX.
- EUX qui ne savent rien.
- ILS ne pourront jamais rattraper Lucy.
- Il y a 3 ans qu’il est là.
- Il reprend son autobiographie…
-
- Deuxième Partie : Artefact

- Premier jour : l’éveil

- Exergue de Boby Dylan : « Don’t think twice, it’s allright ».
- Quelqu’un se réveille sans savoir où, quand on est, ni qui il est.
- Son passé est « une totale absence ».
- Il se trouve sans rien, dans une maison de style toscan
- Se demande ce qu’il fait là et où il va.
- Aucun repère.
- Sauf la mer, un port, une ville.
- La maison.
- Il a le sentiment d’être manipulé.
- Là pour une expérience.
- Il découvre un objet : une valise.
- Et dans la valise : une machine à écrire Remington.
- Avec une rame de papier.
- Et sur la page de titre : Artefact.

- Deuxième jour : la machine et son double
- L’écriture de MGD est devenue claire et limpide, lumineuse, poétique et sereine.
- Durant la nuit un événement s’est produit.
- Des pages ont été écrites.
- Se demande s’il l’a fait en état de somnambulisme.
- Ce qui a été écrit tient en une demi-douzaine de pages.
- Sa journée est écrite.
- Réfléchit à la nature de l’écriture.
- Puis il découvre la ville.
- Une station balnéaire, en Italie, le 13 juin 2000.
- Jour de la naissance de MGD me semble-t-il.

- Troisième jour : la Plage.
- Viareggio.
- Avec des bagni et une Passeggiata.
- Un lieu de l’apothéose du faux.
- S’arrête au bagno Oceano.
- Très belle évocation, très picturale, entre land art et body art.
- Evoque les deux temps de l’écriture, de l’absorption à la résorption.
- L’écriture le fait exister.
- Retour à la case réel.
- Il devient un existant, bientôt un individu.


- Quatrième jour : l’infini au cube
- Décline les modalités de son je.
- Le je du jour, le je de la nuit, le je de la Plage, le je de la Chambre.
- Il commence à redevenir lui-même.
- Son futur se construit à travers cette présence de l’écriture et de la machine à écrire.
- Un espèce de saisie phénoménologique de la présence et de la genèse de la création de soi et du texte.
- « J’écris dans un monde qui semble plus réel que celui dans lequel je vis en toute conscience ».
- Se sent dédoublé.
- Perçoit l’Autre en lui.
- Le monde fait son entrée dans son univers alors qu’il entre dans le bagno du monde.
- Une relation nouvelle. Etrange.
- Le sujet se pointe, le sujet à venir.

- Cinquième jour : La Nuit Blanche.
- Expérimente le principe d’incertitude appliqué à son existence.
- Découvre un hangar rempli de masques.
- Se rappelle que masque se dit persona.
- A la Nuit Banche succède le Journoir.

- Sixième jour : le Journoir.
- Continue à s’interroger sur la nature du réel.
- Qu’est-ce qui est réel ?
- S’interroge sur sa relation avec la machine et sur la fonction de celle-ci.
- Une sorte de prolongation organique de son corps.
- Il va se rejoindre pourtant en écrivant : c’est bien moi.
- La machine est comme le corps de son âme ou l’interface de son être.
- Evoque le temps dédoublé de l’écriture. A la fois dédoublé et décentré.
- Je suis celui qui suit ce qui suis-je, ou quelque chose comme ça.
- Septième jour : Infinity Unlimited
- Il dit avoir été un homme séparé de lui-même, un alien.
- Constate qu’il y a un infini en chacun de nous. »Votre cerveau est le secret de votre cerveau votre cerveau est le mystère du cerveau d’Après.
- Comme un Big Bang de symphonie virtuelle.
- Qui reste à l’état de dénombrement et de dénomination du réel.
- A la fois abstraite, l’opération, et tout à fait intelligible pourtant.

- Huitième jour : l’invention de l’éctiture.
- Il se réveille dans la chambre de la maison.
- La machine absorbe tout.
- Tout s’inscrit.
- Il devient lecteur/écrivain total.
- L’écriture, miroir de l’être, est reflet de l’inconnaissable.
- Dit avoir procédé à une dévolution.
- Un espèce de représentation abstraite/concrète de la théologie.
- Millième jour : Homo Sapiens Sapiens
- Il dit avoir marché des siècles dans le désert.
- « J’ai rompu le piège du monde-simulacre ».
- « L’écriture est en train de s’incarner en moi et désormais la présence est réelle, elle est partout, elle est le réel ».
- Et le texte lui-même l’exprime par son ressassement.
- « C’est le moment où je vais parler. Ce sera le moment où, enfin, je pourrai rencontrer l’autre qui est en moi ».
- « Cette zone noire c’est la bouche du monde ».
- « Ce qui est connu, ce qui est véritablement connaissable est caché ».
- Très Blanchot tout ça.

- Le Jour Dernier : que la Lumière soit.
- La langage prend forme. Le langage prend sa forme.
- « Et c’est ce langage qui m’informe, c’est ce langage qui me reforme à l’image de la vérité.
- Il dit être l’expérience.
- Il vit la naissance du verbe.
- Décrit un phénomène relevant à la fois de la physique et de la métaphysique.
- « Je m’éveille dans la Chambre, il fit un temps magnifique. »
- Tout cela s’est peut-être passé en un quart de seconde ou en dix siècles
- Il se reconnaît comme artefact.
- Il est le « je » qui s’efface pour faire jaillir le Verbe.
- Suivent des considérations plus précisément théologiques, sur le caractère trinitaire du cerveau (hum) et la présence d’un authentique secret dans le « trou noir » du code génétique.
- « Son intuition première n’est pas que Dieu est inconnaissable mais qu’il est absolument illimité ».
- Introduit la théologie négative selon de Grégoire de Nysse.
- Affirme son expérience unique en tant qu’expérience de la personne.
- « Es-tu une personne ? » (p.314)
- C’est là comme une méditation poétique sur la genèse du sujet et de l’écriture. Il y manque un peu de chair et d’objets à mon goût, mais c’est néanmoins une sorte de repérage physique et métaphysique lumineux des conditions d’émergence du Sujet, Récit et de la Fiction. (A suivre)

Ci-dessus: machine à écrire de Patricia Highsmith. Sur laquelle a été écrite la phrase: "Seul ce qui est imaginaire est réel".

07/07/2007

Le Dantec nouveau (4)

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Lecture intégrale d’Artefact. Notes

- Troisième Partie : Le Monde de ce Prince
- Exergue de Saint Jean. « Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu ».
- Initier
- Suit une série de communiqués, envoyés aux gouvernants et aux médias, et diffusés sur internet.
- Celui qui les écrit dit qu’il est devenu ce qu’il est parce qu’il ne cesse de devenir.
- S’adresse carrément aux flics canadiens.
- Taxe le monde d’im-monde.
- S’exclame que c’est une Fête.
- Tout à fait sur le ton de Muray.
- On est dans la Cité-Hype Montréal.
- Dans laquelle il vient de déclencher une série d’incendies.
- Considérations sur le Diable : Le Mal absolu et le Fils de Pute.
- Raille les pauvres gardiens du désordre, pauvres révolutionnaires tranquilles, pauvres journalistes de tinettes.
- Se dit une sorte de médecin, mais jouant le sicaire du Diable, actuellement en vacances.
- Se dit le maître incontesté de l’euthanasie.
- Il a son site web, sur lequel sa webcam capte les incendies.
- Le Diable aime le « bruit voluptueux » des incendies.
- Son site est www.welcometohell.world.

  2. Chiffrer
- Raille les cités à festivals perpétuels...
- Le Diable est sur la Plage.
- Au bagno Oceano peut-être ?
- Il lui a confié l’intérim.
- « Je suis – c’est vrai – une pure déviance, à ce titre ».
- « Le Diable est le toxique de tous les toxiques ».
- Pour sa part, il a kidnappé un journaliste islamisant.
- Auquel il va faire subir un traitement de choc.
- « Tes amis coupent les têtes, ils le séparent des corps vivants avec les moyens abjects qu’on a vus sur tant de vidéos », lui dit-il en lui promettant de lui faire le sort inverses. Il ne va pas le couper mais le coudre.
- Et de fait, il le coud de haut en bas, lui coud les orifices et finit parle broyer.

  3. Ecrire
- Il dit être en train d’inventer quelque chose.
- En tant qu’agent intérimaire du Diable, il va devenir artiste en snuff-movies.
- Mais est-ce une invention ?
- Tout ça est moins convaincant que ce qui pécède.
- Ce substitut du Diable, qui n’est autre qu’un certain écrivain français exilé au Canada, ne me semble pas une invention romanesque à la hauteur du propos.
- Cette incarnation du mal relève jusque-là du standard de polar, mais voyons la suite…

4. Rassembler
- Il dit que son nom est Mépris.
- Et qu’il est un esthète.
- Cette fois il a capturé une femme juge dans son Hummer 4x4.
- Il se targue d’avoir tué 246 personnes pour exécuter sa justice invertie.
- C’est un technicien. Un maître de la mécanique générale.
- Il punit la juge d’avoir trempé dans le lynchage judiciaire d’une femme opposée à une secte. Episode fameux au Canada à ce qu’il semble.
- Moyennement explicite pour le lecteur…

  5. Concentrer
- Le Diable-bis se défend de se venger.
- Se veut froid comme la dague.
- Défend la non proportion du châtiment par rapport au crime.
- Développe un vaste aperçu sur les plans du Diable (p.361) en matière de politique de masse, les grandes machines broyeuses de personnes.
- Détaille les « poisons mentaux » inventés par son frère le Diable.
- Ensuite on se retrouve dans un souterrain où il a séquestré deux hommes : un suprématiste nazi canadien et un Afro-Canadien négationniste.
- Le premier hait les Blancs.
- L’autre hait les Noirs.
- Ils ont divers moyens de sortir du souterrain.
- Dont une Bible et un couteau suisse.
- Cela tourne à la parodie de jeu virtuel, avec une visée édifiante qui pèse un peu beaucoup quand il nous explique que la Bible aurait pu les sauver...
- Frère Dantec prêche…
 
 6. Choisir

- Le communiqué suivant du vice-Diable insiste sur le sang-froid des actes qu’il commet.
- Et voici dame Olga qu’il suit depuis des jours.
- Qu’il va tuer.
- Son crime est d’avoir servi de rabatteuse à son mari amateur de très jeunes filles.
- Une horrible histoire advenue dans la banlieue de Toronto, genre Dutroux en pire. Treize victimes, violées et torturées. Et Olga est ressortie de prison après six ans.
- Ce qui lui vaut l’attention du Diable bis.
- Qui lui a préparé une machine à tuer très spéciale, rappelant les punitions imaginées par Dante dans la Divine Comédie, où les damnés sont torturés par cela même qui constituait la nature de leur vice particulier. (p.410-412)
- En l’occurrence, c’est sa liberté qui va tuer Olga dans la machine a cramer. Se non è vero e ben trovato, Sior Dantec (A suivre)

Le Dantec nouveau (5)

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Lecture intégrale d'Artefact. Notes finales.
- 7. Enclore/Eclairer
- Répète qu’il n’y a aucune logique dans ses crimes.
- Note qu’Auschwitz fut au contraire le triomphe de la logique diabolique.
- Répète que le Diable est le maître de la mécanique générale.
- « Plus nous avancerons dans nos opérations, moins les victimes seront « coupables ».
- Va s’en prendre aux « guignols qui vendent de la festivité ».
- Répète qu’il est un pédagogue.
- Ce qu’on avait, hélas, compris.
- Annonce une respiration humaine sur écran noir.
- Suivi d’un hurlement de terreur.
- Un homme qu’il a enterré dans le Manitoba oriental.
- Enterré vivant. Dans un cercueil transparent.
- Pourvu d’un système vidéo d’auto-contemplation.
- Le sujet est un acteur, Tomi Vasry.
- Un « vaniteux saltimbanque.
- Un tartuffe médiatique.
- Un créateur raté compulsant son ressentiment.
- La machine va assurer à Tomi une survie mortelle.
- Le vice-diable use d’une technologie sophistiquée.
- Est-ce bien la peine ?
- L’auteur a l’air de se régaler de ces détails.
- Et les « amis lecteurs » ? Hum.
- « Bienvenue dans la monde où la lumière obscurcit et où les ténèbres illuminent ».
- Tomi va devoir se bouger pour vivre.
- La description de l’appareillage de torture devient fastidieuse.
- Le système aboutit à une sorte de téléréalité de la mort.
- Les innocents/coupables sont traités par la justice/injustice.
- Et le lecteur se fait un peu tartir.
- Digresse sur la progression destructrice du nazisme à l’écologie…
- Les écolos pires que des nazis.
- On revient à l’homme au pédalier.
- Nouveaux détails de son supplice.
- Machinerie de plus en plus chiante.
- L’écriture de Dantec tombe à plat et tourne à vide.
- Heureusement, on annonce la suspension des émissions…

  8. Voyager
- Le vice-Diable se félicite de son invention de « mécanicien des singularités », après avoir négligé la phase finale du supplice.
- Il est question alors d’un homme courant dans un tunnel.
- Avec une torche qui le dirige et attire en même temps de méchants chiens.,
- L’homme est coupable d’avoir laissé son pitbull défigurer une petite fille.
- Donc à pitbull, pitbull et demi.
- Retour à l’état de nature.
- Le vice-Diable va s’occuper ensuite des masses.
- Il est poursuivi par toutes les forces de police nord-américaines.
- Annonce alors un stratagème.
- « Comptez sur moi pour faire réapparaître le réel dans vos vies ».
- Hélas tout ça est purement mental, rhétorique et désincarné.
- Annonce la semaison d’une mauvaise graine.
- Gagne une petite ville de Virginie.
- Où il y va y avoir un massacre à l’école.
- Entend prendre le contrôle de notre cerveau.
- Se dit un réseau. Une arme biologique.
- Evoque les « crime clusters », phénomène mimétique.
- « Le crime est toujours plus grand que l’homme qui le commet. L’innocence est toujours plus fragile que le plus humain des coupables ». Truisme ou sophisme ?
- « Nous savons très exactement ce que nous faisons ». Pas sûr.
- Sur quoi nous annonce qu’il va nous délester de notre innocence.
- A la bonne heure !

 9. Jouer
- Il a beaucoup voyagé dans la foulée.
- Se retrouve à Berlin.
- Pour la Love Parade.
- « Ici l’amour est partout, donc nulle part », etc.
- Des généralités sur l’hyperfestif, « rien que le mouvement processif de leurs organismes interconnectés par le centre de contrôle du vide idéologique, c'est-à-dire nous ».
- Se veut le « patient » des intoxications bactériologiques qui vont aboutir au bad trip.
- Annonce à son public que sa destination finale est dans chacun.
- La littérature va lui servir de vecteur.
- Mantra de la servitude absolue : Vous damner c’est être sauvés par vous-même ».
- Okay, on a compris le prône.
- Qui devient décidément lourdingue.
- Mais ça continue. Intox mondiale oblige.
- C’est Hannibal Global Fight.
- Lassant.
- On se retrouve en croisière sur le Lady D of the Seas.

   10. Aimer
- Poursuit son voyage around the World.
- Jusqu’à New York.
- Où il rencontre un enfant.
- Qui n’est autre que lui-même.
- Lui annonce le nouvel Armageddon. Yes sir.
- Variation sur le thème « vous êtes des génies », préludant à l’hiver nucléaire.
- Rappelle une fois de plus qui est l’Adversaire.
- Celui qui ne peut connaître la vie incarnée.
- « Bienvenue dans la Machine Humanité ».
- L’enfant devient le moteur du retournement final.
- A la trinité finale de l’enfant, du petit et du grand Frère.
- « La vérité se trouve dans le regard lumineux de cet enfant ».

  11. Etre/ne pas être
- L’âme du meneur de jeu erre encore la moindre.
- Le débat se poursuit avec l’enfant et le Grand frère, le Bien et le Mal en d’autres termes.
- De la démonologie virtuelle et du passage à l’acte.
- Se demande pourquoi il ouvert le Livre du mal.
- L’enfant lui révèle pourquoi il est mort virtuelleemnt, avec le massacre de sa famille.
- Retour au thème traumatique de la première partie.
- De l’origine du ressentiment.
- Comment il a pris sur lui le crime du monde, Christ inversé.
- Conclusion sur la Grâce.
- « Ici le nom de la Grâce est : Pardon. ».
- Et le discours s’achève.
- Car cette partie, et c’est sa faiblesse, est essentiellement un discours.
- Un apologue univoque, qui communique certes avec les deux premières parties mais en constitue la partie la plus faible, la plus lourdement démonstrative.
- Plus rien là-dedans des inventions romanesques géniales de Cosmos incorporated où le signifiant et le signifié se fondaient en incandescence.
- En l’occurrence, la faiblesse de Grande Jonction, tenant à ses parties prêchées, devient plus visible encore.
- Les deux premières parties tiennent à mes yeux du point de vue de la création romanesque autant que par son contenu, la troisième est très riche des notations intéressantes mais le roman cède le pas au sermon édifiant. Amen.

05/03/2007

Dantec est-il infréquentable ?

 

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L’écrivain « culte » mérite-t-il une Fatwa, comme l'a demandé  le magazine Technikart après la publication d’ American Black Box ?
Maurice G. Dantec, le plus controversé des romanciers français avec Michel Houellebecq, a publié récemment le troisième tome de son monumental journal, sous le titre d’ American Black Box, recouvrant les années 2002-2006 et se voulant la «boîte noire » du crash annoncé d’une « civilisation qui ne croit plus en elle-même », menacée par un « néo-totalitarisme planétaire ». Somme des lectures et des réflexions géo-politiques ou philosophico-théologiques de l’écrivain « exilé » à Montréal, ce livre refusé successivement par les éditions Gallimard et Flammarion, qui craignaient (notamment) les contrecoups de son anti-islamisme virulent, a paru chez Albin Michel dans la foulée de deux énormes romans, Cosmos incorporated et Grande Jonction, marquant à la fois le sommet momentané d’une œuvre saisissante et le début de l’empêtrement de l’auteur dans une sorte de prophétisme halluciné à base de catholicisme ultra (Dantec s’est converti) et de rejet virulent de l’Europe pourrie (ramassis de Zéropéens) et de la France moisie, en attendant à la fois le Grand Djihad anti-Occidental et une Nouvelle Chrétienté, voire une Nouvelle Croisade, un nouvel Armageddon liguant les forces de l’Amérique de Bush et d’Israël, entre autres « visions ».
A en croire Dantec, le monde actuel serait un vaste Camp, héritage du XXe siècle qui fut essentiellement « le siècle des camps ». Depuis septembre 2001 se déchaînerait la 4e Guerre mondiale qu’il a d’ailleurs vue se pointer : « En trois livres, j’ai dit la guerre qui venait, j’ai dit le monde qui s’achevait, j’ai dit le choc qui ouvrirait l’abîme ». S’il convient que « ce n’est pas être contre les PERSONNES de confession musulmane que de ne pas être en accord avec le Coran », il n’en affirme pas moins que, « bientôt l’islamisme conquérant trouvera son véritable Hitler, c’est-à-dire un mélange de prophète religieux charismatique et de leader politique-publicitaire, soit l’Antéchrist tout simplement ». Or il n’y a pas que l’islam a représenter l’Antéchrist aux yeux du rocker transformé en catholique errant: « Mahomet, plus Luther, plus Hitler, plus Lénine, le Quadriparti antichristique qui cloue l’Occident par ses quatre orifices est désormais installé pour des siècles ». Et de fustiger les « talibanlieusards » tout en priant « pour que des musulmans libres aient la bonne idée de s’unir un jour contre ce qui conduit leur civilisation au chaos et à la ruine » ; et de stigmatiser l’ « œcuménisme panthéiste baba cool des épiscopats modernes » en appelant de ses vœux un nouvel Occident chrétien fondé sur les forces de l’OTAN et « la réouverture imminente du Saint Tribunal de l’Inquisition et le rallumage de ses bûchers » ; et de vouer Chirac aux gémonies pour ne pas s’être engagé en Irak, en prévoyant (on est en 2003) que les Américains vont créer à Bagdad la première République fédérale arabe, modèle s’il en sera…
Les 600 pages d’American Black Box ne s’en tiennent pas, heureusement, à l’énoncé des positions politico-philosophiques de l’auteur, qui déverse pêle-mêle le produit de lectures très poussées (plus précisément à hautes doses de Risperdal, neuroleptique utilisé dans le traitement de certaines psychoses et de la schizophrénie…) en matière de patristique, les échos de querelles nettement plus triviales voire parisiennes, des aphorismes dont certains sont parfois lumineux (« La beauté est ce qui dans ce monde n’est pas de ce monde », ou « Quand on est nombre on est ombre ») mais parfois aussi d’une pesante platitude (« Les pires envieux sont ceux qui vous envient pour la vérité»), des engouements intellectuels successifs qui en disent long sur une quête d’autant plus incertaine qu’elle se veut péremptoire dans ses affirmations, et nombre de développements aussi, souvent les plus intéressants voire les plus émouvants, sur une trajectoire personnelle chaotique qui fut celle également d’une partie de sa génération, nourrie de situationnisme et d’électro-punk, de SF et de substances diverses…
Et l’écrivain là dedans ? Il y est certes aussi, mais souvent épars, relâché quant à l’expression, sentencieux, parfois même assommant, profus et confus. Les poèmes qu’il égrène au fil de ces pages ne relèvent en rien de la réelle poésie qui fulgure dans ses romans, et si telle page endiablée relève de sa bonne verve (« Allez, zoukez, zoukez les zombies de la plage Inifinity Beach»…), l’ American Black Box fait plutôt figure de « foutoir » d’urgence, assez au-dessous des deux premiers volumes du Théâtre des Opérations.
Ce qui pèche, surtout, c’est que le Dantec d’American Black Box est essentiellement idéologue, alors que c’est le conteur, le poète au sens large, le fou visionnaire et fictionnaire  de Villa Vortex et de Cosmos Incorporated et d’une partie de Grande Jonction qui en font, indéniablement, l’un des romanciers français les plus singuliers du moment.
Autant dire que si ce livre déçoit et si, plus généralement, l’évolution de Dantec a de quoi inquiéter, ce n’est pas tant à cause de ses « positions » et autres provocations visant le « politiquement correct », qu’au risque de le voir sacrifier son indéniable génie créateur à un catéchisme doctrinaire. On a vu cela chez Philip K. Dick, fondu en ésotérisme vaseux, comme on la vu chez Gogol, finalement liquéfié de religiosité ou encore avec un Alexandre Zinoviev, contempteur génial de l’idéologie qui sombra finalement dans la paranoïa…
Quant au gros titre de la revue « branchée» Technikart qui, dans sa livraison de février 2007, posait la question Dantec mérite-t-il une Fatwa ?, on le mettra au compte d’un goût du scandale équivoque - agression médiatique irresponsable  à laquelle l’écrivain prête évidemment le flanc…
Maurice G. Dantec. American Black Box. Albin Michel, 690p.



medium_Asensio0001.3.JPGCes « maudits » qu’on fabrique
Qui sont les auteurs infréquentables ? Antisémites ? Fascistes ? Réactionnaires chrétiens ? Esprits réfractaires au « politiquement correct » ? Telles sont les questions que pose, incidemment, la lecture de la livraison hors-série de La Presse littéraire, dirigée par Joseph Vebret, intitulée Les écrivains infréquentable et rassemblant, sous une vingtaine de signatures, une palette d’auteurs dont aucun ne semble « à fusiller » même platoniquement, sauf Brasillach qui le fut bel et bien.
Si les « maudits » avérés que sont le super-fasciste Rebatet, Céline l’antisémite ou Matzneff le pédophile, ne figurent pas dans le choix (partiel et forcément aléatoire) de Juan Asensio, ordonnateur et présentateur du numéro, la qualité de franc-tireur pourrait être ce qui associe un Dominique de Roux (avec quatre lettres inédites flamboyantes), et l’essayiste Philippe Muray, récemment disparu, le philosophe allemand Carl Schmitt et l’essayiste espagnol Nicola Gomez d’Avila (un vrai réac, ah ça !), l’imprécateur catholique Léon Bloy et son « disciple » Dantec, notamment.
A la question de savoir ce qui rend un écrivain « infréquentable », Juan Asensio répond par quelques approximations intéressantes liées à l’affirmation par ceux-là d’une position de droite ou d’une foi déclarée, pour se demander finalement si la liberté d’esprit, voire l’opprobre des censeurs ne sont  pas les critères d’exclusion décisifs, en fonction de normes variables. Ainsi Corneille sera-t-il jugé « macho facho » par des profs « évolués », alors que les médias grilleront Renaud Camus pour un seul « dérapage », aussi peu criminel à nos yeux que celui qui valut sa fatwa à Salman Rushdie. Quant à Paul Léautaud ou Witold Gombrowicz, originaux s’il en est mais encore moins « fusillables » que les autres, ils rappellent ici que la vraie littérature n’est jamais infréquentable que pour ceux qui n’ont de cesse de la mettre au pas…
La Presse littéraire. Hors série no3. Spécial Ecrivains infréquentables. Mars/Avril/Mai 2007.

Ces deux articles, en version raccourcie pour ce qui est du premier, sont à paraître dans l'édition de 24Heures du 6 mars 2007.

17/09/2006

Dantec rocker mystique

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Avec Grande Jonction, son nouveau « monstre » épico-théologique sur fond d’Apocalypse et de folles inventions de SF pop, le romancier poursuit une fresque fascinante en dépit de ses pesanteurs.

Maurice G. Dantec, « exilé » au Canada depuis quelques années par rejet véhément de la vieille Europe et du milieu médiatico-littéraire parisien par trop « politiquement correct » à son goût, est un « auteur culte » assez proche d’un Michel Houellebecq, par ses détestations et provocations, son fonds de culture rock et son goût pour les conjectures de la science fiction. Dans ses deux derniers romans, Cosmos incorporated (Albin Michel, 2005) et Grande Jonction qui en constitue la suite directe, Dantec, nouveau baptisé à dégaine de cyborg, affirme son originalité en brossant une fresque catastrophiste, située à la fin du XXIe siècle, toute nourrie de ses lectures des Père de la tradition catholique, et autres grands auteurs mystique, de Basile de Césarée (pour son traité sur le Saint-Esprit) à Jean Cassien (pour son traité de l’Incarnation), en passant par Duns Scot ou Joseph de Maistre, notamment. La méditation sur le Mal qui s’y développe, incriminant une humanité décervelée et dénaturée où l’individu libre et unique serait remplacé par une morne sous-humanité esclave de faux prophètes flatteurs, va de pair avec l’exaltation de la Musique (le Très Saint Rock’N’Roll, dont le livre est plein des échos de la Légende Dorée, mais pas seulement) et de l’Amour, au sens où l’entendait un certain Dante... Or comment tout cela tient-il ensemble et debout ? Essentiellement par l’indéniable génie de conteur-visionnaire de Maurice G. Dantec, dont le souffle, et d’extraordinaires intuitions, font passer de trop lourdes pages érudites ou de non moins fastidieuses évocations de combats pour la Juste Cause.
Il y a du western manichéen et de la bande dessinée dans Grande Jonction, mais les observations et réflexions du romancier, rejoignant celles des contre-utopistes du XXe siècle, de Kafka à Orwell, s’incarnent bel et bien malgré le caractère souvent stéréotypé de ses personnages.
Au premier rang de ceux-ci, qui pourrait être ridiculement kitsch, genre New Age, mais s’impose néanmoins comme un héros de roman de chevalerie, voici l’adolescent Link de Nova, l’enfant mystérieux venu au jour à la fin de Cosmos incorporated et qui a le pouvoir de « guérir » les machines et, bientôt, d’enrayer la nouvelle peste menaçant l’humanité de cette fin du XXIe siècle, laquelle s’en prend à ce qui constitue l’unicité de l’espèce : le langage humain.
Ce Mal, qu’on appelle La Chose, vampirise littéralement les individus survivant après moult catastrophes, dont le Grand Djihad et les guerres dévastatrices qui en ont découlé. Pis encore : c’est à toute forme d’écrit que va s’en prendre plus tard La Chose, effaçant toute mémoire de la surface de la planète. Or Link de Nova et ses amis néo-chrétiens vont accueillir, dans ces ultimes régions protégées de la Heavy Metal Valley (sur les anciennes terres mohawk), une Sainte Bibliothèque envoyée du Vatican, ultérieurement ratiboisé par les nouveaux barbares, qui symbolise l’ultime héritage des résistants et leur arme de reconstruction massive....
A résumer ainsi près de 800 pages, la chose pourrait sembler caricaturale, voire débile. Or s’il est vrai que Dantec agace parfois par certains débats fleurant la dissertation, et si le récit pâtit parfois d’un ton sentencieux ou d’un lyrisme pompier, Grande Jonction saisit en revanche par la beauté de ses évocations et sa façon à la fois naïve et pénétrante de moduler ses thèmes, emportant finalement le morceau par sa défense de l’imagination et de la fiction, dans le mouvement même de la création.
Maurice G. Dantec. Grande Jonction. Albin Michel, 774p.

Cet article a paru dans l'édition de 24Heures du 12 septembre 2006.

11/09/2006

Dantec électrorock

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Lecture de Grande Jonction (7)

On est reparti dans une envolée épico-poétique fascinante au-delà de la 600e page de cette Grande Jonction parfois fastidieuse, m’a-t-il semblé, avec de vrais « tunnels » où le romancier s'enferre, et qui rebondit ici dans une nouvelle suite d’illuminations narratives dont la première rejoint les représentations du «dernier des hommes» du début du XXe siècle, selon Nietzsche ou Dostoïevski et son Chigalev, le nivellisme généralisé dans L’inassouvissement de Witkiewicz ou l’homme formaté du 1984 d’Orwell, tout s’acheminant aussi bien vers la constitution d’une seule « grande marque déposée, monomodèle, monosérielle », scellant une « indifférenciation générale de toute l’humanité ».
Parallèlement à la collision frontale du Grand Blizzard et du Vent de Sable, avatars physique et climatique d’une catastrophe d’ordre ontologique et métaphysique, c’est de fait à l’apparition d’un « néomonde» gris, univers de boue figurant quel morne paradis, qu’on assiste alors qu’une nouvelle atteinte de La Chose, qui s’en est prise déjà à ce qui constitue l’individu, en attaquant son langage, travaille désormais à l’effacement de tout texte écrit à la surface du globe afin de préparer un nouveau mode de communication indifférencié évoquant le cerveau intégré de la fourmilière, pour reprendre une vieille métaphore contre-utopique.
Or on en revient précisément, ici, en pleine contre-utopie flamboyante, avec les forces régressives de l’Anome, personnalisées par le pseudo-pape Cybion Ier et ses évêques bidons, qui entendent s’approprier le mouvement de dévolution comme n’importe quelle secte vulgaire, à quoi s’opposent les chevaliers de la Juste Cause, dans la foulée du jeune Link de Nova, guitariste « élu » aux pouvoirs guérisseurs, flanqué de ses alliés néo-chrétiens Youri et Campbell, qui demandent crânement le baptême dans la foulée, du Professeur spécialiste en nombres transfinis et de quelques autres initiés de divers grades.
Alors que le Non-Être, essence du mal comme chacun sait, prépare l'avènement du Règne du Faux, Link de Nova, guitare Gibson Les Paul en bandoulière, prêt à faire « chanter le corps électrique de la planète entière » et à l’irradier de la Lumière de son Halo, assume son rôle de Chef d’Orchestre du Camp: grande jonction (il y en a une quantité d'autres qui nourrissent ce titre) entre la Musique et La Foi, sous le signe de Sainte Electricité. Hosanna.  
A la grande offensive mortifère visant les textes de la Bibliothèque rescapée, et donc la mémoire vive de l’humanité, s’oppose en outre le combat de Youri, qui a compris que « l’amour était en lui-même l’infini de tous les infinis propice à l'accomplissement de toute individuation », dont la belle Judith sera la Béatrice « dantesque », tandis qu’il incombe au père de Link, Djordjevic l’homme du livre, de produire pour sa part le manuscrit qui empêchera la destruction de ladite Bibliothèque.
Or tout cela, au fil de pages qui retrouvent le souffle et la fulgurance des meilleurs chapitres de Cosmos incorporated, relève d’une réflexion-narration superbement imagée et maîtrisée, dans un espace romanesque de visionnaire à la fois délirant et hyper-contrôlé dont on se réjouit, soit dit en passant de lire American Black Box, la suite du Théâtre des opérations, son journal dont le 3e tome est annoncé pour le début de 2007…
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09/09/2006

Dantec le cyborg

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Lecture de Grande Jonction (6)

Maurice G. Dantec est un visionnaire déjanté, doublé d’un conteur conjectural et d’un poète aux envolées parfois éblouissantes, comme le prouvent une fois de plus les pages centrales de Grande Jonction, après une assez morne plaine.
Je parle de pages centrales (de 500 à 600) parce qu’on y retrouve une sorte de fusion de l’idée et de la forme qui, proche du délire, nous replonge au cœur de la vraie fiction, par delà le récit de guerre ou la dissertation philosophico-théologique, et qui constitue bel et bien la sphère centrale de Grande Jonction, née de l’autre sphère de Cosmos incorporated
De quoi s’agit-il plus précisément ? Ni plus ni moins que de la lutte contre la destruction de l’Humanité, au sens ontologique. De la lutte contre la mort spirituelle. De la lutte contre ce qui défait l’unicité de l’individu.
Comme on l’a vu dans les 500 premières pages, Dantec brosse la fresque apocalyptique d’une fin du monde dont une entité mortifère, dite La Chose, qui plus qu'une entité est à vrai dire une composante de l’humanité elle-même, exerce ses ravages en vidant les hommes de leur substance « numérique ». Deux forces antagonistes entrent alors en lutte dans le Territoire, lieu-forteresse préservé où se situe le roman, regroupant d’un côté les ennemis de La Chose, et de l’autre un malfaiteur androgyne décidé à s’accaparer tout les pouvoirs en la chevauchant pour ainsi dire...
Dans la prolongation directe de Cosmos incoporated, trois héros (le jeune Link de Nova, guitariste « élu » gratifié du don artistico-spirituel à l’état pur, Youri le soldat-métaphysicien et Campbell l’ordinateur vivant) vont vivre une expérience décisive qui fera de Link un cyborg vivant, relance du Mystère de l’incarnation et produit souriant de la Pure Fiction, en quelque sorte…
On s’embête encore un peu à la lecture de la cogitation sur les mérites théologique de Duns Scot, que le cher Youri découvre avec émerveillement pour les relier aux théories de Cantor, rétablissant ainsi angéliquement le dialogue interrompu de la Théologie et de la Science, mais la suite redevient captivante et rigolote, si l’on peut dire, puisqu’il y est question de la chute de Rome (le dernier carré de la papauté, Pontife en tête, crucifié-pendu-écrabouillé par les hordes hérétiques de tout poil) et de l’abomination universelle que le jeune Link s’apprête à réparer avec sa chouette guitare.
Que tout cela m’apprend-il réellement ? Je me le demande tout de même, alors que je ne me suis jamais posé la question en lisant 1984 d’Orwell, Nous autres de Zamiatine ou L’Inassouvissement de Witkiewicz, ces contre-utopies qui ne cessent jamais de nous parler de notre monde et de notre sort.
Or la paranoïa de Dantec est si ravageuse, et si lourdes ses béquilles idéologiques, que le génie du conteur et du peintre à la Bosch s’en ressent hélas. Ses personnages restent terriblement stéréotypés, l’écriture très inégale dans le détail, et le hiatus est énorme entre la substance théologique dense mais plaquée et cette dramaturgie de bande dessinée.
Ce que j’aime beaucoup, pourtant, chez ce fou de Dantec, est qu’il va justement au bout de son délire, ou du moins qu'il y tend avec une énergie pantelante. Puisse seulement le poète phagocyter progressivement l’apôtre, et l’artiste-écrivain envoyer promener l’idéologue. Mais je rêve peut-être ?

20/08/2006

Dantec se plante (?)

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Lecture de Grande Jonction (5)
Le décor est campé, on a compris de quelle nouvelle catastrophe était menacée l’humanité ou ce qu’il en reste en ce mitan de XXIe siècle, on a vu débarquer, du Vatican, un convoi de livres de philosophie religieuse censés participer au salut des « élus » de demain, on a assisté à quelques combats féroces visant à la défense desdits bouquins, on voit ensuite La Chose étendre son œuvre mortifère par une sorte de vampirisme numérique des individus, on voit tout ça, on a vu tout ça et tout ça se répète tandis que les Bons et les Méchants se portent mutuellement des coups de plus en plus durs. Les Méchants englobent les néo-islamistes en hordes et les proxénètes de Little Congo, l’une des cités-foutoir de ces régions apocalyptiques, et les Bons se regroupent autour des néo-chrétiens de la Heavy Metal Valley dont le sheriff Langlois est le vigile principal. On est donc dans une sorte de western d’anticipation sur fond d’idéologie philosophico-religieuse édifiante, qui n’a plus rien de l’étourdissante magie narrative de Cosmos incorporated, ni de ses étonnantes trouvailles conjecturales.
Plus précisément, des pages 400 à 500 de Grande Jonction, qui en compte près de 800, Dantec tourne en rond, se répète, dilue et délaie les mêmes thèmes dans une dramaturgie stéréotypée de BD, n’en finit pas d’annoncer une catastrophe plus catastrophique que tout ce qu’on a vu, tâche de nous persuader qu’il faut beaucoup tuer pour que les théologiens qui lui semblent détenir la Vérité Véritable nous sauvent à la fin des fins, et nous relevons au passage diverses sentences admirables propres à nous régénérer. Par exemple : « La différence fondamentale entre la Vérité et la Beauté réside dans le fait que la première est un secret, tandis que la seconde est un mystère ». Ou cela qui n’est pas mal non plus, selon quoi « la Beauté est une arme de destruction massive »…
Bref, Dantec n’est-il pas en train de se perdre dans le magma de lectures mal digérées, comme Philip K. Dick s’est égaré dans les délires pseudo-mystiques les plus fumeux ? C’est hélas mon impression aux deux tiers de la lecture de Grande Jonction, roman boursouflé, sans élan, où prolifèrent les phrases sans verbes et où ronflent les formules creuses comme autant de folles toupies…