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28/03/2017

Celles qu'on shoote

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Celui qui booste la crooneuse / Celle qui a un string genre cordon sanitaire / Celles qui ont laissé leur carte à Pierre Bergé au cas où / Celui qui fait chanter celles qu'il a shootées dans une vie antérieure / Celle qui dit qu'une Miss Zurich kosovare dévalorise le titre / Ceux qui se refont au poker menteur / Celui qui investit dans le physique de rêve de sa belle-fille chimiste / Celle qui a lu Proust sur Twitter ou tout au moins le prétend / Celles qui sont dépassées par leurs followers par la voie d'urgence / Celui qui égare son iPhone en shootant les basketteuses bi / Celle qui exige que son furet soit dans le casting / Ceux qui restent clean dans le cloud / Celui qui se prend une claque en oubliant les codes de la promotion canapé / Celle qui lustre les Paul Smith de son futur ex / Ceux qui ne désirent plus celles qu'ils possèdent encore / Celui qui perd au jeu celle qui ne lui appartient pas vraiment / Celle qui fait des lesboshows virtuels avec sa prof d'ukrainien / Ceux qui tombent en mains dangereuses / Celles qu'on a marquées à l'épaule comme au temps du Cardinal / Celui qui cesse d'être objectif quand il shoote des anorexiques kantiennes / Celle qui en jette tellement qu'elle n'a plus que le satin de sa peau sur ses os moelleux / Celles qui ne se shootent qu'aux pixels / Ceux qui ramassent la mise et tirent l'eau, etc.
(Cette liste a été jetée pendant l'abattage de trois grands arbres innocents dans les marges de papier du nouveau roman à paraître d'Antoine Jaquier qui fera sous peu le buzz entre fourrés et clairières...)

25/03/2017

l'Allumé

 

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« Pas un gramme de graisse, on peut le dire à tout point de vue, rien que de l’os et de la fermeté, pas ça de fermenté mais de l’éthique et de la droiture à la base, tout le superflu du consommé dûment consumé et surtout ça qui se voit à la voussure d’humilité : le contraire du genre torche brandie, et l’on voit que ça rayonne du dedans, l’on sent toute son intériorité travaillée par le feu de l’Esprit annoncé par la publicité…

Image: Philip Seelen.

13/02/2017

Peace and Love

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Shakespeare en traversée
29. Henry VI / 3


L'histoire du pieux Henry VI, sous la plume de Shakespeare, est celle d'un saint homme auquel Peter Benson, dans la réalisation vériste de Jane Howell, prête sa longue figure à la Greco.


Ce roi piétiste, adonné à la lecture et à la contemplation, assiste assez passivement à la défaite de ses armées sur sol français, où son père Henry V avait soumis pas mal de terres, et voit ensuite plus tristement ses pairs et ducs s'entre-déchirer en s'envoyant des roses et moult flèches et boulets, les deux clans s'opposant ensuite pour le défendre ou lui ravir la couronne, avant de s'entretuer en famille.

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La première tétralogie historique du Bon Will - c'est ainsi que je le surnommerai désormais - est en effet une fresque guerrière à trois étages où s'empilent un conflit entre nations, une guerre civile et un massacre familial aboutissant au délire autodestructeur d'un tyran qui incarne le ressentiment absolu et la volonté de puissance à l'état pur, en la personne difforme de Richard III.
Celui-ci passe pour le plus grand scélérat du théâtre shakespearien, qui massacre le doux Henry VI après que celui-ci lui a tranquillement dit quel démon il était. Richard le boiteux, qui se déteste lui-même, incarne aussi bien le mal se voulant tel, lucide et impatient de dominer le monde, frémissant de sensibilité chienne et ricanant comme le traître Iago ou Satan leur maître à tous deux.

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Si Richard III incarne le Mal , l'adorable Henry, les yeux au ciel et les mains jointes comme sur les chromos sulpiciens, représente le Bon Berger et d'ailleurs c'est ainsi qu'il se pose, dans la troisième partie de la tétralogie, assis dans l'herbe et se représentant l'emploi du temps du berger "type " au milieu de ses brebis.

Or loin de s'en moquer, le Bon Will en donne l'image par excellence de la force douce résistant comme un roc à l'épouvantable flux et reflux des armées courant de part et d'autre de la scène, jusqu'au moment prodigieux où, de part et d'autre de cette figure évangélique, surgissent deux soldats arrachés à la bataille fratricide, l'un découvrant que l'ennemi qu'il vient de trucider est son propre père, alors que l'autre, qui s'apprêtait comme le premier à faire les poches de sa victime, constate avec horreur que celle-ci est son propre fils. Qu'on transpose la scène à Sarajevo, à Beyrouth ou dans les ruines d'Alep, et la même absurde abomination de la guerre civile relèvera du copié/collé poisseux de sang et de larmes.


À un moment donné, les mots Peace and Love sont explicitement prononcés par Henry le Bon, qui n'a rien pour autant d'un hippie entouré de filles-fleurs. Aspirant profondément à la paix, il ne cesse pour autant d'aimer la furieuse cheffe de guerre que devient Marguerite, non sans affirmer et réaffirmer fermement sa propre légitimité. Il fera preuve, aussi, de faiblesse, voire de lâcheté, mais de vilenie: jamais.
Cette première tétralogie de Shakespeare, qui a moins de 30 ans quand il la compose mais en sait déjà un bout sur les turpitudes humaines et ce qui peut leur résister, n'a pas encore la forme concentrée ni la profondeur, le mystère, la magie et la fusion polyphonique des chefs-d'œuvre à venir; cependant le noyau de tendresse du Bon Will est déjà présent dans ces drames tragiques émaillés de monologues de la plus shakespearienne poésie.

02/09/2016

Ceux qui mettent tout à plat

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Celui qui t’explique que la solution de la question est dans la question point barre / Celle qui affirme qu’au niveau du concret tout indique qu’une incinération fait gagner du temps et de l’argent terminé bâton / Ceux qui coupant les cheveux en quatre finissent par se les arracher / Celui qui harnache la réticence et lui plante aux flancs ses étriers argumentaux scientifiquement prouvés / Celle qui n’y va pas par quatre chemins creux telle Tell le héros qu’a fichu sa flèche en pleine pomme du bailli torve / Ceux qui répètent à la commission de surveillance que celui qui a vu voira / Celui qui couche son idée sur le papier qui le réveille la nuit pour lui faire des petits / Celle qui règle la question par la réponse à tout genre Bricoville / Ceux qui choisissent le cercueil à fond plat avec vue sur les allées bien habitées / Celle qui se fait toute petite dans le caveau de famille où ça sent le vieux comme à l’époque / Ceux qui enterrent la star avec ses perruques selon ses volontés de chauve tardive / Celui qui dit après moi le déluge en constatant que les tornades sur Phûket confirment ses prédictions d’opiomane lucide / Celle qui répète en langue inca classique : « Quand volcan fâché volcan cracher sur lama »/ Ceux qui ont travaillé la question tout l’été pendant que la cigale faisait du karaoké mais qui c’est-y qui va déchanter quand elle voudra se réfugier dans le bunker de la fourmilière eh eh / Celui qui prétend que la clim profite aux femmes alors que sa sœur prétend le contraire comme quoi ça discute dans la famille / Celle qui reproche à Jean-Pa d’émettre trop de gaz carbonique quand il la prend à froid / Ceux qui reprochent au railleur de dérailler alors que la fonte des glaciers concerne nos enfants et les enfants de nos enfants et les enfants des familles recomposées si ça se trouve qu’ils survivent avec tous ces avocats buveurs d’eau / Celui qui regrette de ne plus pouvoir laver des ces aquarelles à la Turner dont les glaciers se vendent encore au Japon / Celle qui estime que sans les Maldives l’océan fera « plus propre » / Ceux qui récusent le droit d’ingérence des ouragans dont les prénoms féminins ne trompent personne / Celui qui propose de mettre la canicule en équations et de convoquer ensuite un congrès d’algébristes fiables / Celle qui ramène la question en termes de genre et propose qu’on discute du féminin de LA crise qui ne procède objectivement (selon son analyse) que de LE dérèglement climatérique / Ceux qui remettent le grabataire à plat vu que ce qu’il dit ne tient pas debout / Celle qui ingambe s’agenouille en pensée devant le Seigneur  dont la posture en croix la fait souffrir de même / Ceux qui font un plat froid de l’Avenir tant il est vrai que la Nature se vengera comme l’a dit le poète : « Ô Nature berce-les chaudement »…      

 

27/07/2016

Folie ordinaire

 

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Ta bouche est pleine de sang
quand tu invoques ton dieu de haine:
tu brandis le Coran,
de l'Evangile te fais une arme;
tu invoques le peuple
et tes commissaires politiques
et autres sicaires wahabbites
l'écrasent au Tibet
et le décapitent au Yémen;
tu exiges en UNE de ton tabloïd
l'image du vieux prêtre égorgé;
tu as bondi sur le micro
pour que le sang versé
te fasse réélire...



Tu incarnes le pouvoir démocratique
de George W. Ben Laden,
chef de guerre chez Ali Burton,
aux bons soins de la Swiss Bank
du Panama sioniste
tendance sunnite.
Tu es n'importe qui.
Tu es PERSONNE
avec ton oeil unique.
Tu as la gueule des prédateurs associés.
Tu t'agenouilles en foule.
Tu réclames plus de têtes.
Les insectes nuisibles seront traités
à Guantanamo comme à Oslo,
Orlando et autres zones
gazées par Monsanto.
Mon tribunal de droit international privatisé
vous jugera partout selon ma loi
non négociable à Gaza
ni dans les boîtes de pédés
ou les savanes d'improductifs affamés africains
d’ailleurs tous contaminés par le péché.

 

Vous comptez pour rien,
peuples soumis,
et le divin or noir me bénit.
Je suis la meute et j'approuve.
Je suis la force et je frappe du ciel.
J'ai gravi les hauteurs béantes
du communisme néo-libéral,
tendance ouverte-au-dialogue.


Je suis la folie de tous
Et crève qui ne s'attroupe !

 

Image: Louis Soutter, Sans Dieu.

27/01/2016

Ceux qui ne s'ennuient jamais

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Celui que rien n’ennuie jamais même pas de vous regarder regarder la télé / Celle qui estime qu’à chacune échoit un rôle à sa digne mesure de la blatte à la diva colorature / Ceux que leur courtoisie retient d’exprimer l’horreur du vide du caquetage ambiant / Celui qui allège autrui du fardeau de ses soucis en parlant plutôt de la dernière planète découverte dans un recoin de la galaxie / Celle qui en Anglaise distinguée évite d’étaler ses peines de chœur mixte / Ceux qui mettent les pieds dans le plat pays de la France hollandaise / Celui qui se dit très concerné par le tableau minimaliste représentant un carré blanc sur fond blanc en train de méditer genre Mathieu Ricard sur fond jaune / Celle qui à la Bourse est dite la Muse du Panier / Ceux qui ne s’embêtent pas à attendre les réponses tant les questions suivantes les passionnent / Celui qui arrive toujours en retard par crainte d’ennuyer ses hôtes / Celle qui arrive toujours en avance sans craindre d’ennuyer ses hôtes / Ceux qui ne seront jamais romanciers faute de ne s’être point ennuyés en leur enfance sauf des fois dont ils tireraient juste un poème à la Mallarmé / Celui qui n’accorde jamasis sa confiance à qui l’exige / Celle qui par Facebook a accédé à la vie digitale / Ceux qui se morfondent dans le tunnel sans réseau ni cellule de soutien psy à quoi se raccrocher / Celui qui change d’opinion comme de chemise en laissant Denise défaire les boutons / Celle qui au Dalaï-lama passant par là lance « merci pour ce que vous faites ! » / Ceux qui sourient à la Joconde qui le leur rend bien avec sous-titre en japonais / Celui qui (par principe) refuse de donner àmanger au drapeau / Celle qui au fond de cette trattoria de Cetona prend dans ses mains celles de Guido Ceronetti qui s’est plaint tout à l’heure de vivre désormais « senza più carezze » / Ceux qui dans les Lettre à Lucilius tombent sur les mots Quocumque me verti, argumenta senectutis meae video, ou encore In conspectu me esse senectutis sans penser que ça les concerne autrement qu’au niveau des artères et des articulations / Celui que charment les définitions rédigées à la ronde des cartels explicatifs de la section Essences Rares du Jardin botanique / Celle que l’ennui mortel de son mariage n’a pas empêchée de tuer le temps / Ceux qui s’ennuient de toi sans oser le dire pour ne pas te déranger / Celui qui compare l’origine de l’univers à un gang bang / Celle qui a la notion cosmologique de Big Bang préfère celle de Big Crunch / Ceux que le concept de Multivers conforte dans leurs mules de métaphysiciens casaniers , etc.

 

(Cette liste découle en partie de la lecture de l’épatant dernier ouvrage de Hans Magnus Enzensberger, intitulé Les Opinions de M. Zède et publié par les éditions Alma dans une traduction de Paul-Jean Franceschini)   

20/09/2015

Chemin faisant (71)

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Voyageurs du temps. - À la fin d'un des plus beaux romans épiques qui soient, intitulé Migrations et constituant le chef-d'oeuvre de l'écrivain serbe Milos Tsernianski, celui-ci conclut sur ces mots: "La mort n'existe pas. Les migrations existent". 

Or je repensais à cette sentence en déambulant, cet après-midi à Colombres, dans le palais bleu abritant l'impressionnant musée de l'émigration des Asturiens, dit Archivo de Indianos, qui documente la saga des migrations économiques (dans le milieu du XIXe) ou plutôt politiques (dans les années 30 du XXe siècle, dès le début de la guerre civile) qui ont poussé les natifs des Asturies à chercher fortune à Cuba, en Argentine, au Mexique ou à Porto Rico, notamment.

275566916.jpgLa formidable bâtisse qui abrite ces archives est un bel exemple de l'architecture indiana, construite par Inigo Noriega Laso en 1906. Le personnage lui-même, parti à 14 ans pour l'Amérique et qui joua un rôle important dans la révolution mexicaine tout en amassant une fortune colossale, est un bel exemple de ces aventuriers-bâtisseurs, ligués, en chaque terre d'exil, en communautés solidaires, et revenus au pays fortune faite.1499501872.jpg

La Casona de Andrin, où nous créchons ces jours, fut elle-même construite à la fin du XIXe siècle par un militaire revenu d'Amérique du Sud, comme en témoignaient encore force malles et autres objets de voyage retrouvés dans ses greniers. 

Nous saluons sa mémoire d'un pacifiste garde-à-vous...
  
Admirable Altamira. - On a beau se trouver dans une grotte reproduite à l'identique dans les soubassements bétonnés d'un vaste musée ultra-moderne: la vision des peintures rupestres et autres graffiti retrouvés, à la fin du XIXe siècle, dans la grotte d'Altamira, ne laisse d'émouvoir par la grâce de ses représentations animales (plus quelques formes anthropomorphiques) datant de 30.000 à 10.000 ans. La datation de ces merveilles a suscité maintes polémiques, autant que l'interprétation de leur fonction et de leur signification, mais on en sait un peu plus au fil des recherches, et par exemple que les animaux peints ne sont pas forcément des animaux chassés...

images.jpegPour ce qui me concerne, je n'ai envie que de me taire là-devant, tant je suis touché par ce qu'on peut dire la ressemblance humaine émanant de ces peintures, qui fait à mes yeux de l'Artiste inconnu, voyageant à travers les millénaires d'avant la Préhistoire, le frère occulte des peintres et poètes de tous les temps... 

Altamira_Bison.jpgLa Création d'avant la Genèse. - Non sans malice j'ai demandé au jeune guide, francophone et visiblement averti de tous les aspects, artistiques mais aussi techniques de ce patrimoine et de sa préservation, ce qu'en disent les éventuels visiteurs créationnistes du lieu. Alors lui de sourire d'un air entendu, et de se dire indéniablement catholique mais assez humble pour rendre à la Connaissance de science sûre ce qu'on lui doit en l'occurrence, qui n'exclut ni respect devant les rites anciens ni reconnaissance fervente à cet art vraiment premier...     

20/08/2015

Ceux qui résistent à la bôfitude

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Pour Antoine Jaquier.

Celui qui a passé des plombes à composer un roman aussi délicat par son sujet qu’exigeant dans son traitement, consacré aux menées d’un tueur d’enfants, avant de se faire flinguer en quelques lignes à deux balles par une tueuse de salon / Celle qui lit comme on se torche – en se pinçant le nez / Ceux qui n’admettent pas la critique non fondée qui se répand actuellemnt comme un jappement zappé / Celui qui se rappelle les chroniques attentives d’un Jean Vuilleumier ou d’un Georges Haldas au temps où la critique littéraire avait encore droit de cité dans La Tribune de Genève / Celle qui estime que la critique est un art méritant d’être respecté / Ceux qui à l’instar de Karl Kraus réclament la restauration de la critique des critiques / Celui qui acommis quelques papiers méchants dans sa vie et sait donc de quoi il parle quand il affirme que c’est à la portée de n’importe qui même d'une mijaurée écervelée / Ceux qui ne lisent pas les livres dont ils parlent en sorte de ne pas être influencés / Celui qui estime comme feu son ami le regretté Pierre Gripari qu’une critique même très négative basée sur le respect et la bonne foi est souvent plus bénéfique qu’une flagornerie à bon marché / Celle qui a un logiciel de démolition formaté aux normes des beaux quartiers de Geneva International / Ceux qui constatent que l'actuelle  dégringolade de la critique littéraire en Suisse romande est proportionnée à la monté de l’insignifiance / Celui  qui craignait de buter sur des vues convenues dans Avec les chiens d’Antoine Jaquier et qui en a tiré quinze pages de notes signalant la densité du roman et ses multiples aspects imposant réflexion /Celle qui sait par métier que celui qu’on taxe de monstre mérite d’étre regardé de plus près / Ceux qui trouvent a priori sordide un livre dans lequel le caractère parfois abject de la réalité en tant que telle n’est pas filtré avant d’être donné à consommer aux lectrices et lecteurs de La Tribune de Genève souvent mal préparé(es) / Celui qui constate avec reconnaissance que certains auteurs des nouvelles générations affrontent les nouvelles réalités avec honnêteté et conséquence / Celle qui fera encore des dégâts si elle continue de poser à celle qui sait sans prendre la peine de rien apprendre/ Ceux qui estiment que certains critiques assassins aux mains blanches sont moins respectables que certains auteurs de crimes de sang, etc.

(Cette liste a été composée après lecture du premier papier, aussi superficiel que débile et méprisant, consacré dans La Tribune de Genève au deuxième roman d’Antoine Jaquier, Avec les chiens, accueilli d’un bôf signalant exactement le niveau intellectuel de son auteure.)

Peinture: Pierre Lamalattie

14/07/2015

Ceux qui sont empêchés

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Celui qui ne prendra pas ce train d’enfer / Celle que son goître n’a pas détournée de la poésie / Ceux qui criaillent au lieu d’écrivailler / Celui qui a fondé l’AEM, association des écrivains manchots – ou mandchous selon la latitude / Celle qui a obéi à son père l’imam mutique prosélyte aggravé et ne se souvient pas d’ailleurs d’avoir écrit ses mémoires / Ceux qui sont interdits de télésiège pour des motifs qui se discutent / Celui qui qui s’est présenté à l’examen par contumace / Celle qu’on aurait pu dire la Sappho des cantons de l’Est si elle avait eu le goût de la rime et des jolies majorettes / Ceux qui se sont opposés à la manif interdite / Celui dont la camisole de force a coupé les ailes / Celle qui serait devenu star de la nouvelle coiffure sans cette damnée vocation d’ursuline / Ceux que rien n’empêche de bouillir s’ils sont cuits à point / Celui qui aurait fait un nouveau philosophe présentable s’il avait eu les moyens de se payer leurs chemises à col bateau / Celle qui a posé pour la statue de la justice avant de se faire mettre au trou pour des bricoles/ Ceux qui ne sont pas morts en montagne vu qu’ils ne juraient que par les clairières philosophiques chères aux hégéliens de gauche / Celui qui n’avait aucun don pour aucun art mais dont la pharmacie fut la vie ainsi que sa veuve Marcelle peut en témoigner / Celle qui a la fin retournera à la soupière / Ceux qui auraient pu s’ils avaient su ce qu’ils auraient voulu pouvoir / Celui qui n’a pu se retirer à temps ni d’ailleurs après à ce qu’on sache / Celle qui n’a point composé de motets ni jamais battu le briquet / Ceux qui frisent le digicode / Celui que les bouchons de l’A7 n’empêcheront pas de se faire mousser / Celle que rien ne retiendra de jouer la Lady Macbeth du camping lesFlots bleus / Ceux qui se sont inventé des prétextes de ne pas s’affirmer au Top au dam de leurs mères  jamais satisfaites comme on sait dans les familles juives ou américaines ou même alémaniques ou italiennes / Celui qui subit l’effet de serre dans les bras de la cougar Arielle Tombale / Celle qui fait le poirier dans le verger du péché/ Ceux qui ne pourront lire cette liste vu qu’ils ont opté pour Daech, etc.  

Peinture: Pierre Lamalattie

28/02/2015

Au secours série suisse !

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D'une adaptation crédible du Chien jaune de Simenon, au premier épisode consternant d'une nouvelle série de la télé romande, intitulée Station Horizon et cumulant tous les poncifs ringards... 

 En faisant tout à l’heure mes 30 kilomètres de home-cycle sur place alors que le soleil descendait sur le lac, j’ai regardé Le chien jaune de Simenon, adapté au ciné par Claude Barma, avec Jean Richard dans le rôle de Maigret. Vraiment pas mal, dans un noir-blanc tantôt velouté et tantôt plus dur rendant bien le climat portuaire (à Boulogne-sur-mer) de cet épisode plombé par le portrait de groupe de deux abjects personnages, ratés et salauds. Quant à moi, je préfère Gabin en Maigret, mais l'humanité profonde de Simenon, et son art du détail   révélateur et des arrière-plans, sont ressaisis par le cinéma, les images et les silences de ce film sans prétention.

 

Ensuite, en prime time, j'aurai bonnement subi les vingt premières minutes d’une nouvelle série de la télé romande, intitulée Station Horizon et se la jouant western bike-movie sur fond de montagnes valaisannes. Or, autant le découpage du Maigret, ses personnages et son dialogue sont reconstruits dans l’esprit du romancier, avec intelligence narrative et sensibilité, autant le feuilleton romand défaille illico par manque de psychologie, accumulant les clichés et les références-poncifs sans  aucun ancrage crédible. 

 

À croire que, dans ce pays où il y a tant de matériau  social, ou bonnement humain, à travailler, l’on soit infoutu d’imaginer autre chose que du copié-collé pseudo-amerloque platement nostalgique (la séquence supérieurement idiote où l’ex-taulard biker barbu explique à  une petite-fille que de son temps on voyait des films en plein air sans forcément regarder l’écran tu-comprends-petite-ouais-je-comprends), et que je te colle une affiche de La fureur de vivre en arrière-plan et que je te sorte la musique à bouche pour musique à boucher le trou de tout ce vide…  

 

Le cher Nicolas Bideau, toujours à la pointe du marketing culturel, disait il y a peu son désir de séries suisses cartonnant dans la foulée de Borgen, et c’est vrai - Jean-Stéphane Bron l’a prouvé avec Le génie helvétique, avant le formidable docu-fiction qu’il a réalisé avec Cleveland contre Wall street – que la Suisse pourrait être le décor de séries aussi crédibles que The Wire, genre docu, ou que Breaking bad, dans l’exploration des zones grises ou crades de notre admirable pays, si tant est que des scénaristes et des dialoguistes (et des producteurs et peut-être même une industrie chocolatière du cinéma suisse ) existassent, ce qui manque un peu même à Zurich où, à ma connaissnace, le mémorable Grounding de Michael Steiner n’a pas eu de suite…