16.12.2007
Du snobisme mimétique

Sur une observation de René Girard
Les emballements de la mode ne datent pas d’hier, même en matière de livres nouveaux, et une preuve de plus en en est donnée par René Girard, dans Mensoge romantique et vérité romanesque, à propos d’un passage du second Don Quichotte qu’il rapporte aux phénomènes contemporains de la médiation double.« Dans la médiation double, précise Girard, on ne désire pas tant l’objet qu’on ne redoute de le voir possédé par autrui ».
Et de citer Cervantès à propos d’Altisidora, la suivante de la duchesse qui, feignant d’être morte puis de ressusciter, mystifie DonQuichotte en décrivant aux assistants son séjour parmi les ombres :
« Je parvins jusqu’à la porte, où je trouvai une douzaine de diables qui jouaient à la balle, tous en chausse et en pour point. Ils portaient des manchettes de même, laissant quatre doigts de bras dehors afin que les mains en parussent plus grandes. Leurs raquettes étaient de feu. Mais ce qui me causa le plus d’étonnement, c’est qu’ils se servaient de livres au lieu de balles. Et ces livres étaient remplis de vent et de bourre ! chose merveilleuse et nouvelle. Néanmoins cela ne me fit point tant ébahir que, bien qu’il soit naturel à ceux qui gagnent de se réjouir et à ceux qui perdent de s’affliger, tous grondaient, tous grognaient et tous se maudissaient… Il y a une autre chose qui m’étonne aussi… c’est qu’à la première volée la paume ne pouvait plus servir; de sorte qu’à chaque coup les livres vieux et les nouveaux se multipliaient que c’était merveille ».
Alors Girard de commenter cette allégorie d’un jeu signifiant une rivalité croissante et de plus en plus hargneuse, telle que nous la connaissons aujourd’hui sous des formes exacerbées dans la surenchère du snobisme culturel : « Toutes les valeurs sont emportées dans ce tourbillon. Modèles et copies se renouvellent de plus en plus vite autour du bourgeois qui n’en vit pas moins dans l’éternel, éternellement extatique devant la dernière mode, la dernière idole, le dernier slogan. Les idées et les hommes, les systèmes et les formules se succèdent en une ronde toujours plus stérile. C’est là le vent et la bourre que se renvoient les joueurs démoniaques d’Altisidora. Comme toujours chez Cervantès, les aspects littéraires de la suggestion sont particulièrement mis en relief. A chaque coup de raquette, « les livres vieux et les nouveaux se multipliaient que c’était merveille. On passe peu à peu des romans de chevalerie aux romans-feuilletons et aux formes modernes de la suggestion collective, toujours plus abondante, toujours plus obsédante… C’est ainsi que la publicité la plus habile ne cherche pas à nous convaincre qu’un produit est excellent mais qu’il est désiré par les Autres »…
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26.11.2007
Entretien avec René Girard
Dans son nouveau livre, Achever Clausewitz, grand débat (avec Benoît Chantre) sur l’alternative de la violence et de la réconciliation, René Girard inscrit sa pensée au cœur du temps présent.
Le sentiment que le mondeactuel n’a plus de sens ni de lois que celles du marché, la conscience du danger mortel que l’homme représente désormais pour lui-même et pour la planète, enfin le spectacle quotidien d’une violence aveugle et tournant à vide poussent les uns vers la seule jouissance immédiate et les autres à l’indifférence désenchantée. Or à ceux-là et à tous les autres, René Girard, au regard duquel la réalité est peut-être pire qu’ils ne l’imaginent, oppose une espérance intacte. A quoi celle–ci tient-elle ? A la conviction que ce qui nous pousse à la violence peut être dépassé. Comment cela ? C’est ce que nous sommes allé demander à ce franc-tireur farouche de la pensée contemporaine, radieux octogénaire, académicien peu académique et fondateur d’une « théorie mimétique » souvent controversée mais que la science rejoint aujourd’hui.
- Qu’est-ce que le mimétisme ?
- C’est la relation triangulaire qui fait que je désire ce que désire l’autre. J’en ai eu la première intuition lorsque j’ai commencé d’enseigner la littérature française à mes étudiants américains, au lendemain de la guerre. Cela m’est apparu à travers le snobisme des héros de Balzac, Stendhal et Proust, autant que dans la rivalité exacerbée des personnages de Cervantès ou des romans de Dostoïevski. Le sujet archétypal, que la littérature universelle illustre, c’est la rivalité de deux hommes devant une femme. Les hommes désirent la même chose. S’ils sont des rivaux proches, ils vont se battre. La question anthropologique est alors de savoir comment les hommes ont réussi à s’entendre dans ces conditions et à constituer des sociétés. Ma solution passe par l’analyse des crises dans les sociétés archaïques et par la fondation des mythes. Ceux-ci mentent. Ils font un dieu de l’individu sacrifié par une communauté à la suite d’une crise, alors qu’il est, selon moi, un bouc émissaire. Confrontée à une crise majeure, la société archaïque trouve pâture à son ressentiment dans ce personnage qu’on élimine et qui devient un dieu. Le sacrifice rituel, institution majeure des sociétés humaines, évacue ainsi la violence sur l’extérieur.
- Tout commence avec Caïn et Abel…
- Dans la Bible, le serpent de la Genèse est la première manifestation du mimétisme, mais le meurtre de Caïn marque en effet la naissance de la culture. Et qu’est-ce que le christianisme ? C’est une foule qui se porte contre une victime et qui fait d’elle son bouc émissaire. L’anthropologie moderne dit alors : christianisme et religion archaïque, pas de différence. Ce n’est pas vrai du tout. mais la différence est tellement simple que personne ne la voit : une religion archaïque créé un dieu à la fois coupable et salvateur, parce que coupable. Le christianisme, le premier, affirme l’innocence de la victime. C’est une révolution profonde, la seule qui puisse nous faire sortir du mimétisme par une imitation qui libère l’individu.
- Et Clausewitz là-dedans ?
- On m’a toujours reproché de m’intéresser à la littérature, supposée « fantaisistes », non fiable du point de vue scientifique. Je réponds que les écrivains sont les meilleurs observateurs de ce qui tisse les rapports humains. Lorsque je suis tombé, il y a cinq ans, sur des extraits de De la guerre de Clausewitz, stratège prussien fasciné par son ennemi Napoléon, j’ai découvert la notion de « montée aux extrêmes » qui préfigure ce qu’on appelle l’escalade. Rappelez-vous la scène du dictateur de Chaplin où les rivaux sont sur des sièges de coiffeur qu’ils font monter alternativement. Il y a là une image formidable de cette « montée aux extrêmes ». Clausewitz pressent la guerre totale du XXe siècle, les conflits idéologiques et les moyens de destruction massifs, tout en cherchant à se rassurer. Dans sa foulée, alors qu’il pense à la bombe atomique, Raymond Aron interprète la phrase fameuse de Clausewitz, « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », avec la conviction que la politique sera toujours supérieure à la guerre. L’un et l’autre pèchent par manque de réalisme ! Les guerres du XXe siècle et le terrorisme illustreront la montée aux extrêmes comme, aujourd’hui, la réponse de Bush à Ben Laden, relevant du pur mimétisme.
- Un poète apparaît alors, et une femme de lettres suisse…
- Hölderlin d’abord, oui. Lorsque j’ai relu les poèmes de Hölderlin, j’ai découvert que son attitude par rapport au christianisme n’était pas du tout ce qu’on en dit dans la foulée de Heidegger. Avec Hölderlin, il me semble avoir trouvé un merveilleux contrepoint à Hegel et Clausewitz. Nul doute que ce soit un maniaco-dépressif caractérisé, hyper-mimétique. Mais on s’aperçoit, en lisant ses grands poèmes, que le Christ surplombe les dieux grecs. Pour Hölderlin, le Christ est manifestement la source de toute stabilité, par rapport à cette influence, poétiquement très fertile mais chaotique de la Grèce. Quant à Madame de Staël, qu’on juge trop souvent très mal, alors qu’elle a inventé la littérature comparée et décrit, dans De la littérature, des phénomènes mimétiques avec une acuité prodigieuse, elle intervient également au cœur de la relation entre la France et l’Allemagne, qu’il faut repenser pour comprendre la montée aux extrêmes et l’effondrement de l’Europe au XXe siècle, dans une perspective contemporaine de reconstruction européenne, précisément…
- Comment l’espérance peut-elle cohabiter avec le sentiment apocalyptique ?
- Je pense que les hommes veulent retrouver le sens. Ils ont conscience qu’ils sont en grand danger. L’Occident s’épuise actuellement dans le conflit contre le terrorisme islamiste, que son arrogance a incontestablement attisé. Mais comprendre l’islam passe aussi par l’analyse du ressentiment qui nourrit l’islamisme radical. Les fondamentalistes chrétiens pensent que Dieu est à l’origine de la violence, et c’est ce qui m’en sépare. Il nous faut reconnaître notre nature mimétique si nous voulons nous en libérer. La repentance de Jean Paul II est un moment inouï à cet égard. Si les hommes ne se réconcilient pas, tout est foutu. L’offre du « royaume de Dieu » n’est pas une option : c’est la réconciliation. Or ce moment de la réconciliation, c’est tous les jours...
René Girard. Après Clausewitz. Entretiens avec Benoît Chantre. Carnets Nord, 363p.
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17.11.2007
La bataille de René Girard
Achever Clausewitz, par René Girard. Notes de lecture (1)
- Introduction de René Girard.
- Après un exergue de Pascal commençant sur ces mots : « C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité ».
- Annonce « un livre bizarre ».
- Excursion du côté de l’Allemagne et des rapports franco-allemands, à la lumière de la lecture de Clausewitz redécouvert », par delà la lecture de Raymond Aron.
- Resitue son travail, jusqu’à maintenant « présenté comme une approche du religieux archaïque, par le biais ’une anthropologie comparée.
- « Il visait à éclairer ce qu’on appelle le processus de l’hominisation, ce passage fascinant de l’animalité à l’humanité, il y a de cela des milliers d’années. Mon hypothèse est mimétique. C’est parce que les hommes s’imitent plus que les animaux qu’ils ont dû trouver le moyen de pallier une similitude contagieuse, susceptible d’entraîner la disparition pure et simple de leur société. Ce mécanisme, qui vient réintroduire de la différence lä où chacin devenait semblable à l’autre, c’est le sacrifice ».
- Rappelle son travail essentiel sur le thème du bouc émissaire.
- Evoque ensuite le passage du religieux mythique au christianisme, avec la dualité fondamentale du destin de celui-ci.
- « C’est le christianisme qui démystifie le religieux et cette démystification, bonne dans l’absolu, s’est avérée mauvaise dans le relatif, car nous n’étions pas préparés à l’assumer »,
- Paradoxe selon lequel le christianisme « est la seule religion qui aura prévu son propre échec. » - Cette prescience est omniprésente dans les textes apocalyptiques, le plus souvent inaperçus même dans les Evangiles synoptiques et les épîtres de Paul.
- Rapporte les textes apocalyptiques au désastre en cours en ce début du XXIe siècle.
- « Nous ne pouvons échapper au mimétisme qu’en en comprenant les lois : seule la compréhension des dangers de l’imitation nous permet de penser une authentique identification à l’autre. Mais nous prenons conscience de ce primat de la relation morale au moment même où l’atomisation des individus s’achève, où la violence a encore grandi en intensité et en imprévisibilité ».
- Affirme que le violence qui produisait du sacré ne produit plus désormais qu’elle-même.
- La réalité rejoint une vérité dite il y a deux mille ans.
- « Le paradoxe incroyable, que personne ne veut accepter, est que la Passion a libéré la violence en même temps que la sainteté. Le sacré qui depuis deux mille ans « fait retour » n’est donc pas un sacré archaïque, mais un sacré « satanisé » par la conscience qu’on en a, et qui signale, à travers ses excès même, l’imminence de la Parousie ».
- Rappelle le mot d’Héraclite : « Polémos est père et roi de tout ».
-
Puis en vient à la « montée des extrêmes » perçue et décrite, théorisée par Carl von Clausewitz (1780-1831), dont il précsie aussitôt que De la Guerre déborde de tous côtés les kimites d’un traité technique.
- Annonce qu’il ne fera pas de Clausewitz un bouc émissaire, après qu’on l’a trop adulé ou trop attaqué, mais le sujet d’une discussion cruciale sur l’évolution de la guerre et ce qu’il en est aujourd’hui.
- « Clausewitz est possédé, comme tous les grands écrivains du ressentiment »
- Estime que le sens du De la guerre est religieux, et que seule une interprétation religieuse
- Clausewitz est le premier à montrer, presque à son corps défendant, malgré la raison des Lumières qui continue de l’éclairer, que « le monde va de plus en plus vite vers les extrêmes ».
- « Nous sommes la première société qui sache qu’elle peut se détruire de façon absolue. Il nous manque néanmoins la croyance qui pourrait étayer ce savoir. »
- Clausewitz a pressenti le lien entre la rivalité mimétique et la formule apocalyptique, sans le théoriser clairement.
- « Non seulement Clausewitz a raison contre Hegel et toute la sagesse moderne, mais cette raison a des implications terribles pour l’humanité. Ce belliciste a vue des choses qu’il est le seul à avoir vues. En faire un diable, c’est s’endormir sur un volcan ».
- Pour René Girard, qui invoque Hölderlin, il pense que « seul le Christ nous permet d’affronter cette réalité sans devenir fous. L’apocalypse n’annonce pas la fin du monde ; elle fonde une espérance ».
- Mais l’espérance n’est possible qu’à proportion de notre lucidité sur les périls de l’heure, et à condition de s’opposer aux nihilistes et aux réalistes cyniques de la gouvernance, de la banque et de l’industrie militaire…
- Montre ensuite la force et la fragilité de notre civilisation, qui découle de la force et de la faiblesse du christianisme
- Rappelle l’efficacité du sacrifice et du bouc émissaire dans le maintien de l’ordre social.
- « Pour rendre la révélation entièrement bonne, pas menaçante du tout, il suffirait que les hommes adoptent le comportement recommandé par le Christ : l’abstention complète de représailles, le renoncement à la montée aux extrêmes.
- Or nous progressons de plus en plus vite vers la destruction du monde.
- « Pour rendre la situation encore plus démente, la révélation chrétienne est la victime paradoxale de savoir qu’elle apporte. On la confond de manière absurde avec le mythe, que visiblement elle n’est pas, doublement méconnue et par ses ennemis et par ses partisans, qui tendent à la confondre avec une de ces religions archaïques qu’elle démystifie. Or toute démystification vient du christianisme ».
- Montre comment le christianisme tend à la sortie du religieux.
- Constate que « les sages et les savants » redoublent de furie contre le christianisme et se réjouissent de sa disparition prochaine.
- Rappelle quant à lui la fonction pacifiante des « niaiseries sacrificielles » dont le progrès prétend se débarrasser, qui nous manquent paradoxalement aujourd’hui.
- « Les seuls chrétiens qui parlent encore de l’apocalypse sont les fondamentalistes, mais ils s’en font une idée comlètement mythologique. Ils pensent que la violence de la fin des temps viendra de Dieu lui-même : ils ne peuvent pas se passer d’un Dieu méchant. Ils ne voient pas, chose étrange, que la violence que nous sommes en train d’amasser sur nos propres têtes a toutes les qualités requises pour déclencher le pire. Ils n’ont aucun sens de l’humour ».
-
Rappelle enfin la place centrale qu’aura Hölderlin dans les conversations qui suivent.
- « Ce contemporain exact de Clausewitz et de Hegel est indéniablement celui qui voit, au cœur des conflits européens, que l’essentiel se jouera pour le monde dans le face à face entre la Passion et le religieux archaïque, entre les Grecs et le Christ.
- Evoque la « haine mystérieuse » qui a opposé la France et l’Allemagne.
- « Nous ne cessons de souligner, au cœur de ces entretiens, que la relation loge au cœur de la réciprocité, etq eu la réconciliation révèle ce qu’aura signifie la guerre en négatif.
- « Le primat de la victoire est le triomphe des faibles. Celui de la bataille, en revanche, prélude é la seule conversion qui compte. »
- « On ne pourra pas sortir de cette amibivalence. Plus que jamais, j’ai la conviction que l’histoire a un sens ; que ce sens est redoutable ; mais qu’ »aux lieux du péril, croît aussi ce qui sauve »… (p.21)
La montée aux extrêmes
- Benoît Chantre interroge RG sur l’origine de son intérêt pour Clausewitz.
- Découverte récente.
- Liée à sa réflexion sur la violence traversant toute son œuvre.
- A découvert que Clausewitz était un penseur beaucoup plus profond, par delà la technique, sur le dépassement de la raison politique par la guerre sans fin.
- A vu dans De la guerre l’amorce du drame du monde moderne.
- Jusque-là, l’analyse d’Aron lui avait masqué le livre.
- Aron appartenait encore à un monde (celui de la Guerre froide) où la politique avait le dessus.
- Pense que l’anthropologue aura désormais plus à dire que les sciences politiques.
- Pense que le rationalisme des Lumières est dépassé par la nouvelle radicalité de la violence.
- BC rappelle qui fut Clausewitz (p.27)
- RG date à Valmy la nouvelle ère de la mobilisation totale.
- Rappelle ensuite le caractère fulgurant de la victoire d’Iéna.
- Traumatisme décisif pour la Prusse.
- Evoque la triste fin de Clausewitz, qui ne pourra concrétiser ses théories au service de son pays.
- Retour à Qu’est-ce que la guerre, premier chapitre du traité.
- Que dit Clausewitz ?
- Que la guerre en dentelles du XVIIIe est révolut.
- Que la stratégie indirecte est une erreur »due à la bonté d’âme ».
- Le duel devient une « montée aux extrêmes ».
- Celle-ci est théorique.
- Corrigée par la réalité de l’espace et du temps.
- Observe les effets de la masse.
- L’objectif politique est faible quand les masses sont indifférentes.
- « Ce sont bien les passions qui mènent le monde, n’en déplaisent au rationalisme de Raymond Aron ».
- Comment le darwinisme social a précipité les choses.
- Hegel a vue passer « l’esprit du monde » sous ses fenêtres, mais quel est-il ?
- « Moins l’inscription de l’universel dans l’histoire que le crépuscule de l’Europe. Non plus la théodicée de l’Esprit mais une formidable indifférenciation en cours. Voilà pourquoi Clausewitz me passionne et m’effraie à la fois ».
- Les interlocuteurs abordent alors les questions de l’action réciproque et du principe mimétique.
- Le ressort de l’imitation violente fait se ressembler de plus en plus les adversaires.
- La théorie mimétique contredit la thèse de l’autonomie : « descendre en soi, c’est toujours trouver l’autre ».
- On va vers la militarisation de la vie civile.
- Ce sont les guerres napoléoniennes qui ont provoqué cette mutation.
- Le terrorisme est l’aboutissement des « guerres de partisans2 qui justifient leur violence par l’agression dont ils le prétendent victimes.
- L’action réciproque contient une double virtualité : d’accélérer ou de freiner la violence.
- Napoléon obsède Clausewitz comme un « modèle-obstacle » à la Dostoïevski.
- Cite la scène de Charles V et de son fils Ferdinand auprès de l’Empereur, comme une scène d es Possédés.
- Clausewitz tire son ressentiment de sa passion venimeuse pour Napoléon. Le mimétisme le ronge lui-même.
- RG s’intéresse à la continuité de l’action guerrière, sur laquelle travaille justement Clausewitz.
- Revient à sa notion de « crise sacrificielle », qui risque de devenir le danger suprême au temps des armes nucléaires.
- L’action réciproque accélère la montée aux extrêmes dès lors qu’elle n’est plus cachée.
- Le christianisme a joué un rôle déterminant dans cette mise au jour.
- BC, rappelant les analyses de La violence et le sacré, observe que les guerres réelles masquent la guerre absolue à laquelle elles tendent de plus en plus.
- Evoquent les thèmes de l’attaque et de la défense.
- Force de la défense observée par Clausewitz.
- La victoire de celui qui attaque n’est souvent que provisoire.
- « Le conquérant veut la paix, le défenseur veut la guerre ».
- Rappelle la fuite en avant de Napoléon, contrainte par Alexandre.
- Clausewitz montre comment la défense « dicte la loi ».
- Les guerres modernes ne sont si violentes que parce qu’elles sont réciproques.
- Hitler mobilise tout un peuple pour répondre à l’humiliation de Versailles. L’attaque est entée sur une défense.
- Ben Laden répond aux USA en posant les siens en victimes agressées.
- Celui qui organise la défense est maîtrisé par la violence.
- En outre, différée, le choc n’en est que plus violent.
- Que l’agression ex nihilo n’existe pas.
- « L’agresseur a toujours déjà été agressé ».
- Chacun a toujours l’impression que c’est l’autre qui a commencé.
- Jusqu’à la Révolution, les instances de l’ordre et du désordre se trouvaient codifiées.
- Aujourd’hui, avec la mondialisation, la violence a toujours une longueur d’avance.
- Contrairement aux animaux, les hommes n’arrivent plus à contenir la réciprocité parce qu’ils s’imitent beaucoup rop.
- Revient à Œdipe vu par Sophocle.
- Qui voudrait nous faire croire qu’Œdipe est aussi coupable.
- Alors que c’est le groupe qui est coupable.
- Les petites sociétés archaïques ont canalisé leur violence par le sacrifice du bouc émissaire.
- La guerre d’extermination
- Selon RG, le principe de réciprocité, une fois libéré, n’assure plus la fonction inconsciente de jadis.
- La violence devient sa propre fin. On détruit pour détruire. « la montée aux extrêmes est servie par la science ou par la politique ».
- Principe de mort ou fatalité ? Il se le demande.
- Les massacres de civils sont autant de ratages sacrificiels.
- « Les rivalités mimétiques se déchaînent de façon contagieuse sans pouvoir jamais être conujurées ».
- On l’a vu au Rwanda comme dans les Balkans.
- « Bush est, de ce point de vue, la caricature même de ce qui manque à l’homme politique, incapable de penser de façon apocalyptique. Il n’a réussi qu’une chose : rompre une coexistence maintenue tant bien que mal entre ces frères ennemis de toujours ».
- Et d’entrevoir le pire.
- Qui mènera à l’affrontement sino-américain.
- Cite La guerre civile européenne de Nolte et Le passé d’une illusion de Furet, avant d’envisager une interprétation anthropologique du péché originel.
- « Le péché originel, c’est la vengeance, une vengeance interminable ».
- En revient à Pascal, contre Descartes.
- Parce que Descartes prétend commencer quelque chose alors qu’ « on ne commence rien. On répond toujours ».
- Revient ensuite aux instances opposées de la mimésis, en évoquant Durkheim et Gabriel Tarde et le moteur de la construction du social, à savoir l’imitation.
- Montre comment la mimésis est à la fois la cause de la crise et le moteur de la résolution.
- « La victime est toujours divinisée après qu’elle a été sacrifiée : le mythe est donc le mensonge qui dissimule le lynchage fondateur, qui nous parle de diux mais jamais des victimes que ces dieux ont été ».
- Passe emsuite à la mimésis paisible, qui a commebase l’appretissage et le maintien des codes cultureles dans la longue durée.
- « Pascal a très bien vu cela, quand il évoque la ruse de l’ »honnête homme » défendant les « grandeurs d’établissement ».
- Evoque la stérilité des « groupes de fusion » imaginés par Sartre.
- « La violence a depuis longtemps perdu son efficacité, mais on commence seulement à s’en rendre compte. »
- Clausewitz entre voit cette réalité qu’il n’y a pas de différence de nature, mais de degré, entre le commerce et la guerre.
- Les interlocuteurs vont parles des relations franco-allemandes, un des foyers mimétiques les plus virulents de l’ère moderne.
- Cite Clausewitz comme un curieux « avatar des Lumières » qui annonce « l’imminente dictature de la violence ».
- Il entrevoit « la lutte tragique des doubles ».
- « C’est au cercle vicieux de la violence qu’il faudrait pouvoir renoncer, à cet éternel retour d’un sacré de moins en moins contenu par les rites et qui se confond maintenant avec la violence ».
- Pense que le « religieux démystifié » du christianisme sera la seule issue de ce cercle vicieux. (p.65) René Girard, Achever Clausewitz. CarnetsNord, 363p. A suivre...21:25 Publié dans René Girard | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, christianisme, philosophie, histoire
De Hegel à Pascal
Achever Clausewitz de René Girard. Notes de lecture (2)
Clausewitz et Hegel
- RG s’oppose à l’hégélianisme plus qu’à Hegel.
- Clausewitz n’est pas philosophe.
- L’hégélianisme nous a masqué le tragique de la pensée de Hegel, qui se méfie des Lumières.
- Hegel parle d’un « Golgotha de l’Esprit.
- Hegel prend à la révélation chrétienne une double Aufhebung (élévation).
- Mais Hegel ne voit pas, selon RG, la montée aux extrêmes procédant de l’oscillation des positions contraires.
- « Je disais, comme Hegel, que nous désirons moins les choses que le regard que les autres portent sur elles : il s’agissait d’un désir du désir de l’autre, en quelque sorte », dit RG.
- Décrit ensuite plus précisément ce processus (p.73).
- « Le danger de la pensée hégélienne vient paradoxalement de ce qu’elle n’a pas au départ une conception radicale de la violence ».
- Et rappelle que Hegel n’a jamais participé à aucune opération militaire.
Deux conceptions de l’histoire.
- Hegel distingue l’histoire « vraie » de l’histoire « apparente ». L’histoire vraie est constituée par le sacrifice des individus.
- Pour Clausewitz, la seule réalité est l’histoire apparente.
- Ni l’un ni l’autre ne laissent beaucoup de place à l’espérance.
- Deux grands penseurs de la guerre, relève cependant RG.
- Mais à l’époque il y a aussi Schelling et Fichte, et tous regardent Napoléon.
- En vient à Germaine de Staël qui, comme d’autres à l’époque, a l’intuition que seul le religieux offre un recours.
- Se joue dans le face-à-face franco-allemand, « rempli de haine et de fascination ».
- Clausewitz est à la fois anti-napoléonien et napoléonien.
- La mort du héros participe chez Hegel à l’avènement de l’Esprit.
- Tandis que l’héroïsme pour Clausewitz est une exaspération du mimétisme. Il est à la fois attiré et horrifié par la guerre.
- « Clausewitz entrevoit le moteur essentiellement réciproque de ce que Heidegger appellera plus tard « l’arraisonnement du monde à la technique ».
- La montée aux extrêmes rend toute réconciliation impossible.
- Clausewitz est plus réaliste que Hegel.
- RG dépasse la vision d’un « christianisme essentiel » pour faire retour au réalisme de saint Paul : « Il faut penser le christianisme comme essentiellement historique, au contraire, et Clausewitz nous y aide ».
- « Nous sommes immergés dans le mimétisme et il nous faut renoncer aux pièges de notre désir, qui est toujours désir de ce que l’autre possède ».
- Rejoint la notion chrétienne d’auto-limitation de Soljenitsyne.
- Reste cependant très pessimiste,
- « Le mimétisme a ses raisons que la raison ne veut pas voir », observe BC en évoquant la fonction de la Réforme prussienne de réponde à la Révolution française.
- De l’ »irrésistible séduction » de Napoléon.
- Mais c’est contre Napoléon que Clausewitz pense.
- A l’origine d’un mouvement qui mène à Bismarck. A Lüdendorff (rédacteur du plan Schlieffen) et à Hitler.
- Le primat de la défense sur l’attaque devient le thème majeur.
- D’une citation de Bergson en 1914 (p.83) RG tire la conclusion que « la raison a du mal à envisager le pire ».
- Clausewitz est essentiellement réaliste.
- Il pressent l’avènement des guerres idéologiques.
- La boîte de Pandore s’ouvre plus grande avec le léninisme.
- La guerre idéologique nous fait passer à la violence imprévisible et indifférenciée.
- Evoque la montée aux extrêmes au Rwanda et en Irak : « Entre les coups de hache et les missiles, il n’y a pas une différence de nature, mais de degré », visant à l’extermination.
- « Clausewitz nous dit à sa manière qu’il n’y a plus de raison à l’œuvre dans l’histoire ».
- On en vient au dépassement de l’idéologique par le technologique.
- La militarisation totale de la vie civile s’opère avec le stalinisme et le nazisme, marquant la montée aux extrêmes qui a détruit le cœur de l’Europe.
- On en arrive à une totale imprévisibilité de la violence, que RG appelle la fin de la guerre, « autre nom de l’apocalypse ».
- « Nous sommes bien loin de la fin de l’histoire annoncée par Fukuyama, ce dernier rejeton de l’optimisme hégélien ».
- RG inoque la nécessité d’une histoire mimétique.
- Se déclare anti-maurassien et anti-positiviste.
- « Ce positivisme français qui perdure est d’autant plus ridicule qu’il se refuse à voir que la France a cessé d’être à l’échelle des superpuissances qui mènent le monde depuis 1940 ».
- « Ou l’Europe se fait, ou elle devient une poussière minable, comme les cités grecques sous l’Empiuire romain ou les Etats italiens jusqu’à Napoléon III ».
- RG en revient ensuite à la gémellité des islamistes et des occidentaux, pas nouvelle.
- Se demande si les excès des Croisades ne sont pas une réponse mimétique au djihad, dont nous subissons encore les conséquences.
- Affirme que le duel entre Chine et USA n’a rien d’un choc des civilisation, mais promet un affrontement mimétique en puissance.
- « A la différence près que les Chinois, qui ont une vieille culture miliaire, ont théorisé depuis mille ans le fait qu’il faut utiliser la force de l’adversaire pour mieux la retourner ».
- « En ce sens, le terrorisme islamiste n’est que le prodrome d’une réponse beaucoup plus redoutable de l’Orient à l’Occident ».
- Cite les vols de cuivre endémique, conduisant systématiquement à la Chine… (p.92)
L’impossible réconciliation
- BC interroge RG sur son pessimisme.
- « Beaucoup d’intellectuels essaient de me faire le bouc émissaire de leur aveuglement », répond RG.
- La leçon de Clausewitz, ou de la lecture de Clausewitz, est que la montée aux extrêmes démystifie toute Aufhebung, toute réconciliation.
- « Et les illusions fondées sur la violence créatrice de paix illustreront dans la réalité historique la folie de toute cette affaire ».
- Il a cru lui-même en l’enseignement pacificateur d’un savoir de la violence.
- Mais il en doute aujourd’hui, et cela l’amène au silence d’Hölderlin, poète immense « exact contemporain de Hegel et Clausewitz ».
- Sa retraite définitive à Tübingen équivaut selon RG à un rejet de l’Absolu, « une distance radicale prise à l’égard de tous les optimistes qui ont accompagné a montée du bellicisme en Europe ».
- G cherche aujourd’hui la vérité que Hegel ne lui a pas donnée.
- Evique la « tristesse invincible du protestant, moins protégé que le catholique peut-être ».
- Passe de l’univers chrétien à l’univers biblique.
- Pour désigner la continuité des deux traditions.
- « La pensée des Lumières, toutes les pensées de l’égalité, de la démocratie, les pensées révolutionnaires, sont essentiellement non-grecques, juives d’origine, car elles se fondent sur la vision ultime de l’identité, de la fraternité ».
- La réconciliation ne sera pas la suite mais l’envers de la montée aux extrêmes.
- « Le Royaume est déjà la, mais la violence des hommes le masquera de plus en plus ».
- « L’identité paisible gît au cœur de l’identité violente comme sa possibilité la plus secrète : ce secret fait la force de l’eschatologie ».
- Rappelle l’affrontement d’Etéocle et Polynice, qui ne se réconcilieront jamais.
- Voit en le christianisme « le pensée originelle de l’identité ».
- « Il est le premier à voir la convergence de l’histoire vers une réciprocité conflictuelle qui doit se muer en réciprocité pacifique sous peine de s’abîmer dans la violence absolue »
- Pense que nous sommes entrés « dans une ère d’hostilité imprévisible, un crépuscule de la guerre qui fait de la violence notre ultime et dernier Logos ».
- Voit en l’apocalypse l’expression du « neuf absolu» et de la parousie.
- « Il faut arracher l’apocalyptique aux fondamentalistes ».
- « La violence des hommes produit du sacré, mais la sainteté mène à cette « autre rive » dont les chrétiens, comme les juifs d’ailleurs, gardent la conviction intime qu’elle ne sera jamais entachée par la folie des hommes ».
- « Nous devons nous détruire ou nous aimer, et les hommes – nous le craignons – préféreront se détruire.»
- Pense que la réconciliation n’est pas immanente au mouvement de l’histoire.
- « C’est donc Pascal, beaucoup plus que Hegel, qui devient notre contemporain ». (p. 101)
-
René Girard, Achever Clausewitz. CarnetsNord, 363p.
A suivre...
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Races de la guerre
Lecture d'Achever Clausewitz, de René Girard. Notes (3)
- Le problème est de passer d’une mimesis violente à une mimesis paisible.
- Hegel fait du Dieu de la Loi celui qui écrase et domine.
- Sa lecture de a Bible est statique et « morte ».
- De même le rationalisme re-mythifie-t-il ce qu’il croit démystifier.
- Avec le Christ, Dieu est désormais aux côtés de la victime émissaire.
- Ce qu’il faut imiter dans le Christ, c’est son retrait.
III. Le Duel et la réciprocité
- L’enjeu de la discussion est d’envisager la possibilité d’empêcher la catastrophe.
- Clausewitz définit la guerre comme « étonnante trinité ».
- Mais il a du mal à convaincre qu’un frein politique peut encore contenir les guerres.
- L’« étonnante trinité », avec la Formule bien connue (« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »), est la clef de sa pensée.
- En fait « l’action réciproque » est le moment crucial, soit provoquant soit différant la guerre.
- La montée aux extrêmes est devenue la règle dans la logique de la réciprocité.
- Ce que Clausewitz appelle l’action réciproque correspond à « la capacité des hommes de s’imiter de lus en plus en le méconnaissant absolument. »
- « Duel, action réciproque et montée aux extrêmes finissent ainsi par s’équivaloir. Ils correspondent précisément à ce que j’appelle indifférenciation. »
La guerre et l’échange
- Reviennent au duel comme structure cachée de tous les phénomènes sociaux, dot le commerce.
- Avant Marx, Clausewitz voit que le commerce concerne la même réalité que la guerre.
- Aux antipodes de Montesquieu, qui pensait que le commerce permettait d’éviter les conflits armés.
- « Louis XIX avait encore des visées impériales sur l’Europe, quand l’Angleterre, elle conquérait le monde de façon beaucoup plus efficace. Le commerce est une guerre redoutable, d’autant qu’elle fait moins de morts ».
- C’est par ailleurs une guerre continue, de faible intensité.
- La haine croissante vouée par Napoléon à l’Angleterre vient de là.
- Pense cependant que le commerce peut contenir la guerre « tant que nous restons dans un capitalisme raisonnable ».
- Le fétichisme de l’argent est un des grippages du mécanisme
- Lucien Goldmann l’a sensibilisé à la dégradation de l’échange, qui de qualitatif est devenu quantitatif.
- Aujourd’hui, le commerce peut conduite vite à la « montée aux extrêmes ».
- La confrontation Chine-States.
- Le commerce peut retenir la violence, mais la relation morale est d’un autre ordre.
- Eclairage sur la nature ambigüe et cachée de la réciprocité, et le risque de la découvrir (p.120)
La logique des prohibitions
- Stigmatise le rationalisme de Raymond Aron, qui l’empêche de voir la réalité réelle de la guerre.
- Revient à son ouvrage-clef : La violence et le sacré.
- Rappelle que les prohibitions archaïques étaient dirigées contre la violence.
- Non pas contre le sexe coupable mais contre «les rivalités mimétiques dont la sexualité n’est que l’objet ou l’occasion ».
- Œdipe est l’épidémie de peste.
- La « guerre de tous contre tous » et la façon de revenir à la paix par le sacrifice du bouc émissaire.
- « Chaque lynchage issu d’une crise mimétique accouche ainsi d’une nouvelle divinité ».
- Comment les prohibitions et le sacrifice ont permis aux sociétés pré-humaines de passer aux sociétés humaines.
- Le judéo-christianisme seul place l’humanité devant l’alternative : « ou continuer à ne pas vouloir voir que le duel régente souterrainement l’ensemble des activités humaines, ou échapper à cette logique cachée au profit d’une autre, celle de l’amour, de la réciprocité positive. »
- « Nous entrons donc dans une perspective eschatologique ».
- Nous ne croyons plus aujourd’hui à la catastrophe, alors même qu’elle est plus prévisible que jamais, remarque BC.
- RG : « C’est très juste. D’une certaine manière, le progressisme est issu du christianisme et le trahit ».
- Ce qui manque à Hegel autant qu’à Raymond Aron, c’est la dimension tragique.
La fin du droit
- La montée aux extrêmes va de pair avec les manquements croissants aux règles de l’honneur.
- Carl Schmitt annonçait la « théologisation » de la guerre, exactement visible dans le conflit entre Bush et Ben Laden.
- L’origine du terrorisme est bien vue par Carl Schmitt.
- Le terrorisme actuel serait l’intensification de la guerre totale au sens de Hitler et de Staline.
- Le modèe du partisan, selon Schmitt, illustre le passage de la guerre au terrorisme.
- Selon RG, Schmitt aurait sous-estimé le rôle de la technologie devenant folle. « Il n’a pas vu que le terrorisme démocratique et suicidaire allait empêcher tout containment de la guerre. Les attentas-suicides sont de ce point de vue une inversion monstrueuse de sacrifices primitifs : au lieu de tuer des victimes pour en sauver d’autres, les terroristes se tuent pour en tuer d0’autres. C’est plus que jamais un monde à l’envers. »
- Evoque Guantanamo qu’il taxe d’ignominie, contre tout contrat.
- « Nous sommes entrés dans un monde de pure réciprocité », dans l’époque du « tout ou rien ».
- « Bush accentue jusqu’à la caricature la violence guerrière dont les Américains sont capables, hors des cadres de toute raison politique – et ben Laden et ses imitateurs lui répondent de façon tout aussi « souveraine ».
- Rappelle l’observation de Heidegger sur « l’arraisonnement du monde à la technique ».
- Rappelle le drame vécu par Kennedy et ses proches lors de l’affaire cubaine.
- Me rappelle le témoignage terrible de Mc Namara dans Fog of War.
Retour à la vie simple ?
- Clausewitz nous apprend que la réconciliation n’est jamais acquise.
- « Il y aura toujours le risque de la montée aux extrêmes ».
- BC cite une lettre de Clausewitz à sa femme (pp.135-136).
- Où l’on voit que Clausewitz, jusque dans la religion, ne parvient pas à changer d’ordre.
- Au lieu de maîtriser le duel, il cherche à le servir « de droit divin »
- Le dieu de Clausewitz reste le dieu de la guerre.
- BC cite alors Totalité et infini de Levinas.
- RG voudrait dépasser l’apologie des différences pour mieux affirmer l’identité.
- « L’humanitarisme, c’est l’humanisme tari ! »
- Que la réconciliation est l’envers de la violence.
- Mais les hommes ne veulent pas l’entendre et serons de plus en plus violents.
- BC cite Bergson à propos de la « loi de dichotomie » et de la « loi de double frénésie ». (p.140)
- RG acquiesce mais va plus loin en revenant à Pascal qui pense que « la vérité livre une guerre essentielle à la violence ».
- Accentue encore sa perception réaliste et tragique de la violence humaine.
- Contre la sérénité bergsonienne, pense que « le pire a commencé de se produire ».
IV. Le duel et le sacré
Les deux âges de la guerre
- BC rappelle l’enjeu de la discussion : penser la réconciliation en considérant toutes les données de l’action réciproque.
- Rappelle les distinctions de Péguy sur les deux « races de la guerre », lutte pour l’honneur ou lutte pour le pouvoir.
- Peut-on se battre sans haine dans la situation faite à la guerre moderne ?
- RG rappelle que les génocides du XXe siècle ont été planifiée calmement et froidement.
- RG, évoquant le ratage du christianisme historique, revient sa vision apocalyptique : « Le Christ impose donc une alternative terrible : ou le suivre en renonçant à la violence, ou accélérer la fin des temps ».
- Cite Pascal à la fin de la XIIe Provincale : « C’est une étrange et longue guerre que celle ou la violence essaie d’opprimer la vérité ; tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et ne peuvent que la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l’irriter encore plus ».
- Note que Pascal dit « la violence » et non pas « la guerre », relevant déjà d’une pensée apocalyptique . (p.150)
René Girard, Achever Clausewitz. CarnetsNord, 363p.
21:23 Publié dans René Girard | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, histoire, philosophie, politique
Face à l'abîme

Lecture d'Achever Clausewitz de René Girard (4)
Une religion guerrière
- De la loi de « double frénésie ».
- Relance du combat pressenti par Pascal, entre la violence et l







