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12/11/2007

Chacun mes Prix

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Mon palmarès 2007

Rompant un long silence qui a donné lieu à toutes les supputations et autres rumeurs contradictoires les plus folles, j’ai résolu de livrer enfin, aux médias et autres instances de consécration, les résultats des délibérations au terme desquelles j’ai attribué, aux ouvrages qui ont été soumis à mon jugement notoirement impartial et pertinent, les grands prix de cet automne littéraire 2007.

5ec683e57e383c25e2d1643474e83758.jpgMon Prix Goncourt : à M. François Emmanuel, pour Regarde la vague, au Seuil ; M. Hubert Haddad, pour Palestine, chez Zulma ; M. Philippe Claudel, pour Le Rapport de Brodeck, chez Stock. Non pas ex-aequo, mais : à choix.
Mon Prix Goncourt des lycéens à l’unanimité
: à M. Marius Daniel Popescu, pour La symphonie du loup, chez José Corti.
8d53df0817b4a12e7ea4235396ab68ee.jpgMon Prix Goncourt étranger à l’unanimité: à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le Cheveu de Vénus, chez Fayard.
Mon Prix Renaudot: à Mlle Amélie Nothomb, pour Ni d'Eve ni d'Adam, chez Abin Michel; Mme Alina Reyes, pour Forêt profonde, au Rocher; M. Olivier Adam, pour A l’abri de rien. A L’Olivier.
01d71a10e704a8cbb4612c3072f3d06f.jpgMon Prix Médicis : à M. Marius Daniel Popescu, pour La symphonie du loup, chez Corti ; M. Alain Dugrand, pour Insurgés, chez Fayard ; M. Vassilis Alexakis, pour Av. J.-C, chez Stock.
Mon Prix Médicis étranger : à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le cheveu de Vénus, chez Fayard; M. Philip Roth, pour Un homme, chez Gallimard ; M. W.G. Sebald, pour D’après nature, chez Actes Sud.
Mon Prix Médicis de l’essai : à M. Jean Hatzfeld, pour La stratégie des antilopes, au Seuil ; M. Georges Nivat, pour Vivre en Russe, à L’Age d’Homme ; M. François Bon, pour Bob Dylan, chez Fayard.
c6a5a37fe4fdfd0b407a3b4d4c335d09.jpgMon Prix Femina : à Mme Marie Darrieussecq, pour Tom est mort, chez P.O.L.; Mme Linda Lê, pour In memoriam, chez Bourgois; Mme Michèle Lesbre, pour Le canapé rouge, chez Sabine Weispieser.
Mon Prix Femina étranger : à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le cheveu de Vénus, chez Fayard ; M. Philip Roth, pour Un homme, chez Gallimard : M. W.G. Sebald, pour Vertiges, chez Actes Sud.
Mon Prix Femina de l’essai : à MM. René Girard et Benoît Chantre, pour Achever Clausewitz, chez CarnetsNord ; M. Pietro Citati, pour La mort du papillon, chez Gallimard ; M. Gilles Lapouge, pour L’encre du voyageur, chez Albin Michel.
94ec5659d529b0929cebf6247bb1ad6f.jpgMon Prix Décembre à l’unanimité : M.Philippe Sollers, pour Un vrai roman, chez Plon.

Des voix contre l’oubli

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PRIX LITTERAIRES La deuxième volée (avec le Médicis à Jean Hatzfeld et le Goncourt des lycéens à Philippe Claudel) efface la très mauvaise impression de la première. Au contraire du Femina à Eric Fottorino…

Les lycéens ont tout juste, et ce n’est pas la première fois que « leur » Goncourt est plus avisé que celui de leurs aînés, bien rassis cette année. De fait, le Goncourt à lire en priorité cette année est bel et bien Le rapport de Brodeck, roman certes moins « glamoureux » et « facile » qu’ Alabama Song de Gilles Leroy, mais qui s’impose au premier rang des romans francophones parus cet automne, autant par sa substance humaine que par la dimension éthique et poétique de la sombre fable qu’il raconte dans une écriture limpide et très suggestive à la fois, mélange d’expressionnisme et de réalisme magique.
Les académiciens Goncourt ont-ils eu peur, après Les Bienveillantes, de consacrer cette nouvelle traversée des ténèbres du XXe siècle, dont le protagoniste devient le greffier « pour mémoire » d’un lynchage collectif qui se répète indéfiniment d’une génération à l’autre, ou les pressions pro-Gallimard ont-elles prévalu contre le poulain de Stock ? Peu importe aujourd’hui, puisque aussi bien l’on sait que le Goncourt des lycéens est des rares prix réellement prescripteurs, et que Le Rapport de Brodeck se « mérite » plus qu’il ne se consomme en trois bouchées distraites.
Témoin et médium
Cette dernière observation vaut tout autant pour La Stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld, qui a passé, après avoir failli y laisser sa vie, du travail de grand reporter (en ex-Yougoslavie, puis au Rwanda) à celui de scribe de la réalité génocidaire, et cela depuis des années déjà. Rien de sensationnaliste ou de morbide dans son œuvre, qui est d’un écrivain plus que d’un journaliste, à l’écoute des gens et des microdrames significatifs qu’il ressaisit dans les grandes tragédies : à la recherche de l’humain dont il capte les mots.
Après La guerre au bord du fleuve (inspiré par son expérience en ex-Yougoslavie) et Dans le nu de la vie (récits des marais rwandais), La Stratégie des antilopes bouleverse le lecteur par le fait que c’est dans la paix des cimetières que l’écrivain recueille les voix de celles et ceux qui ont fui droit devant eux (comme l’antilope) avant de revenir au milieu de leurs bourreaux d’hier, aujourd’hui blancs comme neige...
Des baisers « volés »
Quant au Prix Femina à Baisers de cinéma d’Eric Fottorino, très au-dessous de celui de l’an dernier (échu à Nancy Huston pour ses magnifiques Lignes de faille), il nous ramène à un parisianisme convenu, certes pas désagréable mais ne pesant pas lourd à côté d’autres papables de cet automne, d’Olivier Adam à Linda Lê ou Michèle Lesbre. Or il est évidemment plus chic de primer le directeur éditorial du Monde, publié chez Gallimard… Certes bien écrit, ménageant un agréable mélange de romanesque sentimental sur fond de quête de l’origine, entre promenades cultivées à travers Paris et fascinations cinématographiques, ce récit ne démérite pas au milieu des 277 romans français de l’automne, mais en quoi s’en distingue-t-il au point de devenir le chéri de ces dames ? Baisers volés ?

A l’écoute du monde

ccc69b41bdd06560a036dc8e4f22b777.jpgIl en va des prix littéraires parisiens comme de l’état actuel de la littérature française dans le monde : le grand air, les grandes entreprises, voire les grandes œuvres  viennent souvent d’ailleurs, en traduction. Ainsi l’attribution du Prix Médicis étranger à l’auteur américain Daniel Mendelsohn, pour Les disparus, paru chez Flammarion, relève-t-elle de la reconnaissance la plus légitime, s’agissant d’une vaste enquête historico-familiale menée en Europe par le petit-neveu d’un Juif polonais écrivant, en 1939, des appels au secours à son frère installé aux Etats-Unis. Sans être un chef-d’œuvre littéraire, ce livre est plus qu’un document historique : la plongée, déterminée par un  premier élan intime et affectif intense, d’un jeune Américain dans la mémoire tragique de ses aïeux, ensuite nourrie par une investigation sur les lieux et au milieu des gens. Il en résulte un tableau « pour mémoire » grouillant de personnages et de situations où l’émotion le dispute au grand intérêt du témoignage.

1e388452928ef51fc8598ac4bc4d21b6.jpgCurieusement, les prix littéraire confondent de plus en plus les genres, où l’appellation « roman » n’a plus guère de sens. Les trois Médicis sont ainsi tous, en réalité, des « essais », même si L’année de la pensée magique de Joan Didion, publié chez Grasset et gratifié du Médicis de l’essai, précisément, relève à la fois du récit-exorcisme de deuil  infiniment attachant, voire bouleversant. Dans les mêmes marges mouvantes, c’est un roman-récit existentiel, Le goût de la mère, du Britannique Edward Saint Aubyn,  paru chez Christian Bourgeois, que récompense cette année le Femina étranger, où il est question des tribulations d’une famille et de la façon dont elle les surmonte. Enfin hissons le plus joli pavois pour le Femina de l’essai à Gilles Lapouge, dont L’encre du voyageur, paru chez Albin Michel, invite à la partance à tous les sens du terme, avec le fruit des mots à la bouche...   

Ces articles ont paru dans l'édition de 24Heures du 13 novembre 2007.

09/11/2007

Le cercle des niaiseux

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Cercle de Yannick Haenel ou la quadrature du vide. Le Prix Décembre 2007 conforte les Gallimardeux. Mais JLK persiste et signe, le blaireau... 

Il est divertissant de suivre, de loin, les ronds-de-jambes ou les coups d’épée dans l’eau que provoque, depuis sa parution, le livre le plus niais de la rentrée littéraire, je veux parler évidemment de Cercle d’Yannick Haenel. Qu’on le porte aux nues en faisant de ce pavé de vent un « roman total », comme Sébastien Lapaque dans le Figaro littéraire, ou qu’on en fasse le vortex de l’abjection plagiaire ainsi que s’y emploie Alina Reyes dans une polémique aussi bécassine que son bécasson d'objet, celui-ci reste évidemment ce qu’il est à nos yeux éberlués : une espèce de course du rat chic dans un dédale toc.

Si l’auteur de Cercle avait dix-sept ans et qu’il déboulât avec son air crâne et sa jolie plume dansante, ses références en veux-tu en voilà et ses pastiches d’un peu tout, dès la première scène du pont sur la Seine d’où le protagoniste jette son ancienne vie à l’instant, hop, de sauter dans la nouvelle et de s’écrier : chic c’est la joie, je revis, enfin je vais pouvoir mettre le doigt au cul de Clarine et me palucher en lisant Moby Dick, si tout cela était le fait d’un paluchon ludique et que son premier bouquin eût trois cent pages de moins, oui certes, oui-da, nous marcherions plus volontiers, comme nous marchons le pied-léger à travers les cinq premières pages, qui en deviennent hélas cinq cents. Mais Yannick Haenel a quarante balais et n'est plus ingénu que de posture en sémillant émule du pape Sollers.

Et cinq cents pages pour dire quoi ? Rien que de convenu, rien que de pseudo-rimbaldien, rien que de sous-sollersien dans la conjonction d’un hédonisme de pacotille et d’un usage germanopratin de la semi-culture. Cela se veut alerte, ouvert, oui-disant et dansant, mais sans quitter la manière du petit marquis, et ensuite non moins affecté dans le simulacre de gravité puisque du cul de Clarine il faut bien passer au trou noir de l’Histoire. Or tout cela est lourd quand cela se veut ludique, et léger devant le tragique.

Enfin quel roman total ? Du total chiqué sans doute. Et cela vaut-il la moindre polémique ? Qu’on lui colle plutôt un prix (c'est fait !) et le cercle se bouclera comme on l'espère du piapia niaiseux qui en a émané à grosses bubulles…

Yannick Haenel. Cercle. Gallimard, L’Infini.

06/11/2007

Gallimard gallimarde

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Le Goncourt à Gilles Leroy pour Alabama Song, et le Renaudot à Daniel Pennac pour Chagrin d'école

C'est finalement à l'un des moins «attendus» des cinq derniers papables du Goncourt qu'est revenu hier le plus convoité des prix littéraires français avec la désignation, après 14 tours et par 4 voix contre 2 à Olivier Adam, d'Alabama Song, du journaliste écrivain Gilles Leroy, paru au Mercure de France. Evoquant à la première personne la vie passionnée de Zelda Fitzgerald, épouse d'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle, l'auteur reprend la thèse de certains biographes estimant que Zelda fut la victime, à bien des égards, du vampirisme de son génial conjoint. A l'évidence, Gilles Leroy a fait plus que s'imprégner de la riche documentation (notamment la correspondance très significative) existant à propos du couple le plus brillant de la bohème artistique de l'entre-deux-guerres américain: il s'est véritablement coulé dans le personnage dont il module la voix en faisant alterner les inflexions de la brillantissime fille à papa de Montgomery, celle de l'artiste inaccomplie (elle rêvait de devenir la plus grande danseuse de son temps, comme Scott avait résolu d'être le plus grand romancier de tous les temps...) et celles de la femme vieillissante, souffrant de schizophrénie et promise à une mort atroce dans les flammes...
En décernant le Goncourt à Gilles Leroy, les jurés de l'Académie «offrent» au grand public un roman joliment ficelé sur une destinée aventureuse et glamour à souhait. A ce thème rebattu, l'essayiste Pietro Citati vient pourtant de donner, dans La mort du papillon, paru chez Gallimard (!) un nouvel éclairage plus incisif et profond, où justice est rendue aux deux parties... Ce qu'on peut regretter, surtout, c'est que l'élément «anecdotique» ait prévalu une fois de plus dans un choix dont ont été écartés des écrivains plus engagés ou originaux, tels Michèle Lesbre ou Olivier Adam, sans parler de moult «oubliés» des premières sélections, tels François Emmanuel ou Hubert Haddad...
Si le Goncourt à Gilles Leroy a étonné, le Renaudot attribué à Daniel Pennac a plus encore surpris du seul fait... qu'il ne figurait pas sur la sélection. Son Chagrin d'école, plaisant autoportrait d'un cancre en lequel on ne saurait deviner un futur auteur à la faconde stylée et aux succès répétés, intéresse à la fois par son propos autobiographique et par le regard que l'ex-enseignant, venu au roman par les sentiers buissonniers du polar gouailleur, jette sur les affres de l'école. Le livre rend aussi un bel hommage à certains profs «éveilleurs» autant qu'à sa mère centenaire, qui continue de s'inquiéter de son avenir (!), faisant écho à la variation pédagogique de Comme un roman.
Quant au Prix Renaudot de l'essai, il a été décerné à Olivier Germain-Thomas pour Le Bénarès-Kyoto, récit d'un périple évoquant, avec moult péripéties, la traversée asiatique d'un «étonnant voyageur» à la joyeuse érudition.
Gilles Leroy. Alabama Song. Mercure de France. Daniel Pennac. Chagrin d'école. Gallimard. Olivier Germain-Thomas. Le Bénarès-Kyoto, Le Rocher.

Des jurés sous influence ? 

Et c’est ça que vous appelez le meilleur de la littérature française en train de se faire? Voilà la question que le lecteur attentif serait enclin à lancer aux jurés respectifs de l’Académie Goncourt et du Prix Renaudot au vu des deux romans qui viennent d’obtenir les deux distinctions les plus cotées de l’automne littéraire. Un tant soit peu au fait des dessous de l’édition parisienne et de ses réseaux d’influence, l’impudent poussera le bouchon plus loin: plutôt que Gilles Leroy et Daniel Pennac, n’est-ce pas la seule maison Gallimard que vous avez primée par deux fois?, étant entendu que le Mercure de France où paraît le Goncourt est une filiale de la puissante maison, déjà triomphante l’an dernier avec Les Bienveillantes de Jonathan Littell, préalablement consacré par le public et l’Académie française… Ce qui frappe en tout cas, c’est que les deux lauréats de cette année apparaissent comme les bénéficiaires chanceux de tractations tordues: 14 tours (!) au final du Goncourt après l’éviction de «favoris» dont le handicap tenait au nom de l’éditeur: P.O.L. pour Marie Darrieussecq, Sabine Weispieser pour Michèle Lesbre, Stock pour Philippe Claudel et L’Olivier pour Olivier Adam (finaliste «à la Poulidor»). Souvent controversés pour la dépendance directe liant les jurés aux trois principales enseignes littéraires parisiennes (Gallimard, Grasset et Le Seuil, alias Galligrasseuil), les deux premiers grands prix de cette année trahissent une fois de plus un malaise évident. On ne dira pas pour autant que le Goncourt et le Renaudot 2007 sont sans intérêt ou promis à l’insuccès. Au contraire. Mais que penser d’une «course» privilégiant a priori les concurrents en fonction de leur appartenance à telle ou telle écurie?

Ces articles ont paru dans l'édition de 24Heures du 6 novembre 2007