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25/11/2008

Ceux qui rayonnent

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A propos d'Alexandre Jollien et de Christiane Singer

Deux livres font ces temps un malheur, qui ont pour point commun de témoigner d’expériences existentielles difficiles, voire extrêmes. Il s’agit, d’une part, de La construction de soi d’Alexandre Jollien, où le jeune handicapé s’attache à dépasser la griserie du succès que lui ont valu ses premiers livres, et sa panique devant le bonheur, avec l’aide de la philosophie. Et, d’autre part, des Derniers fragments d’un long voyage de Christiane Singer, consignés durant les derniers mois d’une existence dont la fin était annoncée dès octobre 2006. Or à quoi tient le succès de ces deux livres ? L’engouement du public ne serait-il pas lié à un mélange douteux de curiosité et d’apitoiement « voyeur » ? N’est-ce pas la seule « performance » de l’infirme ou de la malade qui en impose ? N’y aurait-il pas là qu’un effet de mode et d’entraînement moutonnier ?
A vrai dire, seuls ceux quoi ont lu ces deux livres pourront répondre de bonne foi à ces soupçons, tant la substance de ces écrits échappe aux critères ordinaires du succès. Certes, autant Alexandre Jollien que Christiane Singer nous apparaissent comme des individus hors du commun, pour ne pas dire des « modèles » ou d’humbles «héros». Mais ni l’un ni l’autre ne pose en donneur de leçons. Ni l’un ni l’autre ne propose de recettes pour échapper au poids d’un handicap ou à l’angoisse de la mort. Tous deux sont empêtrés dans leur chair et tâchent de « faire avec ». S’ils ont apparemment plus de dons ou de courage que la moyenne, ce n’est pas leur talent ou leur cran qui nous touchent, mais plutôt le rayonnement involontaire de leur personne et de leur parole.
Tout cela est évidemment très peu marketing : le rayonnement d’une personne ou d’une parole. D’ailleurs essayez de fabriquer un Jollien bis ou un clone de Singer à partir des mêmes ingrédients présumés (handicap + kit philo, ou cancer + kit littérature), et vous verrez ce qu’il en résulte…
L’esprit vulgaire de l’époque se figure le succès sous la forme d’un «gros lot» qui se décroche automatiquement en fonction de certains mécanismes. Or s’il est vrai que nombre de « tubes », en matière de littérature ou de cinéma, répondent à un conditionnement du sentimentalisme ou du sexe, de la violence ou de l’action, de l’exotisme ou du rêve, il est non moins évident que le goût des gens n’est pas réductible à cette standardisation. Bien entendu, d’aucuns diront qu’Alexandre Jollien « profite » de la vogue actuelle d’une philosophie prête-à-porter, même s’il se démarque clairement de celle-ci. De la même façon, d’autres sceptiques rangeront Christiane Singer au rayon « développement personnel »…
Ce qui est plus difficile, en notre temps de clientélisme froid, est de considérer que l’un et l’autre, Alexandre et Christiane, nous touchent parce qu’ils vivent ce que nous vivons tous et qu’ils expriment ce que nous ressentons et ne pouvons tous exprimer. Pourquoi, lorsque Christiane Singer se pointait à Fribourg ou à Crêt-Bérard, des foules se déplaçaient-elles ? Pourquoi les gens affluent-ils aux conférences d’Alexandre Jollien et lisent-ils ses livres ? Parce que ce sont des stars ? Nullement. Parce que ce sont des gens simples qui disent vrai et rayonnent, chacun à sa façon, mais de la même joie. Là gît peut-être leur secret à tous deux, qui ne s’achète pas plus qu’il ne se vend : la joie.

medium_Jollien2.3.jpgmedium_Singer.3.JPGAlexandre Jollien, La construction de soi. Seuil, 2006.
Christiane Singer. Derniers fragments d’un long voyage. Albin Michel, 2007.

Cette chronique a paru dans les colonnes de 24Heures.

Aquarelle de Samivel: à découvrir dans la magnifique exposition du Château de Saint-Maurice d'Agaune, consacrée au centenaire de l'artiste-écrivain, jusqu'en septembre.

07:47 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : listes

16/08/2007

La bonne foi de Guillebaud

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  Selon Jean-Claude Guillebaud, se dire chrétien serait aujourd’hui plus gênant, en France, et plus particulièrement dans le milieu intellectuel et médiatique, que se déclarer homosexuel ou échangiste. Cette nouvelle forme d’intolérance, faisant l’impasse sur l’acquis inestimable de vingt siècles de judéo-christianisme pour lui substituer l’équation chrétien=ringard,  lui a inspiré une colère qui ne reposait même pas sur une conviction personnelle inébranlable :    « Je ne suis pas sûr d’avoir intimement la foi », écrit Guillebaud dans Comment je suis redevenu chrétien, « mais je crois profondément que le message évangélique garde une valeur fondatrice pour les hommes de ce temps. Y compris pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Ce qui m’attire vers lui, ce n’est pas une émotivité vague, c’est la conscience d’une fondamentale pertinence ».

Dans cette perspective, le témoignage et la recherche approfondie qui s’entremêlent dans son livre vont bien au-delà du « coming out » confessionnel : c’est d’un retour à nos sources qu’il s’agit. Le philosophe René Girard le relevait: « C’est ce qui reste de chrétien en elles qui empêche les sociétés modernes d’exploser ». Or ce que rappelle Guillebaud, c’est que les valeurs que nous attribuons aux Lumières (à commencer par la conception de la liberté, de l’égalité et de la fraternité) remontent à la Bible et à l’Evangile. Qu’il s’agisse de l’autonomie de la personne (toute différente dans l’islam, le bouddhisme ou le confucianisme), de l’égalité entre les hommes (en rupture avec la conception grecque), des notions d’universalité et d’espérance, de fraternité et de solidarité, le christianisme a marqué une suite d’avancées à valeur universelle, parfois combattues au sein même de l’église : de la fameuse controverse de Valladolid sur la question de savoir si les Indiens ont une âme, à l’encyclique de Pie IX contre les idées modernes, ce qu’il y a de subversif dans le christianisme a souvent buté contre l’Ordre clérical.

Par ailleurs, Guillebaud ne se borne pas à cette approche périphérique : « Le christianisme, c’est autre chose qu’une simple collection de valeurs humanistes. Avoir la foi, ce n’est pas adhérer simplement à un catalogue de principes normatifs, qui serait comparable au programme d’un parti politique. Oublier cela, ce serait confondre la « religiosité » avec la croyance ».

La trajectoire personnelle de Jean-Claude Guillebaud, grand reporter au Vietnam et au Liban, via le Biafra, qui a décidé un jour de remplacer l’observation « horizontale » du journalisme par une investigation « verticale », au fil de grands essais interrogeant notre « époque d’inquiétude », est exemplaire par sa façon de lier le besoin de savoir à l’expérience vécue, la recherche de la vérité et le « saut » de la foi. Au demeurant, plus chrétien que catholique, disciple du protestant Jacques Ellul mais aussi d’un Jean XXIII (« Nos textes ne sont pas des dépôts sacrés mais une fontaine de village »), Guillebaud nous intéresse moins par sa position que par les questions qu’il pose à chacun, croyant, agnostique ou athée. 

cf5a9d5a5756b848b681f3f24780443d.jpgJean-Claude Guillebaud, Comment je suis redevenu chrétien. Albin Michel, 182p.

25/06/2007

Retour à nos sources

6d5d597aed07633ac9ef0c3bd5a8467b.jpgLecture de Comment je suis redevenu chrétien de Jean-Claude Guillebaud 

OUVERTURE

- On lui demande souvent s’il est chrétien ou non.
- Et jusque-là il ne savait trop quoi répondre.
- La question gêne d’ailleurs.
- Etre chrétien, aujourd’hui, n’est en effet pas très bien vu, en tout cas en France. Cela fait ringard.
- On peut dire qu’on est homosexuel ou échangiste sans problème.
- Se dire chrétien, surtout dans le milieu intello, ça craint.
- Longtemps il a campé dans le flou.
- Il a refusé de « lâcher prise ».
- Mais une colère l’a fait réagir : l’intolérance envers les chrétiens, justement.
- Au temps des persécutions, dans les décennies précédant la conversion de Constantin, il était de bon ton de se dire chrétien.
- Michel Henry et Frédéric Boyer, qui se sont dits chrétiens, ont été snobés par la critique après en avoir été respectés.
- La charge antichrétienne fait l’impasse sur le trésor du judéo-christianisme.
- La phrase de Tertullien, credibile est quia ineptum, citée à tout-va, n’est pas un argument anti-rationaliste mais une définition de la croyance.
- Par ailleurs, on ne dit plus rien des combats juridiques de l’Eglise pour adoucir la violence médiévale.
- Rien de l’œuvre éducative et hospitalière de l’Eglise.
- Les chrétiens n’osent plus se montrer.
- « Je ne suis pas sûr d’avoir intimement la foi, mais je crois profondément que le message évangélique garde une valeur fondatrice pour les hommes de ce temps. Y compris pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Ce qui m’attire vers lui, ce n’est pas une émotivité vague, c’est la conscience d’une fondamentale pertinence ».
- Il récuse alors la rétractation de cette conviction dans l’enclos de l’intimité. Récuse à la fois le silence précautionneux et la crispation dogmatique.
- Veut dire comment il a vécu tout ça.
- Rappelle qu’il a été journaliste pendant vingt ans, sur tous les fronts, du Vietnam à la guerre du Kippour en passant par la guerre du Liban.
- Il a couvert les drames de la planète.
- En témoin. Assistant aux catastrophes du monde par « zapping tragique ».
- A éprouvé la honte de voir des gens condamnés à mort alors qu’il se sauvait.
- A souffert de s’endurcir. Mais a appris à percevoir les mutations du monde.
- La question du Mal lui est apparue de plus en plus clairement. Accentuée avec les génocides du Rwanda et d’ex-Yougoslavie.
- Vers le milieu des années 70, il a senti venir des transformations profondes de notre monde. Avec l’intégrisme des ayatollahs iraniens. Avec la sauvagerie du passage à l’acte au Liban, puis dans les Balkans.
- A constaté les grandes bifurcations anthropologiques liées à la chute du communisme et aux révolutions informatique et biologique.
- Conscient de se limiter à une observation « horizontale », il a éprouvé le besoin de prendre du champ et de réfléchir.
- Et c’est pourquoi il s’est retiré du journalisme.
- Evoque les temps apocalyptiques annoncés par Karl Jaspers.
- Des temps non pas de fin du monde catastrophique mais de « révélation », de « surgissement ».
- A écrit six livres pour mieux comprendre. Ce qu’il appelle des « reportages d’idées » : La Trahison des Lumières, La Tyrannie du plaisir, La Refondation du monde, Le Principe d’humanité, Le Goût de l’avenir et La Force de conviction.
- Il a voulu comprendre les 3 révolutions en cours : économique, numérique et génétique.
- Convaincu que nous devons penser cette époque.
- Une époque de « grande inquiétude ».
- Après avoir quitté Le Monde, il est devenu directeur littéraire au Seuil où il a collaboré avec de grands intellectuels de ce temps en France : Henri Atlan, Louis Dumont, Jean-Pierre Dupuy, Cornelius Castoriadis, René Girard, Michel Serres, Edgar Morin, notamment.
- A tenté de lutter contre la parcellisation du savoir.
- Cite l’Enquête sur les idées contemporaines menée par Jean-Marie Domenach dès 1981 pour L’Expansion.
- Lui-même est redevenu étudiant, très marqué aussi par Jacques Ellul.
- A l’époque, le christianisme l’indifférait plutôt, et notamment les débats sur l’existence de Dieu.
- Est d’abord revenu au christianisme pour des raisons anthropologiques.
- Rappelle sa trajectoire de petit catho de province venu à mai 68 chroniquer la révolution.
- Marqué par les interprétations de Maurice Clavel et Michel de Certeau.
- De plus en plus intéressé par le « trésor » du judéo-christianisme.

- PREMIER CERCLE : LES SOURCES DE LA MODERNITE
- Parle de trois cercles concentriques.
- Achoppe aux sources de la modernité
- Se rappelle une remarque de René Girard : « C’est ce qui reste de chrétien en elles qui empêche les sociétés modernes d’exploser ».
- Estime que le message chrétien a été largement intégré, mais qu’il est coupé de ses sources.
- La plupart de nos valeurs sont issues de la Bible, c’est un fait.
- Mais en France, ce constat est occulté depuis les Lumières.
- L’attachement de la gauche aux anti-chrétiens historiques (de Voltaire à Nietzsche) est plus accusé qu’ailleurs.
- La France occulte sa double filiation avec la Bible et les Lumières.
- Mais il est vrai que l’Eglise ya aidé.
- Notamment avec l’encyclique Quanta cura de Pie IX contre les idées modernes.
- Hors de France, on a accepté ce continuum sans rupture.
- Cite Benedetto Croce : « Nous ne pouvons pas ne pas nous dire chrétiens », qui date de 1942.
- Croce souligne la révolution morale et spirituelle représentée par le christianisme. (Cf. Commentaire No 1001, printemps 2003).
- Croce évoque par ailleurs les « chrétiens du dehors ».
c5502c574b8036f2d05c2010f13fed21.jpg- En travaillant à La Refondation du monde, Guillebaud a mis au jour six valeurs héritées du judéo-christianisme , à commencer par l’individualisme, en tant qu’autonomie de la personne.
- Rappelle les textes de Louis Dumont sur les origines chrétiennes de l’individualisme. Cite aussi Les sources du moi (Seuil, 1998) du philosophe canadien Charles Taylor.
- Montre comment l’individualisme d’inspiration chrétienne se distingue des conceptions bouddhiste ou confucéenne, autant que du « sujet » en tradition islamique, ainsi que l’illustre Le sujet en islam de Malek Chebel.
- Montre aussi comment l’Eglise instituée a combattu la liberté individuelle propre au christianisme…
- Mais cite également l’effort de l’Eglise, contre la royauté, à favoriser le mariage par consentement mutuel, contre les mariages arrangés (cf. Duby et le Goff).
- Distingue enfin l’individualisme narcissique voire autiste de notre temps du concept de personne-en-relation.
- Deuxième valeur issue du christianisme : l’aspiration égalitaire. Une idée qui n’existait pas vraiment dans la pensée grecque.
- Les Grecs ne pensaient pas que les hommes appartenaient tous à la même « essence ».
- Aristote : « Les barbares n’ont de l’homme que les pieds ».
- Influence décisive de l’épître aux Galates de Paul.
- Rappelle ensuite la fameuse controverses de Valladolid, sur l’humanité ou la non-humanité des Indiens, opposant deux chrétiens : Juan Ginès de Sepulveda, historiographe de Charles Quint, et Bartolomé de Las Casas.
- Un débat fondateur préludant aux futures controverses entre colonialistes et anti-colonialistes.
- Rappelle que Las Casas excluait les Noirs de son plaidoyer, ce dont il se repentit ultérieurement.
- La controverse illustre l’opposition d’un christianisme subversif et de son « adaptation » par l’Eglise.
- Cite ensuite les concepts d’universalité, d’espérance (contraire à la circularité du temps selon les Grecs et à l’amor fati de Nietzsche).
- Rappelle la téléologie du prophétisme juif, illustrée dans le Pentateuque par la formule : « Souviens-toi du futur ».
- Cite le concept de progrès lié à l’espérance, à quoi s’oppose l’hégémonie du présent « consommé » par nos sociétés hédonistes.
- Prône le retour au « goût de l’avenir » célébré par Max Weber.
- Cite enfin notre rapport à la science, en s’opposant à l’idée reçue selon laquelle le religieux s’oppose forcément à la science, comme le font croire les exemples de Giordano Bruno ou de Galilée.
- Rappelle le rôle fondamental des ordres religieux, et notamment des jésuites, dans les avancées du savoir ; et que les plus grands astronomes ont souvent été des religieux, et que ceux-ci ont donné des fournées de savants dans tous les domaines.
- Rappelle que le monothéisme a aussi favorisé l’émergence de la science expérimentale. Cite le concept intéressant d’ « étincelle théologique », qui ouvre littéralement l’exploration de la terre jusque-là sacralisée par le polythéisme.
- Tel est le repérage de ce que Guillebaud appelle le « premier cercle », consistant à reconnaître les « traces » de nos divers héritages greco-latins et judéo-chrétiens.
- Relève alors que ce premier cercle n’est qu’une approche périphérique.
- « Le christianisme, c’est autre chose qu’une simple collection de valeurs humanistes. Avoir la foi, ce n’est pas adhérer simplement à un catalogue de principes normatifs, qui serait comparable au programme d’un parti politique. Oublier cela, ce serait confondre la « religiosité » avec la croyance.

   DEUXIEME CERCLE : LA SUBVERSION EVANGELIQUE
- Un cercle plus proche du feu central.
- Important du point de vue anthropologique.
- Rappelle qu’il a été l’élève de Jacques Ellul avant de devenir son éditeur.
- De La subversion du christianisme, livre majeur selon lui.
- Un essai proche de la téologie de la libération catholique.
- Egalement influenc par le phénoménologue Michel Henry.
- Dans C’est moi la Vérité, L’Incarnation et Paroles du Christ.
- Rappelle une autre dette envers Maurice Bellet et Le Dieu pervers.
- Qui décriait le Dieu jaloux aux chantages affectifs intolérables.
- Egalement très redevable à René Girard.
- Décrié par les intellectuels comme l’a été un Camus.
- Pense que l’œuvre de Girard est une bombe à retardement qu’n n’a pas encore comprise.
- Ces auteurs lui ont appris à voir comment le Christ avaiut fendu l’histoire en deux.
- Ne pense pas qu’il y a filiation avec le Talmud et le code babylonien, contrairement à Régis Debray.
- Pas une religion « de plus ».
- Pense que le christianisme marque une rupture définitive.
- En inversant le sens du sacrifice, il devient une « religion de la sortie du religieux ».
- Dénonce la persécution sacrificielle et proclame l’innocence des victimes.
- Paul dénonçait déjà le « trop » de religion devant les philosophes grecs.
- La folie de la Croix balaise tout autre religion.
- Le message évangélique inverse les perspectives.
- Les Grecs pratiquent le sacrifice sous le signe de l’unanimité persécutrice.
- Le mimétisme y est essentiel, qui survit aujourd’hui dans nombre de phénomènes médiatiques, équivalents de la lapidation.
- La résurrection ruine le sens du sacrifice.
- La résurrection est une objection qui enraie le mécanisme de tout sacrifice.
- C’est pourquoi le consentement à la résurrection est le cœur de la foi chrétienne.
- Chrétiens ou non, nous avons désormais intégré le message qui nous fait déceler le mensonge sacrificiel, la ruse de la persécution.
- Notre souci des victimes n’a pas d’autre origine.
- Le point de vue de la victime est devenu référentiel à cause du judéo-christianisme.
- La surenchère victimaire en découle, ruse fréquente aujourd’hui.
- Mais l’interprétation progresse lentement.
- Jean XXIII : « Nos textes ne sont pas des dépôts sacrés mais une fontaine de village ».
- Relève l’intérêt des contradictions entre les quatre évangiles.
- Les chrétiens sont les héritiers d’un récit.
- La parole « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » lui paraît d’une « intelligence anthropologique stupéfiante ».
- De fait, les persécuteurs son en pleine méconnaissance de leurs actes.
- Nietzsche avait vu cette fondamentale nouveauté, pour la combattre.
- Souligne l’intérêt d’une lecture attentive de Nietzsche.
- Dont l’imprécation rend hommage à la subversion du christianisme.
- L’entrée dans ce deuxième cercle a poussé Guillebaud vers la gauche. « Je me suis senti plus chrétien que catholique ».
- Se sent peu attiré par le Dieu tout-puissant et punitif .
- Pour le Romain, la vénération d’un crucifié est une obscénité.
- Cette élection d’un vaincu a été stigmatisée maintes fois.
- Lui-même est de plus en plus attiré par la métaphore de la Croix et par la kénose : la relative faiblesse de Dieu qui laisse l’homme aux prises avec sa propre liberté.
- Revient aux idées de tsimtsoum et de kénose.
- Rappelle la colère de Bernanos dans Les Grands Cimetières sous la lune.
- Mauriac fustigeant les défenseurs du franquisme.
- Intègre une vision assez protestante du christianisme.
- Pas fasciné par la « réussite » de l’Eglise, comme l’est Régis Debray.
- Pense que cette vision reconduit au maurassisme « athée mais catholique ».
- Guillebaud lui-même se sent aux antipodes du catholicisme conservateur.
- Estime que beaucoup d’antichrétiens, visant cette cible, sont injuste avec le christianisme fonamental.
- Signale les résurgences de cette pensée chez un Julius Evola ou un Carl Schmitt.
- Son christianisme le pousse au contraire vers la théologie de la libération et les nouveaux mouvements.
- Devient chroniqueur à La Vie pour cette raison.
- En réaction contre le cynisme du néo-libéralisme.
- Dénonce la gauche française qui a perdu tout contact avec les humiliés et les offensés.
- Assiste à la banalisation de l’injustice sociale.
- Dénonce la dérive consumériste et hédoniste.
- Constate que les chrétiens ont fait les frais de ce cynisme.
- Se dit motivé par la colère et non le romantisme compassionnel.
- Ne se sent cependant ni libéral ni libertaire.
- Dans un premier temps, participe à la critique de l’institution catholique.
- Décrie le césaro-papisme.
- Puis il a évolué.
- En fréquentant les croyants. Découvre des communautés vivantes et ferventes.
- Découvre des religieux humbles et héroïques.
- Une Eglise très affaiblie. Mais dont la faiblesse même est peut-être riche d’un possible rajeunissement.
- La minorité n’est pas forcément catastrophique selon lui.
- Rappelle le rôle des premiers chrétiens face à l’abjection du pouvoir romain.
- Les chrétiens pourraient retrouver une fonction protestataire.
- Y compris contre le délire transgressif.
- Evoque la dimension de joie de cette réaction, au sens où l’entendait Bernanos.
- La colère joyeuse que prônait Emmanuel Mounier.
- Souligne l’importance du lien communautaire.
- Affirme que la croyance passe par la relation.
- A cet égard, dit son souhait que l’Eglise redevienne un foyer vivant.
- Toute l’histoire chrétienne a été marquée par l’opposition, difficile mais féconde, entre la pesanteur de l’institution et la fulgurance du message.
- Rappelle les composantes humaines du Journal d’un curé de campagne.
- Rappelle que l’histoire du christianisme est fondée sur les trois figures de la puissance, de la protestation et de la sainteté.
- Rappelle que des gestes « saints » n’ont cessé de vivifier l’Eglise. Cite Maurice Zundel le mystique suisse, Christian Chergé le trappiste de Tibhérine assassiné, et de l’abbé Jean Flory défiant les Allemands à Noël 1942 en rappelant l’origine juive des figures de la crèche, auxquelles il colla des étoiles jaunes devant les officiers boches…

TROISIEME CERCLE : LA FOI COMME DECISION

- Reste le problème de la foi.
- Dont le troisième cercle est le lieu central.
- Claude Dagens, évêque d’Angoulême, l’a surnommé « prophète de l’extérieur », non sans ironie.
- Se demande alors « où il en est »…
- Il dit hésiter, marmonner, tricher.
- Retourne un peu à la messe. Dont la phraséologie le fait regimber.
- S’intéresse à de nouvelles approches des textes, au phénomène de l’ennui.
- Lit et rencontre Timothy Radcliffe.
14baf266cee3130f4096e87f44ca3174.jpg- En travaillant à La Force de conviction, découvre chez Leibovitz, philosophe israélien, que c’est le caractère volontaire de la croyance qui le distingue de la connaissance.
- « On croit aussi parce qu’on l’a choisi ».
- Affirme que la croyance n’est pas conclusive mais inaugurale, semblable en cela à l’amour.
- Analyse, par contraste, les phénomènes de la décroyance, et leur impact psychologique dévastateur.
- Souligne aussi bien la dimension affective de l’assentiment à la foi.
- Se demande enfin si cette foi n’a pas toujours persisté en lui.
- Se dit incapable de répondre.
- Cite Kierkegaard : « Il arrive que la foi voyage incognito ».
- Et se souhaite de rester joyeux…
- Tout cela très intéressant, impressionnant de sincérité et de netteté, largement ouvert à la discussion et à l’expérience personnelle de chacun.
- Me sens très proche de cette pensée en constante relation, jamais dogmatique ni crispée. JCB représente le type à mes yeux de l’homme de bonne volonté. Me ravit qu'il cite Kierkegaard en fin de course, mon pote de ces jours...

GUILLEBAUD Jean-Claude. Comment je suis redevenu chrétien. Albin Michel, 182p.