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12/02/2014

Le miroir inversé


Waberi.jpgAbdourahman A. Waberi, né à Djibouti et vivant en Normandie depuis 1985, brasse la pleine pâte de notre langue pour dire le monde. Son roman, Aux Etats-Unis d’Afrique, nous confronte à un retournement troublant.

Un Sahel doré sur tranche, une Erythrée dont la capitale Asmara est le siège central de la Banque mondiale, une fédération africaine prospère qui attire des centaines de milliers de miséreux Euraméricains, dont le Caucasien d’ethnie suisse Yacouba débarqué de sa favela des environs de Zurich : tel est le monde à l’envers qu’a imaginé Abdourahman A. Waberi dans son dernier roman, où le sud arrogant s’efforce de « gérer » l’afflux des boat people fuyant le nord en proie à la misère, aux conflits de peuplades sanguinaires, à la lèpre et à la prostitution monégasque ou vaticanesque, entre autres plaies.
Comme il en va de toutes les civilisations dominantes, l’idéologie va naturellement de pair avec telle hégémonie: « L’homme d’Afrique s’est senti, très vite, sûr de lui. Il s’est vu sur cette terre comme un être supérieur, inégalable parce que séparé des autres peuples et des autres races par une vastitude sans bornes », lit-on ainsi au début d’un prône établissant la centralité originelle et définitive de l’Afrique, où se boit l’Africola et se débite la carte Fricafric…
On sourit d’abord jaune, en commençant de lire Aux Etats-Unis d’Afrique, puis on est tenté de conclure au paradoxe, voire au truc, avant de se trouver pris au piège de l’imagination retorse et jubilatoire de l’auteur, dont l’ouvrage allie les attraits d’un pamphlet politico-culturel effréné, d’un roman à valeur de quête d’identité, et plus encore : le déploiement en beauté d’une langue puissante et lyrique.
Jouant de celle-ci sans complexe, l’écrivain n’en est pas moins un franc-tireur proche de la world fiction, qui cite les métissages culturels du Bengali Amitav Gosh ou du Pakistanais Hanif Kureishi avec la même sûreté cultivée qui le fait évoquer Ramuz, Bouvier ou Haldas.
« Le souci de dire la langue m’importe évidemment, autant que celui de dire le monde », me disait un jour l'écrivain rencontré au Salon du livre de Paris. Or on sent chez lui l’impatience des francophones sommés de se justifier à tout moment à propos de leur usage de la langue, avant qu’on ne leur demande de surcroît, s’ils viennent comme lui du continent noir : « Et l’Afrique, comment ça va ? »
A préciser alors qu’Abdourahman A. Waberi, en dépit de ses activités de prof à Caen et d’un discours littéraire très affûté, n’est pas du genre lettré confiné. À l'approche de la cinquantaine (il est né en 1965), il a déjà derrière lui quelques ouvrages pétris d’humanité, de douleur et de verve caustique (rappelant le mot de Bertolt Brecht à Kateb Yacine, qu’il enjoignait d’écrire des comédies pour dire la tragédie algérienne…), qui ont établi sa réputation.
Dès la parution de son premier ouvrage, Le pays sans ombre (Grand Prix de la nouvelle francophone de l'Académie Royale de Langue et Littérature de Belgique), il est apparu comme le chef de file de la littérature de son pays, au point d’inciter l’autorité suprême à s’en adjoindre les services. Mais Waberi est un homme-livre libre. Il préférera renoncer à la soumission au prince, pour illustrer plutôt les mérites du grand écrivain Nuruddin Farah dans une thèse…
Avec Cahier nomade (1996) et Balbala (1997), une trilogie a cristallisé ses observations sur le drame de son pays, dont il faut rappeler aussi les variations romanesques de Rifts routes rails (Gallimard, 2002) et l’ouvrage consacré au génocide rwandais sous le titre de Moisson de crânes (Le Serpent à plumes, 2001) où s’exprimait la même révolte qui gronde dans Aux Etats-Unis d'Afrique,datant de 2006. Son dernier roman - Passage des larmes, publié chez Lattés  en 2009 – est un récit poétique sur l'exil, le fanatisme et la géopolitique de la Corne de l'Afrique, que l'on peut lire aussi comme un hommage indirect à Walter Benjamin.
Abdourhaman A. Waberi. Aux Etats-Unis d’Afrique. Editions Lattès, 232p.

18/10/2012

Chroniques de Chaminadour


Marcel Jouhandeau pour le meilleur
On ne pouvait imaginer plus belle et bonne façon d’arracher l’œuvre de Marcel Jouhandeau à son purgatoire, un quart de siècle après la mort de ce très grand écrivain (1888-1979), qu’en publiant, en un volume, l’essentiel de l’immense chronique qu’il a consacrée, sous la forme de récits, de contes et de nouvelles, à la ville de Guéret dont il est natif et qui lui a inspiré une fresque provinciale extraordinairement vivante et savoureuse, où défilent quantité de personnages inoubliables, sous le regard mobile des trois avatars de l’auteur lui-même, à savoir Théophile dont le récit de la jeunesse inaugure le cycle, Juste Binche qui figure le Jouhandeau jeune homme et Monsieur Godeau en son aura sulfureuse de mystique pas très orthodoxe.
Pas loin du Jules Renard aux champs des Frères farouches, en beaucoup plus ample par son spectre d’observation, et proche aussi d’un Marcel Aymé peignant les familles franc-comtoises, le Marcel Jouhandeau de Chaminadour ajoute, à ces regards naturalistes de sceptiques peu portés sur la religion et ses dramaturgies, un sens du tragique et une passion des vices et des vertus qui le rapprocheraient plutôt des inépuisables curiosités proustiennes, dans un rapport tout différent au Temps il est vrai. Mais il y a du paysan chez Jouhandeau le fils du boucher, autant qu’il y a du prêtre manqué chez le fils de sa mère bien aimante et brave (leur correspondance tenue pendant trois décennies et une merveille qui fut illustrée au théâtre par Marcel Maréchal, notamment), de l’humaniste citant Augustin dans le texte et du sybarite très porté sur le péché de chair (on l’imagine se flageller voluptueusement en sortant du bordel de garçons de Madame Made où il fréquentait) jusque tard dans sa vieillesse, tiraillée entre les vacheries de la terrible Elise, son acariâtre épouse, l’éducation de Marc son fils adoptif, ses élans de perpétuel amoureux et ses téléphones particuliers à Dieu et (moins souvent) à son Fils…
Le Jouhandeau de Chaminadour est le moins encombré de narcissisme et de démonstrations mystico-érotiques, qui lassent à la lecture des pléthoriques Journaliers et de maints autres livres où la confession tourne parfois à la complaisance en dépit de pages sublimes. Le Jouhandeau de Chaminadour est essentiellement conteur, moraliste « en situation », peintre de mœurs à la Saint-Simon de bourgade, chroniqueur aux ressources comiques rares en littérature française.
La présentation des 1534 pages de ce formidable volume est le fait de Richard Millet, qui s’en acquitte en sept fortes pages enthousiastes (lesquelles ne font pas l’économie d’un bémol lié à l’antisémitisme de l’écrivain et à son malheureux voyage en Allemagne nazie en compagnie d’autre idiots utiles) dont il faut citer ceci : « Chaminadour, c’est la vie spectrale et irradiée, il y a cent ans, d’une grise petite ville peuplée d’artisans, de fonctionnaires et de ruraux. Chaminadour est un « arbre de visages ». Un bouquet d’âmes pures, un roncier d’âmes damnées, un foisonnement de faits et gestes cocasses ou tragiques, éclatants, infâmes, arrachés au secret, des esprits traqués jusque dans leur ténèbre, et des noms par dizaines, à eux seuls déclencheurs de vérités autant que de rêverie : des noms souvent extraordinaires, à eux seuls des personnages et dont l’importance faisait qu’un Balzac pouvait passer toute une journée à courir dans Paris afin d’en trouver un qui sonnât juste ».
Quels noms alors ? Les Brinchanteau et les Pincengrain, Prudence Hautechaume et Tite-le-long, Monsieur et Madame Sarciret, Ximènès Malinjoude, les soeurs Eulalie et Barberine du Parricide imaginaire, Madeleine la taciturne du Journal du coiffeur, les Jéricho-Loreille enrichis par la guerre, j’en passe et de tant d’autres…
Et ceci encore de Richard Millet qui célèbre « l’extraordinaire bonheur de lecture donné par cette œuvre : une phrase sèche, coupante, irisée, comme du verre qu’on brise au soleil, et dont l’éclat garde quelque chose de la nuit éternelle : une phrase classique tendue à l’extrême et néanmoins baroque, au sens où Ponge dit du classicisme qu’il est la corde la plus tendue du baroque; une écriture de la mesure dans l’excès et de l’excès dans l’apparente mesure, nourrie des classiques français autant que des mystiques chrétiens, de la littérature gréco-latine et de la Bible.
« Lire Jouhandeau, c’est entrer dans un chemin d’orties et de lis ; c’est aller de l’enfer au ciel et inversement, sourire et prendre en pitié ceux qui passent ou meurent dans cette comédie en réduction. Cest aussi accepter que le traique et la vérité sur soi puissent être saisi par le rire (…), le rire étant ici moins de l’humour ou un surcroît de grotesque qu’une manière de rendre les créatures à leur humanité (…) ».

Marcel Jouhandeau. Chaminadour. Edition établie par Antoine Jaccottet sous la direction de Richard Millet. Ce volume contient (1921-1961): La jeunesse de Théophile - Les Pincengrain - Les Térébinthe - Prudence Hautechaume - Ximénès Malinjoude - Le parricide imaginaire - Le journal du coiffeur - Tite-le-long - Binche-Ana - Chaminadour - Chaminadour II - Le saladier - L'arbre de visages - L'Oncle Henri - Les funérailles d'Adonis - Un monde (2e partie) Cocu, pendu et content (2e artie) - Descente aux enfers. Et encore: Vie et oeuvre, illustré de photographies et de pages des albums composés et légendés par Marcel Jouhandeau. Gallimard, collection Quarto, 1534p. 

05/07/2011

Du rester-partir au pleurer-rire


medium_Mangangu.jpgRETOUR AU CONGO Kinshasa. Carnets nomades. Le récit lyrique et panique de Bona Mangangu

Si les étonnants voyageurs dont les pages sur l’Afrique ont fait date (à nos yeux en tout cas) sont le plus souvent occidentaux, du Polonais Richard Kapuscinski à la Néerlandaise Lieve Joris, entre autres, le premier intérêt des Carnets nomades du peintre et écrivain Bona Mangangu tient à cela que c’est un fils du pays (né en 1961, en plein mouvement d’émancipation) qui évoque ce qu’est devenue sa ville natale de Kinshasa où il fait retour, une vingtaine d’années après l’avoir quittée. Désormais installé dans le Haut-Languedoc dont la nature lui rappelle parfois celle de son enfance, quand son père lui nommait chaque plante qu’il découvrait, l’artiste passionné de littérature et de musiques de partout, occidentalisé et pratiquant la langue française en poète et en homme de culture, revient pourtant chez lui « à hauteur d’enfance », avant d’affronter la déchirure de ses vingt ans.
Dès les premières pages, en flamboyante ouverture, avec un mélange de somptueux lyrisme accordé à la splendeur du crépuscule congolais et la conscience immédiate de ce que plombe aussi ce ciel, estimé « traître » par les humiliés et les offensés, Bona Mangangu marque une opposition violente qui va scander la suite poético-polémique de son parcours tenant à la fois de la quête d’identité et du reportage, de l’effusion « magnétique » et de l’amer constat dont un des thèmes récurrents est l’injustice faite aux enfants de la rue et au sous-prolétariat des quartiers-poubelles.
Rien pourtant ici de la déploration convenue ou de la dénonciation fondée sur des certitudes. Certes les «voleurs d’espoir » sont illico pointés, mais à la rage se mêle cette image candide : « Tout est encore présent dans mon esprit comme ce brusque chuchotis du ruisseau révélé par un saut de lapin traqué au lance-pierre ». Les profiteurs et les nouveaux riches, les bandits et les voyous sont là, les « sangsues politiques » ou les marchands de foi roulant en Mercedes, mais « la vie ici, malgré les souffrances insoutenables, est une œuvre d’art ». De l’école « gardienne » aux bonnes volontés éparses des ONG, des artisans-artistes réinventant la beauté avec des riens au vieux sage disparu dont la mémoire transmet encore les secrets du savoir-survivre, un courant d’espoir, aussi méandreux, lent et profond que le fleuve Congo, se laisse percevoir dans ces pages généreuses et tourmentées, où l’amour et la lucidité, le passé retrouvé et l’acceptation de ce qu’on est fondent une plus juste lecture de la réalité, préludant à de nouvelles solidarités.
Bona Mangangu. Kinshasa. Carnets nomades. L’Harmattan, 136p.


29/03/2010

Deux coeurs simples

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Sur L'Annonce, de Marie-Hélène Lafon


On entre dans ce roman de l’âpre terre du Cantal par sa nuit, telle que la voit Annette, venue du Nord ouvrier pour rejoindre Paul, le paysan de neuf ans son aîné dont elle a découvert la petite annonce chez le coiffeur : « Agriculteur doux, quarante-six ans, cherche jeune femme aimant la campagne »…
Or cette nuit exhale, dès la première page de L’Annonce, la présence de ce « pays stupéfiant ». Annette la découvre ainsi : « La nuit de Fridières ne tombait pas, elle montait à l’assaut, elle prenait les maisons les bêtes et les gens, elle suintait de partout à la fois, s’insinuait, noyait d’encre les contours des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effaçait les chemins, gommait, broyait ( …) Elle était grasse de présences aveugles ».
Avant d’arriver à Fridières avec son jeune fils Eric, c’est dans son Nord non moins âpre, à Bailleul, qu’Annette avait eu le sentiment d’être déjà broyée, « bombardée » par le monde actuel, laminée par une première vie avec Didier le violent, rêvant de recommencer une autre vie ailleurs. Celle-ci serait rude, elle le savait, Paul la lui avait racontée dès leur première entrevue à Nevers, et ce qu’elle découvre dans la maison de Paul : sa redoutable sœur Nicole et les deux grands diables d’oncles qui vivent là, défendant le clan contre l’étrangère et son fiston, lui oppose autant de farouches obstacles. Avec l’appui tenace et patient de Paul, l’ « intruse » va pourtant se rendre utile, bientôt appréciée même par les oncles, au dam de Nicole, vestale jalouse des lieux. Le sourd combat d’un parti contre l’autre, dans la maison divisée entre un « en bas » et un « en haut », et le combat entre l’ancien pays, qu’Annette apprend à aimer et respecter, et le nouveau, qui n’apporte pas que du bon, la place de l’enfant qu’une amitié vive rapproche de la chienne Lola, la vie de la nature et des gens, l’amour peu loquace qui fonde le lien d’Annette et Paul – tout cela est puissamment restitué par Marie-Hélène Lafon dont l’écriture flaubertienne et douce à la fois, précise et voluptueuse, à tout moment surprenante par ses adjectifs et ses tournures, relève du grand art. Sans donner dans le folklore rural, ce très beau roman, déjà récompensé par les libraires français, est l’un des « cadeaux » de cette rentrée.
Marie-Hélène Lafon. L’Annonce. Buchet-Chastel, 195p.

05/02/2010

Philippe Djian se plante

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Incidences, le nouveau roman de l’écrivain « culte », invraisemblable de part en part, sidère par sa stupidité…

Parce qu’il est toujours triste de voir un écrivain, à certains égards estimable, s’égarer du tout au tout, on hésite à parler d’un livre raté sortant de son atelier. Mais Paul Léautaud le disait : qu’il est toujours intéressant de lire un mauvais livre – il disait une livre « de carton », et c’est le cas d’Incidences, le dernier roman de Philippe Djian, qui voudrait être quelque chose et qui n’en est que la contrefaçon pesante et pénible. Pour tout dire, on finit par rire à la lecture de ce roman qui se voudrait incisif et drôle comme un livre de Philip Roth, tant l’auteur s’empêtre dans des situations plus grotesques les unes que les autres, au fil d’une écriture pataude truffée de clichés et de métaphores à se gondoler.
En deux mots, c’est le portrait d’un imbécile malfaisant, excellent sujet, brossé d’une imbécile façon, qui réduit ledit sujet à rien. Un soir, un prof de littérature nul et vieillissant mais charmeur, Marc de son prénom, cinquante-trois balais, embarque une de ses élèves (cf. La bête qui meurt de Roth) dans sa Fiat 500, l’amène chez lui, la saute et la trouve morte le matin, même « terriblement morte ». Question raisonnable: que faire de ce corps encombrant ?
Sans même se demander de quoi sa partenaire est défuntée, ni ressentir la moindre trace d’émotion ou d’inquiétude pour les « ennuis » qu’il risque d’avoir, Marc, après avoir rassuré sa sœur Marianne, avec laquelle il cohabite et qui a cru entendre des bruits pendant la nuit, transporte la gosse et la jette dans une grotte au risque de se salir. Deux jours plus tard, pas tout à fait sûr de la sûreté de la procédure, Marc retourne à la grotte, où il constate que la morte est restée accrochée à mi hauteur de la crevasse, et qu’il faudrait pousser le corps de l’étudiante, devenu d’un gris violacé, « afin qu’il reprît sa courses vers les ténèbres ». Or, au même moment, quelqu’un fait « hello » à l’ouverture de la grotte, ce quelqu’un n’étant autre que le directeur du département de littérature où Marc enseigne la morale selon John Gardner, Richard sa bête noire qui envie ses succès féminins et rêve lui-même de se faire Marianne, quelle idée n’est-ce pas... À préciser dans la foulée que Marc et Marianne, liés par un lien sadomaso incestueux, ont beaucoup souffert dans leur enfance sous le joug d’une mère monstrueuse, ceci expliquant cela... Quant au pompon, c’est que la maman de Barbara (l’étudiante « terriblement morte ») vaguement soucieuse de n’avoir plus de nouvelles de son enfant, en pince grave pour Marc qui lui explique que, dans son atelier d’écriture, ladite jeune fille montrait des dispositions… Au passage, le lecteur aura commencé de relever les exquises tournures du style de Djian, plus que jamais adonné à l’usage de l’imparfait du subjonctif, et très concret dans ses images, du genre : « par instants, le vent grognait comme un chien couvert de puces dans la cheminée » ou, pour expliquer le tabagisme du protagoniste, « Parfois, pour une Winston, il se serait roulé par terre », et encore, poète à ses heures : « Le printemps donnait l’impression d’arriver au grand galop ».
Dans la foulée, on aura compris que Philippe Djian veut faire le procès d’une société sécuritaire où, pour une simple question de permis à points non conforme, un enseignant se trouve jeté à terre et menotté, où Marc le fumeur libertin est en butte à toutes les surveillances risquant de lui coûter son poste, bref où c’est « l’horreur absolue » à laquelle, hélas Ménélas, on ne croit pas une seconde. Dommage.
Dommage, parce que l’auteur de Sotos, de Sainte-Bob, de Frictions et d’Impuretés, ou d’Impardonnables, notamment, n’est pas, et de loin qu’un mauvais écrivain. Dans un certain nombre de romans où il scrute ce qu’on pourrait dire les séquelles humaines de la «dissociété», Djian l’instinctif peut créer des atmosphères et enchaîner des observations réellement pénétrantes, comme s’y est employée aussi une Pascale Kramer à l’approche d’une population sans langage et sans autres moyens de défense que la violence. Hélas, nous en sommes loin dans Incidences, dont l’aspect « téléphoné » va de pair avec le ton du roman, qui sonne immédiatement faux.
Philippe Djian, Incidences. Gallimard, 232p
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10/03/2008

Le cœur a ses raisons

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Avec La consolante, Anna Gavalda signe son livre le plus ambitieux, le plus ample, le plus grave et le plus généreux.
Entrée en littérature sous le signe de la déraison, avec des nouvelles publiées chez un petit éditeur exigeant à l’enseigne du Dilettante, Anna Gavalda ne laissa pas tomber celui-ci lorsque son premier livre, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, fit un premier tabac en passant le cap des 200.000 exemplaires, aujourd’hui traduit en 27 langues. Ce trait généreux caractérise la trajectoire atypique d’un écrivain en phase avec son époque, qui en capte les désarrois dans un langage mimétique où drôlerie et tendresse cohabitent. Après le succès énorme d’  Ensemble c’est tout, son troisième roman adapté au cinéma par Claude Berri, et la parution de La consolante, Anna Gavalda, soucieuse de se protéger, n’a pas souhaité rencontrer aucun journaliste, sinon par courriel…
- Dix ans après votre entrée en littérature, avez-vous le sentiment qu’un fil rouge court de l’un à l’autre de vos livres, et lequel ?
- Pff... je ne perçois pas grand-chose hélas... A chaque fois que je me remets au travail, c’est comme si j’écrivais pour la première fois. Comme si personne ne m’avait jamais lue et que j’avais tout à prouver... Et puis, les personnages commencent à prendre vie et j’oublie tout le reste : l’éditeur, les libraires, les lecteurs, leur courrier, la pression, et ce que ça représente « économiquement » (eh oui, hélas...) Il y a là, sur mon écran, des gens qui me semblent aussi vivants que mes propres enfants et qui, eux, se fichent bien de mon « évolution ». Qui sont exigeants et me font veiller tard... Le fil rouge ? Je ne sais... mon regard peut-être ? J’essaye de progresser en écriture, de suggérer le plus de choses possibles en employant de moins en moins de mots. Vous savez, je travaille comme un chien pour donner l’impression que - une fois encore - je ne me suis pas foulée... Thomas Hardy (que je cite dans La Consolante d’ailleurs...) a dit : « Un livre facile à lire est un livre difficile à écrire » Je n’aurai jamais le Goncourt mais il ne se passe pas une semaine dans ma vie sans qu’un inconnu m’écrive ou m’aborde pour me dire qu’il n’aime pas lire... sauf mes histoires...
- Quel est le sentiment, ou l’idée, ou la situation qui marque le départ de La consolante ?
- Il y a deux ans, plus peut-être, je suis allée à une rencontre dans une bibliothèque. On m’a demandé quel serait le sujet de mon prochain roman. J’ai répondu que je ne savais pas mais que j’allais l’écrire pour une scène que je voyais très distinctement : un homme mal en point, physiquement et moralement, marche au milieu de hautes herbes sous un soleil couchant. Au loin, il y a un feu, des enfants autour, d’autres qui sautent par-dessus et une odeur de caoutchouc brûlé à cause des baskets qui dérapent dans les braises. Cette scène me hantait, tout le reste, avant et après, fut improvisé et est venu au fil de la plume. Tous mes livres, je les écris pour une seule image au départ. Une seule. Pour Je l’aimais, je me souviens, c’était la forme du ventre de Mathilde sous sa jupe à carreaux...
- Comment vos personnages vous apparaissent-ils ? Et comment les « construisez »-vous ensuite ?
- Comme à Jeanne d’Arc... Un matin, ils sont là. J’entends leurs voix. Après ça devient compliqué parce qu’ils exercent des métiers dont je ne sais absolument rien (cuisinier, architecte, ingénieur agronome, infirmière urgentiste etc.) alors je pars à leur rencontre... Je lis des livres, j’interviewe leurs collègues, je vais voir sur place.... C’est d’ailleurs le grand privilège de ce métier : sous prétexte de travailler, on se cultive. Imaginez la scène... C'est un jour de la semaine, en plein après-midi, la terre tourne, tout le monde pointe, les enfants s'échinent sur leurs contrôles de calcul mental, la table du petit-déjeuner n'a pas encore été débarrassée, et vous, vous regardez ce DVD génial, My Architect a son's journey de Nathaniel Kahn sur son père Louis et... Et quoi ? On ne peut rien vous dire... Vous êtes carrément en train de bosser, là...!
- Comment travaillez-vous ? Savez-vous où vous allez comme Tolstoï le « diurne », ou avancez-vous à tâtons comme le « nocturne » Dostoïevski ?
- Euh... Je suis plutôt Dostoïevski comme genre ! (rires confus) Je ne sais jamais ce qui va se passer à la ligne suivante. J’écris pour savoir comment l’histoire va se terminer. Par curiosité. Je me sens plus lectrice qu’écrivain quand je travaille. Là par exemple, tout à coup, j’ai réalisé que, horreur, c’était fini... Et mon Charles, avec lequel j’avais passé tant de nuits et qui était devenu mon « intime », s’est barré sans même se retourner pour me dire au revoir. C’est idiot, mais je lui en ai beaucoup sur le moment... (Gorge serrée.) Le lendemain matin, j’ai rallumé l’écran pour voir s’il n’acceptait pas de faire encore un petit bout de chemin avec moi, mais non, il était déjà loin. Je n’entendais plus sa voix. D’où une sorte de blues d’ailleurs qui dure encore aujourd’hui... Bon, il faut que je retourne garder mes moutons pour entendre « une autre mission » !
- A propos de littérature, vous sentez-vous participer à telle ou telle filiation ? Proche de tel auteur particulièrement ? De telle « famille » d’auteurs ?
- Sans oser me comparer à aucun d’entre eux, j’appartiens à la famille des raconteurs d’histoires : les Marcel Aymé, Romain Gary, Nick Hornby, Anne Tyler etc. Des gens pas toujours très bien vus par la crème des critiques d’ailleurs... Quand on vend trop de livre, on met en doute notre sincérité…
- Pourriez-vous expliquer le choix des deux métiers de vos protagonistes, très accentués dans ce livre ? La soignante et le bâtisseur…
- Je ne peux pas l’expliquer. Je ne peux rien expliquer. Je n’ai aucune démarche cérébrale ou intellectuelle. Pour l’architecte, je voulais un homme qui travaille beaucoup, voyage sans cesse, souffre de tous les décalages possibles et je ne voulais pas prendre un businessman qui m’aurait vite ennuyée (vendre, toujours vendre... on en crèvera...) alors j’ai choisi un métier qui garde une part de création. Mais je ne vous cache pas que j’en ai bavé ! Je ne connaissais rien à l’architecture, qui ne m’intéresse pas tellement par ailleurs... je trouve qu’un visage, même apathique, est beaucoup plus passionnant que n’importe quelle splendeur déposée au patrimoine de l’UNESCO. Pour l’infirmière, Anouk est arrivée en blouse et je ne la lui ai pas ôtée. Et puis c’était l’occasion de rendre hommage à ces femmes dont on n’entend jamais parler. Et pour cause... elles travaillent !
- La notion de « famille », biologique ou par « adoption » et reconnaissance réciproque, me semble très importante dans votre roman. Qu’est-ce à dire ?
- Pas seulement dans celui-ci : dans tous. Je n’ai encore jamais réussi à peindre une vraie famille « aux normes ». Toutes ces histoires de « sang » me font froid dans le dos. La seule ADN qui compte, c’est celle de la sensibilité. Charles, quand il commence à aller mieux, se souvient de cette phrase d’Anouk prononcée plusieurs vies plus tôt : « Sa vraie famille, on la rencontre le long du chemin... »
- Qu’est-ce à dire ?
- Youpi ! Tout est possible ! Nos arbres généalogiques s’élaguent, bourgeonnent et s’amplifient sans cesse.
- Qu’est-ce qui, pour un enfant, vous semble le plus important ?
- D’être aimé. Ma fille ajouterait « d’avoir le cirque Playmobil » et mon fils « plus de boosters pour ses cartes Magic»…
- Qu’est-ce qui, dans une relation (amour ou amitié), vous attriste ou vous révolte le plus ?
- Oh là ! Vous me posez des questions beaucoup trop compliquées ! Je ne suis pas gourou, moi ! La lâcheté peut-être ?
- Quelle qualité humaine vous est-elle la plus chère ? Quel défaut le plus pendable ?
- J’aime cette tirade de Cyrano : « Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances... » Je ne vais pas en faire des tartines, je me comprends. La plus pendable ? Je ne sais pas... La morgue.
- Eprouvez-vous, par rapport à votre propre jeunesse, ou à votre enfance, une nostalgie comparable à celle de Charles ?
- Comme tout le monde, j’ai dû dire ou faire, des choses dont je ne suis pas très fière. J’ai dû blesser des gens quelquefois... Hélas, j’ai une très bonne mémoire... J’y pense la nuit et... j’en fais des livres.
- Qu’aimeriez-vous transmettre par le truchement d’un tel roman ?
- Je ne suis pas là pour « transmettre » quoique ce soit, sinon, j’aurais fait prêcheur comme métier. Je suis là pour divertir, en solitude, des gens inconnus de moi. Mais bon, j’ai la faiblesse de croire que mes petites histoires sont plus subversives qu’elles n’en ont l’air. Mes personnages, si cabossés soient-ils, se tiennent toujours en marge du troupeau. Ce monde-là ne leur convient pas et ils tâtonnent vers « autre chose ». Ce n’est pas à moi d’épiloguer là-dessus, mais on me demande souvent « la clef » de mon succès eh bien peut-être que c’est ça : en me lisant, certains se sentent moins seuls. Cette histoire de « bons sentiments » est l’arbre qui cache la forêt. Et la forêt, ce n’est pas des « bons » sentiments, ce sont des sentiments tout courts.
- Quel sentiment l’annonce d’un tirage initial de 200.000 exemplaires vous inspire-t-il ?
- Concrètement : j’ai perdu 4 kilos, je ne dors plus la nuit, pour la première fois de ma vie je prends des somnifères et je suis obligée d’utiliser un shampooing à base de goudron parce que l’angoisse, eh ben, ça me gratte ! Sinon, tout va bien.Quant au travail, le succès n’a rien changé et ne changera jamais rien. Sinon, je ne serai plus écrivain, je serais « agente commerciale en écriture avec courbe de croissance et objectifs à tenir ». Le succès fragilise tout le reste mais laisse ma solitude nocturne absolument intacte.
- Quel âge avez-vous dans votre tête ? Et dans votre cœur ?
- Physiquement, je suis hyper bien roulée comme une fille de 19 ans, dans ma tête j’ai 37 ans et 3 mois et dans mon cœur je n’ai pas d’âge. Tout dépend de celui du personnage qui m’occupe l’esprit... (ou le cœur, donc...)
- Que répondriez-vous à un enfant qui vous demanderait qui est Dieu ?
- Je ne sais pas. Mais cherche, mon grand, cherche... A mon avis, il y en a un petit bout chez tous les gens que tu croiseras, tu verras...
- En quel animal vous serait-il le plus agréable de vous réincarner ?
- Aucun. Ils ne savent pas lire...

Un long fleuve intranquille

Il a suffi d’un ladre message de trois mots (« Anouk est morte ») que lui envoie son ami d’enfance Alexis, fils de la défunte qu’il a perdu de  vue depuis des années du fait de sa déchéance de toxico, entre autres, pour que Charles Balanda, architecte apparemment bien cadré dans ses plans de constructeur multinational,  mais approchant de la cinquantaine et fragile dans sa tête, se trouve soudain confronté à sa vie passée d’enfant et d’adolescent vers laquelle il va remonter au fil d’une quête qui constitue le premier grand mouvement de ressaisissement, à travers le temps, de La consolante.

C’est ainsi que Charles revient, via le cimetière minable où on l’a enterrée, à cette initiatrice à la vraie vie que fut Anouk, flanquée jadis d’un comparse travelo et magicien que les gens regardaient de travers et que les mômes adoraient. Alors que sa relation avec Laurence flageole, et qu’il fait lui-même un peu paumé au milieu des ados bien programmés, Charles, plus complice avec Claire, sa sœur cadette, va poursuivre cette espèce de voyage au bout de lui-même qui, après ses retrouvailles assez effrayantes d’avec Alexis et les siens, genre Deschiens, le fait rencontrer, autre cadeau de la vie, la prénommée Kate, fée et sorcière bohème elle aussi marquée par la vie et portée à résister à tout accroupissement, qui lui offrira de rebondir et de revivre.

Roman de la maturité filtrant une observation remarquable  sur la rupture de tous les liens familiaux et sociaux, autant qu’il indique  les échappées d’une survie possible, La consolante en impose par la santé et la générosité de son approche des êtres, ainsi que par la musicalité de sa narration et la théâtralité de ses dialogues, son mélange de gouaille à la Queneau et de mélancolie plus grave, sa façon de retisser des accointances entre vieux et jeunes gamins, sa poésie et son humanité…    

Anna Gavalda. La Consolante. Le Dilettante, 636p.

Cet article a paru dans l'édition de 24Heures du 7 mars 2008.

 

Sur des pattes de colombe

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Si vous n’aimez pas Anna Gavalda, offrez La consolante à vos ennemis !

Il y a des gens qui ne supportent pas Anna Gavalda. Ils n’ont pas lu ses livres, mais ils n’aiment pas. Ils trouvent ça trop salon de coiffure ou gondole de gare, voire d’aérogare. Sans ouvrir aucun de ses livres, douteusement prisés par le populaire, ils relaient la rumeur selon laquelle Gavalda c’est bon sentiment et compagnie, point barre. Bref il y a un effet anti-Gavalda, et qui va s’accuser probablement chez tous ceux qui ne liront pas La consolante, à paraître ces jours avec 200.000 exemplaires de premier tirage.
Or les gens qui n’aiment pas Gavalda vont souffrir même en ne lisant pas La consolante. D’abord parce que tout le monde va en parler. L’éditeur claironne déjà « l’événement littéraire » de la saison, et les médias vont faire écho dare-dare, même si la romancière se défile, qui a choisi de ne rencontrer aucun de leurs mercenaires. Ensuite parce que ne pas lire 636 pages est nettement plus fastidieux que se borner à ne pas lire les 320 pages de Chagrin d’école de Daniel Pennac. Enfin parce que ne pas lire un bon livre est une souffrance d'autant plus lancinante qu'elle ne s'avoue pas...
Ceux qui, comme moi, sont assez kitsch (ou prétendus tels) pour avoir apprécié les livres de Gavalda dès les nouvelles de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, risquent plus encore d’aimer La consolante, qui cumule toutes les tares présumées de l’auteure et les déborde de surcroît, tant il est vrai que La consolante pourrait aussi s’intituler La débordante. C’est en effet un livre débordant de bonté et de vitalité, à la fois Dickens et Dubout sur les bords, tout en restant du pur Gavalda. On y entre tout doucement sur la pointe des sentiments et le récit s’amplifie bientôt et se ramifie pour devenir une espèce de grand fleuve intranquille qu’on remonte en même temps qu’on le descend puisqu’il s’agit du fleuve du temps qu’un homme approchant de la cinquantaine, flanqué de sa sœur, plus proche à vrai dire que sa compagne, en attendant qu’il en change, longe et remonte en s’interrogeant sur le sens de tout ça au miroir de ses souvenirs doux ou cuisants. Il sera question d'enfance et d'amitié, de métiers et de fidélités, de ressentiment et de trahison, de société qui va dans le mur et des façons éventuelles de survivre.
Sans le lire ceux qui scient d’avance Gavalda diront que La consolante n’est qu’un long mélo méli-mélo. Une rumeur argüe en outre déjà que cette fois Gavalda fait dans le noir, mais je n’ai pas bien vu la différence d’avec ses livres précédents même si celui-ci gagne de beaucoup en amplitude: Gavalda reste Gavalda comme Gary est resté Gary même en se faisant Ajar puis hara-kiri. Il y a du roman-photo et du Chet Baker là-dedans, de l'Amélie Poulain en plus richement nuancé et du Sarraute en baskets (la Sarraute des Fruits d'or persiflant à l'oreille, ou celle des murmures d'enfance) un mélange de trémolo très génération 68 et d’acuité sensible hors d'âge, de musicalité au petit point contrapuntique et d’élans carrément symphoniques, de gouaille quenelle à la Zazie et de gravité plombée àla Calet dans ce livre arrache-cœur qui montre, entre beaucoup d’autres choses, comment les familles éclatées se recomposent en tribus plus ou moins déjantés, entre tel oncle de substitution qui devient tante le soir et telle Kate fée bohème un peu sorcière - mais ne déflorons pas le secret de tout ça..
Ecoutez plutôt, si vous ne lisez pas : La consolante est en effet un livre plus secret qu'il n'y paraît, donc à écouter vraiment. Tout s’y passe entre les lignes autant que dans la linéarité non linéaire du récit, en douceur âpre et à fleur de cœur. Et comme on n’est pas à court de bon vieux lieux communs ce matin, allez, on dira que les personnages de La consolante nous arrivent sur des pattes de colombes en nous roucoulant comme ça que la jeunesse est à la fois derrière et devant, selon ce qu’on y prendra ou comprendra…
Anna Gavalda. La consolante. Editions Le Dilettante, 636p.

29/02/2008

Le domino d’Yves Ravey

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Un doigt de Badoit au Bambi Bar

Divers purs littéraires de mes fréquentations les plus chiquées, auxquels l’ordinaireté de mon goût arrache de petits soupirs flûtés, se sont efforcés de me persuader que le nouveau roman d’Yves Ravey, intitulé Bambi Bar et doublement géniâl-mon-chéri, du fait du phrasé de ses phrases tellement lègères et denses qu’on se demande comment tant de densité s’y compacte avec tant de légèreté en 90 pages aérées, et de sa touche noire qui en fait un semblant de polar alors qu’il s’agit d'un détournement de genre avéré, Bambi Bar donc était LE roman du moment à ne pas louper. J’ai donc lu le chef-d’œuvre présumé, averti qu’un prodigieux coup de théâtre en marquait l’Apex terminal; j’ai certes apprécié le fait que l’auteur, tout à fait habile dans sa façon de filer sa phrase et son intrigue, ne me prenne pas plus d’une heure, nullement perdue d’ailleurs car Bambi Bar, dans le genre nouvelle un peu étirée, est un objet fonctionnant pilpoil, dont l’agencement m’a fait penser à un très fluide jeu de dominos, sans autre enjeu pourtant que la combinatoire de sa forme. Quant au fameux dénouement, il n'a pas fait ciller le lecteur pourri d'Ellroy et de Robin Cook et de James Lee Burke que je suis - plus attendu tu dégoupilles...
Le scénar de Bambi Bar ferait cependant un court métrage épatant, à condition d’étoffer ses personnages et de donner une réelle densité à son climat, ici tout lisse et léché. Il y faudrait un Ravey aussi méticuleux et roué mais plutôt belge ou slave, qui se prenne les pieds dans les projos du peep-show. Il y faudrait plus de peau, plus d’entrailles, plus d'empathie et plus même de sexe (au sens de la vraie sensualité et pas de ce cette façon de se complaire dans les élégants équivoques). En patinant sur la glace de ses phrases, je pensais à ce qu’un Joseph O’Connor ou un Aleksandar Tisma eussent fait d’un pareil sujet, en cassant évidemment la baraque de Minuit, toujours si grand chic parisien corseté.
Je suis peut-être un peu trop méchant (c’est que je vise mes purs littéraires pâmoisés plus que l’écrivain, qui fait ingénieusement ce qu’il sait comme il peut…), car il y a là-dedans pas mal de fines finesses et de subtilités subtiles, et puis Ravey a son rythme indéniablement, à défaut de souffle, mais après tout non: assez de ces élégances tournant à vide et de ces livres ne laissant aucune trace, ni réflexion ni ça d’émotion. Il y a plus d’un mois que j’ai vu It’s a free world de Ken Loach, qui me fait encore mal aux tripes et au cœur ; tandis que de l’histoire de filles trafiquées et d’honneur vengé de Bambi Bar, une heure après l’avoir avalée comme une fiole de Badoit éventée, faute de toute crédibilité et de la moindre incarnation, rien ne me reste ou peu s'en faut...
Yves Ravey. Bambi Bar. Minuit, 90p.

24/02/2008

Alain Dugrand en résistance

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Avec Insurgés, son dernier roman où s’incarnent de flamboyantes figures de défenseurs de liberté et de bonne vie, dans les maquis du Sud-Est de 39-45, et jusqu’en l’an 2000, l’écrivain fait merveille.    

Alain Dugrand n’a rien du littérateur en chambre, ni non plus du courtisan parisien : ses livres sont d’un auteur fraternel ouvert aux autres et au grand large. Ainsi, après avoir été de l’équipe fondatrice du journal Libération, il lança le Carrefour des littératures européennes de Strasbourg (1985) et le Festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo, avec Michel le Bris. Co-auteur avec sa compagne Anne Vallaeys des populaires Barcelonnettes, il a signé une quinzaine d’essais et de romans, dont Une certaine sympathie (Prix Roger Nimier) et Le 14e Zouave (Prix Léautaud et Prix Louis-Guilloux), où la savoureux « Amarcord » lyonnais (il est né à Lyon en 1946) que constitue Rhum Limonade.

 

- Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture, et qu’est-ce qui vous y ramène ? Qu’est-ce qui distingue, pour vous, l’écriture journalistique de l’écriture romanesque ? Et comment avez-vous vécu cette cohabitation ?

-          Mes lectures, je crois, m’ont porté à écrire, l’admiration des artistes, bien sûr, l’orgueil de composer une musique de mots, un ton, fêtant ce hasard d’être de cette langue. Du journalisme, je conserve l’exaltation de transmettre une part du réel éprouvé, des réalités balbutiantes, des gravités, des fantaisies des choses vues. Mais le journalisme engagé, subjectif, que j’ai aimé s’est corrompu à l’aune de la brièveté imposée par les publicitaires de presse, les caciques des rédactions, ces drogués d’éditorialisme, esclaves d’un instantané exempt d’incorrection. Ainsi, par exemple, j’enrage à la lecture des « papiers » ronron à propos du Pakistan ou de l’Iran. J’aime ces points cardinaux, journaliste, je brûlerais de rapporter comment va la vie là-bas, comment vont les êtres de chair qui nous ressemblent tant, si proches, humains comme nous-mêmes. Le journalisme fut un universalisme. Hélas, les rédac’chefs, l’œil rivé sur la « ligne bleue des Vosges », ont tout sacrifié aux experts en sciences politiques.

Ecrire au fil de la plume, cette jubilation, l’art littéraire seul l’offre. Roman, non-fiction, prose ou poème, peu importe, la liberté est littérature, le journalisme n’est qu’un spectacle mis aux normes.

- Quel est le départ d’Insurgés. D’où vient Max Cherfils ? Etes-vous impliqué personnellement dans l’histoire de ce pays ?

- Insurgés m’est venu chez moi, dans mes cantons d’une Drôme parpaillote, calviniste. Un coin où l’on apprend aux enfants et aux adolescents qu’il faut désobéir. L’âge gagnant, je voulais écrire le paysage, les montagnes sèches, les êtres, les livres qu’ils chérissent, l’histoire dont ils sont imprégnés sans qu’ils le sachent ou l’éprouvent même, un tout. Max Cherfils, héros berlinois, descendant des huguenots du « désert », m’a permis de rendre grâce aux écrivains, aux artistes, aux intellectuels de Weimar, ceux, il me semble, qui incarnent au XXe siècle, la permanence de l’esprit critique, la nécessité de créer envers et contre tout. C’est un hommage privé, enfin, à Jean-Michel Palmier, historien de l’esthétique tôt disparu, passeur d’un sens essentiel entre Allemagne et France. Il changea mes buts avec deux gros volumes, Weimar en exil (Payot).

- Comment avez-vous documenté votre livre ? Dans quelle mesure restez-vous proche des faits et des figures historiques ? Le Patron et Grands Pieds sont-ils des personnages réinventés par vous ou appartiennent-ils à la chronique ?

- A part une carte d’état-major, la consultation de deux ouvrages de voltairiens cultivés du XIXe siècle, notaires savants souvent, je n’ai eu recours à aucune autre documentation. Sinon des marches dans les drailles et les forêts de mon pays bleu, sous le soleil et dans le froid, au cours des saisons de retrouvailles. Je me suis beaucoup penché sur la germination des pêchers, le mûrissement des abricots, le pressoir du raisin de mon pays âpre. Bien sûr, je me suis attaché à des figures d’enfance. Ainsi une demoiselle Giraud, calviniste, vieille et jolie comme un cœur. L’été, dans la canicule, elle lisait les récits polaires de Paul-Emile Victor, l’hiver, les romans de Joseph Conrad, de Lawrence d’Arabie, surtout, qu’elle relisait en juillet, chaque année.

- Le type de résistance que vous décrivez est-il significatif de cette région et de cette population particulières ? Dans quelle mesure les historiens ont-ils rendu justice à ces insurgés.

- « Le Patron », commandant de la Résistance dans nos montagnes à chèvres, je l’ai aimé dans les années 1970. Républicain de sans-culotterie, il redoutait la restauration de la monarchie. « Grands Pieds », alias Francis Cammaerts, était un Londonien d’origine belge, fils de poète bruxellois, bibliothécaire parachuté dans le ciel de Drôme, non loin des vallées dont les chefs-lieux s’appellent Dieulefit et Die. Les importants évoquent peu la micro-histoire de chez moi. Mais il me suffit que le nom Dieulefit découle, par altérations successives, de l’exclamation des Sarrasins découvrant le pays, « Allah ba ! », Dieu l’a faite aussi belle. J’aime que Die, notre capitale, découle de Dea Augusta, villa romaine. C’est pourquoi j’écris de chez moi.

- Quel rapport entretenez-vous avec la langue française et ses variantes régionales ?  

- Diable, notre langue ! Langue ouverte, comparable au tissage de l’épuisette à écrevisses, elle laisse passer un sable gorgé d’occitan. J’aime les régionalismes, les mots verts de la vie, des bistrots, les chantournements de Gracq, les langages de l’Alpe dauphinoise, les dialectes, les dingueries orales, les pirouettes de Ponge, les cavalcades de Beyle, le chant des troubadours, des aboyeurs de basse lignée, au bonheur des tournures cousines de Dakar et de la Belle-Province, le hululement des Cap-Corsains, les piapias des Gilles de Binche, ceux des géants de papier, Montaigne et Saint-Simon, Giono, Gide et son Journal, le ton des « petits maîtres », ainsi Henri Calet, tous ceux qui engrossent la jolie langue dans l’ombre projetée des grands Toubabs de la littérature, sans oublier les voyants qui expriment la langue en bouche comme ils l’écrivent, ainsi Nicolas Bouvier, que je tiens comme « écrivain monde » en français...

Rebelles de tradition

Certains livres ont la première vertu de nous faire du bien au cœur autant qu’aux sens  ou à ce qu’on appelle l’âme, entendue comme la part immortelle de l’humain, et ainsi en va-t-il de la tonifiante chronique romanesque d’Insurgés, où de belles personnes aux visages façonnés par un âpre et beau pays, entre Vercors et Provence, se solidarisent face à l’envahisseur nazi. En cette terre de parpaillots souvent persécutés (20.000 hommes et femmes seront déportés en 1850, notamment) débarque de Berlin, à la veille de la guerre, le jeune Maximilian Cherfils dont les ancêtres, natifs de Fénigourd, s’en sont exilés en Prusse. Au lendemain de la Nuit de cristal, ce farouche  individualiste de 18 ans, épris de littérature et de jazz, fuit l’Allemagne hitlérienne et s’intègre vite dans la communauté montagnarde, grâce au pasteur Barre et à la belle et bonne veuve Nancy Mounier dont il devient l’ami-amant et le complice en résistance dès lors que s’établit le réseau du Sud-Est dirigé par deux chefs anticonformistes.

Loin de représenter un roman de plus « sur » la Résistance, même s’il en révèle un aspect peu connu (de type libertaire et internationaliste, échappant à la discipline militaire), Insurgés module plutôt un art de vivre libre en détaillant merveilleusement l’économie de survie qui s’instaure, les solidarités qui se nouent (des milliers d’enfants juifs planqués spontanément par la population) tandis que les « travailleurs de la nuit » agissent en commandos. Autour de la figure centrale de Max, rayonnant bien après la guerre sur une sorte d’Abbaye de Thélème rabelaisienne, cette philosophie d’une « liberté heureuse » se transmet aux plus jeunes. Il en résulte un éloge implicite de tout ce qui rend la vie meilleure et les gens moins formatés, modulé dans une langue vivante et chatoyante, inventive et roborative.

Alain Dugrand. Insurgés. Fayard, 225p.  

Cet article a paru dans l'édition de 24Heures du 15 janvier 2008.

 

23/02/2008

Les Annie dans les années

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PAROLES DE FEMMES Trois livres importants d’Annie Ernaux, Nancy Huston et Annie Leclerc, modulent la connaissance et la sensibilité au féminin, au miroir du siècle.

Il y a quatre ans de ça, deux ans avant sa mort (le 13 octobre 2006), Annie Leclerc faisait une intervention orale à la Journée de la philosophie de l’Unesco, où elle déclara notamment ceci : « La première injonction faite aux femmes est : tais-toi. Occupe-toi des enfants, de les amener à l’âge adulte, surtout de faire des petits garçons, de fabriquer des soldats. Occupe-toi de les mettre au monde, de les nourrir, de les éduquer dans le bon sens, et tais-toi. C’est pourquoi j’avais appelé mon livre Parole de femme, car la première subversion des femmes, peut-être la plus importante, est la parole. La première subversion, c’est de dire au fond ce qu’elles en pensent. M’est avis qu’elles en pensent beaucoup plus que ce qu’elles en disent »…
40e8112ff1586adc4bad06a0552f6830.jpgNancy Huston était une jeune gauchiste de vingt et un ans lorsque parut Parole de femme, en 1974, dont la nouveauté radicale du propos, « énorme, scandaleuse », lui fit l’effet, comme à beaucoup de femmes (le livre se vendit à 300.000 exemplaires), d’un électrochoc : non seulement, en effet, en contrepied du féminisme aligné sur les thèses (notamment) de Simone de Beauvoir, Annie Leclerc y proclamait la jouissance d’être au monde, et le fait que les femmes « en savent plus long là-dessus que les hommes », mais elle revalorisait à la fois les savoirs spécifiques des femmes (« savoir pratique, savoir-faire, savoir-sentir »), les travaux ménagers systématiquement décriés par les féministes pures et dures et « la jouissance exquise de l’enfant », mais aussi et surtout « l’immense oui à la vie » qu’elle peut transmettre en « vivant » l’enfant et, si elle écrit, en « vivant » ses livres ou en en dégageant une philosophie – ce qui fut le cas de Leclerc.
Annie Leclerc, la personne, a été « vécue » par Nancy Huston sept ans durant, de 1999 à 2006, après vingt ans de compagnonnage livresque, et de même Nancy fut-elle « vécue », parfois même solidement épaulée par Annie en butte aux affres du cancer. De cette belle amitié, intelligente et débonnaire, tour à tour grave et rieuse, témoigne aujourd’hui Passions d’Annie Leclerc, bien plus qu’hommage en forme de tombeau : résurrection profane d’une présence aimante et tonique, d’un regard sur le monde nourri par les « petites choses » du quotidien (enfants et conjoints dans le même sac), les voyages, la culture (de Rousseau à Glenn Gould), la violence et la connerie de notre espèce, le ménage, la cigarette et la brasse coulée, les enfers de la non-relation et la « soupe qui console ». Surtout : conversation joyeuse poursuivie par delà les eaux sombres, que chaque lecteur « vit » à son tour.
Les Années retrouvées
« Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais », dernière notation du dernier livre, à la fois lancinant et « salvateur » d’Annie Ernaux, contient à la fois les tenants diffus et les aboutissants magnifiquement conclus de ce récit en forme de chronique à double courant personnel et collectif, retraçant soixante ans d’une vie de femme et un demi-siècle d’une drôle de paix entre guerre et grandes espérances, désillusions et vie ordinaire.
« Nous n’avons que notre histoire et elle n’est pas à nous », lit-on en premier exergue (signé Ortega Y Gasset) des Années, suivi d’un second non moins désabusé de Tchekhov : « Oui. On nous oubliera. C’est la vie, rien à faire. Ce qui aujourd’hui nous paraît important, grave lourd de conséquences, eh bien, il viendra un moment ou cela sera oublié, où cela n’aura plus d’importance ». Or loin de « laisser tomber », alors même que sa première note (« Toutes les images disparaîtront ») pourrait l’y inciter, c’est un nouveau défi (vieux comme l’écriture) que relève Annie Ernaux en rassemblant un premier lot d’images, précisément, rappelant les bribes de mémoire du fameux Je me souviens de Georges Pérec ou les constellations sensibles de Peter Handke dans Le Poids du monde. Voici donc « la figure pleine de larmes d’Alida Valli dansant avec Georges Wuilson dans le film Une aussi longue absence » ou « est-ce qu’on peut tirlipoter avec une fourchette ? Est-ce qu’on peut mettre le schmilblick dans le biberon des enfants », ou, plus grave, « toutes les images crépusculaires des premières années, avec les flaques lumineuses d’un dimanche d’été, celles des rêves où les parents morts ressuscitent, où l’on marche sur des routes indéfinissables »… Autant d’images fugaces, d’expressions datées, de slogans, d’alluvions verbales charriées par le fleuve du temps dont la seule allusion remémore telle ou telle époque, de telle exclamation de l’immédiat après guerre (« on prendra bien le temps de mourir, allez ! ») à telle injonction d’une pub du siècle nouveau : « L’argent, le sexe, la drogue, choisissez l’argent »…
Alternant la chronique « unanimiste » d’un demi-siècle dont elle ressaisit très concrètement les cristallisations significatives en multipliant images et faits de langages merveilleusement évocateurs, et celle de sa propre trajectoire aux étapes réfractées par une suite de photos (dès le premier ovale sépia du bébé « à la lippe boudeuse » de 1941) ou de films et de vidéos, Annie Ernaux reconstitue, avec Les Années, la fresque d’un temps collectif qui se « réfléchit » très personnellement, au double sens du terme, dans un livre profondément significatif d’une époque en mutation et d’une vie de femme en quête souvent douloureuse d’elle-même.

Un amour pacifié

Dans son inépuisable Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard montre comment, avec  Le rouge et le noir, le génie de Stendhal dépasse les jeux de miroir du mimétisme dans lesquels s’est longtemps égaré Julien Sorel, pour « offrir » à son héros, par le truchement de  Madame de Rênal, une ultime rencontre qui relève du véritable amour, tendrement partagé et pacifié. Or c’est exactement la même intuition que développe le dernier écrit d’Annie Leclerc, inachevé et constituant pourtant un véritable joyau littéraire, d’une délicatesse d’écriture, sensibilité et sensualités alliées, évoquant le lyrisme délicat et puissant à la fois de Jean-Jacques Rousseau, l’un des maîtres de Leclerc. Sans citer explicitement Girard, Nancy Huston, dans sa préface personnelle et pertinente à la fois, souligne également la transformation  considérable que marque, par rapport au cynisme du personnage, le dernier Sorel, que Stendhal lui-même dit un homme transformé, au-delà du mimétisme « triangulaire », dans la lumière enfin rejointe de l’amour « selon Mme de Rênal »…  

Nancy Huston. Passions d’Annie Leclerc. Actes Sud, collection « un endroit où aller », 347p. Annie leclerc. L'amour selon Mme de Rênal. Actes Sud, 87p.
Annie Ernaux, Les Années. Gallimard, 241p.
Nancy Huston signera ses livres à la librairie Payot de Pépinet, à Lausanne, ce jeudi 21 février, dès 17h.30. Rencontre avec le public après la signature.

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