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        <title>Carnets de JLK</title>
        <description>Riches Heures de lecture et d'écriture</description>
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        <lastBuildDate>Fri, 16 May 2008 09:02:53 +0200</lastBuildDate>
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                <title>Dans le bleu du Temps</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Thu, 15 May 2008 21:04:01 +0200</pubDate>
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                     &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 189.0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/1426340154.gif&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1016936&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/1426340154.gif&quot; alt=&quot;1426340154.gif&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1016936&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 189.0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lettres par-dessus les murs (35)&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 189.0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 189.0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dhaka, le 14 mai 2008.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Cher ami,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Ne t'inquiète pas, le temps ici s'écoule différemment, l'humidité de l'air freine les aiguilles des montres, empâte même les cristaux liquides de nos écrans, tu peux me répondre dans mille ans, ça ne ferait aucune différence. Je te parlais il y a quelques semaines du sentiment de perte de repères que peut provoquer l'Asie, le sous-continent indien ou le Bengale, c'est ce que j'éprouve depuis notre arrivée, comme si j'avais constamment un morceau de hash sous la langue, ou une feuille de kat. Rajoute à cela l'émotion de revoir les vieux amis, qui ont la bonne idée d'habiter d'un bout à l'autre de cet embouteillage monstrueux qu'est Dhaka… un jour, je le jure, nous irons vivre dans un pays ou l'on pourra rouler jusqu'à épuisement de l'essence, sans personne pour nous arrêter, sinon un gentil feu rouge de temps en temps. Tout est difficile ici, et donc tout prend de la valeur, un kilo de mangues ramené du marché, quelques couches pour bébé de 7 à 12 kilos… Tout prend de l'énergie, le moindre geste, levez la main pour héler un rickshaw, vous voilà trempé des pieds à la tête. Tout prend du temps... Achetez un shawarkamis, ou un t-shirt imprimé, on mettra plus de temps à vous les vendre que vous à les choisir. Observez comment le stylo, doucement, avec élégance et retenue, trace sur l'inutile facture les lettres rondes, les tirets et les jambages, et puis la quantité, et puis le prix. Sur une calculatrice on fait la somme, par deux fois, on vérifie, on s'inquiète, on reporte enfin le total. Attendez patiemment qu'on cherche dans un autre quartier la monnaie de votre petite coupure. Restez calme. Demandez-vous pourquoi ils vendent encore ces mêmes allumettes, dont le souffre humide s'effrite contre la boîte. Ailleurs, plus tard, commandez deux thés glacés. Le serveur prend la commande, qu'il note soigneusement, qu'il répète, pour être bien sûr, qu'il répète encore. Deux. Thés. Glacés. Glacés, vous êtes sûrs, c'est bien ça ? Oui. Deux, donc. Ensuite il disparaît derrière le petit comptoir, on entend des palabres, des discussions, des négociations. Une demi-heure plus tard deux verres sont posés sur le comptoir, et remplis avec une précaution extrême, on rajoute à la fin une goutte ici, et puis une goutte là, et encore une ici, on se penche pour vérifier que le niveau des deux verres soit absolument égal. On vient les apporter, on les pose sur la table, avec cérémonie, on les ajuste avec précision, il faut qu'ils forment avec le cendrier un triangle équilatéral parfait. Ce sont bien deux thés glacé, ce qui tient un peu du miracle, je craignais cinq chocolats chauds ou pire encore – et nos deux mains avides viennent attraper les verres, deux mains de barbares assoiffés qui les vident cul sec et sans autre forme de politesse.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;J'ai toujours dans la tête la musique rocambolesque d'&lt;i&gt;Un Barbare en Asie&lt;/i&gt;, quand j'essaye de raconter &amp;nbsp;le Bangladesh… nul mieux que Michaux n'a su rendre l'élégance des Bengalis, leurs admirables scrupules, leur exaspérante prudence, leur dignité. Quand l'Européen se traîne dans l'attente de la mousson, perd toute contenance, s'énerve, s'affaisse, s'agite ou se liquéfie, le Bangladais marche droit, à pas mesurés, porté par la petite mélodie des fleuves qui suivent leurs cours. Avant-hier nous nous sommes demandés comment nous avons fait pour vivre trois ans ici… hier nous ne nous sommes plus posés la question, aujourd'hui nous redoutons déjà le départ. Une chose me réjouis pourtant&amp;nbsp;: t'envoyer, à mon retour, ce roman que j'ai laissé derrière moi, que j'essaye d'oublier pendant ces quelques semaines, la tête occupée à esquisser le suivant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Ci-jointe, une autre image de Bruno, les amitiés de toute la tribu, et un gros rire de Silas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/663345651.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1016942&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/663345651.jpg&quot; alt=&quot;663345651.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1016942&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 189.0pt&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;A La Désirade, ce jeudi 15 mai.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Cher Pascal,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;L’un des grands drames de la ménagère helvète ordinaire est de se trouver gratifiée d’une belle-famille espagnole, qui lui fait vivre le traumatisme grave du décalage des horaires de repas. Ma mère, par exemple, invitée en Espagne dans l’hacienda de son beau-fils, n’a jamais supporté qu’en Catalogne pourtant subventionnée par le tourisme, le dîner de midi (qu’on appelle déjeuner en France), se prenne avec une ou deux heures de retard, selon les jours, et que le souper (qui suit le dîner en France) ne se serve pas à six heures et demie comme chez les gens civilisés. Ceux-ci, bien entendu, &lt;em&gt;prennent sur eux&lt;/em&gt;, comme on dit, mais il est vrai que&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; s’adapter à ces diverses mœurs, quand on voyage un peu, et même un peu plus après la retraite, devient un réel tourment qui fait qu’on est content de retrouver pantoufles et horloges bien réglées quand on revient de Mexico ou de Tasmanie, selon les nouvelles offres faites au troisième âge nomade de nos jours. Je ne te parle pas de l’autre drame qui consiste, pour une ménagère helvète ordinaire, à subir un fils et une belle-fille si bohèmes qu’ils ne cessent de bousculer les horaires à tous égards, prenant leur breakfast debout à cinq heures du matin, oubliant de déjeuner (comme on le dit en France) et soupant (comme on le dit en Suisse) de salades variées avant de souper (comme on le dit en France) debout dans les foyers de théâtre ou au bord de la nuit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Cela pour relancer ta méditation stoïque (voire stoïcienne) sur le dépliement du temps dans les pays chauds et humides, et sur ce que j’appellerai la patience d’accoisement, à distinguer évidemment de la patience de résignation forcée comme elle l’est aux check-points que tu connais, où l’on ne sert point de thé glacé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Des années durant j’aurai vécu, pour ma part, hors du temps. Pas un rendez-vous auquel j’arrivasse (du verbe arrivasser) sans une heure de retard, ce qui ne gênait que ceux qui ne me connaissaient point encore et ne prenaient point encore non plus la précaution de me fixer nos rendez-vous une heure plus tôt. Puis l’Enfant est venu, qui m’a fait rentrer dans le cycle. Contrairement à ma mère, je n’en ai pas fait un drame&amp;nbsp;: cela m’a semblé tout à fait naturel, non pour respecter l’heure des repas de Baby mais par acceptation poétique et cosmique du Cycle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/573357526.jpg&quot; alt=&quot;1026005650.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1017813&quot; name=&quot;media-1017813&quot; /&gt;Les ânes nous sont revenus de la même façon hier, suivant de quelques jours l’éclosion des narcisses et précédant d’autant la lune de mai. La terre tremble au loin, les ânes chinois en pâtissent, mais cette année nous en aurons trois nouveaux à La Désirade qui n’ont rien à craindre&amp;nbsp;: il est helvétiquement établi que la Terre ne tremble qu’à l’étranger. Ils se livrent donc en toute placidité à leur job d’ânes au pré&amp;nbsp;: ils mâchent leur chewing-gum d’herbe en te matant avec l’air de te dire qu’ils ont tout leur temps. On les dirait aussi bien dans le bleu du Temps.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Ce qui nous ramène, évidemment, à la merveille saturée de vie des bleus de ton ami Bruno. Déjà j’eusse aimé te dire de lui dire, hier, combien j’étais entiché de ses &lt;em&gt;Etages,&lt;/em&gt; qui chantent le bleu du Temps arrêté aux balcons des maisons. Et maintenant cette rue, cette humaine rue qui va dans son charroi de couleurs et ses percées de bleu. Le temps est arrêté et personne ne s’en impatiente&amp;nbsp;: on le voit au bleu qu’il y a là.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Image&amp;nbsp;: Bruno Ruhf&amp;nbsp;; Olympe à la Désirade, et le trio nouveau. par JLK.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Au Jardin</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Thu, 15 May 2008 20:54:35 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_jardin10.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_tomates2.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Widoff20.JPG&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Widoff20.JPG&quot; alt=&quot;medium_Widoff20.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Des ressources lyriques de la culture potagère. De la lecture de la&lt;/em&gt; Vie de Rancé &lt;em&gt;au jardin de curé de La Désirade. Où la mort se trouve priée à goûter.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ce que je préfère, c’est le fumet de plant de tomate en relisant &lt;em&gt;La vie de Rancé&lt;/em&gt;, là vraiment je lévite. Ou reprendre n’importe où &lt;em&gt;La Recherche&lt;/em&gt; avec le regard imbibé du jaune tendron de la fleur de courge, ça aussi c’est le nectar, ça et tant d’autres choses que jamais jusque-là je ne pensais trouver au jardin.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; C’est que l’image de Candide se retirant derrière sa haie de buis m’avait toujours paru le bas bout de la régression, style troisième âge à flanelle et nains de terre cuite. Tout ce que j’avais envoyé valdinguer à l’âge de refaire le monde se trouvait en somme symbolisé par ce carré confiné: tout le grégaire et le trantran suissaud, tout le côté chasseur de limaces et vieux sage en pot: tout cela me remplissait de fureur à peine adoucie par le fait que mon père aimable, et le père de mon père, participaient eux aussi à la conspiration.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Hélas, combien d’années aurai-je ignoré le goût de la feuille de chou-fleur crue, que j’associe désormais à la lecture d’&amp;nbsp; &lt;em&gt;Ecuador&lt;/em&gt; et à ce moment bleu-vert, frais et croquant, des fins de matinées, après une longue pluie de juillet, quand le Haut Lac fume et que ça sonnaille à tout drelin dans le val suspendu.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Tant de saveurs ignorées par blasement d’époque ! Mais n’est-ce pas le propre de cette fin de siècle au jouir sommaire et au savoir vague, qui prétend avoir fait le tour de tout et s’en ankylose de mélancolie alors que tout reste à goûter, bonnement offert sur un plat ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/thumb_Widof12.2.JPG&quot; alt=&quot;medium_Widof12.2.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Au moins me suis-je assez rattrapé, ces derniers mois, depuis que j’ai commencé d’arracher un carreau à la jachère du jardin de curé de La Désirade, puis un autre et un autre encore, sans me presser ni cesser de lire ou de psalmodier à portée de voix de celle que j’aime.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On sait le hasard des rencontres, ou plus exactement ce mélange d’imprévisible et de nécessaire qui fait se croiser deux destinées ou soudain apparaître l’évidence de la parenté liant la tomate verte à Chateaubriand.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; De relire une fois de plus &lt;em&gt;La Vie de Rancé&lt;/em&gt; m’avait rappelé nos premières lettres d’amour, et celles ensuite d’année en année qui racontaient notre histoire en filigrane, et me revint le parfum à la tomate fraîche de ma jeune fille en fleur.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; A un moment donné, plus rien ne compte qu’un certain bonheur de phrase. Ce matin dans le jardin les tomates sentaient la jeunesse des corps et c’est cela même qui me touche tellement dans les pages que je lisais sur la vie qui file d’une lettre à l’autre, le premier mot qu’on écrit dans la transe et ceux qui suivent tous les jours, puis l’érosion, ou l’émiettement, l’effondrement parfois, la chute à pic d’une seule lettre de rupture, ou l’étirement des déchirures et des imaginations vengeresses, ou pour nous deux la fidélité plus lente et les détails bonifiés dont nos gestes seuls et nos regards, nos moindres inflexions formaient toute l’écriture à l’instant quintessenciée en parfum juvénil sur les petites terrasses balinaises de mes plants de tomate.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Puis une autre sensation ancienne me revint en remuant les cailloux brenneux, une sensation de terreur douce.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Je m’étais retrouvé à marcher à travers champs avec le père de mon père, je revois nettement la petite gare au milieu des prés et le seul chemin montant vers nulle part où se déploie soudain un parterre de jonquilles comme je n’en ai jamais vu, puis c’est la ferme dans un repli et, dans la cuisine enfumée de la ferme, la vieille tante à mains sèches que j’entends encore parler, baissant la voix, d’un certain individu qui rôde de par le pays et fiche le feu aux fenils, et le soir que je suis conduit à la grande chambre froide juste en dessus d’où je continue d’entendre l’inquiétant murmure, et j’ai de la peine à me faire à la matière fluide et dure à la fois du petit oreiller rempli de noyaux de cerises, je n’arrive pas à m’ôter de l’imagination que l’individu se dissimule derrière telle horloge jurassienne ou dans l’ombre de telle armoire, et comme une douceur m’apaise cependant, mon grand-père a dû me rejoindre et c’est maintenant lui qui joue le spectre en chemise de nuit, et je perçois bientôt une sorte de bruissement dans l’oreiller, et je vois peu après se déployer l’arbre immense dans la brise de la nuit, oui tout cela me revient pêle-mêle tandis que la terre que je sarcle se remet à respirer.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; L’idée d’ &lt;em&gt;Ecuador&lt;/em&gt; qu’on puisse courir sur l’océan soudain solidifié, la formidable partie de rollerskate qu’évoque ce journal de voyage m’a fait imaginer à mon tour, je ne sais pourquoi, la coupe de la terre en transparence: du jardin aux fourneaux enfouis des volcans mexicains tout communiquait soudain, et mes siècles de lecture.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Aux îles Bienheureuses, trente ans plus tôt, dérivant entre d’incertaines amours, mais accroché au bois flotté des livres, je voyais déjà tout comme ça: comme un ensemble relié dessous par un même socle et dessus par de fulgurantes flèches. Dans les Cyclades un squelette de chien dans le sable me faisait communier avec un vice-consul ivre à Cuernavaca, ou le goût de la figue de Barbarie dans la fraîcheur du matin s’alliait au nom de Nietzsche sur un livre trempé d’eau de mer que j’annotais au crayon violet au milieu des hippies.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/thumb_Widoff21.JPG&quot; alt=&quot;medium_Widoff21.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;La terre en coupe est comme un rêve d’enfant: un merveilleux terrier à étages où l’on descend et remonte à n’en plus finir par tout un réseau de galeries fleurant la vieille farine et les fleurs séchées. Il y a des greniers et des cachettes: c’est là qu’on range les réserves de fruits et les chaînes de saucisses, les jarres et les barriques, les souvenirs de toute sorte. Il y a des balcons de bois d’où l’on surplombe tout le pays et les montagnes d’en face, selon la lumière, forment tantôt un dernier diadème himalayen et tantôt une cordilière pelée.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Les mains dans la terre je divague. Je creuserais bien jusque de l’autre côté, comme lorsque je me suis fait azorer pour grave atteinte à la pelouse familiale, ce jour de l’été de mes sept ans où j’avais décidé de partir à la rencontre des Têtes Bêches à corps peints.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Résumé de la situation: nous sommes au jardin pour toujours et convions la mort à goûter nos tomates. Les anges envient notre miam miam.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>L'enfant Roi</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Wed, 14 May 2008 11:27:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/2087288434.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/714977080.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1014875&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/714977080.jpg&quot; alt=&quot;714977080.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1014875&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Lettres par-dessus les murs (34)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Dhaka, ce 12 mai 2008&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Cher JLK,&lt;br /&gt; Faute d'électricité, mon ordinateur s'est transformé en machine à écrire. Je ne suis pas habitué à ça, à l'absence d'internet… et j'ai oublié beaucoup de choses, en trois ans, le ronronnement de la clim, le ronflement du ventilateur, j'ai oublié l'importance de l'électricité, dont l'absence oppressante signifie le retour de la chaleur, graduelle, le ventilateur qui s'arrête, un dernier tour de pales et c'est fini. La vie devient un peu plus lourde, Silas s'est mis à pleurer, comme il le fait quand la coupure dure trop longtemps. Mais la vie est là, débordante, les fourmis qui traversent l'espace aride du mur, en une ligne fine et tremblante, les fourmis et les cafards qui ont trouvé leur chemin jusqu'au huitième étage de l'immeuble, où nous logeons, et ces animaux fantastiques qui habitent dans toutes les maisons, des geckos charnus et timides, un machin non répertorié qui vrombit sur le balcon, noir, jaune et énorme, entre le bourdon et le coléoptère. Je n'ai pas encore vu les araignées, grandes comme la main, qui découpent leur silhouette monstrueuse sur le carrelage blanc. J'en ai une trouille bleue, de ces bêtes-là, inoffensives et assez flegmatiques, mais je ne me suis jamais fait aux huit-pattes, surtout pas quand elles ont la taille de la main. Ceci dit, voilà ce que je regrette, en Palestine ou ailleurs : cette énergie qui fait trembler la ville, quinze millions d'habitants, des moustiques et des arbres qui poussent à vue d'œil.&lt;br /&gt; Mais la vie aujourd'hui c'est avant tout Silas, le fils de Bruno, un peu le mien aussi, le très-sublime Silas, le Pacha de Dhaka, qui nous met tous à genoux, Mithila et Bruno et Serena et moi, et je découvre les joies de l'odeur du caca de petit garçon, que tu connais parce qu'il doit sentir comme celui des filles, je suppose. Je découvre l'attention de tous les instants, l'amour et le bonheur d'un rire, quand le Grand Silas daigne dépasser la risette - il a toujours un petit sourire en coin pour toutes les âneries que nous pouvons faire, une gentille indulgence de monarche pour ses bouffons qui s'épuisent.&lt;br /&gt; La mère de Mithila vient d'arriver – elle devait venir plus tôt, mais l'ascenseur ne marchait pas, elle a attendu en bas le retour de l'électricité. Je retourne à mon clavier, une fourmi passe sur l'écran, qui s'arrête entre le u et le l du mot « indulgence » tapé plus haut. Aucune indulgence, je l'écrase. Je ne sais pas ce que contiennent les ordinateurs portables, qui attire autant les fourmis, je me rappelle qu'il y en avait toujours sur mon clavier, quand j'habitais ici, des fourmis par dizaines entre les touches, c'était peut-être elles qui faisaient marcher la bécane, quand la pile était vide, des centaines de fourmis planquées là-dedans, entre les circuits imprimés et les câbles, qui font toutes les opérations nécessaires, en échange d'une miette de pain ou d'une goutte de confiture. Je doute qu'elles aillent aussi te porter cette lettre, je copie donc tout ça sur un message que je te mande illico, qui partira vite vite dans les câbles, avant la prochaine coupure. J'y joins une illustration fissa : une oeuvre de Bruno, tirée de sa troisième exposition au Bangladesh.&lt;br /&gt; &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/2143831486.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/1091131330.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1018467&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/1091131330.jpg&quot; alt=&quot;1091131330.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1018467&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;A La Désirade, ce mercredi 14 mai.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Caro,&lt;br /&gt; J’ai mis plus de temps que d’ordinaire&amp;nbsp;à te répondre, et tu ne m’en voudras pas puisque toi-même vis cette chose étrange qu’est le culte de l’Enfant Roi. Tandis que tu m’écrivais dans ta bonne ambiance de feu de Bengale à mygales et fourmis, nous vivions nous aussi, en famille, la cérémonie gâteuse du goûter de Baby, à savoir Adrien Ier, premier petit-fils de notre sœur aînée, sexa gaga comme notre sœur puînée, quinqua zinzin - puisqu’elles se l’arrachent. Faut les voir ! Ce sont les vestales du Dieu Poupon, mais nous jouons nous aussi le jeu. Adrien par ci, Adrien par là : nous fera-t-il tout à l’heure des cacas bien moulés ? Ce genre de considérations sur le midi qui réunit, dans la maison de notre enfance la smalah quelques fois l’an, les uns débarquant d’Espagne, notre gourou (mon neveu Séba est gourou à plein temps sur un alpage où il vit presque nu comme un sadhu, se nourrissant de couvain de fourmis et de saindoux) et tout le cheptel humain d’une famille moderne moyenne, avec son lot de directeurs d'agences et de quasi mendigots, d’artistes et de fées sorcières, enfin tu vois quoi.&lt;br /&gt; Ceci dit, le caca de petite fille est-il comparable à celui des petits garçons. Certes non jeune homme : tout est dans la nuance. Le caca de garçon, quoique n’en ayant point eu à renifler de ma chair, est plus liquide quand il est liquide et plus solide quand il est plus solide, avec un bouquet olfactif plus étroit de diffusion et plus agressif. Autant dire qu’il pue, tandis que le caca de petite fille&amp;nbsp;fleure plus moelleusement et&amp;nbsp;gentiment, avec plus de rondeur et de fondant.&lt;br /&gt; Mais c’est plutôt de ton roman que je voulais prendre des nouvelles. J’espère y retrouver du talent d’évocation et de l’humour, du naturel et du vrai sérieux que dénote cette propension débonnaire que tu montres dans tes lettres, et notamment cette dernière si pleine de tout ce que j’aime chez les vivants.&lt;br /&gt; En attendant, heureux Silas et Adrien qui ont le Temps pour eux. Et à vous tous mes amitiés…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Images : Bruno Ruhf, &lt;em&gt;Dhaka Upside Down;&lt;/em&gt; Archives familiales&lt;em&gt;, Adrien Ier à la moustache.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Ce qui vit là relié</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Tue, 13 May 2008 15:26:13 +0200</pubDate>
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                     &lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/282001750.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1013310&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/282001750.jpg&quot; alt=&quot;282001750.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1013310&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;En la demeure&lt;/em&gt; d'Antonio Rodriguez&lt;/font&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/906711679.JPG&quot; alt=&quot;1202565323.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1013317&quot; name=&quot;media-1013317&quot; /&gt;La couverture du livre, signée Catherine Bolle, évoque à la fois le mur grêlé de moisissures d’une prison ou de quelque chambre d’hôpital décati, ou encore une grise page de braille, juste frangée d’une ligne orange rappelant les &lt;i&gt;Saveurs du réel&lt;/i&gt;. En lettres blanches. EN LA DEMEURE. Maison de mots et d’os. Titres et envois immédiatement évocateurs&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Soins à domiciles&lt;/i&gt;, dédié «&amp;nbsp;à ceux qui vieillissent&amp;nbsp;», sept poèmes. &lt;i&gt;Porosité,&lt;/i&gt; «&amp;nbsp;à ceux qui ont peur, neuf pièces. &lt;i&gt;Accidents domestiques&lt;/i&gt;, «&amp;nbsp;à ceux qui boitent&amp;nbsp;», sept poèmes, &lt;i&gt;Le miroir (entre-deux),&lt;/i&gt; «&amp;nbsp;à ceux qui guettent&amp;nbsp;» sept poèmes. Deuxième partie, «&amp;nbsp;à ceux qui n’y croient plus&amp;nbsp;», &lt;i&gt;Trois fois rien&lt;/i&gt;,&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; sept poèmes. &lt;i&gt;Du commun des hommes&lt;/i&gt;, «&amp;nbsp;à ceux qui s’enferment&amp;nbsp;», cinq séries de «&amp;nbsp;fusées&amp;nbsp;» rappelant à la fois la pensée en archipel de René Char et les «&amp;nbsp;greguerias&amp;nbsp;» de Ramon Gomez de La Serna. Exemples&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Emmurés s’éveillent vivants. A grosses mains engouffrent l’air&amp;nbsp;». Ou ceci&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Des lèvres sur les joues révèlent la pulpe universelle&amp;nbsp;». Ou cela&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le parquet fleurit après le déluge. Quelle douceur&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Ou encore&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Leurs mains palmées voudraient déjà connaître l’écorce d’un arbre&amp;nbsp;». Ou enfin&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Puis s’endorment vivants en la demeure du monde&amp;nbsp;». Puis un dernier &lt;i&gt;Endormissemen&lt;/i&gt;t, «&amp;nbsp;à ceux qui fatiguent&amp;nbsp;», neuf poèmes dont le dernier vers situe celui qui lit, qui a vu «&amp;nbsp;décanter le fond des marais&amp;nbsp;», dans une journée qui «&amp;nbsp;devient dilatation / dans le vaste accord de l’élévation / dans l’harmonie d’une suspension / dans l’amour qui à jamais nous relie&amp;nbsp;».&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;Mais quel jamais&amp;nbsp;? Quel amour&amp;nbsp;? Quelle harmonie&amp;nbsp;? Quelle élévation dans cet univers apparemment voué à la déréliction, à la solitude où «&amp;nbsp;On appelle – on scrute - /seul, dans une chute immobile&amp;nbsp;», appelant le mot terrible de mouroir.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;Nous y sommes tous, cher Papy, et Winnie remet ça&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Encore une journée divine&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Le matin on est déjà fripé, à la jeunesse le vieux dégoûtant «&amp;nbsp;a bavé gros l’amour dans l’oreille&amp;nbsp;», et le soir «&amp;nbsp;la nuit est tombée/Alors on se tait/ et on meurt du mieux qu’on peut/en espérant qu’il y a dans l’au-delà/ autre chose que des hommes&amp;nbsp;».&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;Or il ne s’agit, dans ce recueil construit et pensé, «&amp;nbsp;monté&amp;nbsp;», comme on le dit d’un mur, avec des briques de vie, que des hommes en leur demeure. A ras la demeure, pourrait-on dire. Mais l’immanence a des failles et des fenêtres. Des regards restent aux visages. Des gestes dansent ça et là. Des attentes encore. «&amp;nbsp;Des yeux étincellent&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; - la joie malgré tout&amp;nbsp;». On pense à la lumière de Zoran Music sur le tas humain. Mais la demeure n’est pas le camp&amp;nbsp;: nuance. Ce qui vit là n’est pas rien et «&amp;nbsp;reste relié&amp;nbsp;». Le mot Fraternité «&amp;nbsp;reste relié&amp;nbsp;» au mot Vieillesse. Le mot Dieu fait encore signe, à tout le moins «&amp;nbsp;Quelque chose apparaît dans un écartement/terrible et induit par la matière/qui relie les parcelles souffrantes du monde&amp;nbsp;», le mot Souffle nous relie enfin, «&amp;nbsp;quelque part&amp;nbsp;», à l’arbre de vie…&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;b&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;Antonio Rodriguez. &lt;i&gt;En la demeure&lt;/i&gt;. Empreintes, 93 p.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/b&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1013305&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1811695302.jpg&quot; alt=&quot;1468753026.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1013305&quot; /&gt;Antonio Rodriguez est né&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 10pt&quot;&gt;à Lausanne en 1973. Etudes de lettres à Lausanne et Paris. Il a publié deux recueils de poèmes, &lt;i&gt;Saveurs du réel&lt;/i&gt; (Empreintes, 2006), &lt;i&gt;En la Demeure&lt;/i&gt; (Empreintes, 2007), et de nombreux textes dans des revues suisses et européennes. Mène également une activité de critique universitaire avec des essais&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Le Pacte lyrique, Modernité et paradoxe lyrique: Max Jacob, Francis Ponge&lt;/i&gt;. Son écriture de création le porte également vers des formes interdisciplinaires, notamment avec l'image et la peinture, ou le renouvellement du roman photographique, dans &lt;i&gt;Le Dépôt des rêves&lt;/i&gt; (Jean-Michel Place 2006) et une collaboration avec la plasticienne vaudoise Catherine Bolle (&lt;i&gt;Ce qui, noir, prend souffle&lt;/i&gt;, Traces 2007). Il réside actuellement en France où il mène à bien l’écriture d’un essai et d’un nouveau recueil.&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font face=&quot;Times New Roman&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt&quot;&gt;&lt;strong&gt;Images: Peinture de Terry Rodgers; Antonio Rodriguez à Angers, photo Michel Durigneux.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Poète, vos papiers</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
                                                <category>Carnets de La Désirade</category>
                                                <pubDate>Sun, 11 May 2008 19:29:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/1057184855.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1010141&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/1057184855.JPG&quot; alt=&quot;1057184855.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010141&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Des pratique fétichistes du preneur de notes en situation aggravée. Visite d’atelier…&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Mis en demeure de présenter ses papiers par&amp;nbsp;le jeune peintre Fabien Clairefond&amp;nbsp;de récente connaissance,&amp;nbsp;aussi talentueux qu'intrusif et injonctif, l’auteur de ce blog lève un coin de voile sur sa méthode de preneur de notes invétéré, frappé par cette maladie incurable vers l’âge de 16 ans, qui n’a cessé de s’aggraver depuis lors.&lt;br /&gt; Le support de cette manie compulsive (exercée initialement pour se libérer de la propension à mordre son prochain, notamment,&amp;nbsp;ou pour dépasser le stade du miroir, comme on voudra) fut d’abord une série de petits carnets noirs de marque Biella et de format 10x16cm, dont ses archives comptent une soixantaine à l’heure qu’il est. Dans les années 90 du siècle passé, ledit support de taille modeste fut remplacé par de véritables livres, maquettes reliées aux pages vierges à lui fournies par ses éditeurs. A noter que l’encre du maniaque est verte depuis LA rencontre de sa moitié, dont les yeux virent du gris bleu au vert d’eau selon les variations de la lumière, et que chaque carnet manuscrit fait l’objet d’une recopie dactylographiée, occasionnant l’achat par&amp;nbsp;série de sept&amp;nbsp;de grands cahiers reliés noirs à tranches rouges de marque chinoise, dont chacun compte environ 188 pages. Lesdits carnets et cahiers noirs du malade sont enrichis de nombreux documents collés, cousus, agrafés, qui ajoutent au texte une manière d’hypertexte en trois dimensions et en feront d'improbables objets de collections, sait-on. Est-ce tout ? Sûrement non, mais pour le moment ça va comme ça. Bonsoir, Fabien...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1010142&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1947648096.JPG&quot; alt=&quot;868805760.2.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010142&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-1010154&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/1001359282.JPG&quot; alt=&quot;1218205359.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010154&quot; /&gt;&lt;img name=&quot;media-1010145&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/746224031.JPG&quot; alt=&quot;1225310176.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010145&quot; /&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/701266559.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1010148&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/701266559.JPG&quot; alt=&quot;701266559.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010148&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1109475102.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1010158&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1109475102.JPG&quot; alt=&quot;1109475102.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010158&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1929882911.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1010151&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1929882911.JPG&quot; alt=&quot;1929882911.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010151&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Images: de haut en bas et d'ouest en est:&lt;/strong&gt; 1) La cathédrale de Chartres en passant sur carnet de petit format: aquarelle lavée en voiture sur la route de Saint-Malo. 2) Vue de la Désirade au jour de notre installation, en 1997. 3) Le chien Filou , connu des visiteurs de ce blog en tant que médiateur attitré, sous le nom de Fellow; 3) &lt;em&gt;La maison rouge&lt;/em&gt;, à Montagnola, également peinte par Hermann Hesse; 4) Olivier provençal classique gesticulant, non loin de Pézenas, sur un carnet de la seconde génération, relié toilé; 5) Filou&amp;nbsp;sévère, pour faire croire qu'il a la moindre aptitude de gardien, au-dessus d'un coin de Léman; 6) Transcription tapuscrite avec rajout de paysage aquarellé, la Savoie vue &lt;img name=&quot;media-1010199&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/947997826.jpg&quot; alt=&quot;315401032.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010199&quot; /&gt;de Lausanne-City...&amp;nbsp; 7) Carnets publiés aux éditions Bernard Campiche; &lt;em&gt;L'Ambassade du papillon&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;&lt;img name=&quot;media-1010193&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/1329349060.jpg&quot; alt=&quot;986284977.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010193&quot; /&gt;Les Passions partagées,&lt;/em&gt; recouvrant les années 1973 à 1999.&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/1935414010.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1010234&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/1935414010.JPG&quot; alt=&quot;1935414010.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1010234&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;8) Dernier carnet ouvert sur des images de Toscane et du lac des Quatre-Cantons.&lt;/p&gt; 
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                <title>Le souffle de la vie</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 11 May 2008 11:07:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/1686331420.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1009550&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/1686331420.JPG&quot; alt=&quot;1686331420.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009550&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;A propos de &lt;em&gt;La Symphonie du loup,&lt;/em&gt; de Marius Daniel Popescu&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Rien, ou presque, n’a été dit jusque-là de précis et de réellement conséquent sur &lt;em&gt;La Symphonie du loup&lt;/em&gt;, qui a fait s’extasier les uns quand les autres, l’ayant feuilleté plus ou moins paresseusement, ne faisaient que hausser les épaules. On a flairé le &lt;em&gt;phénomène&lt;/em&gt;, et d’abord douté qu’un chauffeur de bus des Transports lausannois, qui plus est Roumain, débarqué en Suisse en 1990 sans connaissance réelle ne notre langue, puisse boucler un récit de 400 pages, certes un peu hirsute dans sa forme, mais néanmoins abouti et plus substantiel, plus vivant et plus vrai que la plupart des écrits actuels, plus encore dans notre pays qu’en francophonie variée. Les médias, toujours en quête de figures, ont exalté le personnage de Popescu, parfois au détriment du livre. Mais on a vu bien pire dans le milieu supposé faire bon accueil à un nouveau livre sortant à ce point de l’ordinaire: les plus mesquins auront ainsi insinué, comme de Jonathan Littell à propos des &lt;em&gt;Bienveillantes&lt;/em&gt; (pensez : un Américain se mêlant d’écrire en français), que certains amis écrivains de Popescu avaient mis la main, pour ne pas dire : avaient écrit ce livre. Il n’y a pas de secret : certains amis écrivains de l’auteur, dont René-Luc Thévoz a été le premier, puis le soussigné, Michel Layaz, Daniel Maggetti, d’autres peut-être, ont en effet relu et parfois corrigé les pages de &lt;em&gt;La symphonie du loup&lt;/em&gt;, dont les finitions d’ordre grammatical ou syntaxique ne sont rien, cependant, par rapport à ce que ce livre apporte d’essentiel : à savoir le souffle tout personnel et tout original de ce que Gilles Deleuze appelle «une langue étrangère dans la langue», seule formule préfigurant une écriture réellement nouvelle et surtout personnelle.&lt;br /&gt; C’est cet immédiatement « étranger », cet immédiatement neuf et vif, cet immédiatement frais et fluvial, cet immédiatement bravache et chaleureux, cet immédiatement tonique et mélancolique qui m’a, pour ma part, immédiatement estomaqué dès ma première lecture des premières pages de &lt;em&gt;La Symphonie&lt;/em&gt; évoquant, par la voix du grand-père, le premier &lt;em&gt;tournant&lt;/em&gt; de la vie d’un adolescent de quatorze ans soudain frappé, en pleine partie de pêche, par l’annonce de la mort accidentelle de son père. Scène immédiatement mythique à mes yeux, comme la scène du baiser de Proust. Et tout aussitôt le parterre littéraire assis de se récrier et de ricaner : ah mais, voilà que ce lourdaud compare cette espèce de Roumain au divin Marcel !&lt;br /&gt; Je ne sais si « cette espèce de Roumain » en aura le temps et la discipline, mais je&amp;nbsp;gage que Marius Daniel Popescu pourrait bien, à travers les années, écrire sa &lt;em&gt;Recherche.&lt;/em&gt; Inutile de dire que l’idée ne me viendrait pas, aujourd’hui, de comparer &lt;em&gt;La symphonie du loup&lt;/em&gt; à &lt;em&gt;La recherche du temps perdu&lt;/em&gt;, ni de prétendre, non plus, que nous tenons déjà là un chef-d’œuvre, comme d’aucuns l’ont aventuré. En revanche, Jean-Claude Lebrun, dans le premier grand article paru en France sur le livre, dans &lt;em&gt;L’Humanité,&lt;/em&gt; me semble tout à fait dans le vrai en reconnaissant à Popescu « le souffle des grands ». D’extraordinaires séquences, dans &lt;em&gt;La Symphonie du loup&lt;/em&gt;, relèvent en effet, comme certaines pages des &lt;em&gt;Bienveillantes,&lt;/em&gt; de la grande littérature. J’ai déjà évoqué la première. La deuxième est la suite de l’enterrement du père avec, notamment, la déchirante évocation du désarroi titubant du garçon dont les pensées se bousculent en délire (pp.111-118) dans cette litanie récurrente de mots « qui ne devraient pas exister », le dos tourné à la tombe et sans âge : « Les mots n’ont aucune valeur dans la vie et dans la mort. Ils n’appartiennent ni au passé, ni au présent, ni au futur. Ils ne sont ni eau, ni terre, ni fleur, ni vent. Tout ce qui se passe n’a rien en commun avec eux ».&lt;br /&gt; &lt;em&gt;La symphonie du loup&lt;/em&gt; est toute faite de mots en apparence, mais les mots d’une autre langue, physique et métaphysique à la fois, des mots-gestes, des mots-soupirs, des mots-caresses, des mots-claques, des mots-désirs, tout un silence en ébullition de mots-musique, tout un tourbillon de sable-mots, tout un déferlement de hautes vagues ourlées de mots-écume traversent le livre d’un seul souffle. Et les grands épisodes se suivent comme autant de ces « blocs d’enfance » dont parle encore Gilles Deleuze, qui relèvent tantôt de l’épopée et tantôt de la chronique intime ou privée: séquences alternées, en contrepoint, des petits bateaux bricolés dans la chambre des enfants, aujourd’hui, et de cette formidable traversée du dépotoir roumain, vingt ans plus tôt, de l’étudiant juché sur le marchepied d’un train lancé à toute allure (pp.100-106) ; blocs d’enfance des mots et des choses qui s’agencent comme au domino dans les douces heures de l’apprentissage, bousculés et augmentés par le récit hallucinant de la mort d’un cheval, dans une usine désaffectée, sous les coups d’ouvriers enragés de n’avoir plus rien à faire et se vengeant sur le bouc émissaire au carré que représente le pauvre animal d’un Gitan méprisé (p.151-161), avec ces mots nous restant en travers de la gorge : « L’automne, les pommes tombent sur le squelette du cheval et sur ses sabots soudés aux plaques de tôle en acier. Tu as maintenant presque quarante ans, ta mémoire n’arrive plus à dormir, tu rêves souvent du Gitan ». Séquences tour à tour splendides et sordides, telles la merveilleuse évocation du souvenir roumain d’un commerce magique de bouteilles et de ballons (pp.139-148) et la confidence d’une entraîneuse de cabaret évoquant son morne esclavage au narrateur, ici et maintenant ; le triste avortement d’une jeune fille au pays du parti unique, et les mêmes détresses vécues par tant de frères humains, en Roumanie déglinguée ou en Suisse ripolinée. Séquences de la sexualité ne relevant plus du « petit secret » mais de la vie personnelle et collective, où la recommandation du père au fils de ne pas se masturber (non tant par souci moral que pour mieux aimer la femme et toutes les femmes…) s’enchâsse dans une évocation de la masturbation collective « sauvage » qui préfigure la masturbation « en ligne » des solitudes mondialisées. Séquences de poésie naïve, candide parfois, parfois complaisante aussi dans son désir de donner du galon à tout et n’importe quoi, où les « blocs d’enfance » participent du moins d’une sorte de collage de mots-confettis, alternant avec les scènes historiquement et socialement significatives d’un observateur acéré du socialisme au quotidien.&lt;br /&gt; &lt;em&gt;La symphonie du loup&lt;/em&gt; est un concert de voix à la fois agencé, construit et jeté, aux phases tantôt ciselées et tantôt brutes de décoffrage. A un moment donné, le narrateur se voit qualifié d’«artiste brut» pour ses travaux saugrenus de façonnier de chaises en boîtes d’allumettes, mais cette qualification ne convient guère, à vrai dire, à l’art à la fois instinctif, puissant dans son élan et souvent désordonné, velléitaire parfois, mais organiquement tenu par la même perception poétique de l’existence et par le même souffle indompté. Surtout, et c’est ce que je voudrais souligner dans le contexte d’une littérature aphone ou dévertébrée, où le « petit secret » devient la grande affaire de la machine à ne rien dire, ce livre vaut par l’immense rage d’amour (Grand Secret) qu’il manifeste, où l’égomanie amoureuse de l’écrivain éclate en multiples « je », au-delà de l’étriquement de tous les « moi ». Contre la&amp;nbsp;désastreuse impuissance à aimer et admirer qui affadit et écrase tout de nos jours, ce grand livre d’amour, même imparfait à certains égards, mérite d’être aimé et admiré.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Marius Daniel Popescu. &lt;em&gt;La Symphonie du loup&lt;/em&gt;. José Corti, 399p. Prix Robert Walser 2008.&lt;br /&gt; Cet article est à paraître dans Le Passe-Muraille, livraison de juin, No 75.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1009552&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1818438586.JPG&quot; alt=&quot;324227341.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009552&quot; /&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Le centre en orbite</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 11 May 2008 10:52:24 +0200</pubDate>
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                     &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/171502110.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1009523&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/171502110.jpg&quot; alt=&quot;171502110.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009523&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lettres par-dessus les murs (33)&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Abu Dhabi, entre deux vols, on ne sait plus a quelle heure, les paupieres lourdes, sur un clavier sans accent, ce 10 mai 2008..&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;br /&gt; Cher JLK,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;tu te trompe je t assure, le centre du monde est ici, ou bien tout pres. Des Arabes en emirs, d un blanc immacule et fiers comme des coqs, un type en jogging, avec Pamela Anderson tatouee sur son mollet, ceux qui remplissent des caddies entiers de parfums detaxes, des asiatiques en t shirt, des blancs en costume, beaucoup de types avec des talkies walkies qui essaient de retrouver les retardaires du vol 514 pour Bangkok, peine perdue dans cette foule, des gamins qui hurlent, la voix de Madame Aeroport qui egrene les departs, et que personne, absolument personne, n ecoute, des tetes de Bangladais, ou d Indiens, par groupes de cinq ou de six autour d un cendrier, dans l aquarium des fumeurs, un banc d hotesse en uniformes a boutons dores qui passe en claquant des talons, la dernier du groupe marche comme un canard, un fakir tout droit sorti d un Tintin, je ne me rappelle plus du titre de l album, des blondes decolorees, un pilote affale sur le comptoir comme le dernier des ivrognes, avec une casquette trop grande, des decolletes facon Ibiza, des femmes voilees de la tete aux pieds, et puis cette fille aux epaules nues, un nez africain mais les yeux plisses, avec un t shirt I Love NY, voila le centre du monde, en un coup d oeil je denombre exactement 56 religions differentes, plus 321 sous-sectes, par contre compter le nombre de magasins est absolument impossible. La connection quant a elle coupe toutes les cinq minutes, radins les Abu Dhabiens, je te laisse donc avant qu on ne me musele a nouveau, a bientôt…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/2055725122.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1009535&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/00/2055725122.jpg&quot; alt=&quot;2055725122.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009535&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;En orbite périphérique, sur les genoux aussi, mais avec les accents, ce jour de la Pentecôte, neige de plumes de colombes, ce 11 mai.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Cher toi,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Plus exactement, et tu le décris assez bien, le centre est désormais partout, mais je te parlais, du centre qui m’est vraiment centre, lié à un corps supposé siège de l’âme, ou sa succursale supposée (on suppose avoir la vie «&amp;nbsp;dans la peau&amp;nbsp;») qui prend un dimanche de Pentecôte, même pour un paléochrétien cousu d’hérésies tel que je le figure, une signification particulière puisqu’il neige ce matin des plumes de saint Esprit, comme au début d’Amarcord, tu te souviens de cet autre printemps éternel&amp;nbsp;: le manine, le manine...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; line-height: 150%; font-family: Arial&quot;&gt;Ce que tu évoques me rappelle une observation dont j’avais émaillé le seul roman que j’ai commis jusque-là (tu ne perds rien pour attendre, allez), intitulé &lt;i&gt;Le viol de l’ange&lt;/i&gt; et paru en 1997. Je n’aime pas trop me citer moi-même en personne (ah, ces modestes…) mais en l’occurrence j’obéis à ma mémoire et comme je sais mon roman par cœur (ah, ces menteurs…) je te sers la tranche. Il y est question d’une cité périphérique et d’un couple à tatouages et pratiques échangistes consommées au Cap d’Agde cher à Houellebecq&amp;nbsp;: «À l’apparente quiétude de cette splendide matinée d’été se mêlait déjà, pourtant, le sentiment d’un indéﬁnissable malaise. À quoi cela tenait-il ? C’était pour ainsi dire dans l’air. Peut-être même cela oblitérait-il la lumière ? La netteté particulière des choses, ce matin-là, n’avait pas empêché Muriel Kepler de ressentir la même vague sensation d’être engagée dans une impasse qui oppressait des millions de gens, notamment dans l’ensemble des sociétés tenues pour les plus évoluées. Mais quel sens tout cela diable avait-il ? Une vie vouée au shopping méritait-elle encore d’être vécue ? Dans le cas précis de la Cité des Hespérides, l’architecture même semblait distiller une espèce de torpeur qu’on retrouvait à vrai dire dans toutes les zones de périphérie urbaine. L’impression que les blocs d’habitation qu’il y avait là et que les parkings qu’il y avait là, que les espaces verts qu’il y avait là et que les containers de déchets qu’il y avait là se multipliaient en progression exponentielle sur les cinq continents aboutissait, pour qui en prenait effectivement conscience, à une sorte d’accablement proche de la désespérance que seuls des programmes en tout genre paraissaient en mesure de pallier. Ainsi l’aérobic et la diététique, les thérapies de toutes espèces et la créativité multiforme entretenaient-ils l’illusion d’une activité positive quoique périphérique elle aussi. Or tout devenait périphérique à cette époque. Dans le mouvement s’étaient perdus la notion de centre et jusqu’au sentiment d’appartenance à telle communauté privée ou publique. L’impression dominante que tout était désormais possible se diluait en outre dans une sensation générale d’inassouvissement qui exacerbait le besoin de se distraire ou plus précisément, ce jour-là, le désir de se retrouver sur n’importe quelle plage à ne plus penser à rien. Cependant une femme souffrait réellement, à l’instant précis, dans l’habitacle d’un véhicule lancé à vive allure à destination des simulacres de félicité – Muriel Kepler retenait un cri.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Le blues des lieux retrouvés</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 11 May 2008 06:10:27 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/1311034395.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1008259&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/00/1311034395.jpg&quot; alt=&quot;1311034395.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008259&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lettres par-dessus les murs (32)&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Amman, ce 10 mai 2008, matin.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Cher JLs,&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Oulala, surtout ne m'envoies pas Mallarmé comme ange gardien, il m'a déjà accompagné pendant une année de fac, la dernière, lors d'un mémoire de littérature comparée où je le faisais dialoguer avec Poe, mais Mallarmé est un bel avare, tu le sais : il laissait tomber de sa moustache deux ou trois mots, une petite dentelle de sons, un papillon, et ensuite il nous laissait nous débrouiller avec ça, et Poe et moi de nous creuser la tête, et même Poe, que les énigmes n'effraient pas, eh bien même Poe baissait les bras et partait se coucher, me laissant en plan avec un Livre inachevé ou Un coup de dés. Ce n'est qu'à la fin de cette année-là que j'ai compris que Poe n'allait jamais se coucher, je l'ai surpris qui picolait dans sa chambre en regardant la nuit par la fenêtre ouverte, et dans un fauteuil enfumé, dans le coin, il y avait Mallarmé, et les deux salopards causaient ensemble toutes les nuits, quand ils s'étaient enfin débarrassés de l'étudiant et des ses questions idiotes.&lt;br /&gt; Je me promène dans Amman depuis deux jours, accompagné par des anges gardiens peut-être, mais surtout des souvenirs en ribambelle, un sillage de petits fantômes, un nuage de silouhettes, de visages oubliés et murmurants, rappelés par les madeleines que la ville généreuse sème sur mon chemin. Je rencontre des gens par hasard, qui semblent n'avoir pas bougé d'un centimètre, ou changé d'une ride, des gens qui font partie du décor, que la ville emploie pour être là, jour après jour, derrière ce comptoir, dans ce magasin de fruits et légumes, dans la petite cour, derrière le portillon, dans l'atelier de céramique, le petit Joseph et le grand Ramadan. D'autre que je cherchais et qui n'y sont plus, d'autres qui sont revenus, mon très cher ami Ammar que je retrouve enfin, cette fois-ci je ne le lâche plus.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Et puis les lieux… ceux qui ne sont qu'une pâle photocopie, une coquille vide, il est impossible que j'aie travaillé ici, dans cette pièce, les angles en sont identiques, et les fenêtres, mais c'est devenu une partie de la médiathèque, des rangées de magazines, des tables de lectures proprettes. Mon bureau a été avalé par le temps, tout simplement. Et d'autres lieux, les plus insignifiants, publiques plutôt que privés, qui seront là de toute éternité. J'étais assis ici, il y a neuf ans, à cette table-ci, sur cette chaise en plastique, la même, quand je suis arrivé ici pour la première fois. J'écrivais sur un carnet semblable mes impressions sur cette ville blanche et triste et uniforme, dont je n'avais pas encore appris à distinguer la couleur des quartiers, les pentes des collines et les perspectives des rues. C'était ici, ils n'ont même pas changé les nappes, les mêmes nappes rouges recouvertes d'un infâme plastique protecteur. Mais elles ont tourné bordeaux maintenant, à cause du soleil. Je ne savais pas quoi commander alors, c'était mon premier repas en solitaire, dans cette gargotte près du centre culturel, je ne parlais pas un mot d'arabe, le serveur m'avait proposé quelque chose, j'avais hoché la tête, ce qu'il m'avait apporté était bon, viande et patates, j'ai mangé la même chose pendant deux semaines avant d'apprendre le nom d'un autre plat.&lt;br /&gt; Le serveur m'a reconnu, il veut m'offrir le repas, je refuse, il insiste, je tiens bon et finalement je paie, on est vraiment idiot parfois, ça m'aurait fait plaisir d'être invité, et ça lui aurait fait plaisir de m'inviter, mais bon, on est souvent maladroit, même quand on n'a pas des fantômes plein la tête. Nous repartons cet après-midi, vers d'autres djinns et d'autres amis, et un frère qui compte les heures. Je te souhaite de belles découvertes à Vevey, je te serre la pogne, un os à Pierrot et un câlin à Cybercat.&lt;br /&gt; &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1949032166.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1009378&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1949032166.jpg&quot; alt=&quot;1949032166.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009378&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/159692491.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;A l’Atelier, ce 10 mai, midi approchant.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Cher compère,&lt;br /&gt; Je m’étais trompé, dans la confusion de l’installation : ce n’est pas d’Adam Mickiewicz, prince des poètes polonais, que j’aperçois le buste du fond de ma ruelle, mais c’est du prince des poètes roumains qu’il s’agit, Mikhaïl Eminescu, « the last romantic».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1009379&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/895912041.jpg&quot; alt=&quot;1301844174.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009379&quot; /&gt;Plus important : le chien du doreur ne se nomme pas Pierrot mais Poulou, enfin je dis Poulou pour égarer ceux qui se plaisent au jeu des identifications, ces ennemis avérés de la littérature. Quant au cybercat, il va de soi que ce n’est pas le chat du sac : c’est un angora noir et blanc tout semblable à mon adorable Gogol d’il y a bien des années, qui me revint un jour (j’habitais alors dans une espèce de ferme en bordure de champs de blé) se traînant sur quatre pauvres moignons après avoir été amputé de ses pattes par une faucheuse. J’en aurais chialé, mais j’ai dû le conduire au plus vite au refuge animalier voisin, pour le soulager définitivement. Une chose reste exacte dans mon premier petit rapport : le griffon.&lt;br /&gt; Ton évocation du retour sur des lieux aimés m’a rappelé, l’automne dernier, une balade que j’ai faite dans le quartier des Batignolles, du côté de la rue de la Félicité, où j’avais passé quelques mois en 1974, en un temps où tu la vivais à la façon qu’on vit la félicité à cet âge de pâte à modeler. Non sans mélancolie évidemment, j’ai vu le petit café du Berbère transformé en ex-agence d’informatique (la vitrine était couverte d’affiches de spectacles légers également hors d’âge) et l’épicerie du coin, non moins désaffectée, venait d’être investie par des Vietnamiens, sûrement remplacés aujourd’hui par des Chinois. Quant à remonter le vieil escalier de bois de la masure fleurant la soupe froide : pas question, vu qu’un code d’entrée remplaçait désormais la concierge.&lt;br /&gt; Curieusement cependant, je n’éprouvai pas la moindre nostalgie, sauf peut-être de ma première virée dans les rues de Paris, sous un moelleux ciel de mai, les trottoirs déjà bien élastiques et l’allégresse au cœur.&lt;br /&gt; J’ai retrouvé, hier soir, les quais de Vevey tels que jamais je ne les ai imaginés : un vrai rendez-vous méditerranéen, surtout de mecs, et debout, à palabrer comme sur la place Omonia d’Athènes ou dans les rues de Novi Sad avant la guerre. Tu connais ça mieux que moi : les moukères sont entre elles et nous refaisons le monde.&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-1009380&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/1182142021.jpg&quot; alt=&quot;159692491.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009380&quot; /&gt;Les quais de Vevey, cependant, sont plutôt féminins de tonalité, ou disons qu’ils ont quelque chose d’aquarellé (je ne tarderai d’ailleurs à sortir mes godets) et de tchékhovien, surtout en fin de journée et avec, ces jours, la dernière neige ourlant les créneaux de Savoie. Les gazons sont entretenus et plus encore, mais des jeunes filles n’hésitent pas à les joncher de leurs corps délicats. Quelques cyclistes point impatients zigzaguent entre de vieilles Anglaises se rappelant que leur cher Henry James a passé par là et que, quelque pas plus à l’Ouest, au balcon du château de l’Aile dont je te reparlerai, Paul Morand faisait tous les matins sa gymnastique nordique, torse nu et méthodique en son caleçon aussi joliment plissé que sa phrase. Bref, entre Vladimir Nabokov (à Montreux), Eric Ambler et Noël Coward (aux Avants) ou Ernest Hemingway (vallon que surplombe La Désirade sert de dernier décor à &lt;em&gt;L’Adieu aux armes&lt;/em&gt;), Kokoschka (Villeneuve, où vécut aussi Romain Rolland), nous sommes ici bien entourés au point de nous croire au cœur du monde. C’est d’ailleurs exactement ça que je ressens en mon Atelier, mon cœur est ailleurs mais je suis ici au cœur du monde…&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Lumières du monde</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 11 May 2008 06:07:36 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Vernet23.JPG&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/1570348923.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1009386&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/1570348923.JPG&quot; alt=&quot;1570348923.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009386&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/thumb_Vernet8.JPG&quot; alt=&quot;medium_Vernet8.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le regard de Thierry Vernet&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Regardez ce qu’il y a là : regardez-le de tous vos yeux, imprégnez-en vos cinq sens et votre âme suressentielle, car ce qui apparaît à l’instant est unique.&lt;br /&gt; C’était un soir en Provence. Le jour n’en finissait pas de finir. L’on se croyait hors du temps, comme à l’abri de tout. Or de ce moment privilégié, non de béatitude passive mais d’adhésion généreuse au monde alentour, vous vous rappelez à présent la douce musique avec nostalgie en retrouvant ce ciel d’ambre velouté sur les tuiles chaudes et les arbres encore embrumés par la touffeur de fin de journée; et cette lumière orange vous remémore, aussi, vos interminables soirées en enfance, quand la nuit paraissait se retenir d’interrompre vos jeux.&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet5.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet7.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Ou c’était une nuit dans le jardin de cette villa. A un moment donné, après les réjouissances de l’amitié, vous vous étiez retrouvé seul parmi quelques chaises dispersées sur la pelouse, et là-bas, au bord de la terre, le ciel d’avant l’aube déversait son immensité vertigineuse. Ou encore c’était, émergés d’une brume de limbes, ces murs de Belleville marquant, de leurs bornes friables, le passage d’un monde ou d’un temps à l’autre. Ou c’était dans un bistrot le matin, ce couple au double visage confondu de fresque égyptienne. Ou bien en rase campagne, dans le silence immatériel de midi pile. Ou dans le métro. En forêt. Sur la grève d’Ostende. Ou dans cette chambre de l’Hôtel Universel dont le miroir a tout vu de l’homme. Enfin partout où le mystère affleure dans ces lumières concentrant à tout coup la même présence tissée de mélancolie et de tendresse, d’attente et de reconnaissance.&lt;br /&gt; Plus qu’un peintre de la lumière, au sens de la contemplation seule, Thierry Vernet me paraît un poète du dévoilement dont les visions ponctuent la démarche tantôt somnambulique et tantôt fulgurante. On est là comme dans un grand rêve d’une seule coulée, où les images et les figures du monde présumé réel se trouvent ressaisies et transformées avec ce surcroît d’être qui signale toute alchimie poétique, par le truchement de la seule peinture.&lt;br /&gt; Car cela prime à l’évidence chez Thierry Vernet : ses visions, les événements qui le sollicitent, l’essentiel de ses Riches Heures tiennent d’abord à la peinture. Comme le poème naît des mots surgis de nos profondeurs, la vision de Thierry Vernet semble poussée toute faite, jaillie avec ses couleurs. Ce n’est pas dire que la toile se fasse toute seule, mais souligner un acte qui suppose à la fois une longue patience et une aptitude féline au bond.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/thumb_Vernet20.JPG&quot; alt=&quot;medium_Vernet20.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Regardez les couleurs du monde : il y a de quoi s’émerveiller à n’en plus finir, et c’est souvent à n’y pas croire. D’ailleurs c’est une constante chez ce peintre de l’étonnement profond : à chaque fois on est surpris, et jusque dans ses visions les plus sereines apparemment. C’est ainsi que de vivre, depuis des années, avec telle toile de Thierry Vernet que j’ai reconnue et aimée au premier regard, m’aura fait éprouver, à chaque fois que je tournais vers elle mon regard, comme à une fenêtre à laquelle on ne se lasserait pas de s’accouder, ce même sentiment mêlé de saisissement et de gratitude devant la beauté des choses. Cela s’intitule La plage le soir, c’est un bord de mer, avec un premier plan de sable ocre doux, un plan d’eau qui entremêle du blanc à nuances vert céladon et toutes sortes de bleus aérés ou délayés, une pinède dont l’olivâtre virant au noir palpite de mystère comme chez Böcklin, enfin un ciel d’un seul gris tendre où flotte un grand poisson-nuage. Mais mes pauvres mots ne disent rien de l’essentiel qui ne peut que se voir, tenant à l’événement de formes et de couleurs et de tons et de rapports de tons et de tensions et d’accords et de touches tour à tour si véhéments et si délicats, dont l’ensemble tisse l’atmosphère de songerie métaphysique de la toile.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet10.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; Telle est la part contemplative de Thierry Vernet, son côté franciscain en sandales, modeste et ravi. Mais aussi, l’artiste fulgure. Il y a chez lui de l’incendiaire formel et du pyrotechnicien à polychromies effrénées. Est-ce bien le même peintre qui, dans certaines natures mortes ou paysages, touche au dépouillement des silencieux à la Morandi, tandis que, revenant de Java, le coloriste exulte dans la profusion ?&lt;br /&gt; Oui sans doute : il n’y a qu’un peintre chez lui, au sens où sa matière, en se renouvelant sans cesse, reste toujours pétrie de la même pâte fluide à lueurs de sous-bois ou à éclairs, onctueuse ou brûlante, soumise au même geste impérieux, rapide et léger comme un coup d’aile, précipitant, à des vitesses opposées, la même vision.&lt;br /&gt; Rares sont les peintres, aujourd’hui, qui nous apprennent encore à mieux voir. Or Thierry Vernet me semble de ceux-là…&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet12.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet13.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet6.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Vernet23.JPG&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Visions de Thierry Vernet</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
                                                <category>Thierry Vernet</category>
                                                <pubDate>Sun, 11 May 2008 06:01:29 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Vernet1.JPG&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/51063764395d9e9e1d59c7c148470dda.jpg&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1343132927.JPG&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1343132927.JPG&quot; alt=&quot;1343132927.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009385&quot; name=&quot;media-1009385&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;«La vue c'est la vie», disait Thierry Vernet peu avant que la maladie ne l'arrache (en 1993) au monde visible, alors qu'il consignait, dans un minuscule carnet, et de mémoire, à deux ou trois jours de distance (bonne façon de faire la nique à la mort), des visages de gens rencontrés dans la rue ou le métro parisien, dont la frise des portraits saisit par sa fulgurante acuité. C'est à la même époque, aussi, que le peintre genevois de Belleville, tout à fait conscient de sa fin prochaine, peignit certaines de ses toiles les plus jubilatoires.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Me reviennent alors les mots de cette lettre de jeunesse de Thierry, datant de l'été 1953. Il se trouvait alors en Yougoslavie en attendant que Nicolas Bouvier le rejoigne à Belgrade pour se lancer avec lui, en Topolino, dans le grand voyage de &lt;em&gt;L'Usage du monde&lt;/em&gt;, et voici ce qu'il écrivait aux siens depuis Zagreb: «Je suis de plus en plus assuré sur mes pattes. Le boulot marche. L'aquarelle se trouve. Je vais au bout. Le fin du fin n'est-il pas de voisiner l'extrême limite, de se balader sur les crêtes, d'aller aux frontières où la peinture n'est presque plus de la peinture, où les formes en sont à leur dernier point de tension ?»&lt;br /&gt; Et quelques lignes plus loin, il ajoutait: «N'ayez point de crainte, mes chemises ont été lavées pour trente dinars par une femme de métier. Je porte beaucoup mes calosses de bain, c'est plus simple. Le budget est bien équilibré, malgré le petit déjeuner de hier! Dans un mois, je retrouverai le cher Nick, dans un mois et un jour, au Majestic. Disons vers 19 heures, sept heures du soir...»&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Thierry Vernet disait tout de son art en écrivant qu'il allait «jusqu'au bout». Son oeuvre, pure de tout chiqué pseudo-avant-gardiste, est en effet d'un réel risque-tout de la forme et de la couleur, prêt à toutes les audaces pour exprimer sa vision réelle jusqu'à «l'extrême limite», mais non du tout pour épater la galerie. La fulgurance de son regard n'excluait pas un respect serein de ce qui est (les calosses, le budget «bien équilibré», la figuration du ciselé du feuillage ou le détail cocasse, etc.) et un sens quasiment organique de la composition.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Thierry Vernet ne se payait pas de mots lorsqu'il disait «se balader sur les crêtes», «voisiner l'extrême limite» et pousser jusqu'«aux frontières»: le trait de ses dessins exprime (avec des élisions et des «bonds» qui évoquent parfois Matisse et parfois les «extrêmes» de Tal Coat, tout en restant strictement personnel) cette danse de plus en plus légère et de plus en plus libre qui capte l'essentiel de la chose vue (bouquet de fleur, futaie, paysage) pour y ajouter le travail profond d'un regard reconstructeur.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-865606&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/0b588f444a03284afe6614499c1ac4ee.jpg&quot; alt=&quot;a43c3df10fde955ae2eb72b21dd3623a.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-865606&quot; /&gt;L'oeuvre de Thierry Vernet est à la fois d'un lyrisme&amp;nbsp;allègre (le peintre citait volontiers les Psaumes de la célébration reconnaissante) et d'une sourde mélancolie. «C'est une peinture spirituelle que celle de ce Suisse de Paris, note l'écrivain Jan Laurens Siesling. J'y discerne sans mal une confiance infinie en la beauté de la vie, jusqu'à la candeur, corroborée par une abondance de bonne humeur, d'humour.»&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-865609&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/4e4d5bcbdb2cf5c3171d0693d29b3132.jpg&quot; alt=&quot;e3273dc2f6e0a3cf136bbc1259d0e8c7.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-865609&quot; /&gt;Celui-ci ne sacrifiait qu'incidemment à l'anecdote dans les croquis les plus innocents du passant, pour rejoindre la vie (tel chat attrapé d'un geste rond dans sa pose péremptoire de penseur baudelairien) que l'artiste savait en pleine conscience une «drôle de vie». Sans jamais toucher au tragique (tout différent en cela de son ami Josef Czapski), Thierry Vernet ne portait pas moins en lui les nuances pénombreuses de l'existence, qui se retrouvent dans l'aspect «plombé» de certains paysages ou dans la «morsure» de certains traits. Sa mélancolie retentit aussi parfois dans ses admirables aquarelles où la vue retient la vie au bord de la nuit fatale aux couleurs.&lt;br /&gt; Cependant au-delà des craintes et tremblements, le peintre retrouve une sorte de souveraine sérénité le rattachant aux maîtres anciens.&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-865613&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/6c716b77f2f695847f25b0a4923c2452.jpg&quot; alt=&quot;5d9c290a09bc0210a33d7249251314cd.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-865613&quot; /&gt;Coloriste aux effusions jamais euphoriques, Thierry Vernet se risque avec autant d'intensité et d'autorité dans l'aquarelle que dans l'huile. C'est en dansant aussi qu'il échappe à la virtuosité creuse ou à la flatterie. Il vit ce qu'il voit, et à nous faire mieux voir, il nous fait mieux vivre.&lt;br /&gt; &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/6e3644856eabf398349312de923dfc06.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-865620&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/6e3644856eabf398349312de923dfc06.jpg&quot; alt=&quot;6e3644856eabf398349312de923dfc06.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-865620&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2006/03/05/la-beaute-pour-sauver-le-monde.html</guid>
                <title>La beauté sur la terre</title>
                <link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2006/03/05/la-beaute-pour-sauver-le-monde.html</link>
                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
                                                <category>Thierry Vernet</category>
                                                <pubDate>Sun, 11 May 2008 05:58:50 +0200</pubDate>
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                     &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/1320679572.JPG&quot;&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Vernet11.2.JPG&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_Vernet11.2.JPG&quot; alt=&quot;medium_Vernet11.2.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carnets de Thierry Vernet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Thierry Vernet s’est éteint au soir du 1er octobre 1993, à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer. Genevois d’origine, le peintre avait vécu à Belleville depuis 1958 avec Floristella Stephani, son épouse, artiste peintre elle aussi. Thierry Vernet avait été le compagnon de route de Nicolas Bouvier durant le long périple que celui-ci évoque dans &lt;em&gt;L’Usage du monde&lt;/em&gt;, précisément illustré par Vernet.&lt;br /&gt; A part son œuvre peint, considérable, Thierry Vernet a laissé des carnets, tenus entre sa trente-troisième année et les derniers jours de sa vie, qui constituent une somme de notations souvent pénétrantes sur l’art et la vie.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « La beauté est ce qui abolit le temps »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Je ne sais pas qui je suis, mais mes tableaux, eux, le savent ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Mille distractions nous sollicitent. La radio, le bruit, le cinéma, les journaux Autrefois on devait être face à face avec son démon, on devait patiemment élucider son mystère. Maintenant, vite, entre deux distractions, on doit tout dire, avec brio de chic, faire son œuvre en coup de vent. A moins… à moins de résister aux distractions ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « L’Art commence quand, après une longue et patiente partie d’échecs, d’un coup de genou sous la table on fait tout valser ».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet20.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; « D’heureux malgré le doute, arriver à être heureux à cause du doute ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Faire la planche sur le fleuve du Temps ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « C’est dans les larmes qu’on parvient à la géométrie ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Aux gens normaux le miracle est interdit ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Il suffit de voir qui réussit, et auprès de qui, pour être rassuré et encouragé ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Nous vivons, en ce temps, sous la théocratie de l’argent ; et malgré soi on sacrifie de façon permanente à ce culte hideux ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « D’ailleurs c’est bien simple : ou bien les hommes sont ouverts, autrement dit infinis, ou bien ils sont fermés, finis, et dans ce cas on peut les empiler. Ou en faire n’importe quoi ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Nous qui avons une patte restée coincée dans le tiroir de l’adolescence, nous en garderons toujours, sous nos rides, quelque chose ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « D’abord la sensation est souveraine, ensuite le tableau est souverain. Entre ces deux souveraientés, il y a la révolution ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Dieu est éternel, le diable est sempiternel ».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet24.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;« En matière de peinture, la lumière n'a rien à voir avec l’éclairage ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Quand son corps devient infréquentable, il convient de le servir poliment, juste ce qu’il demande, et de penser à autre chose, avec enthousiasme ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Les visages : des ampoules électriques plus ou moins allumées ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Les gens de la rue sont des bouteilles, des quilles, les automobiles des savons échappées de mains maladroites ; Dieu que le monde est beau ! »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Monsieur Pomarède, mon voisin retraité de la rue des Cascades, me voyant porter un châssis, me dit : « Vous faites de la peinture, c’est bien, ça occupe ! »&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Une forme doit avoir les yeux ouverts et le cul fermé ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Je me bats, et il est normal qu’à la guerre on prenne des coups ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Ajouter ne serait-ce que sur 10cm2 un peu de beauté au monde, ce qui diminuera d’autant et probablement bien plus de sa laideur ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Si l’on tue en soi-même l’espérance du Paradis, on n’hérite que de l’Enfer. C’est, me semble-t-il, le choix de notre civilisation ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « La foi en le &lt;em&gt;vraisemblable&lt;/em&gt; ne nous sauvera pas de grand-chose ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Votre société s’ingénie à rendre le désespoir attrayant ».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/images/medium_vernet25.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « La mort, ma mort, je veux la faire chier un max à attendre devant ma porte, à piétiner le paillasson. Mais quand il sera manifeste que le temps est venu de la faire entrer, je lui offrirai le thé et la recevrai cordialement ».&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; « Je suis un chiffon sale présentement dans la machine à laver. Lâche, hypocrite, flagorneur, luxurieux, cédant au moindre zéphyr de mes désirs et tentations diverses, comptant sur un sourire et mes acquiescements pour conquérir quelques cœurs utiles (et cela enfant déjà pour « m’en tirer » !). La machine à laver à de quoi faire. Mieux vaut tard que jamais.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Le 4 septembre 1993, et ce fut sa dernière inscription, Thierry Vernet notait enfin ceci : « Je peins ce que je crois avoir vu. 4/5 de mon élan m’attache à notre vie et à tout ce qu’elle nous donne de merveilleux, mais 1/5 m’attire vers la vie éternelle d’où tant de bras se tendent pour m’accueillir ».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/02/1379311873.JPG&quot; alt=&quot;1040773836.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009382&quot; name=&quot;media-1009382&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/02/692119950.JPG&quot; alt=&quot;492232422.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009381&quot; name=&quot;media-1009381&quot; /&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/1320679572.JPG&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/1320679572.JPG&quot; alt=&quot;1320679572.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1009383&quot; name=&quot;media-1009383&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Benchetrit braqueur d’images</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
                                                <category>La Maison Cinéma</category>
                                                <pubDate>Sat, 10 May 2008 11:02:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;ol&gt; &lt;li&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/431121253.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1008206&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/02/431121253.jpg&quot; alt=&quot;431121253.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008206&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Une rencontre à Locarno, à propos de &lt;em&gt;J'ai toujours rêvé d'être un gangster.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Le public de la Piazza Grande s’est gentiment gondolé, l’été dernier, à la première mondiale de &lt;em&gt;J’ai toujours rêvé d’être un gangster&lt;/em&gt; de Samuel Benchetrit, savoureux gorillage du film noir enfilant clins d’yeux sur pastiches et autres hommages, dont une séquence (facilement) irrésistible, réunissant deux anges noirs aux faciès également blafards en les personnages d’Arno et de Bashung. Plus Jarmush tu meurs, sans (trop) faire pièce rapportée pour autant dans la suite de sketches en noir/blanc que Benchetrit faufile allègrement.&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-1008208&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1249955010.jpg&quot; alt=&quot;1668427781.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008208&quot; /&gt;Le lendemain, émerveillé par les lieux, la magie de la projection nocturne et l’accueil chaleureux des festivaliers, Samuel Benchetrit évoquait les tenants de cet hommage au cinéma et noir et blanc prisé, avant lui, par son père l’ouvrier: «On est actuellement saturé de couleur et de montages précipités, et beaucoup s’imaginent que le noir et blanc relève de la vieillerie chiante, mais ce n’est pas vrai, et je l’ai d’ailleurs expérimenté avec mon fils en lui montrant une quantité de films qui l’ont captivé. Par ailleurs, ma propre mémoire cinématographique est en noir et blanc, du cinéma italien au cinéma japonais des années 60, entre autres».&lt;br /&gt; &lt;img name=&quot;media-1008213&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/748508479.jpg&quot; alt=&quot;617761493.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008213&quot; /&gt;Film à sketches, &lt;em&gt;J’ai toujours rêvé d’être un gangster&lt;/em&gt; s’ancre en un lieu fixe évoquant le «nulle part» idéal d’une série B policière: une espèce de cafétéria en zone périphérique où vont se succéder les quatre histoires, avant qu’ont ne découvre, avec des clones des mémorables tontons flingueurs, ce que fut ce lieu à leur bon vieux temps de truands à tractions avant.&lt;br /&gt; Le climat, alors, la plastique des images jouant sur des qualités de noir et de blanc d’une sensualité moelleuse, la texture des voix aussi donnent au film, d’un scénario plutôt décousu, voire lâche ici et là, sa tenue et son originalité, l’humour en plus. «Je voulais me faire plaisir et partager ce plaisir avec le public en lui offrant un film populaire qui réponde, pourtant, à un réel souci artistique. C’est pourquoi j’ai travaillé des cadres qui rompent avec la monotonie et donnent plus d’espace aux visages et aux «personnages» qu’habitent les comédiens avec leur corps et leur aura. La relation avec les acteurs, Anna Mouglalis évidemment, ma première complice, mais aussi avec Edouard Baer, Jean Rochefort Arno et Bashung, a été d’autant plus importante, et gratifiante pour moi, que je construisais mes dialogues avec eux, et qu’ils ont joué le jeu avec une grande gentillesse. La musique est très importante dans le film, à commencer par celle des voix. Là encore je jouais sur l’intimité avec chacun de mes comédiens.»&lt;br /&gt; Film d’ambiance, hommage évident à Scorsese (son titre est la première réplique des &lt;em&gt;Affranchis&lt;/em&gt;), &lt;em&gt;J’ai toujours rêvé d’être gangster&lt;/em&gt; s’ouvre sur une scène burlesque, avec un braqueur gaffeur (excellent Edouard Baer) aux gestes démarqués du muet américain, et s’achève (inconsciemment, prétend l’auteur) sur une scène en hommage à Chaplin. Mais il y a là-dedans plus qu’un collage: le vrai travail de déconstruction d’une culture personnelle courant entre Bertrand Blier et Tarantino, la musique classique et le rock, la bande dessinée et la sensibilité des banlieues du Benchetrit écrivain (la suite de ses chroniques vient d’ailleurs de paraître), ressaisie par un regard perso.&lt;/div&gt; &lt;/li&gt; &lt;/ol&gt; 
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                <title>Heureux comme Ulysse</title>
                <link>http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2008/05/10/heureux-comme-ulysse.html</link>
                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Sat, 10 May 2008 08:51:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1008073&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/1975835746.jpg&quot; alt=&quot;2096193442.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008073&quot; /&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Blaise Hofmann décroche le&amp;nbsp;prix littéraire Nicolas Bouvier 2008.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Nicolas Bouvier serait content : après avoir couronné &lt;em&gt;Nullarbor,&lt;/em&gt; magnifique récit de voyage d’un jeune auteur français du nom de &lt;strong&gt;David Fauquemberg&lt;/strong&gt;, le prix qui honore sa mémoire échoit, cette année, à un autre trentenaire, romand cette fois, en la personne de Blaise Hofmann, pour son récit intitulé &lt;em&gt;Estive&lt;/em&gt;, paru chez Zoé en 2007. Fruit du partenariat associant le festival Etonnants voyageurs, à Saint-Malo (dont le festival se déroule du 10 au 12 mai) et la Direction générale de l’aviation civile, le prix littéraire Nicolas Bouvier est doté d’une bourse de 15.000 euros. Cette distinction «récompense l’auteur d’un récit, d’un roman, de nouvelles, dont le style est soutenu par les envies de l’ailleurs, de la rencontre du monde, prolongeant l’esprit de l’œuvre de Nicolas Bouvier ». Le jury du prix 2008, présidé par Alain Dugrand, lui-même grand voyageur, est composé d’auteurs « nomades » reconnus tels Alain Borer, Gilles Lapouge, Pascal Dibie, Björn Larsson, et Alain Velter, ainsi que de Pierre Starobinski. Le prix sera remis à Blaise Hofmann ce dimanche à Saint Malo. A relever que certains des concurrents de notre compatriote relevaient du premier rang en matière littéraire, qu’il s’agisse de Colum McCann (Yoli) ou de Simon Leys (Le bonheur des petits poissons), en passant par Jean-Luc Coatalem (Il faut se quitter déjà) et Michèle Lesbre (Le canapé rouge).&lt;br /&gt; Les lecteurs de &lt;em&gt;24Heures&lt;/em&gt; connaissent déjà Blaise Hofmann (né à Morges en 1978), dont les chroniques égyptiennes s’égrènent régulièrement sur son blog (bhofmann.blog.24heures.ch) à l’enseigne générale de &lt;em&gt;Notre mer : un tour de Méditerranée&lt;/em&gt;. Très vivants, marquées par la curiosité du voyageur et ses nombreuses rencontres, mais aussi par un ton personnel et l’art de mêler information et émotion, ces croquis de voyage sont d’un écrivain de trempe, en constante et heureuse évolution, comme en témoigne d’ailleurs &lt;em&gt;Estive&lt;/em&gt;, où le voyageur au long cours (passé auparavant par la Russie, le Vietnam, l’Afghanistan, et la banlieue de Blondy au titre de blogueur) se fait&amp;nbsp;berger de mots&amp;nbsp;en transhumance dans une vallée métaphorique aux multiples horizons. Ainsi est le vrai voyage : rapprochant le lointain et attentif à l’« exotisme » du tout proche, tout à fait dans le sillage en somme de Bouvier...&lt;/p&gt; 
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                <title>Un voyage au bout de soi-même</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sat, 10 May 2008 08:48:00 +0200</pubDate>
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                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/e375e5b7e21ac8b0e5c568308f37ed1a.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-719109&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/e375e5b7e21ac8b0e5c568308f37ed1a.jpg&quot; alt=&quot;e375e5b7e21ac8b0e5c568308f37ed1a.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-719109&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;RENCONTRE &lt;em&gt;Nullarbor,&lt;/em&gt; prix Nicolas Bouvier 2007 et cité parmi les 20 meilleurs livres 2007 du magazine Lire, marque l’apparition d’un écrivain de forte trempe : David Fauquemberg.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; L’Aventure, au sens le plus fort, d’un combat de l’homme avec la nature, et contre lui-même, tel que l’ont célébré un Melville ou un Hemingway, est-elle encore possible aujourd’hui ? Elle l’a été doublement pour David Fauquemberg, puisque c’est en forcené qu’il l’a vécue dans sa vingtaine avant d’en tirer un véritable roman initiatique.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- D’où le goût du voyage vous vient-il ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Je suis né en 1973, à Saint-Omer, mais j'ai grandi aux frontières du bocage normand - l'horizon à 20m, des clôtures, des haies d'arbres, pas étonnant que les grands espaces m'attirent ! Très tôt, je me suis mis à lire comme un malade tout ce qui me tombait sous la main, Jules Verne, Stevenson, London, Balzac, Flaubert, Giono, puis très vite Dostoïevski, Tolstoï, Gogol, Cendrars, Conrad, Melville, Knut Hamsun, Guimaraes Rosa, Faulkner (le grand choc de mes vingt ans, que je relis régulièrement, en anglais, et qui me met sur le cul à chaque fois), etc. Mais aucun rapport d'érudition ni de vénération dans tout cela : j'ai ce défaut/qualité d'oublier très vite, en surface, ce que je lis. Impossible de me souvenir de l'exacte intrigue, des personnages, de citations. Mais il me reste des sensations, très fortes, des images, des ambiances. J'ai un rapport excessivement physique à l'écrit, d'où la radicalité de certains choix, qui me font sans doute passer à côté de certains auteurs : j'aborde le livre comme dans un combat à mains nues, et si le contact ne s'opère pas, si le livre ou moi refusons le combat, je laisse tomber. J'ai d'ailleurs beaucoup de mal à justifier rationnellement mes préférences/rejets, ce qui me vaut bien des disputes ! Bref, à 17 ans direction Paris, études littéraires, philosophie, années de voyages (j'ai écrit ma maîtrise, L'artiste et la cité chez Platon, sur le pont d'un voilier, entre le Cap-Vert et les Antilles) et de lecture, de cinéma (jusqu'à trois films par jour !) A 25 ans, je me retrouve prof de philo le temps d'une année (perdu dans les forêts de Laponie, j'ai loupé la rentrée d'une semaine...), puis je me barre, excédé, en Australie - plus que l'aspect pédagogique, c'est la rigidité temporelle du métier, la répétition, qui m'ont fait fuir. Et puis je voulais voir du pays, j'étais en quête d'intensité. En Australie, je passe deux ans entre Melbourne où je suis basé, et les quatre coins du pays quand je m'éclipse. Nullarbor correspond aux derniers mois de ce voyage, les plus durs. Retour fulgurant (plus de visa) juste après ce périple dans l'Ouest, laissant derrière moi un amour, des amis. Je rentre cassé, littéralement, en France. Pas de boulot, pas d'argent, pas de chez moi. J'essaie de digérer ce voyage mais, cette fois, je ne sais pas quoi en faire. Les images, les sensations se bousculent, je suis hanté. Alors je commence à écrire, d'abord pour remettre de l'ordre, apprivoiser ce chaos. Comme le boxeur qui se réveille dans le vestiaire, se rappelle vaguement avoir baissé la garde au 2e round, et &quot;refait le combat&quot; pour tenter de comprendre comment il s'est retrouvé KO au 6e. Mais j'ai aussitôt compris qu'il ne suffirait pas de jeter les événements sur le papier, tels quels, pour me les approprier. Qu'il allait falloir trouver une langue, une structure. Bref, écrire. Ce que je n'avais jamais fait, à part de timides essais de poésie. Là, je ne pouvais plus me défiler, j'étais hanté, et puis j'avais le temps puisque pas de travail, l'appartement d'un ami à Paris, j'ai passé un an à écrire sans arrêt, dans l'inspiration du moment, dans le désordre.&lt;br /&gt; - &lt;strong&gt;Comment avez-vous construit &lt;em&gt;Nullarbor&lt;/em&gt; ?&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;- L'écriture, pour moi, c'est la pratique d'une certaine intensité, c'est proche de la musique, mélange fragile du jeu et d'une nécessaire rigueur, au service d'une voix, aspect le plus crucial à mon sens de la chose littéraire. C'est aussi le moyen de transmettre cette intensité au lecteur, un vecteur d'émotion, de révolte, de violence. C'est une discipline et un combat. Pendant sept ans, j'ai retravaillé le texte, essuyant plusieurs refus d'éditeurs pour des versions intermédiaires. Et pour gagner ma vie, j'ai écrit des guides, je suis devenu traducteur, j'ai fait des petits boulots. Et puis ma femme Christine m'a rejoint depuis l'Australie, Pablo est né en 2002, Ulysse en 2004. Contrairement aux clichés souvent véhiculés (l'écrivain maudit, sans amour, sans enfants...), ce cadre familial m'a aidé à venir à bout de ce livre, en m'obligeant à utiliser au mieux le peu de temps que j'avais. M'interdisant, en outre, de par les innombrables sacrifices consentis de part et d'autre, de baisser les bras devant les refus, nombreux, des éditeurs. Dès 2003, Alain Dugrand apparaît (l'Ange gardien de ma dédicace), se prend d'affection pour mon texte, m'encourage, me conseille, me relit encore et encore, tente de me faire publier. Courant 2006, enthousiasmé par la présente version du texte, il en parle à Michel Le Bris, qui publie Nullarbor et le défend farouchement.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Dans quelle mesure vous identifiez-vous au narrateur ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - L'expression même de &quot;m'identifier au narrateur&quot; me semble inappropriée, dans la mesure où ce narrateur se caractérise par l'érosion progressive, la quasi abolition de son identité. Mais je me reconnais dans sa présence au monde, dans le fait que ce qui le définit, c'est ce qu'il traverse et le regard qu'il porte sur les événements. Il n'est, en quelque sorte, que le point de convergence de toutes ses expériences, c'est-à-dire rien. La trajectoire est bien sûr recomposée - comment un point isolé aurait-il conscience, sur le moment, d'appartenir à une trajectoire ? Mais cette trajectoire n'est pas artificielle, c'est la logique même du récit, qui s'est imposée d'elle-même par une sorte de développement organique, presque miraculeux, et qui sert de fil directeur sous-jacent. Car c'était là l'un des défis de ce projet d'écriture : comment donner une unité, une structure, au récit d'un voyage ? Il me semblait intéressant de traiter le voyage avec le même soin romanesque qu'une histoire d'amour, qu'un roman policier, etc. Ce qui à mon sens n'a pas été tellement fait - sauf peut-être Kerouac dans certaines de ses œuvres, ou Bouvier dans &lt;em&gt;Le Poisson-Scorpion&lt;/em&gt;. Quant à savoir dans quelle mesure cette trajectoire reflète l'exact déroulé des faits, du voyage réel (mais existe-t-il seulement un voyage &quot;réel&quot; ? Don Quichotte, lui, voyage, pas l'insupportable Sancho), cela m'importe peu. La part de l'imagination (pendant le voyage, pendant l'écriture) me semble impossible à mesurer, d'autant que cette histoire, ce sont quelques mois de voyage et sept ans d'écriture.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Avez-vous pris de notes au cours du voyage ?&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;- Pas la moindre - je voyageais ! Je me disais l'autre jour qu'écrire en essayant de se souvenir comment on a scié une branche est aussi périlleux de que manier la hache en pensant à comment l'écrire... C'est la raison pour laquelle si peu de récits de voyage trouvent grâce à mes yeux : le voyage est souvent écrit avant même de se faire, et l'écrit est mort à force de tordre le voyage pour en faire un bien consommable, et de s'accrocher comme un banc de moule à la &quot;vérité&quot; des faits. Pour moi, l'écriture ne peut pas être documentaire. Je lis d'ailleurs très peu d'ouvrages scientifiques ou documentaires. Je ne veux pas rapporter des faits ou des idées par écrit, mais créer du réel, des sensations, des émotions à l'aide des mots, ce qui est fort différent. L'imagination fait partie intégrante de notre manière de percevoir le monde et ceux qui l'habitent.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- Comment travaillez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - Je conçois d’abord une première version, assez vite, disons en un an. Suit alors un lent et long processus de raffinage, avec mille et une réécritures - réécritures en effet, car je ne travaille pas par retouches ponctuelles mais réécris des pans entiers de texte - un chapitre, deux, et plusieurs fois le livre entier, d'une traite, en deux ou trois semaines. Par deux fois, j'ai même réécrit mon livre en partant d'une page blanche, sans m'appuyer sur la version précédente. C'était nécessaire, car je voulais obtenir un récit organique, dense et éclaté à la fois, avec un soubassement d'un seul tenant, malgré les ellipses, les raccourcis, les sauts et changements de rythme - c'est le récit d'un voyage... Donc, toutes proportions gardées, chaque réécriture devait se faire d'un seul geste, un peu à la manière de la calligraphie chinoise, avec son trait unique. A la fondation Miro de Barcelone, il y a ce tableau tardif, dans une des salles du haut, un simple trait de pinceau noir, oblique, parfait, harmonieux. Avec ce commentaire : &quot;Je sais que certains se gausseront, mais ils ignorent qu'il m'aura fallu trente ans pour tracer ce trait&quot;. C'est exactement ça : il m'aura fallu sept ans pour tracer cette trajectoire-là. La dernière version du texte, extrêmement remaniée, je l'ai travaillée sans filet, en acceptant de supprimer des scènes, des personnages, de réécrire le début, la fin (la scène finale, je l'ai écrite en deux ou trois heures, au tout dernier moment, mais elle était là, déjà, quelque part). Pour l’essentiel, j'ai la conviction que tout ce que j'ai réécrit, gommé, raturé, coupé demeure présent dans la version finale. Ces 180 et quelques pages restent &quot;grosses&quot; des 300 pages initiales, et des milliers de pages réécrites. De là naît la tension du texte. Sur la structure du texte, son unité me revient l'image qu'emploie Merleau-Ponty à propos du rapport entre le temps et l'éternité : celle d'un jet d'eau, dont chaque particule suit un mouvement fuyant et apparemment chaotique, et pourtant le jet d'eau, lui, reste immobile. Bref, mon écriture est triturée-élaguée mille fois, mais elle n'en est que plus naturelle. Je m'explique. La grande leçon de ces quelques années de travail, c'est que, pour moi, la spontanéité n'est pas dans le premier jet, qui m'apparaît saturé de poses, de postures, de masques, de scrupules, d'inhibitions, de prétention, de &quot;à la manière de...&quot;, de fausses façades. La plus grande spontanéité est pour moi le fruit d'un long et lent travail. La version finale du texte, c'est parfaitement moi enfin (et bien plus que moi, bien sûr, sinon pas de littérature), sans pose ni fard. C'est ma voix, mon regard, mon style. Dans le même temps que je travaillais sur le texte, le texte me travaillait, on ne ressort pas indemne d'un tel corps à corps. Le but, c'était de rendre l'énergie insensée, l'intensité furieuse et les changements de rythme de ce voyage-là. Plus généralement, la violence du monde, saute à la gueule de qui se place au ras des choses, vulnérable. Il fallait bien sûr que le texte ait une portée universelle, à quoi bon sinon raconter ses petits voyages ? Et puis, le but, c'était d'écrire. Ecrire pour parler du monde, mais écrire.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;- A quoi travaillez-vous actuellement ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; - A un roman : l'histoire d'un groupe de boxeurs amateurs, qui se déroule à Cuba. Ce ne sera pas un livre sur la boxe, ni un livre sur Cuba, mais ce thème-là et ce cadre-là, que je connais bien tous les deux, doivent me permettre de poursuivre mon travail d'écriture, de pousser encore davantage dans le sens d'un impact physique, d'un rapport frontal aux choses.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Sur la route de nulle part&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; Deux grandes épreuves marquent les pics du récit-roman de &lt;em&gt;Nullarbor&lt;/em&gt; : une hallucinante campagne de pêche où le protagoniste affronte des hommes aussi coriaces que les requins, et la rencontre d’un mentor aborigène, Ancien du peuple Bardi passé par le Vietnam, dont la mort revêt une dimension quasi mythique sur fond de déglingue mélancolique.&lt;br /&gt; La première étape de cette road story traverse le désert fameux de la Nullarbor, dont l’auteur s’attarde moins à détailler les beautés naturelles qu’à rendre la « respiration » obsédante, perceptible à fleur de nuit. Cette traversée se fait dans une caisse japonaise hors d’âge, avec un poète de Perth ferré en grec ancien et jouant les durs, auquel le narrateur s’attache avant de s’en détacher aussi sec.&lt;br /&gt; Car notre jeune routard ne cesse de viser plus loin, d’abord Broome et ensuite les territoires plus ou moins édéniques de la région de Wreck Point où il partage quelque temps la vie des aborigènes. Rien pour autant, chez lui, du niaiseux rêvant du paradis perdu en se traînant d’anse en crique comme ce couple d’Italiens inconsistants auprès duquel il ne s’attarde guère.&lt;br /&gt; De fait, on le sent chercher « du vrai », et c’est auprès d’Augustus, genre grand fauve humain. A la fois sauvage et fou, encore en symbiose avec la nature et considérant d’autant plus amèrement l’avancée des nouveaux prédateurs de l’internationale vacancière, Augustus sera son initiateur, dont la dernière leçon consistera à disparaître après l’avoir renvoyé vivre sa vie de Napoléon (tel étant le surnom dont il l’a affublé) plein d’avenir…&lt;br /&gt; Ce qui est également pleine d’avenir, chez David Fauquemberg, c’est l’écriture. Prégnante, solide, dynamique, allante, concrète au possible et traversée d’une espèce de poésie émanée de la vie même que son verbe clair et dru transfigure, cette écriture est elle-même action. Les objets disent le dépotoir qu’est devenu ce monde où le coup de boule de Zidane retentit jusqu’au fond du bush, entre marinas de luxe et crocodiles aux aguets. Proche à la fois du Cendrars épico-tropical et du déprimé magnifique qu’est le Bouvier du &lt;em&gt;Poisson-scorpion&lt;/em&gt; et des fantomatiques îles d’Aran, David Fauquemberg est plus qu’un étonnant voyageur: un étonnant écrivain.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;David Fauquemberg. &lt;em&gt;Nullarbor.&lt;/em&gt; Höbeke, 187p&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>Correspondances</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
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                                                <pubDate>Sat, 10 May 2008 08:19:28 +0200</pubDate>
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                     &lt;p&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1426848357.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1008055&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/01/01/1426848357.jpg&quot; alt=&quot;1426848357.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008055&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/1262760653.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1008057&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/01/1262760653.JPG&quot; alt=&quot;1262760653.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008057&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;…J’oublie les noms, j’oublie les lieux et les heures, on n’est plus ici qu’un regard qui passe et qui accueille en passant, qui observe et qui aime, car observer c’est aimer disait quelqu’un d’autre qu’on aime, on note en passant, on passe sans se demander pourquoi tel événement de couleur ou d’assemblage, tel présent en devenir, telle chose que je vois ne m’appartient plus mais devient chose vue par tous notée dans la solitude et le silence de ce bord de canal ou la multitude et la rumeur de ce bar de nulle part...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/1862662928.JPG&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1008062&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/1862662928.JPG&quot; alt=&quot;1862662928.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008062&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/335884319.JPG&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img name=&quot;media-1008058&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/00/00/335884319.JPG&quot; alt=&quot;335884319.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1008058&quot; /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Images&lt;/strong&gt; : Fabien Clairefond , &lt;em&gt;Canal St Martin, quai de Valmy,&lt;/em&gt; aquarelle, 21x27cm ; JLK, &lt;em&gt;Au bord de l’Hérault&lt;/em&gt;, aquarelle ; Fabien Clairefond, &lt;em&gt;Femme en vert&lt;/em&gt;, aquarelle ; Thierry Vernet, &lt;em&gt;La tenancière du Schiedam&lt;/em&gt;, huile sur toile, 1988, 116x73cm.&lt;/p&gt; 
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                <title>Coups de dés et frontières</title>
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                <author>noreply@hautetfort.com (JLK)</author>
                                                <category>Livre</category>
                                                <pubDate>Fri, 09 May 2008 08:52:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/66842613.jpg&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-1006550&quot; src=&quot;http://carnetsdejlk.hautetfort.com/media/02/01/66842613.jpg&quot; alt=&quot;66842613.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1006550&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lettres par-dessus les murs (31)&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Amman, le 7 mai au soir, quand la connection internet ne marchait pas...&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Caro JLs,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 10pt; font-family: Arial&quot;&gt;Nous étions heureux de partir, ce matin, de quitter pour un moment ce pays et sa violence, et ses souffrances. Je ne sais quels livres emporter, c'est important un livre, même quand on n'est pas en prison ou perdu dans la neige. Ni Lorca ni Tchekhov, finalement ce sera Calvino, &lt;i&gt;Si par une nuit d'été un voyageur&lt;/i&gt;, et puis Tagore, &lt;i&gt;A quatre voix&lt;/i&gt;, et puis Markus Werner, &lt;i&gt;Langues de feu&lt;/i&gt;. Rien sur la Palestine en tout cas, je ne veux plus entendra parler de Palestine, je veux me nettoyer la tête. Et puis ce qui m'attend nécessite toute mon attention, c'est un voyage dans le temps, Amman, qui fut pour moi la découverte du monde arabe, il 