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15/10/2007

Le blues d’Alain Gerber

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Balades en jazz à travers une passion. Miles vient de paraitre
« Rien ne vaut l’enfance, une fois qu’on a été dispensé de jeunesse », écrit Alain Gerber pour qui l’enfance de l’art s’oppose pour ainsi dire à celle du premier âge, et dont la seconde naissance date de décembre 1958, lorsqu’un de ses profs de Belfort lui révéla soudain le jazz.
a4f70a41acef7395990e5385944ed1f2.jpg«Tout ce que l’enfance fait mine de vous promettre, mais vous refuse avec acharnement – par exemple la bienheureuse ignorance, l’irresponsabilité et son corollaire, le goût du merveilleux», précise-t-il, « tout cela et davantage, le jazz me l’a offert en même temps que je me délivrais d’un coup de mes illusions passées ».
A cette découverte, et surtout à l’aura mythologique de sa jeunesse de Vitellone belfortin, Alain Gerber a consacré ses deux premiers livres, d’un lyrisme rappelant celui de l’immense Thomas Wolfe (à ne pas confondre avec le Tom Wolfe du Bûcher des vanités), La couleur orange et Le Buffet de la gare. L’on y découvre notamment que le jazz fut pour le garçon, bien plus qu’une passion « parmi d’autres », l’expression la plus pure de toute une Amérique rêvée où les écrivains, de Faulkner à Hemingway, Scott Fitzgerald ou Ring Lardner, faisaient figure de personnages vivants autant que de révélateurs d’un « nulle part » plus habitable que l’ordinaire des jours.
« J’ai découvert au mois de décembre 1958, grace à Henri Baudin, The Man I Love de Miles Davis, Thelonius Monk, Milt Jackson, Percy Heath et Kenny Clarke, comme un chant tombé des étoiles, une eau lustrale versée sur moi du plus haut de la plus haute sphère, écrit Alain Gerber, qu’on sait l’un des plus grands connaisseurs français de la Chose. Pourtant ce n’est pas en spécialiste qu’il compose ces Balades en jazz : plutôt en amateur, au sens de celui qui aime. « J’ai tenté de faire croire le contraire (non sans un certain succès parfois, au oint d’en avoir tiré l’essentiel de ma subsistance) mais je n’ai jamais rien compris à cette musique, ou si peu ». Il dit avoir écouté The Man I Love des centaines de fois, sans en venir à bout. Autant dire qu’il parle du jazz comme d’un incompréhensible amour, dont le blues serait l’une des expressions les plus caractéristiques à cet égard, le blues qui « parle en images à ceux qui n’en comprennent pas les paroles ».
a4ed0eaf6d42ac64e9db3a00288a2701.jpgQu’on en se figure pas pour autant une passion pure entretenue les yeux au ciel, car le jazz a tantôt un « charme de gouttière » et tantôt une volubilité hugolienne (comme certaines pages de Gerber d’ailleurs, notamment quand il évoque le Chat qui pêche o ù il rencontre Stan Getz, son dieu tombé de son piédestal, pour un petit concert privé qui le marque à vie), tantôt se mue en confidence lancinante avec Chet Baker, qui vit sa dérive mortelle loin de nous et nous rejoint de sa double voix: « J’écoutais cette musique refaire le monde à son image, marcher toute seule quand la ville dort, marcher derrières les bruits de ses pas, traverser en dehors des clous, mêler son haleine au brouillard, ramasser les mégots de la nuit ».
Qu’il évoque New York ou les projections cinématographiques du jazz (plus que le Bird de Clint Eastwood, Honkytonk Man, où le jazz parle comme par allusion, au deuxième degré), les figures de Duke Ellington ou de Martial Solal, Louis Armstrong qui est un roman à lui seul (Alain Gerber l’a d’ailleurs écrit), du Paris jazzy de Henri Crolla, de John Lewis « minimaliste prodigue » ou de Kenny Clarke, parfait escort drummer qui « déteste les solos de tambour » mais habite le secret des dieux, Alain Gerber est essentiellement lui-même dans ces Balades en jazz, essentiellement écrivain, poète à sa façon de sanglier des Vosges, du genre vieux môme qui emportera ses jouets dans sa tombe vu que la mort, c’est connu, à un vieux faible pour le jazz.
Alain Gerber. Balades en jazz. Folio Senso (Inédit), avec une quinzaine de photos du meilleur choix, 141p.

Alain Gerber vient de publier un nouveau roman consacre  a Miles Davis, sous le titre de Miles, chez Fayard.

18:40 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, musique, jazz

30/09/2007

« Quand tu donnes je donne »

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 RENCONTRE Youssou N’Dour évoque son nouvel album, avant la présentation, à New York, de Retour à Gorée, le film  de Pierre-Yves Borgeaud qu’il a inspiré en mémoire de ses ancêtres esclaves.  

On le voit à l’écran dans Retour à Gorée, et l’homme est exactement le même au naturel, en jeans rapiécés dans le lobby de ce palace parisien : Youssou N’Dour est resté la simplicité même en dépit de sa gloire mondiale, de son « empire » et de son rôle emblématique dans la défense universelle des droits de l’homme. Très présent au Sénégal, il y a lancé au printemps 2007 une première mouture de son nouvel opus sous le titre d’Alsaama Day (« bonjour le jour », en mandingue), redéployé pour sa diffusion mondiale sous le titre de Rokku Mi  Rokka, signifiant « quand tu donnes je donne » en langue pulaar. La touche mauresque et peul est d’ailleurs accentuée par la présence de feu le guitariste Ali Farka Touré, alors que la chanteuse Neneh Cherry rejoint Yousou pour l’irrésistible Wake up sur lequel s’achève l’album, probable tube à venir…    

-          Comment présenteriez-vous votre dernier album à… un sourd ?

-          D’abord, je lui donnerais une carte du Sénégal pour lui expliquer la traversée des Peuls du sud à l’ouest et au nord du pays et lui montrer qu’en cette zone, partagée entre le Sénégal, la Mauritanie et le Mali, s’enracinent des musiques comme le blues ou le reggae. La danse pourrait lui faire voir ensuite ce que je raconte dans ce disque, qui remonte aux sources du rythme. La langue peut aussi être un obstacle à la compréhension de ce que je dis, comme la surdité, mais mon « message » passe d’abord par le rythme. Enfin, je dirais à « votre » sourd qu’il est beaucoup question, dans Rokku mi Rokka, de la vie de mon pays.

-          Pourriez-vous évoquer le dernier morceau de ce nouvel opus, intitulé Wake up ?

-          J’y parle, précisément, à mes frères Africains. En premier lieu, j’exprime la nouvelle réalité de L’Afrique qui se réveille et commence à parler : à parler d’elle-même et à se parler, entre Africains. En outre, j’y affirme que, par rapport au monde, l’Afrique n’a plus à se justifier d’être réduite au cliché d’un continent dévasté par le sida, la pauvreté et la guerre, mais doit se montrer fière de sa façon de percevoir le monde et de faire avancer les choses à sa façon, avec son énergie et sa joie de vivre.

-              Beaucoup d’artistes et d’écrivains africains sont déchirés, par rapport à leur pays d’origine, qu’ils soient en exil politique ou cherchent la notoriété en Occident. Est-ce pourquoi vous êtes resté au Sénégal ?

-          L’Afrique est un continent contradictoire, et beaucoup d’écrivains se sont expatriés pour fuir les dictatures et continuer d’exprimer l’opposition et l’espoir de leur communauté. Si j’ai eu la chance de pouvoir exporter ma musique, je ne l’ai jamais conçue hors de son environnement vivant. Il me semblait plus important de parler d’abord aux Africains, quitte à en devenir ensuite le porte-voix. Si je voyage beaucoup et trouve des sons ailleurs qu’en Afrique, celle-ci est ma vraie mesure : elle m’apaise. C’est là que j’ai mon cœur.

-          De là le côté « racines » de votre dernier disque ?

-          En fait, j’ai toujours été « roots », mais le fait d’avoir voyagé m’a sans doute aidé à mieux « sentir mes racines ». Je suis un griot, qui a beaucoup parlé jusque-là de la vie moderne. Mais à présent je trouve intéressant de remonter à nos sources.   

-          Dans le film de Pierre-Yves Borgeaud, ce retour se fait de façon plus large et profonde, aux sources de l’esclavage et du jazz. Qu’est-ce qui vous y a amené ?

-          C’est d’abord la rencontre avec le jazz, au Festival de Cully, à l’initiative de Moncef Genoud, et ensuite avec Emmanuel Gétaz qui voulait donner une suite aux concerts. J’ai pensé alors qu’il serait beau de faire ce voyage à la fois musical et historique aux origines du jazz. Avec Pierre-Yves, en lequel j’ai senti que je pouvais avoir confiance et qui était si discret avec sa caméra, nous avons vécu une aventure humaine magnifique et je suis content que le film rayonne et parle à tous  les publics, au-delà des amateurs de jazz. Je reviens à l’instant d’Angleterre où il a été très bien accueilli.

-          Quels personnages ont compté le plus dans votre formation personnelle et votre vision du monde ?

-          Le premier est Nelson Mandela, qui m’a beaucoup marqué et appris, à la fois par son combat politique et, lorsqu’il a laissé le pouvoir alors que tant s’y sont accrochés, par sa stature humaine, notamment dans sa lutte le sida. Peter Gabriel m’a aussi apporté énormément, autant pour son intérêt à ma musique que par son engagement au service des droits de l’homme, en me permettant de mieux incarner ces valeurs que je sentais en moi, représentant mon idéal humain.       

 

 

Youssou N’dour en dates

1959                       Naissance à Dakar, le 1er octobre. De religion musulmane, dans la tradition soufi.

1985                      Concert pour la libération de Mandela, auquel il consacre une chanson, au stade de l’Amitié de Dakar.

1994                      Succès planétaire de 7 Seconds, avec Neneh Cherry, (2 millions d’exemplaires).

1996                      Prix du meilleur artiste africain.

1998                      Musique du film d'animation Kirikou et la sorcière et de La Cour des Grands, hymne de la Coupe du monde de football disputée la même année en France.

1999                      Artiste africain du siècle.

2005                      Grammy Award pour Egypte, meilleur album de musique du monde. Youssou N’dour est ambassadeur de bonne volonté de l’Unicef et du BIT. Il a mis sur pied une maison de production, le studio Xippi, et le groupe de presse Futurs Médias.

2007                      29 octobre : sortie de Rokku Mi Rokka. Novembre : présentation de Retour à Gorée à New York.

Ci-dessus: la dernière porte, à Gorée, que passaient les esclaves.

Cet entretien a paru dans l'édition de 24Heures du 1er octobre 2007.

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22:50 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Musique, littérature

05/02/2007

Blues du Delta et environs

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Le nouvel opus d’Eric Bibb

Sa voix veloutée est profonde et belle, le son de sa guitare acoustique d’une musicalité aussi claire que l’instrumentation souvent originale de ses compositions, et dès Tall cotton, le premier morceau de ce nouvel album, Eric Bibb séduit par la touche d’authenticité de son blues frotté de folk. Proche du style Delta illustré par Taj Mahal, le fils du chanteur Leon Bibb (et filleul du légendaire Paul Robeson), fait partie des nouvelles figures du blues acoustique qui jouent sur l’intensité de l’émotion et la simplicité plus que sur les effets de rythme ou de décibels. Au demeurant, Eric Bibb ne se prive pas de prendre ici diverses tangentes, que ce soit dans un funk à la Stevie Wonder (Shine on), dans la romance de quasi crooner (So glad) ou la ballade bluesy (Diamond Days) très agréable certes mais aux angles un peu trop arrondis. Un blues plus âpre, résonnant comme un appel lointain, reprend ses droits sur un tempo plus vigoureux dans le splendide In my Father’s House, avant que Forgiveness is Gold ne module sa méditation douce à la Tracy Chapman. Très appréciable chose aussi, quant à l’interprétation, que la reprise du Buckets of Rain de Bob Dylan, pour conclure en beauté avec un blues mélancolique (Still livin’on) et le supplément (à voir aussi en clip vidéo) de Worried Man Blues.

Eric Bibb. Diamond Days. TelarcBlues

20:50 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Littérature, jazz

27/11/2006

Pépères sur la route

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Eric Clapton et JJ Cale réunis

Quand un nonchalant vieillissant de la guitare-broderie rencontre un maxi-relax de la guitare-dentelle, cela ne peut donner dans la frénésie, mais ce n’est pas vraiment ce qu’on attend de la rencontre des deux légendes du blues-rock réunies ici en studio, au son aussi « cool » que le bitume de la route d’Escondido (Californie) un après-midi de soleil mâchant son chewing-gum. On savait l’admiration de Clapton pour l’auteur de Cocaïne et d’After Midnight, qu’il a dignement défendus naguère, et c’est lui-même qui a pris l’initiative de cette rencontre au sommet… de moyenne hauteur. Du moins les deux « pattes », et les deux voix au même moelleux, se mêlent-elles agréablement au fil de ces quatorze compositions, dont JJ Cale signe la plupart.
Cela part avec un Danger sans risque, et la suite genre country-folk, avec Heads in Georgia et cinq ou six autres titres, reste fort sage et même lisse, avec de beaux moments tout de même (le solo frémissant d’Albert Lee sur Dead End Road, avec Taj Mahal à l’harmonica) pour rejoindre (dès Hard to Thrill) un blues-rock plus fusionnel qui trouve sa meilleure expression à la toute fin, avec Ride The River, d’un lyrisme country chaleureux où les deux voix et la paire de six cordes flambent doucement et sûrement, scellant une rencontre plus « historique » qu’inoubliable…
J.J. Cale et Eric Clapton. The Road to Escondido. Warner Music

16:30 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, musique

18/10/2006

Du charme et de la magie

medium_Barnes.JPGYesterday comes, d'Ilene Barnes

Sur la pochette de son nouveau disque, la grande (1m.88) Ilene Barnes porte un plastron d’armure médiévale qui lui donne un air d’amazone guerrière contrastant avec la sensualité féminine de sa pause, et les mêmes éléments antinomiques de douceur et de force se retrouvent autant dans sa voix de contralto oscillant entre l’aigu et le grave, le velours et la stridence, que dans le climat musical tout à fait singulier de cette chanteuse américaine.
Trois ans après Time, déjà très remarqué, les douze compositions de Yesterday comes charment par la suavité crépusculaire de leur atmosphère, qui n’a rien pour autant de diluée ou de fade. Amorcée tout en douceur, sur une ponctuation rythmique dont la monotonie incantatoire a quelque chose d’envoûtant, la balade se poursuit tantôt sur le ton de la romance soul rappelant de loin Nina Simone (notamment dans Day Dream ou Yesterday comes), avec des caresses qui peuvent griffer subtilement (comme dans le crescendo de Wolves cry), et tantôt dans des registres variés, entre les flamboiements lancinants à l’orientale (Blind folded), la modulation répétitive (Turtle’s song), le soupir bluesy à la Lady Day (My eyes are blue) le swing plus jazzy (Dandylion) ou des accents soudain vifs à la Tracy Chapman (The Riddle), verbe et musique fusionnant à tout coup dans une sorte de magie.
Ilene Barnes. Yesterday Comes. Nektar. En concert ce soir à Lausanne, aux Docks.

09:20 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Musique, littérature

30/09/2006

Zucchero poivre et sel

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  Il y a du crooner à l’italienne et du bluesman, du rocker trapu et du ciseleur de mots chez Zucchero Sugar Fornaciari, dont on retrouve toutes les facettes dans ce nouvel opus qui gagne « quelque chose de plus » à chaque écoute. De Fabrizio de Andrè à Vasco Rossi, en passant par Adriano Celentano, les chanteurs populaires italiens ont l’art baroque de brasser tous les genres en échappant à la taylorisation plate. Fly en est une nouvelle preuve, qui s’envole vigoureusement dès l’initial Bacco perbacco, puis rebondit souplement dans Un kilo aussi « latino » que la Salsa de Cuba libre. Si Zucchero, poivre et sel, apparaît tout seul sur la pochette, marcheur ou pianiste au milieu d’un désert poétique, et s’il évoque explicitement la mélancolie de l’âge plus que mûre dans Quanti anni ho, c’est évidemment avec une escouade de musiciens « top » et de choristes girondes à l’américaine qu’il peaufine cette galette savoureuse et somptueuse, avec plein de clins d’yeux aux sixties-seventies genre « nos plus belles années » mais sans gâtisme pour autant, comme en témoignent Occhi et son planant « flying away », ou le chaloupant Pronto et son « Miralo che bueno/Il Paradiso »…   Zucchero murmure enfin, dans Troppa fedeltà,  que « trop de fidélité le tue », mais ceux qui l’apprécient risquent fort de l’achever dans la foulée…

Zucchero. Fly. Polydor

22:01 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Littérature, musique

07/07/2006

L’aura de Tracy

medium_Chapman.jpgmedium_Chapman2.jpgTracy Chapman au Montreux Jazz Festival. Après les électrochocs d’Eels, la chanteuse a fait oublier la touffeur du Miles Hall pris d’assaut par 2000 fans.
Amorcée par une véritable charge de la cavalerie lourde avec, en première ligne des anguilles survoltées, un Everett à dégaine de trappeur barbu à lunettes de conquérant des sommets, soutenu à la mitrailleuse rythmique par un batteur semblant rescapé de la guerre de Sécession, la soirée vouée à Tracy Chapman aura rappelé, aux amateurs d’émotions fortes, que ce n’est pas forcément dans le déchaînement de décibels et les vociférations que réside la puissance de la musique. Ainsi le bref concert d’Eels, en dépit de quelques ballades relevant d’un blues-rock moins « hardeur », nous a-t-il semblé relever de la démonstration de force tournant à vide.
En contraste absolu, c’est sur une tonalité gospel, avec Say Hallelujah que Tracy Chapman, paraissant d’abord toute menue sur scène, en simple jean, annonce la « couleur » à la fois dense et grave, mais non moins « punchy » , d’une suite mêlant les compositions des deux derniers albums (Let it rain et le récent Where you live) aux morceaux plus anciens, entre autres « standards » revisités, comme ce fleuron de la musique folk américaine que représente The house of the rising sun, naguère illustré par Bob Dylan et The Animals, entre autres, qu’elle module en beauté avec une lenteur et une densité émotionnelle prenantes.
Si Tracy Chapman a découvert Montreux en son âge de teenager, ainsi qu’elle l’a rappelé avec humour, à une époque où elle n’avait pas les moyens de se payer un billet d’entrée au festival, c’est rubis sur l’ongle que son ticket avec le public s’est concrétisé mercredi soir en dépit du double désagrément de la salle transformée en étuve et de la diversion parfois bruyante d’un certain match suivi sur les portables…
Une fois encore, pourtant, la qualité musicale de son concert, qui associe intensément les musiciens (Joe Gore à la guitare, Quinn à la batterie et Kiki Ebson aux claviers), la pertinence et la beauté des textes et de la musique, enfin la grâce de Tracy Chapman auront fait de ce concert un moment privilégié.


06:05 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Littérature, musique, jazz

05/05/2006

Une clairière bluesy

Le miel poivré de Holly Williams
Elle est toute jeune et très belle, mais un accident de la route tout récent, dont elle a été victime avec sa sœur, la cloue actuellement à Memphis, toutes les dates de sa tournée européenne étant tombées du même coup. Faute de la découvrir sur scène, on ne manquera de se consoler avec son dernier album qui fait figure de vraie révélation dans le genre blues-folky et, plus précisément, dans la chanson américaine à texte qui va de Joan Baez à Tracy Chapman, avec un mélange de douceur romantique jamais mièvre et une qualité d’écriture et des atmosphères tout à fait personnelles. Comme le fille de Johnny Cash, la blonde Holly a de qui tenir puisque son grand-père n’est autre que le légendaire Hank Williams, figure mythique de la country et du style honky tonk.
Tout autre est celui de sa blonde petite-fille, dont les douze compositions réunies ici relèvent d’une veine plus intimiste et profonde, d’une simplicité comme voilée de mélancolie. La voix moelleuse de Holly Williams, les inflexions lancinantes de son interprétation (parfois soutenue au piano avec une parfaite délicatesse) et l’unité de ton de l’ensemble, échappant à la monotonie par la densité et le relief des textes, font de ce disque une sorte de clairière mélodieuse préservée du bruit du monde.
Holly Williams. The Ones we never knew. Universal

20:59 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (0)

11/04/2006

La brute bluesy

L’autre face de Steven Seagal  
Non ce n’est pas un homonyme ni un clone : c’est bien LE Steven Seagal, castagneur bas de plafond du cinéma d’action, s’imposant dans le monde du blues avec une pêche qui a déjà sidéré à la sortie de son premier album, Song from the Crystal Cave. Et c’est reparti pour un périple mêlant compositions originales et hommages aux légendes du genre, à commencer par Howlin Wolf dont le Red Rooster est de la meilleure barrique. Il faut dire que le crack de Memphis  s’entoure de pointures de non moins fameuses tailles, tels Bo Diddley et Koko Taylor, Ruth Brown ou Bob Margolin.
Le son de base de l’album est une splendeur, sans que son évidente référence aux « maîtres » de Steven Seagal, de Robert Johnson à Lightning Hopkins, entre autres Curtis Mayfiled ou BB. King ne fasse jamais resucée kitsch, tant les musiciens qui l’entourent boutent un feu du diable  à ses interprétations, entre guitares sonnant à la Hendrix et voix plus « soul ».
La voix de Steven Seagal est elle-même étonnante de plasticité, entre lyrisme feutré  à la Dylan (l’initial She dat pretty) et intonations plus « archaïques » dans telle bien belle reprise de Hoochie koochie Man de Willie Dixon.  
Avant la tournée européenne de ce surprenant transfuge, annoncée dès septembre à l’Olympia de Paris, avec une escale suisse le 17 septembre, cette galette est à savourer par tous ceux que le blues met k.o.
Steven Seagal & Thunderbox. Mojo Priest. EMI.

20:35 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (2)

15/02/2006

Folk-rock Memories

De Dylan à Otis Redding
Les sexas Joan Baez et Bonnie Raitt, entre autres, ne sont pas seules à broder encore sur le canevas du folk-rock en narrant leurs hauts faits à leurs petits-enfants: de plus jeunettes ont pris la relève, dont Susan Tedeschi est des plus talentueuses, avec un spectre vocal aussi expressif que nuancé, comme l’illustre Hope and Desire, qui vaut aussi par la qualité de son environnement musical.  
On pense d’ailleurs à Bonnie la Texane dès que Susan (qui a en revanche la dégaine physique de Joan, en tout cas pour l’arrondi du visage style madone de Woodstock) « attaque » le You Got the Silver des sieurs Mick Jagger et Keith Richards, sur un crescendo de belle amplitude. Deuxième remake « culte » de l’opus, après un Soul of man (Oliver Sain) également très bluesy: Lord protect my child d’un certain Bob Dylan, magnifique ballade que Susan Tedeschi recréé avec le même bonheur vocal, souvent proche de la soul. Dans la même fibre, avec une puissance (rappelant cette fois la plantureuse Alison Moyet) qui l’autorise parfaitement à s’y colleter, la voici qui nous ressuscite un splendide Evidence, puis un non moins flamboyante version du Security d’Otis Redding.
Aussi à l’aise dans la romance (Sweet forgiveness) que dans le blues-rock, Susan Tedeschi imprime à tout coup sa patte personnelle à ce bel album du souvenir revivifié… 
Susan Tedeschi. Hope and Desire. Verve/Universal

23:00 Publié dans Blues | Lien permanent | Commentaires (1)