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13/08/2016

Les mots qui tuent

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Lettres par-dessus les murs (69)


Ramallah, ce mardi 6 janvier.

Cher Jls,

Tu le sais, je ne suis pas venu ici pour étudier les mœurs de ces bons sauvages de Palestiniens, et je ne suis pas journaliste. Le hasard m'a mené ici, où j'ai simplement envie de vivre, comme tout un chacun – les difficultés de cette région ne m'ont aucunement attiré, j'en ai fait mon lot, comme on s'accoutume au froid sur les hauteurs de Montreux ou à la chaleur de Dhaka, avec la tristesse de voir qu'ici c'est l'homme qui rend la vie difficile, dans ce pays que la nature a épargné de ses rigueurs.
Entre deux manifestations, Ramallah garde son visage insouciant. Les passants profitent du soleil qui s'attarde, hier soir nous sommes allés au restaurant. L'endroit était plein, des Palestiniens en majorité. Certains étaient à la recherche d'un peu de chaleur humaine, pour échapper à leurs téléviseurs. D'autres sont assis là tous les jours, et s'inquiètent de Gaza comme je m'inquiète de la planète Mars. Un restaurant n'est rien d'autre qu'un petit échantillon d'humanité, avec sa beauté et ses faiblesses, et l'on retrouvera la même diversité sur les terrasses du bord de mer à Gaza, et c'est aussi cette humanité-là qui est bombardée aujourd'hui.
Je m'étonne de trouver tant de racisme, dans les commentaires de ceux qui veulent justifier l'action de l'armée israélienne. Si souvent, ces formules : Eux, les Arabes. They. N'ont fait que chercher ce qui leur tombe dessus. Sont responsables. Sont comme ci, sont comme ça. Vous voyez ce que je veux dire. Cannot be trusted. Si seulement vous saviez ! Islam, voile, intolérance. Tout ça. Je n'en dis pas plus. Etc.
Ce genre de phrases, vite lancées, pleines de sous-entendus, pas toujours finies, parce qu'elles ne peuvent pas finir sans révéler le noyau dur de l'ignorance. C'est effectivement douter de l'humanité des habitants de Gaza que de chercher à justifier toutes ces morts.
Evidemment le crime ne consiste pas seulement dans le présent de la tuerie. J'ai séjourné au Liban en 2002, une dizaine d'année après la guerre civile – et la guerre était encore peinte sur les immeubles, sur les murs rongés de balles, et la guerre était vivace, dans les mémoires, dans le cœur des gens. Les plaies qu'elle ouvre dans la terre et dans les âmes sont autrement plus durables que les plaies des corps, elles se transmettent de génération en génération.
J'ai appelé Zakaria hier. Zakaria est étudiant de français, il n'était pas chez lui, il rendait visite à la famille d'un cousin décédé. Pas d'électricité là-bas, ce qui signifie aussi : pas d'eau. Des convois humanitaires arrivent, avec de la farine en quantité, mais essayez de faire du pain sans eau. Chez lui ça va, me dit-il, mais une maison voisine a été touchée. Pourquoi cette maison-là ? Pour rien, il ne se passait rien dans cette maison-là, ils tirent partout, me dit-il, ils tirent au hasard. Je doute pour ma part que l'armée pilonne vraiment au hasard, mais que cela soit vrai ou non est d'une importance secondaire, ce qui importe est la perception de l'événement par la population… Nous n'avons pas parlé plus longtemps, l'énergie d'une batterie de téléphone est trop précieuse.
Lors de notre première rencontre, Zakaria me disait que les Israéliens n'étaient pas responsables de l'Occupation, même les soldats ne sont que des hommes, c'est leur gouvernement qui est en cause. Je me demande combien de temps le jeune Zakaria pourra tenir un discours aussi mesuré.
Pour finir : j'ai été touché, je ne saurais dire à quel point, par celles et ceux qui ont exprimé ici leurs encouragements, leur amitié, en une ligne ou deux. J'ai transmis cette solidarité à Zakaria, je lui ai parlé des manifestations. Il dit merci, plusieurs fois, merci.
Pascal

Ramallah47I.jpgA La Désirade, ce 6 janvier, soir.

Cher Pascal,
L’un des derniers messages arrivés sur ce blog fait état du mécontentement d’un amateur d’Art militaire, qui déplore qu’on parle tant des victimes civiles, morts et blessés, de Gaza, et si peu des opérations elles-mêmes - si possible, je présume, du calibre des roquettes tirées par le Hamas sur les villages israéliens, mais surtout (c’est quand même plus jouissif) du nombre de tanks et de bombardiers engagés par Tsahal, du dispositif de son artillerie, des procédures de nettoyage au sol et ainsi de suite. C’est vrai que nous oublions, entre belles âmes compatissantes, ces aspects si cruciaux et captivants de la stratégie appliquées et de la tactique mise en œuvre sur le terrain. L’explication de cet état de fait, à en croire cet amateur éclairé de technique martiale, ne serait autre que la féminisation de l’information, il vaudrait mieux dire plus précisément : l’hégémonie croissante des bonnes femmes (et des fiotes) dans les médias, dont on connaît la sensiblerie naturelle et l’angélisme pendable. Sacrées meufs et bougres de pédales humanistes. Décadence & co. Cannet be trusted too…
Ce que tu dis à propos de ces mots qui tuent, nous le vérifions tous les jours loin de la tragédie de Gaza, dans les conversations du café voisin et partout où il y a des hommes. Je sors à l’instant d’une représentation théâtrale du fameux Huis-Clos de Jean-Paul Sartre, dont la réplique « L’enfer, c’est les autres », pourrait choquer tirée de son contexte. Or ce que montre magnifiquement l’auteur, qui recoupe à tout moment la montée aux extrêmes de la violence décrite par René Girard dans son magistral Après Clausewitz (tiens, un stratège…), c’est comment un mot, un geste, un regard, et telle formule cristallisant la haine, ou telle formule lui boutant le feu, suffisent à créer cet enfer. Ce qui se passe ici entre trois personnages voués à se déchirer selon les mécanismes éprouvés du mimétisme attisé par l’envie, la peur et le rejet de l’autre, l’humiliation et le besoin de vengeance, schématise ce qui se passe depuis des années entre les Israéliens et les Palestiniens, notamment.
On a parlé ici des mots qui répondent aux armes dans un langage qui pourrait en délivrer. Mais n’oublions pas que les mots sont aussi des armes, et que la guerre ne demande qu’à éclater tous les jours au café d’â côté et partout où il y a des hommes…

Images: Pascal Janovjak, Chappatte

20:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : palestine, politique, culture

12/08/2016

Silence sur Gaza

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Lettres par-dessus les murs (70)


Ramallah, ce 4 janvier 2009, 14h.


Cher JLs,


Je viens de recevoir un mail disant que les bâtiments de l'opérateur Paltel viennent d'être touchés, à Gaza, ce qui implique des conséquences sur tous les réseaux de téléphonie fixe et mobile. Je ne sais pas si c'est vrai, d'ailleurs les journalistes occidentaux ne peuvent m'en apprendre plus, puisqu'ils ne sont pas autorisés à entrer à Gaza. Ce que je sais, c'est que nous n'arrivons pas à joindre nos amis ce matin.
Sur Haaretz, je lis que tous les téléphones portables des soldats israéliens ont été confisqués : on a compris, après Abu Ghraib, le danger de ces appareils. Al Jazeera a un correspondant sur place, nous verrons donc quelques images qui n'émaneront pas du service de presse de l'armée - les dernières que celui-ci nous a fait parvenir étaient sympathiques, tu as vu comme moi ces quelques courageux fantassins qui marchaient seuls dans le noir, comme si c'était ça, une incursion – des types armés de leur seul courage, qui marchent dans le noir.

Je me rappelle quand l'armée est entrée à Ramallah en 2006. Une « opération » un peu plus ample que celles qui ont lieu ici presque toutes les nuits. C'était en plein jour, vers midi, le téléphone sonne et je suis tétanisé parce que je ne comprends pas bien ce que dit Serena, parce que des sanglots coupent ses mots, elle s'est réfugiée dans une épicerie, derrière le comptoir, elle reprend son souffle, elle traversait le centre quand les gens se sont mis à courir, à se mettre à l'abri dans les magasins, elle les a suivi, les balles sifflaient – j'allume la télévision, la caméra d'Al Jazeera couvre le centre de la ville, et la place centrale est occupée par les blindés, des gens courent dans les rues adjacentes, des militaires épaulent, protégés par les portières des véhicules– par la fenêtre ouverte j'attends les rafales, et sur l'écran, avec un léger décalage, je vois le recul des fusils. La voix de Serena se calme, elle n'est pas seule dans l'épicerie, il y a le petit vendeur, fasciné, qui regarde par la fenêtre, et puis une femme, encore plus terrorisée qu'elle. Son mari est dans un centre commercial à quelques mètres, il lui conseille de la rejoindre, c'est plus sûr là-bas, alors elles prennent leur courage à deux mains et sortent, longent les murs, s'engouffrent là, pendant que je reste devant mon écran, que je lui fais part de ce que je vois, les blindés qui tournent en rond, des gens cachés derrière des poubelles, qui attendent, une cannette de coca qui rebondit sur un blindé, qui a eu cette inconscience, et c'est insupportable de voir les choses avec une telle netteté, sur l'écran, avec cette vue de haut, ce regard divin, et d'être complètement impuissant – mais au moins je peux deviner que le bout de rue où elle se trouve est déserte, et je peux lui décrire le mouvement des troupes, cent mètres plus loin, pendant qu'elle me décrit le peu qu'elle voit de la rue, des gens qui fuient, des adolescents qui s'approchent, qui veulent en découdre avec l'armée, des pierres à la main…
L'incursion a duré quatre heures, pendant quatre heures j'ai écouté les hélicoptères tourner, les rafales, par la fenêtre. La télé allumée, mon ordinateur sur les genoux. Serena me dit que dans le centre commercial les gens ont recommencé à faire leur courses… à la télé le bulldozer blindé a préparé la retraite, en écrasant les voitures garées au bord de la route, et l'armée est repartie.

Il n'y a eu que deux morts, ce jour-là. Va imaginer la terreur à Gaza. Le correspondant d'Al Jazeera vient d'en dire deux mots: privés d'électricité, les habitants n'ont accès à aucune information sur ce qui se passe au-delà de leurs murs. Ils n'entendent que le bruit. Cette nuit une journaliste de la BBC interrogeait depuis Jérusalem un homme réfugié dans sa cave, avec sa famille. La conversation fut coupée par une explosion - et l'on reste suspendu au silence, le silence comme une claque, même la journaliste n'a pas pu le combler, bouche bée. Et puis l'homme a pu parler à nouveau, c'est la maison d'à côté qui a été touchée, il parle de vitres brisées, de son père resté à l'étage, qu'il doit aller voir.
Maintenant c'est un type du conseil de sécurité des Nations-Unies qui apparaît à l'écran. Il redit la phrase : « la sécurité d'Israël n'est pas négociable ». J'éteins, c'est insupportable.
Pascal.

Panopticon99.jpgA La Désirade, ce 4 janvier, soir.

Cher Pascal,

Nous rentrions d’une grande balade dans la neige, L. et moi, lorsque j’ai pris connaissance des dernières nouvelles de Gaza, avant de lire ta lettre, à laquelle je n’aurai pas l’indécence de répondre, tant ce que je pourrais t’écrire serait dérisoire.
Au chapitre de la dérision, un ami m’a appris ce matin que Pierre Assouline, sur son blog de La République des Livres avait viré la référence du mien au motif que notre correspondance le contrarierait. Cela m’étonne à vrai dire, surtout de la part de quelqu’un que j’ai défendu à plusieurs reprises contre ses détracteurs, mais voilà ce qu’on me dit; et moi je réponds que nos lettres n’ont jamais donné dans l’agressivité partisane – tu ne fais que dire ce que tu vois et ce que tu vis, je te réponds en toute sincérité et sans attaquer aucune partie, juste fidèle à ma résistance envers toute forme de fanatisme. Comme Pierre Assouline n’a pas de compte à me rendre, je ne lui en demanderai pas et je maintiens sa référence au nombre de mes liens – chacun sa liberté.
Ce qui est sûr, au demeurant, c’est que je continuerai de publier tes lettres tant qu’elles ne risqueront pas de vous inquiéter, Serena et toi, et que j’y répondrai dans le même esprit.
Je pense à vous et à vos amis – à commencer par ceux qui se trouvent piégés à Gaza. Je vous embrasse très fort.
Votre Jls

Images: Philip Seelen

11/08/2016

Pour une année d'embellie

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Lettres par-dessus les murs (70)

Ramallah, ce 31 décembre 2008.

Caro,

Je me demande si on ne nous vend pas le "retour du religieux" en Occident comme on nous vend la menace terroriste… Je ne nie ni l'un ni l'autre, mais c'est leur ampleur dont je doute. En France le nombre de baptêmes ne cesse de diminuer, le pape ne fait plus recette sur TF1, qui a annulé la diffusion de ses voeux de Noël… ce retour n'est-il pas dicté par l'idéologie du "clash des civilisations", n'est-il pas un simple regain d'intérêt politique et intellectuel ? Je partage avec joie cet intérêt, mais s'agit-il là du même Dieu qui voyait chacun de mes gestes d'adolescent, qui fermait un oeil sur mes attouchements nocturnes, qui guidait toutes les décisions de ma vie ? Ca fait longtemps que je n'ai pas vécu en Europe, tu parleras mieux que moi de la réalité quotidienne de la spiritualité.

En fait, ma négation sans doute exagérée du rôle de la religion en Israël venait d'abord en réaction à ce rêve de Soler, qui imagine qu'il suffirait qu'un Juif se dresse et proclame l'absence de Dieu et l'inanité de la notion de peuple élu pour mettre fin au conflit. C'est méconnaître la complexité de la société juive, en Israël et ailleurs, que d'imaginer un peuple soudé à la pensée unique (l'image d'une solidarité sans faille ouvre d'ailleurs vite la voie aux théories du complot), et c'est ignorer le nombre grandissant de voix juives qui expriment leur désaccord avec Israël (Spielberg avec Münich, pour n'en citer qu'une, d'envergure...). On mesure mal les conséquences de ces catégorisations hâtives, qui ne servent qu'à diviser davantage.

Des journalistes italiens ont contacté Serena, pour en savoir plus sur la situation à Gaza. Elle leur a donné le numéro du docteur Aed. Un quart d'heure plus tard Serena l'appelle, lui demande des nouvelles de l'interview : il n'y a pas eu d'interview, les journalistes l'ont bien appelé, mais ils lui ont gentiment raccroché au nez. Ils voulaient le témoignage d'un Italien, pas d'un Palestinien.
J'imagine que c'est par souci d'objectivité? Un Palestinien reste un Palestinien, quelque soit son âge, sa formation, son parcours : il est partie prenante, il ne peut que donner un témoignage biaisé. Comme s'il y avait quoique se soit à biaiser quand les blessés s'entassent dans les hôpitaux, qu'est-ce qu'on peut bien vouloir exagérer, insister plutôt sur les opérations sans anesthésie, sur les amputés qu'on trimballe en voiture privée, les heures d'attente à la frontière égyptienne, pour les plus chanceux ? Insister sur la mort plutôt, les enterrements collectifs à la va-vite, sous les bombes ? Qu'aurait-il pu biaiser, exagérer, ce bon docteur Aed ?
Ils auraient aimé parler à un Italien... ces journalistes ne parlent peut-être pas anglais (plus rien ne m'étonne de la part des journalistes). C'est peut-être ça la raison. Mais le seul Italien à Gaza est cet enragé de Vittorio, arrêté en mer, emprisonné, déporté, et voilà Popeye de retour à Gaza, arrivé en clandestin sur un bateau clandestin, et le militantisme de Popeye n'en fait sans doute pas un témoin plus objectif que le docteur Aed, mais de toute façon il est occupé à donner son sang quelque part, alors tant pis. Les journalistes recopieront gentiment les dépêches AFP, ils rajouteront un détail ou deux pour faire couleur locale, un peu de ciment dans la rue, un peu de fumée dans le ciel, une touche de rouge ici, une tache de feu par là, quelques loques, quelques visages barbus, voilés et effarés...
En fait je crois que c'est exactement pour ça qu'ils n'ont pas pris le témoignage du docteur Aed, parce qu'un Palestinien de Gaza doit être un objet, mourir sous les bombes, ou brandir une kalachnikov, ou porter un cercueil drapé de vert, voilà ce qu'est un Palestinien. Or voici un Palestinien imberbe, à la voix grave et posée, qui parle un bel anglais teinté du russe de ses études moscovites… On dirait presque un Israélien ma parole, où va-t-on, l'auditeur n'y comprendra plus rien, le téléspectateur non plus, les téléspectateurs ne sont que des veaux, on le sait, il ne peuvent comprendre que les clichés et les images reçues, et tant pis si celles-ci contribuent à fragmenter le monde. Heureusement qu'il nous reste encore quelques bons médias... en voici un : http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2008/12/30/consensus/
J'aimerai y voir figurer l'annonce d'une trêve, et que l'année nouvelle commence avec un peu d'espoir…
Je te la souhaite très belle, ainsi qu'à tous les lecteurs de nos lettres.

Pascal

Ramallah7.jpgA La Désirade, ce 31 décembre, midi.

Cher vieux,
En ce qui concerne le retour du religieux en Occident je partage ton scepticisme, pour autant qu’on s’entende sur le sens du religieux, et sur le Dieu dont on parle. Je ne crois pas non plus à la réalité d’une conspiration mondiale cohérente du terrorisme, pas plus qu’à la réalité du fameux Choc des civilisations, bel argument pour les bellicistes de l’Axe du Bien. La réalité quotidienne de la spiritualité en Occident ? Je ne crois pas qu’on puisse la mesurer à la fréquentation des églises, pas plus qu’au nombre des vocations en chute libre ou à la désaffection du Vatican à TF1… Les églises ont-elles le monopole de la spiritualité ? Sûrement pas, et moins encore dans les pays riches ou préservés de la guerre. Est-ce à dire que ceux-ci perdent leur âme ? D’aucuns prétendent que la jeunesse actuelle n’a plus le sens de la transcendance, mais la jeunesse que je connais continue de se poser des tas de questions. Au reste, j’ai horreur des généralités, surtout lorsqu’elle procèdent de préjugés ou de fantasmes.
L’idée de Jean Soler, qu’il suffise de supprimer Dieu pour rétablir la paix entre les hommes, est précisément un fantasme de bel esprit positiviste à la française, pour qui toute « mystique » relève d’une sorte d’obscurité « asiatique ». Mais revenons plutôt à la complexité du monde, comme tu le proposes.
Ce que tu dis de l’expérience de Serena avec les médias est significatif, ô combien. En te lisant, je me suis reproché d’avoir recyclé, dans notre lettre précédente, l’image de cette espèce de « sainte famille » palestinienne, me rappelant la fuite de Yéhoshua et de ses parents telle que notre catéchisme l’a illustrée. Si cela t'a choqué, je te prie de m'en excuser. Cette image a fait la Une de 24 Heures, cristallisant bel et bien une réalité-choc lié à des événements dramatiques que nous ne vivons pas, journalistes ou lecteurs, qu’en vampires assoiffés de sang. Les dérives en la matière sont incessantes, mais tout ne va pas dans le même sens que dans les médias sous contrôle. Aureste, les lecteurs ne sont pas des moutons, et ta réaction, ton témoignage, rejoignent les réactions et les témoignages de journalistes qui ne se contentent pas d’être des prédateurs ouz des manipulateurs. Je pense au travail sur le terrain d’un Anne Nivat, en Tchétchénie ou en Irak, entre autres, ou d’une Florence Aubenas, et de leur façon commune de s’identifier au commun des mortels, en femmes réalistes et courageuses, entre autres témoins honnêtes et courageux.
Quant à la trêve que tu appelles de tes vœux, qui ne pourrait l’espérer avec toi, sans se bercer d’illusions pour autant ? Or il ne semble pas, aux dernières nouvelles, que l'appel de Kouchner soit suivi du moindre effet. Mais à ce point, nous autres qui vivons loin du drame ferions bien de ne pas « trop en faire » en matière de solidarité incantatoire et de cœurs brandis.
Ce que tu vois et décris, en revanche, me semble d’un apport notable pour chacun. Merci d'y associer aujourd'hui un artiste de Gaza.
Nous serons ce soir en trio familial + le chien Fellow pour passer, dans notre petit cercle aimant et privilégié, d’une année à l’autre – que nous vous souhaitons, à vous deux et à vos parents et amis, toute belle et bonne.

Jls

Images : Ibrahim Mahmoud Mozain, artiste à Gaza. Youssou, l'oiseau fétiche de ces Lettres par-dessus les murs...

 

10:04 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : palestine, politique

Gaza vu de Ramallah

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Lettres par-dessus les murs (69)

Ramallah, ce 29 décembre 2008.

Cher JLs,
Merci pour cette citation de Jean Soler. Ne pouvant lire l'ouvrage entier, je ne peux que discuter les quelques lignes que tu m'envoies – j'aime le ton catégorique et inspiré de l'auteur mais je partage ton avis, il réduit la religion au fanatisme, et semble ériger la foi en cause majeure de nos souffrances – c'est injuste, et c'est aussi donner trop d'importance à la religion, qui n'est somme toute qu'un des multiples outils du mal : un drapeau que l'on brandit pour rallier les troupes, marquer l'identité, justifier la haine.
Soler est sans doute trop athée, ou peut-être pas assez, s'il est incapable de penser sans Dieu… Dans les massacres auxquels nous assistons, je ne vois pas la main de Dieu, pas plus que je ne crois au pouvoir politique des rabbins ou à la soi-disant conspiration évangéliste qui aurait à elle seule permis l'occupation américaine en Irak. Ici en tout cas la religion n'est qu'une composante, primordiale d'un point de vue historique, mais secondaire politiquement parlant, dans une société israélienne où les convictions sont aussi diverses que la provenance des habitants. Soler s'attaque à une minorité.
Bien sûr la notion de peuple élu contient la guerre en germe, mais encore faudrait-il que les juifs d'Israël croient véritablement en cette élection pour y voir le moteur de leur politique d'Etat, et ce n'est assurément pas le cas : d'abord parce que le mythe d'une origine commune ne fait plus guère illusion, ensuite parce que cette rhétorique biblique ne parle plus aux nouvelles générations.
Plutôt que d'élection divine, on pourrait parler des élections parlementaires à venir : les divisions israéliennes elles-mêmes expliquent en grande partie l'ampleur des bombardements de Gaza. Le Likud de Netanyahu est en avance dans les sondages, le gouvernement en place veut renverser la tendance, et ce n'est pas la première fois qu'on utilisera des bombes pour gagner des élections… l'Histoire se dessine moins selon de grands principes religieux qu'au hasard des petites ambitions personnelles, ce qui est d'ailleurs autrement plus inquiétant.
Que faire alors du repli identitaire qui touche ce pays, de cette peur collective qui justifie toutes les agressions ? Là encore, je vois moins le signe de la foi à défendre que la volonté larvée qu'a chacun de protéger son pré carré, son territoire personnel, ses petits avoirs. Une obsession sécuritaire qui fait trembler le monde entier (ou en tout cas le "nord" du monde, qu'il s'agisse d'un épicier européen, d'un nanti de Delhi ou d'un expatrié à Ramallah), une obsession sécuritaire qu'Israël, en vertu de son histoire particulière et encouragé aujourd'hui par les phobies américaines, a désormais hissé au rang d'idéologie nationale. "Zecurrity", c'est le mot qu'on entend sans cesse en Israël, et c'est bien plus qu'une justification pour fouiller votre sac à l'entrée d'un restaurant - c'est une Weltanschauung. On serait étonné de voir combien d'Arabes israéliens s'y accommodent, dont les enfants parlent d'abord hébreu, et qui pour rien au monde ne voudraient partager les conditions économiques de leurs cousins de Cisjordanie…
Bien entendu on ne saurait évacuer la religion de ce conflit, mais je crois qu'on assiste ici à un changement de paradigme, très inquiétant par ailleurs : si la religion garde toujours une face lumineuse, en dépit de ses dévoiements, il n'en va pas de même pour l'égoïsme érigé en morale.
Bien à toi,
Pascal

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A La Désirade, ce 30 décembre, soir.
Cher Pascal,

Ta réponse m’a beaucoup intéressé, d’abord parce que tu vis le conflit de l’intérieur, ensuite parce que tu es dans la trentaine. Il m’a semblé à première lecture que tu minimisais le rôle néfaste de la religion dans la montée aux extrêmes de la guerre, pour relativiser les propos radicaux de Jean Soler, qui est lui-même, soit dit en passant, beaucoup plus nuancé et complet dans son approche que ne pourraient le faire croire les citations que j’ai tirées de La violence monothéiste. Ce qu’il montre bien, cependant, dans la chronique des échecs successifs du règlement du conflit, comme en ce qui concerne l’Irak – et quand bien même les cyniques n’y croiraient pas -, c’est l’importance majeure, pour la cristallisation de l’Hybris des peuples et des nations, de quelques images-force ou de quelque slogans-force relançant une mission universelle d’essence divine . Ces clichés et ces formules peuvent nous paraître simplistes, et les cyniques au pouvoir sont encore moins dupes que nous, mais il serait aussi simpliste de n’y voir qu’une rhétorique « bonne pour le peuple », dans la ligne d’interprétation réductrice et méprisante qui voulait que la religion fût «l’opium du peuple». Bien entendu, je comprends que tu ne voies pas trace de «main de Dieu » dans les massacres actuels, et sans doute les vrais extrémistes sont-ils minoritaires. N’empêche, et c’est un autre argument-force de Soler, que la petite Weltanschauung sécuritaire que tu évoques, qu’on peut rapporter au seul souci du bien-être généralisé d’une majorité d’Occidentaux, ne saurait faire le poids, aujourd’hui, par rapport à l’idée-force, essentiellement religieuse, que la vraie vie n’est pas la vallée de larmes de cette existence, mais une autre à venir, qui vaut tous les sacrifices pour un désespéré, et qui donne aux chefs religieux un pouvoir spécial, et aux mythes fondateurs une fonction durable.
Tu es d’une génération qui a envie de tourner la page, et comme je la comprends, après les monstruosités commises au XXe siècle au nom d’idéologies mortifères. L’an tout prochain, l’affreux Bush, dont la bigoterie providentialiste n’est pas qu’un gadget, cèdera la place à Barack Obama, et pendant ce temps les politiciens israéliens, comme tu l’as bien souligné, font le ménage. De tout mon cœur je souhaite une vie meilleure aux Palestiniens, en espérant que les hommes de bonne volonté de toutes les parties – et Dieu sait qu’il y en a – triompheront de l’invisible main du Mal.
Je viens de lire La Haine de l’Occident de Jean Ziegler, dont le fil rouge est précisément le double langage des nations chrétiennes prônant le bien à travers l’Histoire, au nom du Tout-Puissant , et continuant de confisquer le mot « humanité » pour leur seul profit. Je sais bien que mon ami Ziegler a cautionné lui-même des régimes pourris, comme je sais que l’Autorité palestinienne à son lot de casseroles aussi sales que les consciences corrompues de moult dirigeants israéliens. Mais Ziegler se dit aussi croyant, chrétien, convaincu que le Christ nous engage du côté des humiliés et des offensés.
Je reviens enfin à Jean Soler qui écrivait il y a quelques mois : «Aujourd’hui que les Israéliens font semblant de négocier avec les Palestiniens pour ne pas déplaire à Bush, qui aimerait se prévaloir d’un succès diplomatique pour compenser le fiasco irakien, avant de quitter ses fonctions, un membre de la délégation palestinienne (au sommet d’Annapolis de novembre 2007) a déclaré : « Nos approches sont complètement antithétiques. La notre consiste a partir du droit international et des frontières de 1967 (avant la guerres des Six-Jours, il y a quarante ans !) et à négocier, sur cette bas , quelques arrangements. Celles des Israéliens consiste à partir des faits accomplis sur le terrain. Ils disent que le droit international n’a reien à voir avec notre conflit. Ils affirment qu’ils ont un titre de propriété sur Eretz Israël (la « terre d’Israël » dans sa définition biblique, on dit aussi : le Grand Israël), qu’il ne s’agit pas de nous rendre des territoires mais de nous en donner »…
Tu sais bien mieux que moi, cher Pascal, ce qui a fait le jeu du Hamas, au dam des Palestiniens. Jean Soler rappelle encore, en citant ses sources, qu’ environ 500 Palestiniens ont été tués entre le sommet d’Annapolis, en novembre 2007, et le mois d’août 2008. Au cours de ces huit mois, on a vu le triplement des permis de construire aux colons et l’augmentation de 8% des checkpoints. « Ce qui signifie que les autorités israéliennes n’ont absolument rien entreprise sur le terrain pour faciliter la création d’un Etat palestinien qu’elles appellent de leurs vœux et que la mainmise sur la Cisjordanie s’est accentuée »…
Mais je me répands alors qiue tu aurais tellement plus, toi, à dire de ce que tu vois et de ce que tu vis là-bas en ces jours terribles...

Merci, cher Pascal, de nous donner de tes nouvelles.
Je pense beaucoup à vous deux et à vos amis.

Jls

Images: Eyad Baba, Philip Seelen.

09:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : politique, palestine, religion

10/08/2016

Les enfants de Gaza

 

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Lettres par-dessus les murs (68)

 

Ramallah, ce samedi 27 décembre.

 

Caro,
Je travaille sur mon site, il paraît que c'est utile, d'avoir une carte de visite en ligne, alors j'aligne tranquillement les images et les mots, et puis la voix de ma douce, qui me dit qu'il y a 150 morts à Gaza. Elle dit ça comme elle aurait dit qu'il allait pleuvoir, ou que la voisine est passée ce matin, de l'air le plus détaché du monde. Ou plutôt, je l'entends ainsi. Ou plutôt, j'aimerais l'entendre ainsi. Surtout ne pas laisser aux mots le temps de diffuser leur sens, ne pas les laisser charrier leurs images de corps et de gravats, les images stéréotypées de la télévision, mais elles passent quand même, il faudrait refaire barrage maintenant mais c'est déjà trop tard, apparaissent collées à elles les images plus personnelles que j'ai de Gaza, la ville, le port, les amis, et l'inquiétude de ne savoir si ces images sont encore valides, quelle est l'ampleur du décalage, à quoi ressemblent maintenant la ville, le port, les amis, où est-ce que les bombes ont frappé, est-ce que les bombes ont détruit ces images-là ? Sami est sain et sauf, il rejoindra sa famille dans le nord,  s'il le peut. Un ami photographe coincé à Erez nous dit qu'il n'a jamais vu le ciel aussi noir, de l'autre côté du mur. Il aimerait aller plus avant, se glisser sous le noir du ciel, faire son travail, témoigner - mais le terminal d'Erez est fermé, normal : c'est shabat. Je ne me demande plus pourquoi les employés du terminal ne travaillent pas le samedi, tandis que les pilotes des F16 semblent besogner à bras raccourcis, eux... je suis souvent étonné de voir comment la religion, tellement rigide lorsqu'il s'agit de combattre l'hérétique, de défendre ses intérêts et ses territoires, comment cette religion se plie avec grâce aux petites exigences de la guerre. Les lanceurs de roquettes n'ont pas chômé non plus, hier vendredi, et sont-ils allés à la mosquée, avant ? Les courageux combattants ont tué deux petites Palestiniennes, mauvais réglage du tir, on ajuste et on recommence, allez. Il y a bien longtemps que les dommages "collatéraux" n'intéressent que les associations des droits de l'homme.

religion,politique,palestine

J'étais au Bangladesh quand la guerre en Irak a éclaté. C'était un jeudi, je m'en souviens parce que j'étais censé animer une soirée musicale à l'Alliance Française, le jeudi c'était fête, on servait de l'alcool au café, on dansait... ce jeudi-là je n'avais pas vraiment envie de danser ni de faire danser, mais à l'Ambassade on trouvait qu'une guerre n'empêcherait personne de boire un verre, alors je me suis retrouvé devant mes manettes de disc-jockey, la guerre dans l'âme, et j'ai commencé avec Rock around the bunker, de Gainsbourg,
il tombe   des bombes   ça boume   surboum   sublime
des plombes   qu'ça tombe   un monde   immonde   s'abîme…

 

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Ils avaient raison, à l'Ambassade : la guerre n'a pas empêché les gens de danser, et ils avaient deux fois raison : il ne fallait pas se priver de ce moment, malgré cette guerre, là-bas, et malgré les enfants qui dormaient dans la rue, un peu plus près, et malgré tous les autres malheurs du monde, parce qu'on n'en finirait pas : si tu ne peux rien faire contre, fais autre chose, mais fais – c'est aussi ce que je retiens des dernières lignes de Personne Déplacée. Je vais donc continuer à travailler sur mon petit site, cette lettre envoyée... Mais ce soir nous irons manger chez Benoît et Rawan, au lieu de sortir comme prévu, parce qu'en ville tout sera fermé.

Le salut et nos meilleurs voeux (sans ironie aucune),
Pascal

 

Haddad4.jpgA La Désirade, ce 27 décembre, soir.

 

Cher Pascal,

 

Ma mère aurait eu 92 ans aujourd’hui et, sept ans après avoir été terrassée par une attaque cérébrale,  la lecture de ta lettre l’aurait confortée dans sa conviction que le monde des hommes devient de moins en moins fréquentable et qu’il vaut mieux, en conséquence, se limiter à la contemplation de la nature…

Pour ma part, je me contenterai de te recopier ceci dans un livre que je suis en train de lire et d’annoter, intitulé La violence monothéiste et signé Jean Soler.

« Aussi longtemps que l’Etat d’Israël n’acceptera pas de rentrer dans le rang de la communauté des nations, et préférera s’enfermer dans un ghetto entouré de murs, conformément à l’idéologie biblique qui exigeait la séparation d’avec les goyim et l’auto-ségrégation fondatrice de l’identité du peuple, aussi longtemps que les Israéliens refuseront de considérer les Palestiniens comme leurs égaux, une vie arabe valant une vie juive, et laisseront un grand rabbin, Ovadia Yossef, les traiter de « serpents », en ajoutant : « Dieu a regretté d’avoir créé les Arabes », ou un quotidien populaire, le Maariv, donner la parole à un autre rabbin qualifié de «savant » (...) pour qu'il dise : « Les Arabes sont plus proches de l’animal que de l’humain » - ce qui est d’autant moins admissible que 20% des citoyens israéliens sont arabes, l’avenir de l’Etat juif ne sera pas assuré. Tout le reste n’est que propagande ».

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Pour faire bon poids, Jean Soler rappelle ce que furent, dans l’Histoire, les massacres imputables au Dieu unique sous ses trois «visages», de l’extermination des Cananéens, entre autres, perpétrée au nom de Yahvé, à l’extermination des Chrétiens lors de la première croisade musulmane, jusqu’à l’extermination des hérétiques, des Indiens et autres « animaux », cautionnée par l’Eglise  très chrétienne au nom du Dieu unique…

Jean Soler ne minimise les responsabilités d’aucune des trois paries continuant, aujourd’hui de s'entretuer, de Bush à Ben Laden ou aux faucons israéliens, mais puisque nous parlons des enfants de Gaza, je te citerai encore ce « rêve » qu’il formule, de voir un jour se lever un Juif d’envergure qui tiendrait ce discours à ses coréligionaires d’Israël et du monde entier :

         « Amis Juifs, il y a un temps pour planter et un temps pour arracher le plant» dit l’Ecclésiaste. Le temps est venu pour nous d’arracher nos illusions pour faire preuve de lucidité.

         « Nous devons renoncer solennellement et pour toujours aux fables d’un peuple élu, d’une Terre promise, d’un Livre sacré. D’un Dieu unique. Non seulement l’histoire a montré depuis trois mille ans que ces fables ne sont que du « vent », pour parler comme l’Ecclésiaste, mais d’autres peuples se les sont appropriées et les ont retournées contre nous. Des goyim ont prétendu qu’ils appartenaient à un peuple élu, qu’ils avaient reçu de Dieu une mission, ou qu’ils détenaient un livre révélé – comme le Coran que les Islamistes utilisent pour nous tuer. Parce que nous utilisons notre Livre, disent-ils, pour tuer des musulmans.

« Puisque c’est par nous que tout a commencé, c’est par nous que tout peut finir. Si nous affirmons d’une seule voix, comme un seul homme, qu’il ny a pas de Dieu et donc pas de peuple élu, de terre promise, de livre sacré, nos ennemis n’auront aucun argument pour eux, ni aucune arme contre nous ».

Le « rêve » de Jean Soler de supprimer Dieu est d’un homme des Lumières – d’un athée français qui réduit par trop, à mes yeux, la religion à ses pires aspects. L’extrémisme religieux est certes une peste, mais on a vu ce que fut l’extrémisme révolutionnaire, de la Terreur au Goulag, et la Shoah ne fut pas ordonnée par un Dieu unique. Les livres sacrés sont aussi, dans toutes les traditions, porteurs de sagesse lentement conquise et acquise, de beauté, de bonté et d’espérance.

Dans la pensée des enfants de Gaza, amis, je vous embrasse. Jls.

 


Jean Soler, La violence du monothéisme. Bernard de Fallois, 476 p.
Images : Port de Gaza, par Pascal Janovjak

 

09/08/2016

Pères, fils et amis au pied du mur

Panopticon134.jpg 

 

Lettres par-dessus les murs (67)

 

Ramallah, ce 19 décembre 2008.

 

Cher JLs


Je lis ces jours un petit Poche que tu connais peut-être, Personne déplacée, entretien d'un Vladimir Dimitrijevic avec un Jean-Louis Kuffer. Tu y as fait allusion sur ce blog et il n'a plus besoin de publicité, bien qu'il y aurait beaucoup à dire sur la qualité de l'écriture, qui transforme des bribes de conversations privées en un récit d'ample portée – et l'intérêt de sa réédition, dans l'écart qui sépare une préface gentiment admirative d'une conclusion qui porte la cicatrice des désaccords et la grandeur de l'amitié vraie.

Si je le mentionne aujourd'hui, c'est à cause du trouble que j'éprouve en lisant ces premières cinquante pages, qui sont comme l'écho terrifiant de ce que me racontait mon père, quand il parlait de ses jeunes années sous l'occupation soviétique. Les hommes sont différents, mais c'est la même oppression que je lis, de Belgrade à Bratislava, la même douleur de ces adolescents qui subissent les conséquences du courage de leurs pères – troublantes coïncidences qui vont  jusque dans le détail de ces professeurs, discrets complices, qui osaient par une remarque redonner courage aux élèves qu'on avait d'emblée relégués au rang des ratés, en vertu des « crimes » familiaux. Et puis la surveillance constante, la délation gratuite, la même rhétorique du bien commun et les mêmes expropriations, les interdictions, l'emprisonnement, l'étouffement. Et les mêmes doutes, les mêmes arrachements à l'heure de quitter le pays aimé, et bien que la fuite de Dimitri soit particulièrement haute en couleur, c'est toujours la même peur, au moment de passer les poste-frontières, quand on porte sur soi des papiers pas bien en règle. L'arrivée en Suisse enfin, le même éblouissement, les mêmes poches vides, le même espoir, les cauchemars… Dimitri rêve :
« J'arrivais dans un hôtel tout pareil à celui où je me trouvais, et comme j'inscrivais mon nom sur le registre, je vis les lettres se détacher de la page et tomber, comme si elles étaient de métal. Or cela symbolisait exactement le sentiment que j'avais à ce moment-la de ma vie, comme ossifiée et pétrifiée. J'avais l'impression d'être dissocié. »

Douze ans plus tard, mon père réussissait à son tour à passer les douanes et les barrages, avec une petite valise en cuir pour toute possession. La première nuit qui suit sa fuite, il rêve aussi... Il est à Bratislava, avec sa valise. Il n'a pas pu sortir du pays. Il est dans un tramway, seul dans le wagon, c'est l'aube. Sans raison, le tram s'arrête sur le Stary Most, le vieux pont, il est coincé au-dessus du Danube. C'est un piège. Il voudrait s'enfuir, il lutte avec les poignées, les portes restent closes. Sa peur finit par le réveiller, mais il se réveille dans le tram, ce n'est pas un rêve, on va l'arrêter d'une minute à l'autre. Sa valise est pleine de livres interdits par le régime, il doit s'en débarrasser, jeter cette valise, après de vains efforts il parvient à entrouvrir une des lucarnes allongées du wagon, mais la valise ne passe pas, elle est trop épaisse, il la pousse avec l'énergie du désespoir mais elle ne passe pas, et ils se rapprochent.
Alors mon père se réveille, en sueur dans le lit d'une chambre inconnue, désorienté. Il se jette à la fenêtre. Aucune enseigne n'est là pour le renseigner, la ville est encore endormie, il ne distingue pas les plaques des voitures garées trop loin. Et puis une sonnerie de tram se fait entendre, un tram apparaît au fond de l'avenue. Un tram vert, un tram suisse, mon père est bien en Suisse, dans la petite chambre qu'il a louée la veille, dans un hôtel du Spalenring, à Bâle.

 
Inévitablement, je ne peux que me demander le rôle que jouent ces histoires dans ma propre expatriation, et quelle ironie m'amène aujourd'hui dans un pays occupé, truffé de contrôles identitaires et d'histoires de personnes déplacées… Pour l'heure j'aimerais te remercier, personnellement, pour ce livre. 
Pascal.

 

A La Désirade, ce 21 décembre 2008.

 

Dimitri3.JPGDrogy Brat,

Ta lettre m’a beaucoup ému, me rappelant tant de souvenirs bouleversants. D’abord à propos des heures de nos conversations enregistrées. Les moments où Dimitri, se rappelant les épisodes de la guerre, se taisait soudain, la gorge nouée, incapable de parler, les yeux pleins de larmes. Les premiers cadavres, couverts de fleurs, qu’il a vus dans la rue. Les mots de ce prof, que tu relèves d’ailleurs, pour encourager la « petite tête serbe » dont le père était en prison, pour de longues années – ce père qui, le premier, lors d’une de ses séjours à Lausanne, dans les années 70, m’a raconté les massacres de Serbes par les oustachis ; ce père qui a été dépouillé de tous ses biens plusieurs fois, et qui a remonté à chaque fois sa boutique d’horloger-bijoutier, en faisant profiter de nombreux concitoyens de son savoir-faire ; ce même père qui a partagé la cellule de Milovan Djilas et sur les traces duquel, après sa mort, Dimitri a retrouvé son pays. Ou cet autre souvenir enfin de nos longues soirées : quand notre ami évoque sa passion pour le football et qu’il me rappelle ce goal génial d’un de ses amis, fils de joueur de classe nationale, qui marque et se tourne vers lui en lui lançant «comme papa !».

Je ne sais si tu as lu mes carnets de 1993-1999 de L’Ambassade du papillon, dans lesquels je raconte, jour après jour, les tourments liés à mon désaccord croissant avec un Dimitri devenu nationaliste extrême  comme la plupart de ses amis, et impliquant sa maison d’édition dans une série de publications de pure propagande, jusqu’aux écrits de Radovan Karadzic. Je crois avoir bien défendu les Serbes (surtout la littérature, qui restait pour moi serbo-croate) dans les colonnes de 24Heures, jusqu’au moment où on m’a interdit d’en parler.  Le prétexte en fut un reportage à Dubrovnik, au congrès du P.E.N.Club, en 1993, qui avait tourné à la mise en accusation des Serbes, écrivains en tête, par des écrivains croates hypernationalistes eux aussi, qui exigeaient l’exclusion de la Serbie du P.E.N. international, comme cela s’était fait des nazis en 1933. Mon reportage était, je crois,  honnête, qui relativisait aussi la destruction de Dubrovnik. J’ai vu, à Dubrovnik, des centaines de maisons de Serbes incendiées, couvertes d’injures dans le pur style oustachi, et nous avons subi, sur l’ile de Hvar, un discours du président Tudjman qui visait juste à manipuler ces « idiots utiles » de littérateurs occidentaux, Alain Finkielkraut en tête. J’ai donc raconté cela, de façon beaucoup trop succincte hélas, puis le déferlement de lettres d’insultes au journal, toutes de Croates ou de sympathisants, a décidé mes supérieurs de m’interdire ce sujet… avant de m’envoyer trois semaines plus tard, au Congrès de l’orthodoxie mondiale en Grèce, où tout ce que le monde comptant de pro-Serbes était là. C’est d’ailleurs là que j’ai retrouvé l’une des grandes figures de l’Eglise serbe, évêque du Banat à l’époque, que j’avais rencontré lors d’un voyage au Kosovo avec Dimitri, en 1987, pour y présenter la traduction des Migrations de Milos Tsernianski. Or en 1993, l’évêque en question est monté sur la tribune du Congrès en présence d’une trentaine de députés de l’UE, pour déclarer qu’il a y avait eu trois génocide en Europe au XXe siècle : celui des Serbes en 1914, celui des Serbes en 1945 et celui des Serbes lors de cette dernière guerre. Je ne te dis pas la tête que faisaient les députés européens, autant que moi d’ailleurs. Mais ce que nous avons relevé, c’est que tous les délégués de la « douce orthodoxie », Grecs en tête, jusqu’aux socialistes, applaudirent à tout rompre ce discours. On n'aurait pu donner meilleure illustration du clivage de l’Europe des cultures et des religions…

Dimitri et moi ne nous sommes plus parlé pendant quinze ans. Pas tant pour des raisons politiques, au demeurant, que parce que notre ami est du genre à penser que celui qui n’est pas avec lui est contre lui. Comme j’étais beaucoup plus proche de lui que la plupart des auteurs de L’Age d’Homme, que ma position de journaliste dans un quotidien influent local compliquait encore les choses,  et que nos soirées amicales l’étaient de moins en moins, je suis allé respirer ailleurs. J’ai tâché  de dire ce qui, au printemps dernier, m’a poussé, au Salon du Livre de Paris, à me rendre au stand de L’Age d’Homme pour serrer la main à cet ami perdu. Il y a une scène comme ça, inoubliable, dans Les Migrations.

Je t’embrasse, et ta douce Serena.

 

Jls

 

Images: Philip Seelen. JLK: Dimitri au bord de la Drina, en 1987.

 

20:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique

07/08/2016

Jouets de destruction massive


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Lettres par-dessus les murs (64)


Ramallah, le 5 décembre 2008.


Cher JLs,

Les journées raccourcissent et même ici on trouve un goût de Noël, en adaptant les vacances de l'Eid et sa petite fièvre d'achat à nos propres habitudes. Pendant que les colons s'excitent, à Hébron et ailleurs, ici on déambule sur les trottoirs, la plupart des magasins sont ouverts en cette fin de vendredi, les bambins font de grands yeux devant les vitrines des magasins de jouets. On y trouve cet ordinateur portable dernier cri, qui apprendra aux petits Palestiniens à reconnaître les différents éléments constitutifs de l'Esplanade des Mosquées, qu'ils ne verront peut-être jamais de leurs yeux. Ou bien ces faux téléphones portables pour petites barbies voilées… A côté de ça s'alignent les Bratz qui aguichent les petites filles du monde entier, déshabillées du regard par les Tortues Ninja du rayon opposé, réservé aux fantasmes des mectons : dragons et robots en tout genre, et surtout beau choix d'AK47 taille réelle.
Les rues sentent le falafel, impossible de résister pour ma part, et c'est un réflexe tellement bien acquis que j'en arrive à me demander s'il n'est pas atavique. On admire les montagnes de sucreries du magasin Eiffel, surmonté de sa tour en fer-blanc, on lorgne les vitrines des boutiques de fringues, étonnamment sensuelles, mais je te parlerai de ça une autre fois, notre amie Lucia prépare une expo sur le sujet. Inévitable pause de ma douce devant les magasins de godasses, on n'achète jamais rien, moins parce que les goûts des ramallawis sont différents des nôtres que parce qu'on n'a besoin de rien, juste de se faire plaisir de temps en temps et un bon falafel y suffit. Non, tout de même, je demande à ce vieux bonhomme qui vend sa quincaillerie à même la rue s'il n'a pas, dans son stock, ce fameux briquet lumineux qui projette le portrait d'Arafat sur les murs (une autre version représente Nasrallah, plus difficile à exporter via Ben Gurion). Le vieux répond à mon mauvais arabe par un anglais oxfordien, impeccable et tout en nuances, il doute fort que le charmant objet soit encore fabriqué, mais on ne perdra rien à aller voir chez Rami, là-bas, juste après l'Arab Bank. Pendant notre conversation un bambin s'est penché sur son étal, il attrape finalement un petit porte-clé en bois, découpé au formes de la Palestine historique. Je me demande combien de gamins, chez nous, convoiteraient ainsi un porte-clés représentant l'Hexagone ou l'Helvétie... C'est trois shekels, dit le vieux, le gamin contemple encore l'objet avant de le reposer sur l'étal, de s'en aller d'un pas sautillant, les mains dans les poches. On prend la direction opposée, les bras raidis par nos légumes en vrac, ce soir c'est potage.

Je t'embrasse, Pascal.

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A La Désirade, ce samedi 6 décembre, soir.

Il a neigé tout le jour. Notre intention première, avec ma bonne amie, était de faire un tour au marché de Noël de Montreux, qui est la négation de tout ce que j’aime à Noël, à savoir boutiques d’artisans sur boutiques d’artisans fourguant la même camelote genre faux authentique que sur tous les marchés de Noël du moment, mais la neige a vaincu cette tentation morbide et nous sommes restés planqués à lire et à écrire au coin du feu.
Saki.jpgL’évocation des jouets offerts aux petits Ramallawis m’a fait sourire, me rappelant une nouvelle délicieuse de Saki. Il y est question de parents politiquement corrects avant la lettre (la nouvelle doit dater du vivant de Saki, alias H.H. Munro (1870-1916), qui décident d’offrir, à leurs garçons, des jouets à haute teneur éducative, pour faire pièce à la détestable tradition de la carabine ou du tomahawk, voire du char d’assaut à tourelle articulée. C’est ainsi qu’ils dénichent, pour l’aîné, une ferme modèle et ses habitants humains ou animaux, dont toutes les activités et caractéristiques sont explicitées dans une brochure documentaire joliment illustrée. Quant au cadet, il a droit à un hôpital complet, avec ses médecins et ses escouades d’infirmières, son bloc opératoire et ses ambulances. En mauvais esprit tout à fait dans la ligne antimoderne de Chesterton, Saki détaille les épisodes successifs de la remise des cadeaux, marquée par la conviction souriante des parents persuadés de faire avancer l’Humanité, et le léger désappointement des deux boys, qui se retirent bientôt dans leur chambre pour jouer comme on le leur suggère avec l’impatience pédagogique que tu imagines. Or qu’en advient-il ?Barbie5.jpg Tu l’as sans doute deviné, mauvais esprit que tu es toi-même, mais il faut le lire sous la plume de Saki, qui évoque avec brio la transformation de l’hôpital en fort assiégé par une armée de desperados, lesquels captureront les infirmières et les ligoteront sur les vaches modèles métamorphosées en broncos piaffants.
Et comment, me demanderas-tu, avez-vous résolu vous-mêmes la question des jouets de destruction massive ? Simplement, cher ami, en nous contentant d’engendrer deux petites filles d’un pacifisme visiblement inné. A vrai dire, les seules armes qui ont été introduites dans leurs chambres le furent par leurs Barbie-Mecs respectifs, dont elles  n’ont pas tardé à se désintéresser pour un tout autre motif…
Barbie6.jpgAvec mon amitié, et à Serena…

PS. Merci pour la phrase-cadeau de ta lettre: "Ce soir c'est potage"...

00:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voyage, politique, palestine

04/08/2016

L'espoir au bout de la nuit

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Lettres par-dessus les murs (62)


Ramallah, ce mardi 4 novembre 2008.

Cher JLs,

Je relis ta lettre sur Jean Ziegler et ses imprudences politiques – il y a quelques années de ça l'idée de supporter une cause m'aurait fait horreur, mais pas par prudence : j'étais retranché dans ma tour d'ivoire de l'Art pour l'Art, et comme Des Esseintes je passais mon temps à des inutilités, à sertir la carapace d'une tortue de pierres précieuses, tout dévoué au culte de la Beauté, et rien d'autre n'avait d'importance. Cela m'arrive encore, de construire des choses qui ne servent à rien, des machines à tailler les ailes des chauve-souris, en buvant de petits verres de liqueur forte – pour tout dire cela m'arrive encore souvent.
Pourtant ce soir je serai devant la télévision, nous en avons une, quelle horreur, et je m'intéresse à la marche du monde, quelle bêtise, et cette nuit je serai rivé à mon écran, pour suivre la soirée électorale américaine. Triste pathologie, je l'ai notée à la plume sur ces carnets que je dédie à mon délabrement physique et mental : depuis quelques semaines déjà, la vue de ballons rouges et bleus ne me fait plus peur, depuis quelques semaines les pancartes brandies par les foules de supporters ne me font plus ricaner, je balaye de la main les millions de dollars engloutis en badges et en t-shirts, cela me semble tout à fait normal, de même que me semblent éloquentes les déclarations populistes de l'un et de l'autre, et superbes leurs basses attaques. Je bois leurs mots comme si c'était du Baudelaire.
Je devrais sans doute demander de l'aide à un psychologue, mais je ne connais pas de psys palestiniens, ceux dont j'ai entendu parler sont occupés avec les traumatisés des bombardements, je m'observe donc moi-même. Que se passe-t-il ? J'ai sans doute été frappé de globalite aiguë, depuis mon départ à l'étranger, dans des pays qui vivent encore tournés vers le rêve américain. Ou bien j'ai vieilli, je n'ai plus la flamme qui me faisait tourner le dos à tout ce que la majorité pouvait faire, dire ou penser – je me suis rangé, j'ai trouvé ma place dans la foule, je marche avec elle au son des beaux discours, comme je marchais avec elle au son des mégaphones, sauf que maintenant j'écoute ce que disent ceux qui portent cravate et qui parlent dans des micros. Ou alors je suis retombé en adolescence, et je suis amoureux comme une collégienne de ce joli afro-américain au sourire fluoré. Possible, il paraît que je ne suis pas le seul, et que bon nombre d'intellos bourrus et barbus danseront comme des collégiennes, cette nuit. Qu'est-ce que nous pouvons bien attendre d'un chef d'Etat, quand nous savons fort bien que les belles idées ne peuvent que se salir, au contact du pouvoir ? Peut-être que nous espérons l'exception, l'improbable, après tout les Etats-Unis sont le pays d'Hollywood, même le précédent président était sorti d'un western.
Nous sommes donc victimes d'une hallucination collective, en Technicolor et THX, et il faudrait se frotter les yeux, et il serait de bon ton de rester critique, de laisser flotter sur nos lèvres un sourire cynique, c'est plus prudent, de laisser poindre l'ironie, on est au-dessus de tout ça. Je n'y arrive pas, je suis sous perfusion hollywoodienne, je rêve. Un président du monde noir de peau. C'est pas mal. J'imagine un certain nombre d'employeurs, aux Etats-Unis ou ailleurs, qui seront un peu moins regardant quant à la couleur. Un gamin un peu mat, en France ou ailleurs, qui se sentira un peu moins différent. Je rêve, c'est doux, au moment où j'écris les Américains dorment encore, moi je rêve les yeux ouverts : Barack entre dans le Bureau Ovale, il faudra redécorer tout ça, songe-t-il en s'allumant une cigarette, il s'assied dans le fauteuil molletonné, et puis il demande à sa secrétaire de lui apporter le dossier sur l'abolition de la peine de mort, on va expédier ça d'abord, se dit-il, pour un gars ou deux, dans leurs cellules, ça peut servir, et puis qui sait, ça pourrait faire boule de neige ailleurs, dans d'autres pays.
Voilà à quoi on rêve, voilà ce qu'on espère, parce que le monde est tellement merdique qu'on a un besoin terrible d'espérer... Ca fait un bien fou, comme ça fait un bien fou de laisser tomber la prudence, et tant pis si on se casse la gueule.


Ramallah175.jpgA La Désirade, 4 novembre au soir.
Cher Pascal,

Tu n’étais pas né à l’été 1960, durant lequel une vraie folie s’est emparée de nous, teenagers helvètes qui ne connaissions l’Amérique que par Elvis et le chewing-gum aux vignettes de collection à l’effigie des stars (j’en pinçais pour Ava Gardner), les westerns projetés au cinéma lausannois le Bio (où la salle entière se levait quand se pointait le Balafré pour mettre en garde le Justicier) ou les premier jeans authentiques Levi’s, tous soudain galvanisés par la figure d’un candidat président à la dégaine fringante, rompant avec les vieilles peaux style Truman ou Eisenhower et que tous autour de nous disaient l’Amérique de demain…
Or on nous a rebattu les oreilles, ces derniers jours, sur le miracle renouvelé, et nous devrions nous pâmer sur ce motif de la répétition, et je comprends donc ton premier mouvement de réserve, et pourtant, avec le recul, j’aurais presque envie, moins niais qu’à quatorze ans, de croire plus naïvement à un changement plus profond, en cas de victoire d’Obama, que celui qu’aura représenté le règne de JFK, dans la mesure où le « joli afro-américain au sourire fluoré », comme tu l’appelles, me semble fondamentalement plus sain et plus franc de collier que le beau Jack et sa tribu de canailles. Mais il va de soi qu’une présidence ne se réduit pas à son président et que l’Empire est là, qui ne va pas se métamorphoser d’un jour à l’autre - et j’ai comme l’impression que l’abolition de la peine de mort ne sera pas la première mesure de l’éventuel nouveau Président et que ce n’est pas demain la veille que les prisons se videront par miracle de leur 40% de détenus noirs…
N’empêche, et quoi qu’il arrive sous le règne éventuel de Barack Obama, à supposer qu’il survive à plus de trois ans de règne - croyons à ce premier miracle -, je n’arrive pas à penser que le sort de l’Amérique actuelle puisse être pire que celui où l’a fait descendre l’actuel débile installé à la Maison Blanche avec sa clique de bigots hypocrites et de pillards.
Je t’écris en écoutant mes chers vieux bluesmen noirs comme du cirage, pauvres comme Job et souvent aveugles. Robert Johnson me parle d’amitié de sa voix grêle en chantant When you got a friend, Blind Willie Johnson recommande aux siens de veiller avec son Keep your Lamp trimmed and burning, et je sais bien que Jesse Jackson s’est promis de couper les couilles d’Obama s’il trahissait les siens, du moins Barack aura-t-il des comptes à rendre…
Je viens de finir le livre de Jean Ziegler, La Haine de l’Occident, qui dit autant les raisons de désespérer d’un monde où des pays richissimes, comme le Nigeria, comptent parmi les plus pauvres du fait de leur mise en coupe, tout en indiquant des alternatives, comme en Bolivie, qui n’ont rien de «rêves» mais seront peut-être, demain, les possibles alternatives à trop d’iniquités et les seuls palliatifs au suicide de l’Espèce.
Ramallah169.jpgAlors quoi, le vieux Bobby pourra-t-il y aller demain matin de son Times they are a-changin’ ? Know Hope moj brat…

15:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, politique, usa

03/08/2016

Dernières nouvelles du monde

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Lettres par-dessus les murs (61)

  Ramallah, ce lundi 21 octobre 2008.


Cher JLs,
Comment va la vie, par chez vous ? Tout baigne ici, je joue au guide touristique avec mon frère, de checkpoints en villes assiégées. Le soir je m'évade - faute de pouvoir me procurer la Symphonie du Loup, je lis ces jours Atlas, de Joël Mützenberg. Moins provocateur sans doute, mais d'une trempe tout aussi admirable, et je suis soufflé par le récit, poétique et éclaté, de son séjour en Amérique du Sud.
« Je suis arrivé à Quito hier, après une journée de marche sur la panaméricaine, couverte d'eucalyptus abattus, de murs de pierre, de pneus en flammes… » Les routes difficiles qu'emprunte le poète m'évoquent celles de Palestine, plus chaotiques, plus incertaines encore - on part de Caracas, on finit à Quito, mais Quito on y est déjà passé et tout est fait pour nous perdre, dans cette progression en spirale qui traverse des lieux étranges aux noms rêveurs, Puerto Maldonado, Nuevo Progreso, Buenaventura, d'autres plus connus, Medellin, Bogota, mais tous se mêlent dans le lent périple du voyageur : « Dès mon arrivée, en même temps que Caracas, ce sont les souvenirs d'autres villes qui sont apparus, si bien que je crois souvent être ailleurs. Je suis en train de construire une ville sans fin ».
Le temps comme l'espace se dilate dans ces pages, dans les révolutions qui s'étirent et les guérillas vacillantes, dans l'omniprésence des armes. La dureté de la nature traversée sous la chaleur et les déluges n'a d'égale que la voracité des industries qui la ronge, et pourtant la violence est toujours comme étouffée par la poésie, dans un combat constant où l'humanité ne baisse jamais les bras, où affleure une surprenante tendresse.
«La Oroya. Une fanfare n'arrête plus de faire taper son tambour et chialer ses trombones, trompettes, violons, saxophones. Je raconte des blagues aux enfants, je dis que je suis Colombien, que dans mon pays il y a des gens grands comme la tour de l'église, et toutes sortes de monstres ».
Ramallah137.jpgDes monstres, on sent que le narrateur en traîne quelques-uns, comme autant de casseroles, mais il n'en parle pas, bien que ces textes puissent se lire comme le récit d'une quête personnelle, où la description du paysage ne serait qu'une autre façon de se dire, de se chercher. Mais on y devine aussi une interaction constante du marcheur avec ses frères humains, même lorsqu'il se cogne aux murs de son étrangeté, surtout lorsqu'il admet la distance qui sépare ceux qui sont ici chez eux, et celui qui ne fait que passer – et bien qu'il revienne souvent sur ses pas, comme pour creuser le sillon de la mémoire, porté par une errance à la fois insouciante et obstinée. A chaque pause, son carnet se couvre de mots et de croquis, des dessins d'une simplicité admirable qui viennent ici rehausser le texte et en renforcer le vécu : paysages le plus souvent, solitude choisie, mais aussi des portraits remarquables, rencontres de hasard, visages qui surgissent au détour d'une page, qui interpellent le lecteur par l'intensité de leurs regards.
Rien ici du carnet de voyage qui prendrait l'exotisme pour seul prétexte : Atlas est un livre profond, né d'un vrai besoin – et à qui se demanderait ce que cherche le voyageur, et les raisons de sa présence dans cette étrange contrée, cet ouvrage constituerait en soi une réponse suffisante.

 

 
 

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La Désirade, ce dimanche 26 octobre.

Cher Pascal au nom d’agneau,
Comment va la vie ? La vie va bien, enfin pas pour tout le monde, mais notre vie va bien, on est verni, et je me le dis ce matin plus que jamais, poursuivant la lecture de La Haine de l’Occident de mon ami Jean, qui évoque notamment, dans les pages que je lisais avant le lever du jour, le sort inique qui est fait aux gens de Gaza.
Les gens du monde entier ne demanderaient qu’à vivre tranquillement leur vie, mais la loi du plus fort aboutit  à cela que seuls quelques-uns y ont droit, tandis que d’autres sont damnés de naissance. J’y pense beaucoup ces jours en poursuivant un récit où il est beaucoup question de l’enfance de nos sentiments et de nos découvertes, qui nous révèle bientôt un monde à la fois émerveillant et désespérant, que l’esprit de conséquence de l’enfant ne peut tolérer. L’esprit de conséquence de l’enfant ne peut tolérer la promesse non tenue ou l’injustice. L’adolescent romantique en fait ensuite autre chose, tenant de la révolte, pure ou impure, confuse et le plus souvent retombée à l’âge suivant celui qu’on dit de raison, et puis on s’accommode, on s’arrange, on fait avec, on se range…
L’ami Jean ne s’est jamais rangé. Il est resté l’adolescent confus et révolté qu’il était quand il a fichu le camp de chez son père le colonel, notable bernois qui ne le renia jamais au demeurant, pour vivre son destin d’éternel révolté, confus et têtu, tel que je l’ai été quelque temps, mais sans croire longtemps à l’Avenir radieux que les militants de sa trempe voyaient ou fantasmaient pour demain. Ce cher Jean m'a parfois semblé le pur dément partisan, comme tel jour où il devint le garant du Prix Khadafi des Droits de l’Homme... Or je souris aujourd’hui en le voyant stigmatiser le double langage de l’Occident en matière de Droits de l’homme précisément, alors que tant de potentats les ont piétinés au nom des Lendemains qui chantent dont il se faisait le héraut.
Un jour que je me trouvais, à la télévision, sur le même plateau que Jean Ziegler, mon premier compliment à son égard a été de le traiter de fou, ce qu’il a reçu sans manifester le moindre agacement. Or je l’entendais au sens de chenapan, de Lausbuebe – tu dois comprendre ce mot, toi qui pratique un peu l’allemand -, comme lorsque, recevant de lui une lettre à en-tête du Conseil national où il était député, je lui fis observer que c’était d’un chenapan, d’un Lausbuebe, d’abuser ainsi de ce papier à lettres, et lui de me répondre que son père, déjà, lui avait fait le même reproche combien justifié – hélas on ne se refait pas...
L’ami Jean, comme tu le sais, révolté national longtemps protégé dans les hautes sphères, puis cassé dans les mêmes hautes sphères, tour à tour adulé et vilipendé pour ses positions et ses pratiques à la fois admirables et discutables parfois, il faut aussi le reconnaître, l’ami Jean Ziegler a été rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation et siège aujourd’hui au comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. L’ami Jean continue bien entendu d’abuser de son papier à lettres officiel aux armes des Nations unies, et je l’en gourmande gravement, mais je me sens plein de reconnaissance, ce matin, pour ce que notre Lausbuebe national m'apprend, continuant de combattre l'injustice et l'iniquité en éternel adolescent révolté. Je lisais ainsi ce matin, dans La Haine de l'Occident, avant le lever du jour, le récit de ces paysans indiens qui se suicident en avalant des bidons de pesticides (il y en a eu 125.000 entre 2001 et 2007) pour se voir mourir lentement de honte, tués par la substance même qui les a ruinés sous l’empire de la libéralisation de l’agriculture. J’ai lu hier soir le récit de la désastreuse conférence de Durban, tel que l'ami Jean l’a vécue, et j’ai lu ce matin, comme le jour se levait, le récit qu’il fait du bombardement de Beit Hanoun par l’armée israélienne et de la tragique affaire de Karima Abu Dalal que tu te rappelles sans doute mieux que moi.
Un jour que nous parlions de la Suisse, que nous aimons tous deux profondément, l’ami Jean me disait que la vraie révolutionnaire, dans sa famille, avait été sa grand-mère, bien plus que lui, et jamais je ne me suis senti si proche de l’énergumène que ce jour-là, me rappelant mes propres aïeux, soucieux de justice et d’honnêteté, de vraie démocratie vécue et partagée.

L’ami Jean me rappelle, ce matin, qu’un enfant de moins de dix ans meurt toutes les cinq secondes. Et que veux-tu que je fasse d’une telle nouvelle, suis-je tenté de lui dire, mais l’enfant en moi, le petit crevé, l’a noté dans son coin…
Je vous embrasse tous deux et vous souhaite un dimanche clément.



Images: dessins de Joël Mützenberg, Jean Ziegler.
Joël Mützenberg, Atlas, Samizdat, 2008;  Jean Ziegler. La Haine de l'Occident, Albin Michel, 2008.

09:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voyage, politique, palestine

18/07/2016

Fan Zone et flamme en berne

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Lettres Par-dessus les murs (46)


Ramallah, ce 19 juin 2008, par 30 degrés à l’ombre.

Cher estimé Collègue,

Merci pour ces précisions quant au hors-jeu de Ruud Van Nistelrooy, effectivement les images nous montrent très clairement qu'un joueur adverse se situait bien au-delà du Hollandais, en dehors du terrain - c'est très clair sur ces photos : vous voyez Panucci ici, entouré d'un cercle bleu, et ici, et ici. Toutefois, la décision de l'arbitre est discutable : comme on peut le voir dans cette séquence-ci, Buffon a percuté son défenseur qui, suite à ce choc, se retrouve tout désorienté. Nous ne sommes donc plus dans une situation de jeu normale, le défenseur étant temporairement invalide, et Van Nistelrooy n'est donc pas couvert au moment de sa reprise victorieuse. Voyez-vous cher collègue, dans cette configuration-là, je ne pense pas qu'il faille respecter la règle à la lettre, mais plutôt revenir à l'esprit de la règle, à l'esprit du jeu.
J'adore les commentaires des analystes, même quand je ne les comprends pas. Sur Al-Jazira les analystes sont toujours en costume-cravate, des costumes un peu mal coupés aux tissus moirés, avec cravate rose à rayures noires, dans le plus pur style représentant-de-commerce-de-Tourcoing, ils sourient beaucoup mais pas trop, parce qu'ils sont sérieux, et ils tous un stylo à la main quand ils parlent, parce qu'ils sont très appliqués, même s'ils ne notent jamais rien. On les envierait presque d'être payés pour faire ce que fait n'importe quel pilier de bar… ça me fait penser aussi à cet article d'Umberto Eco, fatigué par je ne sais quel tournoi qui faisait klaxonner toutes les voitures de Rome, et qui écrit que le foot certes divertit ses compatriotes, mais divertit surtout leur énergie politique. Chaque tifoso se retrouve soudain arbitre, entraîneur, investi d'un rôle social dont il n'assumera aucune conséquence, et Eco de finir en citant toutes ces lois qui ont été votés en douce dans l'ombre des parlements, pendant les championnats de foot ou les jeux olympiques, quand les citoyens regardaient ailleurs. L'argument est ronchon et joliment rabat-joie, mais il sonne assez juste quand un peuple choisit ensuite un président de club en guise de Premier Ministre…
Idem en France, Sarkozy aussi est très proche des gens d'en-bas, j'ai reçu hier un mot de sa main, je recopie : « Monsieur le Président de la République Française et Madame Carla Sarkozy prient (ils prient, j'en suis tout ému) Monsieur et Madame Pascal Janovjack de bien vouloir assister à la réception qu'ils offriront (…) le 24 juin à l'Hôtel King David ». Imagine ! Ma douce dans les bras de Sarkozy, bon, pas de quoi sauter au plafond, mais Carla dans les miens, valsant sous les lustres du King David ! Tout de même, je doute. Pour dire toute la vérité, il n'y a que mon nom qui soit écrit à la main, et je ne suis pas sûr que cela me soit vraiment adressé, il y a fôte d'orthographe. Et je ne connais pas de Madame Janovjak, sinon ma mère, qui ne pourra pas se déplacer je pense. Mais le Président était sans doute distrait, il a d'autres chats à fouetter, et puis il n'est pas impossible que ce soit une simple secrétaire qui ait écrit ces mots. Ce qui me chagrine davantage, c'est qu'un petit papier annexe nous demande de nous présenter à la réception deux heures plus tôt, et de prévoir des sous-vêtements propres pour une fouille au corps. Il doit y avoir un malentendu. Je voulais appeler le Président pour régler cette histoire, mais on m'a informé entre temps que la réception aurait finalement lieu le 23. Or le 23 c'est le début des demi-finales. Impossible d'aller valser au King David dans ces conditions. J'enrage. Pourquoi diable ne vient-il pas à Ramallah ? C'est tout près pourtant, et on aurait pu boire une bière tranquille en regardant le match.
Plantu par contre est venu, mardi, à l'invitation du centre culturel franco-allemand, dans le cadre de son association des caricaturistes pour la paix. A quatre heures de l'après-midi, un peu en catimini, et sans les caricaturistes israéliens qui auraient dû faire partie des réjouissances. Dommage, ça aurait donné l'occasion de voir ce qu'ils font, de l'autre côté, d'autant que la caricature palestinienne aurait besoin de se renouveler, après le Handala de Naji Al-Ali. Chapatte était là aussi, heureusement, je t'envoie un dessin de lui, que j'aime tout particulièrement, et te cause un peu de Gaza la prochaine fois.

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A La Désirade, ce 20 juin, matin lacustre à 17 degrés au soleil.

Très apprécié Confrère,
J’avais trouvé ce cher Umberto quelque peu sentencieux, puis nous en avons reparlé chez le Gentiluomo et la Professorella, dont tu sais les fréquentations éminentes, et comme toujours chez nos amis du « povero paese », selon l’expression de l’avvocato, la controverse a tourné en fantaisie débridée comme dans n’importe quel film de Fellini. A la vérité, Umberto Eco est un fan de foot de table. Tu vois que rien n'est perdu. Caro paese !
N’empêche qu’hier soir, au lieu d’enfiler mon maillot portugais et de rejoindre la Fan Zone voisine, à savoir l’écran privatif de La Désirade, j’ai zappé sur Temps Présent (TSR1) où passait un reportage qui nous a bouleversés, L. et moi. Intitulé Le Tibet clandestin, ce reportage a été réalisé, au péril de sa vie, en caméra cachée, par un exilé tibétain accompagné d’une équipe de reporters anglais. Ainsi le nommé Tash a-t-il filmé des nomades contraints d’abandonner terres et bêtes pour être parqués dans des camps entourés de murs et surveillés en permanence par les flics chinois. Dans la foulée, il a rencontré clandestinement un moine qui a été astreint au travail forcé, ainsi qu'une femme stérilisée sous la contrainte, opérée sans anesthésie, humiliée et meurtrie dans sa chair et son âme comme des milliers de femmes tibétaines. Enfin il a longuement interrogé un moine indépendantiste rescapé de la torture. Autant de témoignages insoutenables qui révèlent ce Tibet occupé et opprimé que le gouvernement chinois cherche à occulter à la veille des J.O. de Pékin. L’Ambassade de Chine populaire, invitée à visionner ce film, n’y a vu que de la propagande mensongèpre, indigne même d’aucun commentaire. Pas plus tard que demain, la flamme olympique traversera la Tibet sous haut contrôle. Povero paese !

Images ci-dessus: Dessin de Chapatte; Tash et les Tibétains voilés.

12:27 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sport, politique, tibet