22.10.2009
Le cabinet du Maître

Le Maître nous reçoit dans un cabinet d’une blancheur aveuglante et nous fait nous déshabiller devant son assistante Blumlisalp en simple culotte. Lui-même ne porte qu’une vareuse de l’ancien régime, mais sa longue barbe grise dissimule peut-être quelque symbole de son pouvoir.
Blumlisalp nous propose de faire le test de Roczak, mais nous déclinons poliment. Le Maître nous promet qu’il va nous faire parler et que nous aprendrons, de gré ou de force, à gérer notre sexualité. Pourtant c’est lui qui baisse les yeux lorsque nous l’affrontons du regard. Nous sommes jeunes et c’est un vioque: voilà pour les faits.
Lorsque je lui dis que nous aimons faire ça dans les clochers, il le note dans son registre d’un air satisfait de poule tombant sur un couteau. Il note sûrement: rêve du clocher, rêve du battant, mais avec Wanda nous n’en avons rien à secouer. C’est pourtant clair: la morale bourgeoise, nous, ça nous gonfle.
Enfin nous retrouvons nos vêtements soigneusement pliés dans les dépendances de la propriété. Nous avons hâte de nous en aller. Au même instant une foule en délire nous acclame car Wanda me le réclame, ce soir, à l’italienne.
00:45 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature
19.10.2009
Café littéraire
J’aime bien le flipper des Verdurin, et c’est pour ça que j’y reviens tous les jours, malgré l’évolution de l’établissement dans un sens qui se discute.
C’est pas que les Verdurin soient pas à la coule : les Verdu c’est la vieille paire de la belle époque de Woodstock, leur juke-box contient encore du passable, style Jailhouse rock et autres Ruby Tuesday, Amsterdam ou La mauvaise réputation, enfin tu vois quoi, mais tout ça est pourtant laminé sous l’effet des goûts du barman Charlus, fan de divas italiennes et de chœurs teutons.
Plus grave : Charlus donne à lire à tous les serveurs garçons, et là ça râle à la terrasse et dans les recoins. Tu commandes vite fait une noisette ou un diabolo menthe, mais Alban te fait signe qu’il a juste pas fini son chapitre des Jeunes filles de Montherlant, ou c’est Robert qui annote Miracle de la rose de Genet sur un coin du zinc. Les serveuses, au moins ça, ne sont pas encore contaminées : la miss Vinteuil n’est pas du genre à lire autre chose que des mangas, et le travelo qui joue du pianola le soir, un Corse qui se fait appeler Albertine, est plutôt branché Clayderman que Johann Sebastian Bach, mais enfin tu vises la décadence...
Aussi ce qui m’énerve c’est le Menu. Avant tu te faisais un steack frites pas compliqué, et ça s’appelait idem, tandis que maintenant Marcel, le cuistot, exige que Verdurin inscrive à l’anglaise sur les ardoises, pour chaque plat, un Nom, genre Fille de la Vivonne pour une truite au bleu ou L’Âme de Cambremer pour l’ancienne assiette normande, mais où ça va-t-y donc s’arrêter ?
C’est ça que je me demande en me faisant une partie gratos de plus, moi qui suis de la vieille école: pas vraiment le gars à s’enferrer dans ces embrouilles de Recherche à la mords-moi…
Joseph Czapski, Le joueur de flipper. Acryl sur toile, 1981.
20:12 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : littérature
Lady nue

Le jeu veut que je me tienne à la porte dès que j’entends ses béquilles au bout de l’allée du château.
C’est un vrai carillon que Lady Prothèse. Elle a fait arrêter la Bentley à la grille pour me faire jouir de son arrivée, et pas question que Boris l’épaule: elle est capable de tenir debout malgré son obsession de l’eau. Je dois sentir d’où elle vient et où elle veut que je l’emmène. Voici donc l’Eve future en son armure nickelée, dont l’imperceptible cliquetis symbolise les derniers prodiges de la cybernétique, après quoi s’imposera partout le silence de l’eau.
Lorsque nous sommes seuls dans le salon jouxtant la grande vasque, je la défais patiemment de tout son attirail. Plus je la dépouille et plus se voient ses cheveux roses et son triangle épilé. Sans bras ni jambes elle m’évoque un croissant de lune ou une banane pelée. Elle rit comme une petite fille quand je la fais pisser dans le pédiluve.
Dans l’eau, Lady nue ne sera plus qu’algue et sexe. Le jeu veut qu’elle me prenne en bouche dès que nous nous immergeons, ensuite de quoi je la pénètre pour lui faire sentir qu’elle existe encore, selon sa formule.
19:29 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature
14.10.2009
Troubles divers

Le troublent les jambes des choristes chantant Jean-Sébastien Bach au fond de la cathédrale, qu’il aimerait applaudir une seule fois dans sa vie en jupons de satin blanc - le choeur des liserons divins à doubles tiges.
La trouble la bosse sous le jean.
Le troublent les mégots marqués de rouge qu’il recueille à la dérobée et qu’il aligne sur sa table de verre avant de leur mettre des lèvres.
La trouble la complicité des cuisiniers.
Le troublent les belles divorcées qui emmènent leur fils unique à la neige, et le bain qu’elles lui donnent le soir, et ce qu’elles lui racontent de l’autre en oubliant de boire le vin qu’il aimait.
La trouble sa raie d’enfant dans ses cheveux.
Le troublent les improbables combinaisons lexicales, du style Madame fourre, le casseur sanglote, on se croirait dans une académie de sous-entendus, voudriez-vous me servir la langue à la nage...
11:46 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature
05.10.2009
Verts paradis
Dans le rêve je me trouve sous une Volkswagen enlacé à ma soeur benjamine, et nous y sommes superbien, mais rien de sexuel là-dedans.
Nous jouons comme souvent, avec mes cousines, au Dromadaire. Cette fois nous faisons la course dans les dunes. Le vent soulève leurs jupons et j’y vois tout.
Elle se regarde dans le grand miroir de la chambre de ses parents qui rentreront tout à l’heure de l’église. Elle est vierge et pure, sainte en chemise, et pour la Mary Long qu'elle s'est allumée en douce, il suffira d'aérer. Poil au nez.
Les filles se baignent ensemble dans le baquet de bois, les garçons dans celui de fer.
Un oncle nous fait voir ses biceps. Nous faisons la queue pour les tâter. En passant nous humons les effluves de sa virilité. Il parle sept langues. J’essaie de me représenter ces sept langues dans sa bouche à lèvres.
Je dois procéder à l’inspection des cousines. Il s’agit de vérifier le bon état de fonctionnement de leurs cycles. Les grandes ont de grandes roues et les petites de petits patins latéraux. La chair des unes et des autres est bien ferme. Je me sens ogre avec les petites et cuisinier de chasse avec les grandes. Mon frère les examine et note toutes les réparations dans son carnet du lait.
15:59 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie
03.10.2009
Le gong
Gong sur le moment est à la fois mon surnom et la chose. En elle chaque coup retentit jusqu’aux extrémités de ses tsunamis. Je ne suis plus alors que ce battant du Big Bang originel annonçant l’universel Ding Dong.
Après quoi je redeviens Monsieur Ming et elle Miss Mong, partenaires de ping-pong à l’Espace Détente de la prison de Sing-Sing.
22:16 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : littérature
01.10.2009
Secrétaire particulier
- Moi je ne pense qu’à ça, dit la femme très en chair en reprenant un sablé, je ne pense qu’à cette petite chose innocente, et le yorkshire Lula la mordille en roulant ses yeux de chauve-souris; et la femme dévisage, l’un après l’autre, les gigolos assis autour de la piste de danse. Celui-ci je l’ai goûté, me dit-elle: pouah. Celui-là aussi, et cet autre, je les ai tous essayés mais aucun ne m’allait, aucun d’eux ne m’a jamais donné tant de plaisir que Lula.
Elle fait des mamours à cette espèce de chose osseuse et criseuse et me fait bien sentir que je ne suis qu’un scribe payé par elle pour arranger sa biographie, et pourtant je la sens qui s’abandonne.
De toute façon je contrôle la situation. Que demander de plus ? J’ai maintenant la belle Eva Carlson pour moi seul. Elle croit me dominer alors qu’elle incarne à mes yeux le rêve réalisé. Elle ignore que j’ai d’elle la plus fantastique collection de photos de sa mythique paire de nichons.
20:36 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature
22.09.2009
Les enfants perdus


Monsieur l’Abbé me dit que je donne ainsi naissance à des enfants perdus dont la plainte empêche les anges et Notre Seigneur de dormir.
Chaque fois que tu le fais ils se trouvent comme chassés de ton vase sacré et voici qu’ils sanglotent dans la nuit, me dit Monsieur l’Abbé en s’approchant de moi.
Monsieur l’Abbé mime les sanglots en posant sa main sur la mienne.
Nous devons rester pur, me chuchote Monsieur l’Abbé dont la main s’appesantit sur la mienne, comme pour l’enfermer. Nous ne devons pas faire de peine aux anges et à Notre Seigneur.
J’aimerais être un enfant perdu lorsque la main de Monsieur l’Abbé descend. J’aimerais être un sanglot quand la pince se referme sur ma chose dure et que Monsieur l’Abbé se redresse subitement, le visage tout bouleversé - on sent qu’il est du côté des anges et de Notre Seigneur. J’aimerais être pur quand Monsieur l’Abbé constate qu’une fois encore j’ai péché.
09:40 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : petites proses
Les pleureuses

C’est à celle qui la première touchera les pieds du mort.
On ne voit qu’une noire ondulation dans les psalmodies. C’est à la fois déchirant et intolérable (d’ailleurs cela a fait du potin dans l’immeuble partiellement affecté aux réfugiés où ces rites ne sont pas encore connus; les citoyens réguliers ont d’abord cru qu’on avait joué du couteau chez les Aigles; les flics ne se sont même pas déplacés cependant, avertis qu’ils ont été par l’ethnopsychiatre dont l’assistant a fait le joint; on s’est alors entendu pour que ça ne dure pas plus d’une plombe...)
Le type a la cinquantaine. Du genre paysan déplacé. Un visage de bois sculpté qui paraissait martelé par le désarroi et que la maladie a délivré tout à coup de son obsession de rentrer au pays.
Dans leurs sanglots elles le comparent à un arbre. Il n’était le père de personne mais son autorité était incontestée. Il ne parlait jamais de ses conquêtes mais on devine ce que signifie leur désir de toucher l’ivoire de ses pieds.
09:38 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la fée valse
17.09.2009
A l’usine

Il se passe de drôles de choses dans les vestiaires de l’usine à glottes de tulipes.
- Surtout dans les vestiaires Messieurs, précise le délateur dont personne ne sait qu’il collectionne les revues spéciales.
Madame la Directrice ne montre rien de son vif intérêt.
- Continuez, Monsieur Thielemans.
- Les jardiniers s’attardent aux douches. On dit qu’il peut y en avoir jusqu’à des équipes entières. Cela fait beaucoup de savon.
Madame la Directrice sent maintenant qu’elle le tient.
- Ne me cachez rien, Thielemans.
- Ils se massent. Parfois il se mêlent aux impubères et se livrent à des concours. C’est dégoûtant.
- N’avez-vous rien oublié, Thielemans, interroge encore la directrice du personnel en fixant sévèrement le jeune complexé qui, tout à coup, rosit comme une très jeune fille des cantons de l'Est.
C’est ainsi que Thielemans se coupe et que Madame la Directrice en fait sa chose.
12:43 Publié dans La fée Valse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, sport





