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29/04/2017

Ceux qui n'ont pas de GPS

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Celui qui se guide aux étoiles dans la nuit malaise / Celle qui branche son Mac sur EXIT / Ceux qui prennent la fausse bretelle donnant sur la ceinture désaffectée / Celui qui prétend que le FN est aussi frileux que le PS dans la gestion du PNB / Celle qui confond les acronymes de la pub et de la politique dont les frontières se diluent dans le smog / Ceux qui pratiquent la stratégie du chaos en prêchant le faux sans le dire /

18194080_10212869481318675_2058356239537465160_n.jpgCelui qui se rend au planétarium pour voir plus clair dans le jeu des naines géantes / Celle qui trouve son compte dans le PIB non sans critiquer le FMI dont son gendre prétend qu'il reste le GPS des WASP / Ceux qui vont dans le mur en pleine méconnaissance de cause perdue / Celui qui tourne en rond en butant sur les angles droits des rues qui croisent le métro aérien aux voies encombrées de sans-abris / Celle qui explique au SDF que le FN allié à l'ancien agent du KGB vont l'aider à sortir à la fois de l'UE et de l'OTAN / Ceux qui ont assimilé les lois de la robotique et se fient à leur instinct pour les affaires courantes / Celui qui affirme que Macron est un cryptopédé dont la femme est à la fois la mère de substitution et le surmoi payé par Israël / Celle qui estime que les Etats-Unis doivent sortir de l'Europe / Ceux qui se font une mousse-partie au Redbull pour affirmer leur différence de Blancs qui en ont /

18118944_10212866205036770_907797263070941397_n.jpgCelui qui compare Emmanuel Macron à John Fitzgerald Kennedy en plus Français et moins à gauche que la droite du parti démocrate de l'époque / Celle qui rappelle a son gendre que Mélenchon a traité Alexandre Soljenitsyne de fasciste prouvant en cela sa capacité de discernement corroborée par le constat que Macron roule en sous-main pour la banque Rothschild avec le soutien de Pierre Bergé l'allié objectif de l'internationale homophile travaillant à la ruine de la famille de souche celte et laïque / Ceux qui affirment clairement leur abstention pour qu'on sache que de toute façon ils auront le droit de critiquer ceux qui ont fait le mauvais choix sans savoir lequel, etc.

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Pertes et profits

 
 
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Ce n'était qu'un vil tas,
une espèce de déchet,
aux lèvres tuméfiées;
cela bougeait encore
quand nous avons passé -
juste le temps de le sentir puer
et de nous demander:
quel prénom nom de Dieu
cela peut -il avoir ?
Cela va-t-il manger ce soir
quand la nuit vomira
ses crachats étoilés ?
 
C'était ici l'entrée de la Cité des Anges
aux ailes arrachées:
profits et pertes à Malibu !
C'est cela: profitez!
 
Ne perdez rien surtout du spectacle annoncé,
vous autres imagiers des infectes gadoues;
vos clichés feront un tabac
sur les marchés branchés.
C'est cela: mitraillez !
 
Ou pour n'y plus penser, regardez donc ailleurs.
Vous n'y êtes pour rien: le Seigneur a dû le vouloir...
Vous ne savez pas bien, vous hésitez - on s'y perd à la fin...
Mais laissez-vous aller: allez donc: profitez !
 
Beverly Hills, à l’aube de ce 29 avril 2017.

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Passagère

Freud12.jpgElle porte son duffle-coat bleu ciel comme un nain jaune.

Lorsque je me pointe dans le compartiment d’à coté, elle se déplace et vient s’asseoir en face de moi. Je n’ai pas envie de faire attention à elle, mais elle m’y oblige : elle n’a personne ni nulle part où aller.

Elle est adorable sans être jolie ni belle. En principe, elle allait à Vienne dans l'Isère, mais à la gare où je descends elle descend aussi. Je remarque qu’elle n’a aucun bagage. Ensuite elle me suit partout, jusque chez moi où je lui dis que je n’ai qu’un lit, mais ça lui va.

Alors vient la partie intéressante de la joint venture onirique , découlant des occurrences précises de la métempsycose.

Ainsi, lorsqu’elle aborde la question de nos avatars connus, lui dis-je qu’avant d’avoir été plongeur nu à Delos je fus un dauphin remontant les rivières du Dauphiné.

Pour sa part, elle se rappelle avoir été luciole dans un champ nocturne de Toscane, du côté d’Asciano, après avoir été djinn dans l’Atlas, pour l’enchantement des uns et le tourment des autres – d’où sa gravité d’adolescente ostensiblement mature.

Nous dormons sans nous dévêtir, sans nous caresser, sans rêver peut-être mais dans les bras l’un de l’autre.

Le matin je lui dis que j’ai du boulot à mon atelier de doreur à la feuille.

Le soir, quand je reviens, l’oiseau s’est envolé.

Dessin : Lucian Freud.

La maison dans l'arbre

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Nouvelles de l’étranger

  

Les poèmes nous viennent

comme des visiteurs,

aussitôt reconnus ;

et notre porte ne saurait se fermer

à ces messagers de nos propres lointains.

 

                                                       (En forêt, 1986)

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28/04/2017

L'avenir est notre affaire

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Chemin faisant (156)
 
 
De simples vérités. - Nous ne saurons pas encore dimanche, 1er mai de manifs anti-Trump prévues à Los Angeles, pour quelle figure de leur avenir les Français auront voté une semaine plus tard, confrontés à l'alternative de la démagogie raciste recyclant les vieux démons vindicatifs, et d'un vrai pari pour l'avenir dépassant le clivage idéologique de la gauche et de la droite. Mais dire qu’il y en a qui hésitent !
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Il y a quarante ans de ça, le grand écrivain Denis de Rougemont , penseur d'une Europe des cultures qui excluait la réussite d'une union fondée sur le profit et le nationalisme, publia un livre intitulé L'Avenir est notre affaire, dont les positions radicales en matière d'écologie firent ricaner à gauche comme à droite.
 
 
 
L1012746-hills.jpgOr, parcourant la sublime côte des Etats-Unis avec la femme de ma vie, incarnation même de l'équilibre et de la lucidité généreuse jamais piégée par aucune idéologie politique ou religieuse, dont le grand-père maternel hollandais fut un socialiste convaincu et l'aïeul paternel un officier Suisse pro- nazi, je ne cessais d'égrener, comme l'écho d'une vérité simple, les mots d'un poème d'un des beatniks dont je me sentais si proche dans ma vingtaine, tandis que Neil Young chantait de sa voix haut perchée dans notre Chevy de location - et ces mots signes Lawrence Ferlinghetti disaient à peu près : "Le monde est un magnifique endroit où naître / si l'on admet qu'il n'est pas fait que de plaisir ", etc.
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Une autre internationale . - Il est cinq heures du matin à Santa Barbara, je pianote ces observations sur mon I-Phone avant de les balancer sur mon laptop MacPro via cloud, je pense à l'enfant qui agrandira notre famille en octobre prochain et le courage de nos deux filles contribue à retenir nos vieilles peaux du côté de la vie et de ses lendemains, autant qu'une précieuse anthologie poétique publiées à l'occasion des 69 ans de l'édition-librairie City Lights Brooks réunissant des poèmes d'auteurs non alignés de tous les pays, d'Allen Ginsberg à Rafael Alberti en passant par Jacques Prévert et Paul Celan, Pier Paolo Pasolini et Hans Magnus Enzensberger, Dino Campana où William Carlos Williams, entre tant d'autres.
Ce recueil de plus de 300 pages m'aura accompagné sur plus de 1000 kilomètres de San Francisco à San Diego ou nous serons de retour la semaine prochaine, et je fais mienne la pensée introductive de Ferlinghetti situant la poésie hors des replis provinciaux ou académiques et réaffirmant que "tant qu'il y aura de la poésie il y aura de l'inconnu, et tant qu'il y aura de l'inconnu il y aura de la poésie".
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Dans le cerveau du monstre. - Débarquant hier dans le paradis pas tout à fait artificiel de Santa Barbara, je repensai au roman de mon ami Jean-Michel Olivier intitulé L'amour nègre, qui brasse avec l'ironie critique de rigueur la matière la plus contemporaine omniprésente en Californie, comme le font également de nouveaux auteurs tels Quentin Mouron (qui m'était lui aussi bien présent lors de notre folklorique escale à Los Alamos) ou Antoine Jaquier dont le nouveau roman, Légère et court vêtue, rappelle lui aussi l’observation frontale de la réalité propre aux écrivains ou aux cinéastes américains, en s'attachant à un couple d'enfer à la Sailor et Lula, entre Lausanne et Paris.
Enfin je me rappelle ce matin l'ordre donné par Che Guevara - que je n'ai jamais considéré comme un modèle pour ma part - à un Jean Ziegler de se camper "dans le cerveau du monstre" pour mieux l'affronter. Telle est aussi bien la situation d'un Noam Chomsky dans l'Amérique de Donald Trump, et tel notre refus de tout consentement.
 
Cathédrales de demain. - Si l'avenir est notre affaire, puisse ladite affaire ne pas se réduire au plan mondialisé des affairistes à la Trump & Co, mais nous sommes confiants n'est-ce pas; même sans nous leurrer sur l'éternelle rapacité du cretinus terrestris, l'humanité de bonne volonté survit vaille que vaille et tiens, voilà qu'un autre Ricain, poète juif new yorkais de premier rang, nous chante quelques mots à se graver au cœur:
 
Cathedral
 
And oh the difficult languages !
and oh the easy languages!
Then you left.
 
When you were a boat
and I was à boat
we hid so much and so well we were finally
 
unable to find ourselves at all
 
Yes we left the keys
your fingers were our cathedral
because everything you did was sacred to me.
 
David Shapiro, In Memory of an Angel. City Lights Brooks, 2017

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Ceux qui s'étonnent encore

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Celui qui trie les épinards dans l'équipe des Mexicains / Celle qui affirme que Trump est un mec si con qu'il pourrait bien consacrer plusieurs milliards à l'érection d'un mur pour prouver qu'il en a / Ceux qui rejouent Des souris et des hommes dans les champs de Salinas / Celui qui a perdu son meilleur ami le jour du dernier tsunami dans un accident de scooter à Oslo mais il se rappelle la date en pensant aussi aux Japonais / Celle qui lit du Kierkegaard dans la gare routière d'où le bus du Greyhound va l'emmener à Los Alamos / Ceux qui se font payer pour poser à côté des vieilles milliardaires esseulées / Celui qui envie l'insouciance des otaries de Moor Bay visiblement indifférentes aux coupes budgétaires annoncées par le nouveau Président dont le mufle rose lui évoque les porcs de La ferme des animaux de George Orwell hélas peu lu en Arizona / Celle qui estime que seul Donald à les couilles pour affronter la Corée pleine de communistes islamiques votant démocrate / Ceux qui versent une somme sur le compte du télévangeliste annonçant le retour de Jésus après la pub / Celui qui déguste son thon rouge tout en comprenant ceux qui en interdisent la pêche - ma foi la nature humaine est contradictoire / Celle qui se demande comment retrouver la grâce de l'otarie sans se priver d'un nouvel 18157403_10212866253477981_5458953093726684087_n.jpgice-cream / 18194161_10212866204716762_3791439346515525995_n-1.jpgCeux qui saluent le Bully en passant et constatent que tous les bullies ne sont pas des cowards / Celui qui remonte le fleuve en saumon à turbo / Celle qui lit le Coran version light pour les libertariens open-minded / Ceux qui n'iront pas visiter le Neverland de Michael Jackson vu qu'il affiche Nevermore / Celui qui accuse le quotidien US To-Day de propagande antii-biblique au motif qu'il prétend que des humanoïdes auraient foulé le sol américain 100.000 ans avant la naissance d'Adam le premier Républicain / Celle qui constate la réapparition du brontosaure en voyant les mâles dominants gesticuler à la télé / Ceux qui se rappellent le mémorable concert de l'OSR à Santa Barbara, en 1987, au cours duquel une hirondelle avait pénétré par une fenêtre de l'Arlington Theater pour voleter en mesure au-dessus du chef Armin Jordan surnommé l'oiseau mazouté par ses musiciens, etc.
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27/04/2017

Ceux qui en redemandent

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Celui qui reste philosophe dans le foutoir / Celle que son âge porte à l'indulgence plénière / Ceux qui exigent plus de justice sans désemparer / Celui qui se régale à la seule idée de ne pas s'empiffrer / Celle qui enquête sur l'origine ethnique des vigiles commis à la garde armée de son bunker privatif / Ceux qui réclament plus de flexibilité démocratique dans le commerce des armes / Celui qui exagère volontiers pour ce qu'il dit la Bonne Cause / Celle qui ne se doute pas de cela que le repentir du serial killer est suspendu à la condition d'un baiser volé et plus si affinités / Ceux qui aspirent à plus de transparence de la part de leurs vitres installées aux normes des big data / Celui qui milite pour l'introduction d'un code de politesse dans l'élaboration des lettres de licenciement abusif / Celle qui ouvre la fenêtre donnant sur elle-même et s'en trouve apaisée / Ceux qui préfèrent les chromos des petits gens aux vases Song de Madame Ming / Celui qui chine dans la brocante japonaise / Celle qui se dit franchement déçue par les pauvres auxquels elle a tant donné / Ceux qui acclimatent leur différence dans la jardin ou s'ébrouent le mandrill lotophage et la tourterelle frondeuse / Celui qui plante sa plume dans le pot de terre en espérant la voir fleurir comme dans un pré vert / Celle qui fait florès au niveau cookies / Ceux qui classent leurs pensées en fonction de leur applicabilité à leur plan de carrière / Celui qui kiffe le côté crissant du nom de Kraus / Celle qui a connu un Karl Kraus au club viennois des Homonymes abstinents / Ceux qui hantent les salons déserts du vaisseau fantôme en fredonnant de vieux airs de Johnny Cash et autres chamanes du Sentiment / Celui qui se refait toute la collection de vinyle du King / Ceux qui se reposent le mieux à l'entracte de la séance de relaxation / Celui qui ne pensait pas que ce canon serait un tel boulet / Celle qui déclare à son amie Claudia que ce qui compte est la beauté intérieure à quoi Monsieur Schiffer lui répond qu'ils sont en train d'installer un nouveau loft super à Malmö / Ceux qui ont de l'avance à l'allumage des feux de l'envie, etc.

Image: Vers Big Sur, avril 2017.

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Pour tout dire (100)

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Du voyage qui nous recentre par décentrage. Des grands arbres et du souffle océanique. Sanctuaires naturels et pèlerinages littéraire, etc.
Au tournant de la 100e séquence de cette suite lyrico-méditative placée sous le signe de l'impossible TOUT DIRE, dont l'impulsion initiale m'a été donnée il y a un an de ça par la lecture de la pléthorique et splendide autobiographie de l'écrivain norvégien Karl Ove Knausgaard, la présente étape de notre périple américain, le long de la toujours ébouriffante côte Ouest, nous a fait découvrir, sur les hauts de la Carmel Valley où se tastent des vins tout à fait recommandables, des crêtes d'un inimaginable vert tendre nous évoquant à la fois les bords de ciels irlandais et les hautes terres toscanes du côté de Montalcino - où le vin n'est pas mal non plus !
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Or, ces résonances de couleurs et de saveurs parentes ne vont pas sans vifs contrastes de nature et de culture - la tosillada mexicaine d'hier soir, arrosée de Merlot de la région, dans l'espèce de saloon de western du Runnig Iron -, et les arbres géants faisant parfois voûte au-dessus de la Cabrillo Highway (dite aussi Route 1), entre San Francisco et Big Sur, autant que l'immensité de l'océan aux eaux tour à tour placides et déchaînées n'auront cessé de nous dépayser et de nous tonifier dans la même alternance de décentrage et de remise au point.
 
Le portefeuille de Lady L.18193718_10212857020447161_6194623633631593475_n.jpg mystérieusement disparu - avec son contenu de cartes de crédit et autre fine liasse de dollars - à un guichet de location de voitures de l'aéroport de San Francisco , aura jeté une ombre sur notre partance en Chevy direction plein sud, mais les mécomptes font aussi partie du voyage et nous aurons rebondi en faisant bon cœur à momentanée infortune , non sans la bénédiction d'un officier de police évidemment sensible à l'irrésistible et rayonnant enjouement de Lady L!
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De façon significative, ainsi, le voyage activement vécu - et non subi passivement comme par trop de nos congénères processionnant aujourd'hui aux ordres de leurs Tours Operators - a toujours la vertu de nous resituer dans l'espace et le temps , et c'est ainsi bon pied bon œil que, tout à l'heure, nous reprendrons à l'envers la piste désormais macadamisée des plus ou moins bienfaisants colonisateurs catholiques et apostoliques de jadis, next stop San Luis Obispo...
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Bref l'expression-cliché "que du bonheur" s'imposerait dans la foulée même sans avoir pu saluer, dans leurs sanctuaires respectifs, les papillons monarques déferlant en ces lieux entre l'automne et la fin de l'hiver, ni les mémoriaux fléchés des grands dissidents plumitifs que furent Jack London, à Sonoma, John Steinbeck a Salinas ou Henry Miller le faune génial cher à Cendrars mais dont la mythique cabane de Big Sur est ces jours inaccessible du fait des intempestifs ravages naturels de l’hiver dernier.
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Enfin pour nous recentrer mieux encore, les mots des poètes nous tiendront lieu de boussole de secours, à commencer par ces quelques vers du beatnik bientôt nonagénaire Lawrence Ferlinghetti: “The world is a beautiful place / to be born into / if you don’t mind happiness not always being /so very much fun/ if you don’t mund a touch of hell / now and then /just when everything is fine /because even in heaven / they don’t sing all the time...”

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24/04/2017

Minutes heureuses

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Chemin faisant (155)
 
La grâce d'une rencontre.- Au cœur de la ville-monde, dans le prodigieux labyrinthe architectural que déclinent deux siècles de styles dégageant une identité sans pareille, une exposition rapprochant deux maîtres de la couleur et du trait irradie ces jours les murs blancs de l'un des plus beaux musées d'art contemporain qui soient.
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Rapprocher deux peintres tels que le Français Henri Matisse (1869-1954) et l'Americain Richard Diebenkorn (1922-1993) paraît aller de soi quand on découvre le magnifique ensemble de leurs œuvres continuant pour ainsi dire de dialoguer tant d'années après la mort de ces deux artistes habités par le même besoin de célébrer la vie par la couleur, mais c'est surtout l'effet révélateur de cette mise en rapport qui enchante, faisant mieux voir La beauté selon Matisse par le regard du plus inspiré de ses admirateurs tout en parcourant, à travers cette filiation unique, un itinéraire illustrant, en deux suites de séquences très représentative, l'évolution non linéaires de deux psalmistes de la couleur qui furent aussi des inventeurs de nouvelles perspectives spatiales, entre figuration épurée et stylisation abstraite.
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Deux grands nus féminins, deux "portraits " de fleurs d'un même adorable intimisme, deux intérieurs à l'espace réinventé comme dans un rêve éveillé rigoureux et flottant dans une dimension parallèle illustrent, entre cent autres exemples , ce merveilleux dialogue non concerté où les notions de maître et de disciple s'effacent dans l'affirmation parente de deux visions irréductiblement personnelles, et ça chante et ça danse dans la même poésie radieuse, sensuelle et pensive.
 
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Lumière des livres. - Le foyer de culture vibrionnant de City Lights Books n'est pas qu'un mythe littéraire de plus évoquant une période de créativité hors norme : c'est LA librairie cristallisant, dans un quartier à bigarrures métissées de Chine et d'Italie, une passion de la littérature qui reste vivace selon toute évidence. À preuve: le choix exceptionnel de livres "à lire absolument" qui échappent aux automatiques et souvent débilitants "coups de coeurs" des derniers succès, sous le signe de la qualité, d'une curiosité sans cesse relancée et de la production la plus récente, notamment en matière de pensée et de poésie en volcanique activité.
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La danse sur le volcan est alors doublement évoquée par les essais très présents en ce lieu d'un Noam Chomsky , constatant la fin du rêve américain sans ignorer pour autant les forces vives s'opposant à l'écrasante religion du dieu Dollar, et d'une kyrielle d'auteurs vivants - tel le New Yorkais David Shapiro dont City Lights Books vient de publier In the Memory of an Angel - toujours soutenus par la légendaire maison du Mathusalem jamais aligné de ce haut-lieu, en la personne du nonagénaire Lawrence Ferlinghetti.
 
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Instantanés contre l’oubli. - Un préjugé rassis voudrait que nos cousins d'Amérique, mâcheurs de chewing-gum ou d'insipide marshmallow, fussent pauvres de mémoire et moins portés que nous autres à défendre les valeurs d’intelligence et de sensibilité distinguant l'humaine créature de la brute épaisse, mais l'inculture crasse de l'ubuesque Président actuel ne saurait faire référence !
C'est en tout cas ce que nous nous disions, avec Lady L, en nous attardant ce matin dans l'enfilade des salles du MOMA de San Francisco où le regard de la photographe Diane Arbus se trouve réfracté par une centaine d'images chargées d'humanité et sous tous les aspects qu'en brasse la société.
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Imagiers défiant la fuite du temps , les photographes autant que les peintres, et parfois plus que ceux- ci se perdant dans les artifices de la pseudo -nouveauté, font figures de témoins, comme le rappellent aussi quelques-uns d'entre eux, réunis dans une suite de courts métrages du plus vif intérêt, tel Un Richard Adams travaillant à capter encore un reste de beauté dans les dévastatrices entreprises soumises au seul profit, ou telle la Vietnamienne An-My Lê exorcisant ses anciennes terreurs d'enfant de la guerre à sa saisissante façon...
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23/04/2017

En cette ville la nuit

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"Pourquoi nos désirs ? Pourquoi nos pensées dans la nuit ?
Pourquoi la présence de certains hommes, de certaines femmes à mes côtés
fait-elle se dilater le soleil dans mon sang ?"
 
(Walt Whitman)
 
 
Depuis la nuit du sang
le remords de n'être pas dieu
me retient en ville ou je tue
le temps.
 
Aussi je me fais une fête
d'ancien cueilleur d'amulettes
de conspuer avec l'enfant
tatoué de sangs mélangés
la fierté des battants
qu'enivre l'élan de l'épieu.
 
Votre ville est si fière
de son utilité
pure de toute futilité
qu'elle en devient plus dure
en nos cœurs assiégés
que l'obsidienne des couteaux.
 
Vous êtes les tenants
de l'activité verticale;
aux axes effilés
vous cumulez l'effet
et les reflets des angles
exsangues et calculés
dans les bureaux glacés;
vous êtes les adroits,
et ni le choix des armes
ni les états d'âme
n'échappent à vos menées
et autres visions programmées.
 
Votre empire est sans pitié
et la misère empile à vos pieds
les hardes de la horde exclue,
mais les affaires sont les affaires.
 
La ville-monde au demeurant
nous exalte et nous épate,
oxymore de splendeur;
Caïn le rebelle au grand air s'éclate,
et le tendre Abel en sa lenteur
mène sa peur où ça lui chante.
 
(San Francisco, ce 23 avril 2017)

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22/04/2017

Grandes largeurs

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Chemin faisant (154)
La ville aux échappées. - ce n'est pas d'un coup, comme peut apparaître soudain New York de plein fouet, de face ou de profil, que la splendeur de San Francisco se révèle, mais plutôt au gré de multiples déplacements de points de vue, de rudes montées et de vertigineuses descentes, de parcours latéraux et de mouvements giratoires, entre autres traversées encaissées ou laissant subitement fuir le regard vers des percées lointaines, et le cumul de ces vues se constitue alors en sensation d'ensemble dont l'exaltation se fixe mieux avec le recul d'un bateau faisant le tour de la baie, d'un pont suspendu à l'autre, sur le roulis des eaux fraîches et sous les claques du vent.
 
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On oublie le Routard.- Les francophones moyens que nous sommes, qui plus est de la classe 68, sont censés trouver Frisco (la seule abréviation fait initié) forcément sublime, avec tout l'afflux de références contre-culturelles liées aux mythes d'une génération rompant les amarres de la conformité, mais ce nouvel alignement ne sera pas le nôtre: nous ne ferons pas forcément pèlerinage aux lieux supposés de la bohème magnifique et des légendes vivantes, nous irons où ça nous chante et sans airs entendus, et c'est ainsi qu'hier nous aurons trouvé plus de belle et bonne vie sur les quais d'Embarcadero grouillants de multiples populations bigarrées aux langues de tous les continents que par les ruelles taguées de l’Art Street certifié, les hauts d'Ashbury aux nostalgies hippies homologuées ou les cafés de Castro et ses vieux gays forcément libérés - et demain nous irons par les jardins du Golden Gate ou de Presidio de préférence à Sausalito et sa légende réchauffée, mais gardons-nous pour autant de renoncer à aucun détour improvisé, via City Lights allez donc ! ni aucune surprise.
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Entre pannes et tremblements. - Se retrouver soudain dans le noir des volées d'escalier de bois d'un vieil hôtel style 1900 et des poussières soudain privé de l'usage de son ascenseur de collection, où se voir soudain coupé de toute connection Internet dans l'Etat de la planète où se forge notre avenir numérique : telle fut aussi bien , hier, la surprise paralysant soudain toute une colline à la suite d'une monumentale panne d'électricité. Evohé ! Miracle: la Machine a encore ses failles, sans parler de notre mère la Terre dont les humeurs ne sont point encore tout à fait sous contrôle ainsi que les sismologues, prévenants sinon avenants, l’envisagent pour les temps peut-être prochains...18033437_10212812650537941_1732025984254058833_n.jpg18033335_10212812652537991_1532082226585430632_n.jpg
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20/04/2017

Your attention please...

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(Dialogue schizo)
 
Moi l'autre: - Alors, ce début de voyage ?
 
Moi l'un: c'est pire que ce que je croyais - j'en suis déjà retourné, pour ainsi dire enchanté !
 
Moi l'autre: - Toi qui prétendais hier encore que le voyage est le plus souvent assommant, tu te contredis à présent ?!
 
 
Moi l'un: - Absolument pas. Ce qui me tue est l'idée qu'on se fait actuellement du voyage, et l'injonction d'en profiter ! Comme si la vie de tous les jours était moins dense que le fait de se déplacer !?
 
Moi l'autre: - Pourtant tu as maintes fois remarqué que la découverte de lieux nouveaux accentue l'attention et la vision des choses...
 
Moi l'un: - C'est l'évidence même, mais des millions de prétendus voyageurs actuels ne voient rien ou ne regardent que ce qu'on leur ordonne de regarder pour mieux profiter, selon l'expression que je hais.
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Moi l'autre : - Tu prétends ne pas consommer ?
 
Moi l'un : - Notre ami Charles Albert Cingria l'a écrit: qu’"observer c'est aimer". Consommer n’est à mess yeux qu’ un sous-produit. De même y a-t-il une gradation entre voir, regarder et contempler. C'est affaire d'attention une fois de plus, et de gradation dans la qualité. Consommer est un automatisme, tandis que savourer relève du don de soi.
 
Moi l'autre: - Et qu'est-ce alors qui a frappé ton attention au point de te faire savourer pareillement ce début de voyage ?
 
Moi l'un: - C'est d'abord l'immensité du paysage. La sensation physique de dilatation. Ce ciel plus haut, ces avenues plus larges, ce fabuleux élan du pont routier sur la baie de San Diago, ce joyeux chaos vestimentaire brassant les classes sociales, cet air à la fois indien et sino-japonais des Mexicains, et ce matraquage publicitaire à la télé ...
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Moi l'autre: - Quoi, Ça ne t'horripile pas ?
 
Moi l'un: - Pas du tout. C'est tellement exagéré que j'y trouve le plus haut comique, comme chaque apparition du Président sur Fox News, avec son air de se regarder passer et son rictus satisfait de plantigrade à brushing orangé. Les présentateurs eux-mêmes, autant que les télévangélistes et les intervieweuses aux maquillages outrés, me semblent de telle figures formatées du toc et du kitsch que le retour à la réalité réelle relève de la féerie. La vision hier, vers Seaport, d’une extravagante vieillarde à chapeau de paille et grandes fleurs multicolores, trônant sur sa chaise roulante à côté d'une sans-abri à caddie et leggings troués - toutes deux jactant comme deux écolières -, m'a semblé d'une humanité incarnée revigorante. C’est Fellini chez Donald le beauf ! Et quel beau porte-avions juste à côté ! Et quels beaux enfants à Balboa Park !
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Moi l'autre: - Tu ne crois pas au déclin de l'empire américain ?
 
Moi l'un : - Ce que je crois n'a aucune importance, mais je souhaite que cet excès d'arrogance du plus haut grotesque du nouveau Président et de sa clique appelle les braves gens à plus de lucidité et d'empathie multilatérale, comme j'en viens presque à souhaiter la victoire de la calamiteuse Marine Le Pen pour secouer les Français !
 
Moi l'autre. - Et Lady L. dans tout ça ?
 
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Moi l'un: - C'est évidemment elle la vraie First Lady, qui s'occupe de tout, prévoit, combine, planifie, organise, avec un sens des réalités qui n'exclut pas la rêverie végétative et des éclats de rire jamais forcés, en complicité tribale de bon aloi avec ses luronnes de filles et leurs lascars à la coule - bref tout ça aide à vivre, avec ou sans voyage, sans donner dans la suavité glamour juste bonne pour la télé-réalité...

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Ceux qui font le tour du jardin

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Celui qui remonte le fleuve étincelant dans sa Chevrolet Impala / Celle qui se gorge de glace à la vanille noire à la Bottega italiana de Coronado / Ceux qui se retrouvent au théâtre du Globe de San Diego ou l'esprit du Good Will n'en finit pas de souffler / Celui qui ne renoncera pas à lire Annie Dillard au motif qu'elle a le même passeport que Donald Trump alors qu'aucune romanciere-essayiste européenne n'egale son génie à sa connaissance / Ceux qui ont trouvé dans Le Cercle de Dave Eggers la critique romanesque la plus aiguë de la nouvelle idéologie transhumaniste / Celui qui ne s'est jamais dit Charlie ni non plus Américain le 11 septembre de l'année que vous savez / Celle qui préfère cent fois les séries anglaises ou américaines aux productions françaises qui se piquent d'exception / Ceux qui dans les années 60 vous tournaient le dos au prétexte que vous alliez camper dans l'Espagne de Franco / Celui qui a son premier retour des States à déçu ses amis suisses allemands en refusant de dénigrer ce prétendu nid de fachos / Celle qui a fait la grève du Coca avant de se mettre à la coke / Ceux qui copiaient ce matin les gravures de Goya et de Jacques Callot exposées au Musée Timken du Balboa Park / Celui qui relit Miss Lonely Hearts et se rappelle aussi le même esprit de Dostoïevski marquant la Confederation des imbéciles De John Kenney Toole découvert en Louisiane peu avant le suicide de son auteur / Celle que le matraquage matinal de Fox News n'empêche pas de sourire à ses voisins de palier peut-être bien républicains va savoir / Ceux qui prédisent aux Français de gauche se recentrant à droite un sort aussi peu enviable qu'aux déçus centristes des deux bords se ralliant aux extrêmes / Celui qui trouve à l'Americain moyen plus de politesse et d'humour qu'au Français de ces aigres années / Celle qui ne se prononce jamais que sur les cas particulier / Ceux qui demain matin s'envoleront pour San Francisco et vous saluent aimablement en attendant, etc.

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19/04/2017

Déambulation

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L'éveil de nos méditations
se fera d'occurrence
au dam de toute autre influence
ou détermination.
 
 
Les bois flottés aux ornements
de nouvelles musiques
vers d'autres lendemains indiquent
les intimes courants.
 
 
Au dam des dominations
de slogans ressassés,
les mots se laissent ramasser
au creuset des galions.
 
 
Dans les préaux déjà
les mots nous auront chahutés,
ou parfois extasiés,
délivrés de tout quant à soi.
 
 
Nous respirons dans le jardin
aux parfums espagnols,
sous les ramées de rossignols
au chant de pur satin.
 
 
(Avant une première virée au Balboa Park...)

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Notes d'un premier jour

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Chemin faisant (155)
 
Premiers constats. - Au premier jour de ce nouveau périple américain au niveau du couple, un peu plus d'un an après celui qui nous conduisit du plus haut des Pays-Bas au plus bas du front de mer breton, par Bruges et Cabourg avant le retour diagonal par la douce France aux bourgs plus ou moins déprimés si bien observés par l'acide Michel Houllebecq, de Nantes à Nemours et jusqu'aux collines de Côte d'or et aux bords de Saône inondés, je me dis que sans l'increvable Lady L. je serais resté en ce que Robert Walser appelait son "modeste coin", tout à mon indolence naturelle.
Et me voici prié de me bouger en Californie, non mais ! Enfin voilà que ce matin, des grandes baies de notre quinzième étage du Marriott donnant sur la baie de San Diego, sur fond de sourd grondement des avions semblant plonger en pleine ville, un regain d'énergie m'est pour ainsi dire infusé par le mouvement concerté de l'immense ville...
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De l'habitus. - Et tout de suite on est prié de réviser ses préjugés ! Illico l'observation rapprochée s'oppose aux généralisations devenues de plus en plus abusives, notamment via les réseaux sociaux, et c'est ainsi qu'hier, découvrant l'urbanisation middle classs superbement agencée , sur les hauts montueux de San Diego où notre fille aînée et son compagnon se sont installés pour quatre ans ( notre ingénieur de beau-fils se trouvant représenter en Californie la plus fameuse firme suisse de machines à plier le carton), l'occasion nous aura été donnée d'apprécier l'intelligence d'un plan de quartier rompant avec l'ordinaire chaos de tant de banlieues développées n'importe comment, tel que je l'ai observé, des années 60 à nos jours, aux alentours de la maison de notre enfance...
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La notion de beau quartier ne m'a certes jamais fait rêver, mais comment décrier le projet d'un quartier à mieux habiter ? Ceci noté sans la moindre intention de conclure quoi que ce soit sur la supériorité des suburbs californiens par rapport à leurs homologues lausannois ou même danois, non plus qu'à l'habitus des médinas ou des industrieuses termites...
 
17991109_10212786387441380_4447102590369322451_n.jpgAutre notations revigorantes . - La façon des Américains de porter des shorts, même financiers en retraite ou jeunes théologiens, à quelque chose d'aussi démocratiquement rassurant que l'entregent immédiat des Américaines de tous âges. Je me l'étais dit il y a plus de trente ans au Texas ou à Boston, puis à Los Angeles et à Santa Barbara un lustre plus tard, mais une fumeuse ou un fumeur n'étaient pas encore considérés, en ces temps préludant seulement à la political correctness, comme autant de meurtriers en puissance à chapitrer. En revanche on se réjouit de constater le recul de l'obésité des enfants et les progrès de la méditation non sectaire dont notre fille aînée illustre le souriant bienfait...

18:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

18/04/2017

Allegro furioso poi dolcissimo

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Une lecture de La Divine Comédie (49)
Purgatoire, Chant XV. Deuxième corniche : envie. Troisième corniche : colère.
 
Que l'évocation des envieux et des coléreux se fasse sous le signe de la joie n'a rien que de (sur) naturel dans un processus d'ascension à la fois matérielle et spirituelle que le verbe du poète, mêlant à tout moment éléments concrets et visions transfigurées, module en douceur implacable - si l'on ose l'oxymore...
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Ainsi Dante se plaît-il à indiquer un décalage horaire entre l'instant qu'il vit, passant de la deuxième à la troisième corniche du Purgatoire, montant donc du site des envieux à celui des colériques, et la minute inscrite au même moment sur les horloges de Jérusalem, du Vatican ou du lecteur en train de lire la Commedia au XXIe siècle...
Les dernières nouvelles qui nous parviennent, en ce mardi de Pâques 2017, au 15e étage du Marriott de San Diego, latitude d'Alger sous le règne d'un monstre de cynisme cupide au prénom de canard de bande dessinée, laissent à penser que l'humaine créature n'a guère progressé depuis le lundi de Pâques de l'an 1300.
De la même façon, subitement éclairé par la lumière d'un ange “à la voix joyeuse", Dante ne fait que reprendre l'enseignement des Béatitudes évangéliques détaillées par l'apôtre, alors que Virgile lui rappelle pour sa part que la seule passion vouée aux biens matériels divise les hommes, obstruant la voie qui "court vers l'amour", etc.
Paroles lénifiantes que ces incitations à plus de mansuétude et de généreuse miséricorde au milieu des enragés de toute sorte ? Le conclure ne serait pas voir que Dante, en donnant trois exemples de douceur (de la vierge Marie, du Grec Pisistrate et du pauvre Etienne lapidé par la foule de Jérusalem) opposée à la mauvaise rage de notre drôle d'espèce qu'il sait en lui aussi, et en chacun de nous - sans parler des fureurs d’enfant pourri-gâté de l'actuel Président américain - inscrit bel et bien l’utopie christique dans la réalité de notre expérience vécue.
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Comme la lecture de Shakespeare, quoique en plus dogmatique, la lecture de Dante reste ainsi un inépuisable creuset d'observations et de réflexions à transposer dans notre vie, et voici l'aube se lever sur le Pacifique...
 
 
Peintures: William Blake et Salvador Dali.

Ceux qui planent

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Celui qui se met à la place de l’autre sans demander son reste / Celle qui cherche le père en scrutant le bras de mer / Ceux qui n’ont de cesse que de vous trouver où vous n’êtes pas / Celui qui prie Big Mother de lui lâcher les baskettes / Celle qui rêve tout haut dans le sous-marin soluble / Ceux qui touchent l’écran pour voir Les Sept Mercenaires / Celui qui se demande où est le copilote quand Dieu passe à la télé / Celle qui te dit qu’elle est en recherche dans une dimension latérale / Ceux qui disent tout à la Toile dont la réponse tarde à venir / Celui qui est théocrate à nuance ploutophile / Celle qui défèque dans l’avion à étages / Ceux qui voient Jésus marcher sur les nuages dont les moutons le saluent d’un air entendu / Celui qui à l’aplomb de San Diego dit salut à Sally l’hôtesse de l’air qui lui a prêté son stylo sans ciller / Celle qui lâche un vent sous la couverture nuageuse / Ceux qui vont fumer sur le toit du zingue mal aéré faut reconnaître / Celui qui jette un froid dans la classe Ecologique en sortant un Coran usagé / Celle qui a trouvé une coquille dans l’évangile apocryphe selon saint Jacques / Ceux qui par le hublot voient le désert tout là-bas où cinq ascètes font la sieste / Celui qui pense au pape François dans l’avion qui ne bat point de l’aile / Celle qui sait que tous les chemins mènent à Rome, via Vegas pour se refaire / Ceux qui constatent qu’en effet San Diego est à la latitude d’Alger, etc

20:03 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Ceux qui sont plutôt marshmallow

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Celui qui remercie celle qui l'a félicité d'être de ceux qui se congratulent / Celle qui répond pas de quoi à celui qui lui a dit service après qu'elle l'a remercié de lui sourire sans rien lui demander / Ceux qui bavent de bonté / Celui qui a l'air de s'excuser quand il demande pardon / Celle qui n'ose pas dire au Monsieur belge que le service n'est pas compté à la Buvette des sapins / Ceux qui sourient tellement qu'on leur voit les dents de derrière / Celui qui n'a cessé de répéter faut travailler la première moitié de sa vie et faut profiter la seconde / Celle qui répétait volontiers chez nous c'est chez nous avant l'ouragan venu de l'étranger/ Ceux qui te recommandent de profiter quand tu vas au Biafra / Celui qui a peur de traverser les villages de l'arrière-pays bernois  vu que même le silence a l'air de s'y ennuyer/ Celle qui ouvre une onglerie dans la laiterie désaffectée de Nidau où Robert Walser passa jadis comme un pas grand-chose qu'il était sans qu'on lui lance des pierres ça faut pas toujours exagérer / Ceux qui ont fomenté la ruine de l'onglerie où la Picarde olé olé attire nos ménagères / Celui qui reproche aux sapins jurassiens leur garde-à-vous à la frontière / Celle qui a un gros bobo dans son lit genre ex-rebelle sybarite et qui ronfle / Ceux qui font remarquer au pasteur germanophone récemment installé chez nous qu'on ne dit pas des gens bons mais de bonnes gens / Celui qui n'a pas trouvé de port dans ce pays où les fleuves ne font que passer / Celle qui dit à l'ado fugueur maintenant on te tient / Ceux qui se retrouvent au zoo de Bâle pour un colloque entre hominiens / Celui dont la rêverie au long cours fut amorcée par les portulans de son aïeul Emile par ailleurs placeur au théâtre municipal / Celle qui sanglote au lieudit Les Enfants Noyés dont l'ancien étang a été drainé pour l'extension du parking du bar Aux Âmes Perdues / Ceux qui préfèrent Ernest Hello le mystique à Virginie Despentes la miss toc / Celui qui aura toujours préféré la compagnie de Londubec et Poutillon à celle des profs de philo de centre gauche et autres raseurs genre psys concernés de centre droite / Celle qui s'est sentie exclue des conciliabules de Barabo et Poumani d'où son repli sur le tricot /Ceux qui sont tellement bons qu'on leur voit le coeur brodé sur le tricot, etc.

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Mani pulite 1300

 

images-9.jpegUne lecture de La Divine comédie (48)

Le Purgatoire, Chant XIV.

Les envieux. Guido del Duca et Rinieri d’Calboli. Corruption du val d’Arno et de la Romagne. Exemple d’envie punie. Avertissement de Virgile.

(Lundi de Pâques, vers 3 heures de l’après-midi).

Les inflexions dramatiques sont inégales, dans le parcours de la Commedia, mais voici que, le long de la deuxième corniche où les envieux se battent les flancs, le récit se fait pour ainsi dire théâtral, avec le dialogue plein de relief de deux anciens ennemis, un Guelfe et un Gibelin, réunis ici par leur vice partagé et ses composantes sociales et politiques, alliant jalousie et concupiscence, convoitise et corruption.

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L’échange à trois voix s’amorce assez bizarrement, après que Dante s’est identifié, à la demande des deux ombres qu’il a approchées, semblant venir des bords d’un certain ruisseau, avec l’air de ne pas oser prononcer le nom de l’Arno, comme si celui-ci était maudit. 

 

Or l’un des deux pénitents, du nom de Guido del Duca, de Ravenne, ancien juge de la Romagne, explique alors en quoi le val d’Arno, et la Romagne, ou plus exactement leurs habitants, méritent en effet d’être décriés comme autant de porcs et, en suivant l’aval du ruisseau, de roquets «plus hargneuxqu’il n’en ont la force », auxquels en dessous, « de chute en chute » et tandis que l’eau « s’enfle », succèdent  renards pleins de ruse et loups féroces.

Pourtant, et ce repentir explique sa présence en ce lieu, le contempteur s’accuse lui-même avec véhémence :

 

"Mon sang fut si enflammé d’envie

que si j’avais vu quelqu’un se réjouir,

tu m’aurais vu devenir tout pâle.

Je moissonne la paille de ce que j’ai semé ;

O race humaine, pourquoi mets-tu ton cœur

Là d’où tout compagnon doit être exclu ? »

Après quoi suit une nouvelle litanie saisissante, évoquant tous les nobles d’antan, les bons chevaliers « qui nous donnaient amour et courtoisie », enfin tout un âge d’or passé dont on voit bien que Dante regrette lui-même la disparition, remplacé par des « cœurs qui se sont faits si méchants » sous l’effet de l’envie et de la corruption.

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Le lecteur contemporain pourrait alors penser, non sans malice plus ou moins opportune, que rien n’a tellement changé sous le ciel d’Italie, et notamment s’il a le loisir, ces jours, de suivre les épisodes de la nouvelle série italienne de Stefano Accorsi, intitulée 1992 et détaillant les menées des affairistes et autres politiciens milanais corrompus, tous partis confondus ou presque, qui firent l’objet de la vaste opération Mani pulite, mains propres…

La Toscane de 1300 n’est pas, tant s’en faut, comparable à la capitale lombarde de la fin du XXe siècle, et le rêve de Dante de rétablir « amour et courtoisie » sous l’autorité d’un Empereur juste et bon, au dam des fripouilles pontificales de son temps, restera toujours lettre morte, alors que, plus que jamais, l'envie et la corruption prospèrent.

Cependant on relèvera dans la foulé, avec Giovanni Papini, que les personnages de la Commedia, même passés de l’autre côté des eaux sombres, restent furieusement vivants…

Or la vie brasse, aussi bien, les pires penchants de notre engeance, autant que ses aspirations à s’élever, comme Virgile ne manque pas d’ailleurs, à tout coup, de le rappeler à Dante que ses curiosités politiques et tout humaines ne cessent de « freiner à la montée »…

793703_2898203.jpgDante. Le Purgatoire. Traduction et commentaire de Jacqueline Risset. Flammarion GF.

1359200_4604827.jpgÀ consulter aussi pour ses utiles explications érudites : Lire la Divine comédie, par François Mégroz. L’Âge d’homme, 1994.

17/04/2017

Coeurs de pierre, yeux cousus

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Une lecture de La Divine comédie (47)

Le Purgatoire, Chant XIII.

Deuxième corniche : les envieux. Invocation de Virgile au soleil. Exemples de charité criés par des voix mystérieuses. Sapia de Sienne. Confession de Dante

(Lundi de Pâques, vers 1 heure de l’après-midi)

 

Allégé du poids du P de l’orgueil (premier péché cardinal effacé par l’ange de service), Dante accède, avec son mentor, à la deuxième corniche cette fois pure de toute inscription ou représentation explicative, juste éclairée par l’astre solaire.

Or la vision a giorno n’en est pas moins inquiétante par ce qu’elle révèle, sous l’espèce de pénitents agglutinés en triste troupe dont les manteaux et les visages se confondent à la pierre dure et grise.

Tels sont les envieux dont les litanies invoquent la bénédiction des saints et compagnie, alors que Dante constate, pour sa part, ce détail affreux : à savoir qu’ils ont les yeux cousus !

On l’a vu et revu en enfer : Dante a le génie du contrapasso, à savoir : la concrétisation d’une peine compensatoire proportionnée à la peine commise. Ainsi pourrait-on dire que l’envie, la jalousie ou la concupiscence ont aveuglé, sur terre, ceux-là qui aspirent maintenant à se purifier de ce mauvais penchant...

Si, comme il le soulignera d’ailleurs explicitement, Dante se trouve moins personnellement concerné par l’envie que par l’orgueil, l’on ne peut pas dire que le premier exemple d’envieux, ou plus exactement d’envieuse, qu’il donne ici soit vraiment significatif.

Plus exactement, l’apparition et le récit de la Siennoise Sapia, qui s’est réjouie de voir ses concitoyens défaits par les Florentins lors d’une bataille, relève de ce qu’on pourrait dire la Schadenfreude, ou plaisir de voir souffrir autrui.

Mais le chant suivant développera ce thème de l’envie, en lequel le penseur allemand Peter Sloterdijk voit l’un des maux les plus ravageurs de notre époque, se manifestant par le démon de la comparaison.

Je l’ai vu à la télé : il me le faut ! Celui-ci est plus riche que moi, celle-là est plus belle, faisons tout pour leur ressembler, etc.

Où l’envie, de fait, nous aveugle et nous empêche de voir la multiplicité du réel, nous transforme en automates concurrents et nous font sombrer dans l’indifférenciation, la cupidité larvée et l’inassouvissement morose.  

Dante. Le Purgatoire. Traduction et commentaire de Jacqueline Risset. Flammarion GF.

À consulter aussi pour ses utiles explications érudites : Lire la Divine comédie, par François Mégroz. L’Âge d’homme, 1994.

01:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

16/04/2017

Pour tout dire (97)

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À propos d'Ella Maillart et de nos transits temporels. De l'essai toujours différé de capter le TOUT DIRE du profond aujourd'hui. Du genre approprié à l'expression de l'impression, etc.
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Quand on lui demandait l'heure qu'il était, Ella Maillart répondait: il est maintenant. Or maintenant que Pâques se lève sous un ciel de tout le temps, je retrouve mes notes prises à La Nouvelle-Orléans le lendemain du Nouvel-An de mes 33 ans, une année pile avant de retrouver un flirt de nos dix-huit huit ans, ma bonne amie, alias Lady L., que je ne quitterais plus jusqu'en ce jour où nous bouclons nos valises pour rejoindre, en Californie, la première de nos deux infantes qui avait trois mois à la mort de mon père il y a de ça 33 ans et des poussières - mais comment dire tout ça dans le transit temporel chahuté de nos vies ?
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À La Nouvelle-Orléans, en janvier 1981, j'avais débarqué du Texas ou j'étais allé prononcer, le temps imparti de 33 minutes-pas-une-de plus, un éloge de l'œuvre immortelle, quoique méconnue en ce désert urbain de Houston, du sublime Charles-Albert Cingria, et j'ai noté l'odeur un peu sucrée, avec une touche de cinnamon et de fraîcheur chlorophyllée me rappelant le chewing-gum de notre adolescence, qui flottait sur le macadam spongieux du downtown élançant ses prodigieux buildings au milieu de la steppe texane à buissons barbelés et coyotes fuyants; mais une autre odeur s'imposait dans les rues de New Orléans ce premier jour de l'an mal débarbouille des beuveries de la veille à l'alcool blanc, puis il me fallut 13 ans pour l'évoquer dans l’espèce de prose fuguée d’un livre intitulé Par Les temps qui courent, lyriquement sous-intitulée Nus et solitaires nous sommes en exil - et comment dirai-je demain le profond aujourd'hui ?
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L'exercice de la notation , autant que le journal intime où les carnets volants, est le plus souvent tenu pour un art mineur, mais comment ne pas voir que tout part de ces traces de mains aux parois de Lascaux ou d'Altamira, me disais-je hier en (re)lisant les pages des Jeunes filles en fleur ou le peintre Elstir raconte, dans son atelier plein de ses marines, ce que dit vraiment le porche roman de l'humble église de Balbec si mal observée par son jeune interlocuteur, et les pages consacrées à ce début de temps retrouvé constituent l'exemple même de l'exercice d'attention auquel j'entends me plier en déployant mon effort d'échapper aux clichés qui ne disent rien.
 
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Nous débarquerons demain à San Diego, dont le nom rappelle la colonisation catholique de la Côte ouest , et nous passerons notre première nuit en vue du port militaire plus que jamais en exercice, non sans penser aux nouveaux dangers que laisse craindre, plus qu'au temps de l'intronisation du cow-boy californien, le nouvel Ubu de la ploutocratie impériale; cependant nous nous réjouissons de vivre l'aujourd'hui de demain en notre fugace temps humain...
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J'avais 33 ans cette année-là et je prenais au stylo des notes que je recopiais sur mon Hermès Little Boy a capot cabossé, sans imaginer qu'un jour nous skyperions et grappillerions nos impressions sur nos smartphones avant de les balancer sur le Nuage.
Mais voici qu'il est maintenant et que nous continuons de laisser venir l'immensité des choses, etc.
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Pour tout dire (96)

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À propos du voyage et de mon manque initial de savoir-voyager. Que partir est un cauchemar et que rester m'ennuie. De l'état chantant en tout lieu et en tout temps. De la peste touristique, etc.


Je me suis dit cette nuit en subite lucidité d'insomnie, entre trois et quatre heures du matin, que jamais je n'aurai vraiment aimé le voyage. Voyager est assommant. La vogue actuelle des récits de voyage m'insupporte presque autant que l'irruption d'un paquebot américain dans la lagune vénitienne, et je me suis rappelé cette nuit que jamais je n'aurai vraiment su voyager faute d'oser aborder les gens et de me décarcasser sans argent.

Il y a plus de cinquante ans que je me joue la comédie d'aimer ça mais à présent ça suffit: je vais donc essayer vraiment de noter ce que je ressens sans exagérer ni dans le sens de l'exaltation ni moins encore dans celui de la déploration morose, juste dire ce qui est et comment c'est, juste se rappeler ce qui a été et comment cela n'en finira qu'à la fin du tour du jardin.

 

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Une certaine année, notre père a constaté qu'il ne pourrait plus désormais faire le tour de son jardin, et ce fut ensuite comme s'il s'éloignait de nous et de lui-même, sans un mot pour l'exprimer, mais je revois son regard et son silence me parle toujours.
Je me rappelle aussi leurs voyages de retraités en divers pays lointains, malgré sa maladie à lui, ses multiples opérations et ses angoisses à elle, curieux d'Italie ou de lointains mexicains, remuant leurs vieilles nageoires dans les lagons ensoleillés des Antilles ou les baignoires de boue israéliennes, ne dédaignant ni les groupes ni les troupes et revenant fatigués mais heureux, selon leur expression, comme des milliers et des millions de voyageurs organisés que pour ma part j'ai toujours fuis.

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Ce qu'il y a de pire dans le voyage c'est de voyager seul, mais voyager à deux n’est souvent qu’un enfer augmenté. Voyager seul, quand on ne sait pas bien s'y prendre, relève au départ du cauchemar angoissant, car il faut partir et l'on fait mine à soi-même de s'en réjouir, après quoi ce ne sont que tracas jusqu'au moment où l'on a posé ses affaires et qu'enfin l'on se retrouve là, peu importe où, que ce soit en Andalousie ou au Japon, dans ce pub de Sheffield où sur les crêtes de haute Toscane, et là c'est comme partout : je suis chez moi comme partout et je ne suis plus que reconnaissance devant cela simplement qui m'attendait en silence. Et dans cet état chantant voyager seul, à deux ou plus si affinités, redevient une grâce...

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°°°
Je décrie le tourisme en cela qu'il est le contraire du voyage quand il se fait à la masse. Le Grand Tour de jadis était une découverte de chaque jour, et lente, et fervente, tandis que l'évasion de la meute est invasion distraite et pillage d'images et simulation festive ou festivalière - à vomir de plaisir.
Bref, le TOUT DIRE du voyage sera poétique ou n'a jamais été. Voyager autour de sa chambre, autour du jardin, ou faire la tournée des planètes revient ainsi du pareil au même, etc.

 

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Repentir mode d'emploi

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Une lecture de La Divine comédie (46)
Le Purgatoire, Chant XII.
Exemples d'orgueil figurés sur le sol. L'ange de l'humilité. Montée à la deuxième corniche.
(Lundi de Pâques, de 11 heures du matin jusqu'à l'après-midi)

Le front bas,remâchant son propre orgueil coupable, traînant la patte, Dante se fait remettre à l’ordre par Virgile qui lui rappelle que ce n’est pas en se battant les flancs qu’il va progresser vers la deuxième corniche des envieux, et pourtant c’est bel et bien en regardant devant lui,sur le sol couvert d’inscriptions comme sur la dalle d’une tombe, que le poète va devoir, encore, se remémorer moult exemples d’orgueilleux tirés de l’Antiquité; or passons sur le détail wikipédant…

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En mon adolescence de petit protestant, au double sens du terme, l’excellent pasteur de notre quartier des hauts de Lausanne, revenu en ces lieux des banlieues de Marseille – où il était plus proche des prêtres-ouvriers cathos que de nos prêchi-prêcheurs calvinistes moralisants -, me répondit, lorsque je l’interrogeai sur ce qui distingue l’orgueil de la vanité, que le premier désigne la vanité quand « il y a de quoi » tandis que la seconde est un orgueil déplacé vu qu’il n’y a pas « de quoi »…

8118389.jpgDante place les orgueilleux, au nombre desquels il se compte, sur la première corniche du Purgatoire, mais ce qui compte le plus, en ce douzième chant, n’est pas tant la nomenclature de ceux qui se sont pris pour des géants, des demi-dieux ou des contrefaçons du Très-Haut, tel Nemrod dont le nom est lié à l’érection de la tour de Babel, mais, Virgile y insiste : la façon de prendre conscience de ce péché (cela s’appelle consapevolezza dans le glossaire dantesque), d’en mieux distinguer les contours (à grand renfort d’exemples sculptés ou gravés) et de s’en repentir tout en invoquant la grâce céleste et en psalmodiant des hymnes, ici inspirés par la Béatitude Heureux les humbles, etc.

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La puissance« réaliste » du poème est souvent impressionnante, qui s’exprime par le détail, notamment lorsque Dante affirme qu’il voit ceci ou qu’il voit cela: ça ne se discute pas, c’est là, c’est du donné et du vécu, après quoi le salut viendra – ou pas.

D'ailleurs une angélique créature en 3D, apparue en ces lieux, vient d’ouvrir « les bras et les ailes » en désignant la marche à suivre :

« Venez : ici les marches sont tout près,
et désormais on y monte aisément.
Rares sont ceux qui viennent à cette invitation :
Ô race humaine, née pour voler au ciel,
Pourquoi tombes-tu ainsi au moindre vent ? ».

Et voilà qu’en effet notre Dante, orgueilleux dûment repenti, se sent plus léger, avant de s’apercevoir, ô miracle miraculeux, de la raison de son allègement de créature « née pour voler au ciel » :

« Avec les doigts de la main droite
je ne trouvai plus que six des lettres
gravées sur mon front par l’ange aux clefs :
en observant ceci, mon guide sourit ».

Eh mais, tout cela n’est-il pas un peu téléphoné ?

Virgile, tantôt, sera renvoyé d’où il vient, n’ayant pas droit au show sommital des anges et autres bienheureux agitant leurs palmes dorées dans la forêt paradisiaque, mais il a suffi en somme à Dante de se la jouer belle âme repentie, pour effacer l’initiale d’un de ses péchés et se trouver, du coup, délivré de la pesanteur.

Mon cher pasteur V*** aurait-il souri comme Virgile, conscient comme celui-ci du fait qu’un huguenot, pas plus qu’un païen, ne saurait passer la douane du Purgatoire ?

Sûrement oui: il aurait souri en homme sage, sous sa moustache à la Brassens, avec l’air qu’il prenait devant ceux qui se la jouaient élus autoproclamés: « Tu m’en diras tant, bonhomme »...

DivCo.jpgDante. Le Purgatoire.Traduction et commentaire de Jacqueline Risset. Flammarion GF.
À consulter aussi pour ses utiles explications érudites : Lire la Divine comédie, par François Mégroz. L’Âge d’homme, 1994.

15/04/2017

Lecture du monde

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Rues piétonnes.- Le voyage est une modulation particulière de l'observation de la réalité sous ses multiples aspects, où il n'est rien. La rue des Etuves de Montpellier, un samedi après-midi de la période de l'Avent, est un lieu aussi digne de visite, par sa prodigieuse diffusion d'énergie vitale et de chatoiement pictural,  que les divers monuments recommandés par les Tours Operators aux touristes multinationaux, non tant d'ailleurs à Montpellier qu'à Paris ou à Monaco: faites la queue pour la Sainte Chapelle ou le Rocher, c'est tout comme crever douze heure à la porte des Offices de Florence dans l'éternuement énervé des scooters...

Toutes les rues piétonnes de Blois, de Porto, de Séville ou de Barcelone méritent d'ailleurs la même attention qu'à Montpellier: là converge l'Humanité bonne -  et quelle fabuleuse librairie que celle de Sauramps sur la place de la Comédie où se démantibulent des danseurs de hip-hop sur fond de rythmes afro-cubains. Si vous avez un rendez-vous à fixer à des amis chers, ne cherchez pas plus loin: devant la librairie Sauramps, sur la terrasse dont la cantinière servira de l'eau à votre meilleur ami de l'homme.

 

039.jpgFeu sur le philistin. - L'an dernier à Portofino, dans la baie mythique idéalisée par des poètes en costumes blancs et des femmes fatales, un terrible paquebot américain mouilla et déversa moult chaloupes de touristes hagards qui tous se précipitèrent sur les boutiques de mode italienne, de sacs italiens de marques ou de pseudo-marques  issus des ateliers clandestins du sud de Naples, de savates italiennes griffés à Taiwan ou de bijoux italiens aussi couteux que les montres suisses qui se débitent sur la Bahnhoftstrasse de Zurich où déferlent autant de cars chinois. Telle est la caricature hideuse du tourisme actuel que, sacré prince, j'interdirais aussitôt sous peine de déportation lointaine. Eussé-je été en mesure, pirate ce jour-là à Portofino, de couler ce paquebot de malheur et de noyer son entière cargaison de sous-humains suralimentés, que je m'y fusse employé avec mon équipage: au jus les touristes, et que les requins en fassent du sugo !  

 

Au Parc Rimbaud. - Qui, des Tours Operators sévissant aujourd'hui de par le monde, connaît le Parc Rimbaud de Montpellier ? Sans doute aucun et c'est très bien ainsi: cela donne aux amis le loisir de goûter le charme d'un lieu comme il en est partout pour qui se donne la peine d'aller voir, comme Alice  derrière le lapin, de l'autre côté du miroir. Du parc Monceau de Paris aux jardins de Murillo à Séville, des terrasses florentines des Boboli au Mozart Park de Vienne: ces îles des villes où nous nous reposons du flux des rues sont propices aux moments où, dans notre lecture du monde, nous relevons les yeux. Et c'est ainsi, aussi, que nous respirons mieux...   

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Vanité des vanités

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Une lecture de la Divine Comédie (45)

Le Purgatoire. Chant XI.

Le Pater Noster des orgueilleux. Omberto Aldobrandeschi. Odersi da Gubbio. Provenzan Salvani.

(Lundi de Pâques, entre 10 heures et 11 heures du matin).

L’orgueil, ou plus largement ce que les Grecs appelaient l’hybris, portant les individus ou les nations, et plus encore les empires, à céder à la violence de leurs passions égoïstes, au défi de toute modération et de tout équilibre, se trouve visé par Dante (qui en savait lui-même quelque chose !) sur cette première corniche du Purgatoire où l’on aura l’occasion de voir ce qui distingue un poète d’un prêcheur.

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Dès les sept premières terzine de ce onzième Chant, le poète ne craint pas, en effet ,  de se faire prédicateur en réécrivant, à sa façon, le Pater Noster, ici psalmodié par une troupe d’ombres au front bas dont il est précisé que ce n’est pas pour elles qu’elles prient mais « pour ceux qui sont restés en arrière »…

Ceci dit, les retouches de Dante au Pater Noster sont à la fois d’un poète et d’un métaphysicien de l’amour cosmique, qui fera de celui-ci (Next stop Paradise) le Premier Mobile mystique de l’Univers, rayonnant d’effets angéliques divers.

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Or on relèvera que si les ombres du Purgatoire, déjà promises au salut, prient pour nous autres pauvres mortels, un retournement saisissant fait dire aussi au poète qu’il nous incombe de prier pour elles, si tant ait que notre « vouloir » ait « bonne racine », car :

« Ben si de’ loro atar lavar le note

che portra quinci, si che, mondi e lievi,

possano uscir a le stelle ruote ». 

Ce qui donne en français dans le texte :

« Il faut les aider à laver les taches

qu’ils portèrent ici, pour que, purs et légers,

ils puissent monter aux sphères étoilées ».

Oraisons montantes, cantilènes descendues du ciel, pieuses paroles transitant entre vifs et défunts : tout cela fait un concert aux harmoniques incessamment édifiantes,  mais il y a mieux : Dante raconte des histoires.

images-3.jpegLa Commedia nous tomberait des mains si elle n’était qu’éminent catéchisme, de même que les fresques contemporaines de Giotto seraient-elles chaulées d’oubli depuis longtemps si elles n’avaient cristallisé que de grises injonctions dogmatiques.

2783_scrovegni.jpgfrancoiscimabue.jpgCependant trois personnages vont apparaître, contemporains de Dante ( pratiquant une fois de plus le name dropping) qui seront,pour le poète, l’occasion double de signaler le caractère éminemment fugace et futile de tout hybris en matière politique et de toute vanité en matière artistique ; et de citer la grandeur de Giotto qui évince celle de Cimabue ; de même qu’en poésie la gloire de Guido Cavalcanti relègue celle de Guido Guinizelli, tout initiateur du dolce stil nuovo que fût celui-ci. Cinq siècles et demi avant La Foire aux vanités de Thackeray !


On lit ainsi ces trois tercets sans âge, qui évoquent la sagesse relativiste d’un Montaigne autant que les vers de L’Ecclésiaste:

 

« La rumeur mondaine n’est pas autre chose qu’un souffle

de vent qui vient tantôt d’ici et tantôt de là,

et qui change de nom quand il change de direction.

 

Seras-tu plus célèbre, en te séparant

d’une chair déjà vieillie, que si tu étais mort

Avant d’avoir cessé de dire « pappo e l’ dindi »

 

Quand mille ans auront passé ? et cette durée

est plus courte en face de l’éternité qu’un battement decisl

Par rapport à la sphère qui tourne le plus lentement dansle ciel ».

 

Une fois de plus, en outre,il y a du chroniqueur d’époque chez Dante, qui cite nommément des personnages qu’il a connus de près ou de loin, tel Omberto Aldobrandesco le gibelin tué par les Siennois, qui dit lui-même avoir été arrogant et méprisant de « tous les hommes », Oderisi de Gubbio l’enlumineur admiré par son contemporain poète, ou Provenzano Salvani, chef gibelin qui reconnaît avoir eu « la présomption de soumettre Sienne tout entière à son autorité », et qui a droit cependant au Purgatoire après s’être montré généreux envers l’un de ses amis pour le délivrer des geôles de Charles d’Anjou. 

Comme Montaigne le fera dans ses Essais deux siècles plus tard en se référant sans cesse à des situations humaines vécues – qu’elles soient tirées des auteurs de l’Antiquité ou de faits divers contemporains -, Dante truffe son poème d’allusions à des personnages incarnant tel ou tel vice– en l’occurrence l’orgueil ou la vanité –, et qui mêlent accusations et circonstances atténuantes comme s’il était lui-même le Juge Suprême. 

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On peut discuter, évidemment, de la structure verticale et de la dynamique ascensionnelle du Purgatoire, comme si c’était un archétype universel, alors qu’il s’agit d’une représentation médiévale de l’Occident catholique romain à son pinacle, mais là encore l’invention poétique brise les « formats », comme chez les peintres dont l’idéologie chrétienne se trouve débordée par leur génie parfois peu catholique…

 

Dante. Le Purgatoire.Traduction et commentaire de Jacqueline Risset. Flammarion GF.

À consulter aussi pour ses utiles explications érudites : Lire la Divine comédie, par François Mégroz. L’Âge d’homme, 1994.

14/04/2017

D'un savoir l'autre

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Une lecture de La Divine Comédie (44)

Le Purgatoire, Chant X.

Montée à la première corniche. Exemples d’humilité sculptés dans le rocher. Marie, David, Trajan. Apostrophe contre l’orgueil humain.

(Lundi de Pâques, entre 9 heures et 10 heures du matin)

Le savoir élitaire n’est point trop en odeur de sainteté par les temps qui courent, mais sans lui pas de salut (ou presque) à la lecture de la Commedia, c’est le moins qu’on puisse dire et à tous les sens des termes historique ou politique, littéraire ou philologique, philosophique ou théologique. 

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À commencer par celui-ci, la porte du Purgatoire, ouverte par l’ange portier aux deux clés d’or (symbole de ceci) et d’argent (symbole de cela) s’est refermée derrière les deux poètes (l’antique Latin et l’Italien de ce matin) sur fond de Te Deum tombé du ciel céleste, et gare si Dante se retourne !

Ensuite, de la métaphysique revue par les Pères de l’Eglise et passée à la moulinette du poème, l’on saute à la physique des corps, et sans Alpenstock : ainsi les deux compères se ripent-ils dans une espèce de gorge rocheuse à tournure de cheminée (symbole un peu tautologique de la montée-qui-monte) jusqu’à une vire formant corniche sur tout le pourtour de la montagne, surmontée de scènes sculptées de main probablement divine.

Unknown-3.jpegL’on passe en effet à la dimension esthético-apologétique du poème, illustrée d’abord par une image sculptée figurant l’Annonciation avec le duo de l’Ange Gabriel et de Marie - on pense illico à Fra Angelico, avec deux siècles d'avance, quoique Dante évoque plutôt l’art de Polyclète, plasticien grec encore fameux à l’époque, et Giotto serait encore plus proche...

david01.jpgDans la foulée se distinguent plusieurs scènes diversement édifiantes, à commencer par le transport de l’arche sainte des Hébreux devant laquelle on se rappelle (mais si !) que dansa et psalmodia le roi David à la « robe troussée », précise Dante, après quoi celui-ci remémore la légende médiévale selon laquelle l’excellent pape Grégoire pria tant qu’il parvint à tirer l’empereur Trajan des enfers pour saluer un geste de commisération montré par celui-ci à l’égard d’une pauvre veuve dont le fils fut accidentellement tué par l’armée romaine- vous suivez au fond de l'avion ?

Tout cela pour montrer quoi ?

Entre autre ceci : que l’humilité et le repentir seuls pallieront l’orgueil, qui ne cesse de freiner notre élévation. C’est aussi bien ce que montre enfin, sur la même corniche, une procession de chenilles humaines qui se traînent en gémissant force « je n’en puis plus »…

Or comment trier dans ce fatras, ce qui relève de l’érudition empilée et ce qui peut nous toucher encore spontanément ? 

De toute évidence, le poème hyper-codé, à multiples strates de signifiés (comme le sera l’Ulyssse de Joyce 7 siècles plus tard),n’en finira pas de servir, sinon à l'édification de la jeunesse italienne préférant le clip au poème, à la promotion d’innombrables nouveaux dantologues récusant tout ce qui a été dit avant eux, pour mieux « décaper » texte (et sous-texte) à l’occasion de multiples communications et congrès en divers lieux ensoleillés de la planète, mais nous apprennent-ils à mieux lire pour autant ce que le poète, de loin en loin, exprime de simple et beau en quasi 3D, par exemple sur l’amour ? Sûrement pas !

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Assez comiquement alors, sur cette corniche   des orgueilleux, me revient le souvenir du commentaire le moins humble qui se puisse imaginer, de Philippe Sollers pérorant à n’en plus finir « autour » du Purgatoire, dans son ouvrage modestement intitulé La Divine comédie (lequel consiste en réalité en entretiens avec les très patient Benoît Chantre), sans dire à peu près rien (non, j'exagère !) du contenu du texte lui-même alors qu’il pontifie à grand renfort de références à Bataille ou Heidegger…

Bref, voyons plutôt en la Commedia ce qu’elle est, pareille à une cathédrale à la fois sublime et désaffectée à beaucoup d’égards, dont les détails qui nous parlent encore ressortissent au langage, compréhensible par tous, de ce qu’on appelle la poésie - mais qu'est-ce au juste ?

793703_2898203.jpgDante. Le Purgatoire. Traduction et commentaire de Jacqueline Risset. Flammarion GF.

À consulter aussi pour ses utiles explications érudites : Lire la Divine comédie,par François Mégroz. L’Âge d’homme, 1994.

Et ce monument d’autosatisfaction aux vues parfois éclairantes, voire fulgurantes de justesse dans l'aperception musicale du texte : Philippe Sollers. La Divine Comédie. Folio.

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13/04/2017

L’âme sœur

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Le chef-d’œuvre « japonais » de Fredi M. Murer. (Re)déclaré plus grand film de l'histoire du cinéma helvétique par l'Académie du film suisse. À revoir et revoir sans doute.

L’Ame sœur de Fredi M. Murer, disponible sur DVD, a été dit « le meilleur film de l’histoire du cinéma suisse », ce qui est fort possible même si son confinement dans le « cinéma suisse » me semble, pour ma part, insuffisant. Je le placerais plus volontiers, quant à moi, au nombre des chefs-d’œuvre du 7e art de l’après-guerre, toutes catégories confondues, et je me disais l’autre soir, en le revoyant, que c’était une sorte de film japonais que cet ouvrage enté sur un thème – l’inceste - de la tragédie grecque, et traité avec une radicalité absolue, du point de vue de la forme, image et verbe fondus en pure unité.
Or rencontrant Fredi M. Murer la semaine dernière dans son antre zurichois  de la mythique Spiegelgasse, pour évoquer Vitus, son nouveau film, et lui parlant de cet aspect « japonais » de Höhenfeuer (titre original de L’âme sœur), le réalisateur m’a répondu en riant que son film avait bel et bien été perçu comme tel au Japon même, où il a rencontré un succès considérable, avant d’évoquer sa parenté avec La légende de Narayama d’Imamura…
L’âme sœur est un grand film d’amour tragique, liant un adolescent muet et sa sœur aînée dans une famille de paysans de montagne vivant entre traditions archaïques et modernité perlée. Rien de pittoresque dans les Alpes de Murer, qui a interdit toute figuration style carte postale à son chef op’ Pio Corradi, et rien de régionaliste dans cette famille d’Helvètes alors même qu’ils s’expriment en dialecte uranais à couper au couteau. La fatalité illustrée – la pauvreté et l’endogamie – n’y a rien de dogmatique ou de littéraire non plus, mais s’incarne littéralement à la fois dans la nature sauvage et le naturel des protagonistes, dont le plus jeune reste proche des grands fonds et va retrouver à un moment donné les rituels d’une sorte de chamanisme des hautes terres.
A cela s’ajoute un trait omniprésent dans le cinéma de Murer, à part la patte d’un grand peintre sur pellicule : une immense tendresse qui enveloppe tous les personnages, sans exception, portée jusqu’au sublime dans les dernières scènes du film où le garçon devenu père incestueux, qui a retourné l’arme de son padre padrone furieux contre celui-ci, ensevelit ses parents (la mère a été foudroyée par la mort de son conjoint) dans la neige de cet outrepart utopique d’un rêve éveillé où il est le seul à ignorer que la vie ne sera jamais possible…

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Fredi M. Murer. L’âme sœur. DVD Impuls. En Bonus, interview du réalisateur. 
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Extrait du Storyboard de Fredi M.Murer

21:55 Publié dans En étrange pays, Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma

La baraka

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Aux innocents massacrés

 

 

J'étais innocent présumé,


ou peut-être pas, va savoir ?


J'étais un enfant de trois ans,


j'étais Un vieil Anglais


familier de la promenade;


nous, nous étions juste belles,


juste faites pour le bonheur,


et faut-il se méfier aussi


des jeunes filles en fleur ?


Et quelle peur auraient-ils eu


ce soir au bar des retraités


amateurs de karaoké ?


Nous, nous ne faisions que passer.


Ces trois-là étaient Japonais.


Pas mal de gens, aussi,


qui s'étaient dit CHARLIE


en janvier de l'autre année,


l'avaient oublié par la suite


en se pointant au Bataclan...

 

Mais à présent on se sentait


tellement protégés:


le ciel virant de l'orangé


à l'indigo sur les palmiers;


nous regardions la mer


aux reflets étoilés;


dans ses bras tu t'étais sentie


délivrée des emmerdements;


un autre maudissait la vie


sans savoir pourquoi ni comment;


plusieurs millions plantés


devant l'écran de leur télé


étaient à regarder comment


le monde va ou ne va pas -


on ne sait pas, ça dépendra


peut-être de la baraka ?

 

 

Voila ce que ce soir peut-être


ou peut-être pas, va savoir


ils se disaient tous dans le noir


et comme flottant hors du temps:


ah mais quel beau feu d'artifice


ce serait ce soir à Nice...


Lorsque a surgi le camion blanc.


(Ce matin du 15 juillet 2016)

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L'éphèbe et la sainte

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Une lecture de La Divine Comédie (43)

Le Purgatoire, Chant IX.
Dante s’endort et rêve. Réveil près de la porte du Purgatoire. L’ange portier. Ouverture de la porte
(Nuit du dimanche au lundi de Pâques, 11 avril 1300)

Le neuvième chant du Purgatoire, après un début d’ascension assez physique, est marqué par un rêve mythologico-féerique digne d’inspirer un peintre mystico-psychédélique à la William Blake ou, quelques étages en dessous, un Salvador Dali, dont les illustrations de la Commedia sont assez mollement liquéfiées au demeurant.

Mais le chant débute par un vrai galimatias, en tout cas à nos oreilles contemporaines.
En voici la traduction française :

« La concubine de l’antique Titon
blanchissait déjà au balcon d’Orient
en sortant des bras de son doux ami ;
son front resplendissait de gemmes,
formant la figure de l’animal froid
qui frappe l’homme avec sa queue ;
et la nuit, au lieu oùnous étions,
avait fait deux pas dans sa montée,
et baissait déjà son aile pour le troisième ;
lorsque, chargé encore du fardeau d’Adam,
vaincu par le sommeil, je m’inclinai sur l’herbe,
où nous étions assistous les cinq. »

On imagine l’éberluement perplexe de la collégienne romaine ou du lycéen florentin tombant sur ces vers alambiqués signifiant que, bon,la nuit est tombée « en montant » et que Dante va monter en « tombant » dans un rêve…

John Cowper Powys a raison, une fois de plus, en soulignant que la Commedia date à divers égards, à la fois par son contenu dogmatique et par ses multiples références à la mythologie gréco-romaine.

Et pourtant la poésie,musicalité et splendides images à l’appui, sauve la mise de chaque Cantica, indépendamment de son sens moral ou théologique.

En l’occurrence, le rêve, qui fait l’esprit « presque devin dans ses visions », acquiert un surcroît paradoxal de présence en combinant la figure d’un aigle à plumes d’or, d’essence résolument chrétienne, et celle du jeune Ganymède, bel éphèbe de souche grecque « ravi au consistoire des dieux » par Zeus, dont l’apparition onirique coïncide, en temps réel, avec le passage subreptice de Lucie, sainte spécialement affectée à la protection de Dante, dont Virgile lui explique l’intervention quand il se réveille.

Compliqué tout ça, giovanotti ? Pas plus que le méli-mélo New Age de vos séries merveilleuses flirtant avec le fantastique !

Et la suite va se corser encore, presque jusqu’au kitsch, avec l’apparition de l’ange portier aux pieds sacrés posés sur la troisième marche de l’escalier accédant à la« porte sainte ».

ob_393d6615978fe254e6e8d46d13963ba9_dsc-0499.JPGEn cas de film, l’on appréciera le contraste de couleurs destrois marches : la première de marbre blanc (lisse comme un miroir révélant au voyageur ce qu’il est tel qu’il est), la deuxième de pierre noire raboteuse (comme une âme nécessitant un bon récurage) et la troisième de porphyre enflammé « pareil au sang qui jaillit d’une veine », symbolisant pour les uns le feu ou la charité, pour les autres l’Empire dont la mission est, selon Dante, de rétablir (hum) la justice et la paix dans le monde.

Là encore : génie du détail caractérisant la poésie de Dante, qui voit ensuite son front marqué de sept P par l’épée de feu de l’ange lui recommandant comiquement, prévenant infirmier : «Souviens-toi de laver, quand tu seras dedans, ces plaies »…

Or ces sept P, il faut le préciser à l’attention de la collégienne milanaise ou du lycéen napolitain, représentent les sept Péchés capitaux qu’il incombera à Dante d’effacer successivement en franchissant les sept corniches du Purgatoire…

41KEAN0XN5L._SX280_BO1,204,203,200_.jpgDante. Le Purgatoire. Traduction et commentaire de Jacqueline Risset. Flammarion GF.

À consulter aussi pour ses utiles explications érudites : Lire la Divine comédie, Le Purgatoire, par François Mégroz. L’Âge d’homme, 1994.

 

12/04/2017

Deux anges passent

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Une lecture de La Divine Comédie (42)

Le Purgatoire, Chant VIII.

Arrivée des anges. Nino Visconti. Les trois étoiles. Le serpent mis en fuite. Corrado Malaspina

(Dimanche de Pâques, vers 7 heures et demie du soir)

 

L’actuelle superstition scientiste accorde plus de crédit aux sciences dites dures qu’au doux savoir, mais l’angéologie est reconnue par l’Abbaye de Thélème et c’est ce qui compte.

Le penchant naturel (la Bête) de l’homme (et de la femme quand elle se laisse aller) tend le plus souvent vers le bas, aux ordres de son cerveau reptilien, tandis qu’un élan contraire surnaturel le fait lever les yeux vers la cime accueillant le premier soleil ( c’était tôt l’aube au pied des Aiguilles dorées, un dimanche matin de nos vingt ans) ou les derniers rayons du crépuscule en ce huitième chant du Purgatoire.

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Toute la foule qu’il y a là, autour de Dante et de ses collègues poètes Virgile et Sordel, lève ainsi les yeux en cette fin de dimanche de Pâques de l’an 1300, et pour répond en envoyant deux de ses émissaires ailés, une fois le ciel, aux regards ardents et aux hymnes, porteurs d’épées de feu et tout nimbés de vert espérance.

Ainsi Dante les décrit-il plus précisément:

« Verdi come fogliette pur mo nate

erano in veste, che da verdi penne

percosse traen dietro e ventilate ».

 

Autrement dit :

« Vertes comme des feuilles nouvelles nées

étaient leurs robes, que battaient les plumes vertes

flottant derrière eux, agitées par le vent ».

 

La poésie de Dante ne se réduit pas du tout à l’apocalyptique représentation que scelle le plus souvent l’expression « dantesque », comme le montrent, et de plus en plus en ces lieux de purification, tant d’images d’une infinie délicatesse et surfine harmonie, en contraste absolu avec le chaos vaseux ou visqueux dans lequel rampe le sempiternel serpent.

Lequel surgira d’ailleurs tout à l’heure là-bas, que le défunt poète Sordel désignera à Dante en ces termes : « vois là notre adversaire », identifiant ce même serpent « qui donna à Eve le fruit amer »…

Et le voici rampant :

 

« Tra l’erbe e’fior venia la mala striscia,

volgendo ad ora ad or la testa, e ‘l dosso

leccando come bestia che si liscia ».

 

Autrement dit :

« Entre l’herbe et les fleurs venait l’affreux reptile,

tournant de temps en temps la tête et se léchant

le dos, comme une bête qui se lisse ».

 

Mais les anges apparus auparavant ne sont pas là que pour la photo : les voilà qui, tels des « éperviers » fondent comme l’éclair sur le suppôt de Satan…

Plasticité remarquable de la scène !

Ainsi la Commedia nous tient-elle et nous retient-elle, si l’on ose dire, par les deux bouts de la griffe et de l’aile.

Ainsi de ce souvenir, ce dimanche-là, dans la paroi des Aiguilles dorées où la lumière descendait tandis que nous montions, lorsque mon ami R*** dérocha soudain, et tout aurait pu finir comme ça : mais non, je ne sais quel ange le retint je ne sais comment de ce côté de la vie alors qu’à quelques dizaines de mètres de là, sur une voie parallèle, le guide et chanoine René M ***, qui avait tout vu de la scène, restait encore figé, saisi, pantois, aussi vert que son compagnon à lui et que les deux saints volatiles de la Commedia

Je n’invente rien: mon rapport a été déposé aux archives angéologiques du canton du Valais…

 

Dante Alighieri, Le Purgatoire. Traduction et commentaire de Jacqueline Risset. Flammarion GF.