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Carnets de JLK - Page 13

  • Ceux qui cartonnent

    Celui qui a un potentiel vendeur / Celle qui cherche un agent crédible/ Ceux qui visent le sujet qui accroche / Celui qui va faire un pas vers la fiction / Celle qui se positionne en nouvelle Duras végane / Ceux qui vont casser le morceau / Celui qui travaille le « non dit » familial / Celle qui en appelle à la sororité / Ceux qui pensent déjà traductions et adaptations en séries à l’international / Celui qui se choisit une tenue sympa en vue de la Grande Librairie / Celle qui médite avant chaque « ascèse de création » / Ceux qui sont des « bêtes d'ateliers » / Celui qui ose le subjonctif plus que parfait / Celle qui signe avec son sang enfin façon de parler / Ceux qui se voient déjà en tête de gondole / Celui qui dit fièrement à Gilberte qu’il va « en signature » / Celle qui menace carrément d’arrêter d’écrire / Ceux qui vérifient la présence de leur opus dans les vitrines des librairies du canton / Celui qui envisage une suite à son roman en dépit de son insuccès / Celle qui affirme qu’elle a Toute La Critique contre elle / Ceux qui parlent volontiers de leurs personnages à la télé en les appelant par leurs prénoms genre Hélène la forcément victime et Victor le battant / Celui qui lit du Saint-Simon pour épurer son style / Celle qui écrit à Jean d’Ormesson « que du bonheur votre bouquin » / Celles qui invitent le jeune critique en espérant plus si affinités, etc.

  • Comme les heures filent

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    (A mi querida hermana mayor)
     
    Tu serais un livre d’images,
    dirais-je à l’enfant
    si sage, voire un peu pédant,
    quand il pose à la galerie
    des garnements imbus
    de science infuse et de vertu ;
    révérence au petit crevé
    préparant dans son coin
    quelque coup de poing assorti
    d’un mot plein d’ironie –
    toute image trop belle
    appelle son verso rebelle…
     
    Je tourne volontiers tes pages,
    enfant des souvenances,
    dont les mille images en peinture
    font des enluminures
    tantôt émaillées de ces mots
    géniaux de l’innocence,
    et tantôt semblant étranglés
    dans ta gorge serrée
    par les chagrins ou la révolte –
    tous les clichés à la lanterne
    défilent dans la chambre
    noire aux sonorités
    et aux moires ressuscitées…
     
    La vieille pianiste écoute
    l’élève qui désire
    lui rejouer la mélodie
    lui rappelant d’anciens plaisirs ;
    l’heure hélas a tourné,
    va falloir se quitter, jeune homme,
    mais chante encore là-bas
    et va manger des pommes
    à l’Arbre des envies…
     
    Peinture: L'Arbre de vie selon Gustav Klimt.

  • Dad’s Blues

     

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    Pour Sophie et Julie.

    Où il est question du classique désarroi du bon père devant l’émancipation de ses filles. Que toute mauvaise pensée est frappée d’Interdit. De la sublimation et de la demande en mariage.

    Elles se la jouent Dark Lady et Sweet Heart, et je fais le père moderne: je me la coince, mais n’en ressens pas moins comme une divine mélancolie.
    Tel est de fait le dur constat auquel je suis amené ces derniers temps: que je ne suis plus leur seul dieu.
    Ce n’est pas seulement qu’elles regardent ailleurs, c’est qu’elles sont ailleurs, et serais-je un pur esprit ou un spectre qu’elles me porteraient plus d’attention - pur esprit dont la première ornerait sa dissertation, ou spectre bienvenu dans les rêveries policières de la seconde.
    Cela commence à la première heure dans un véritable branlebas. Il fait encore nuit noire et je me trouve, comme tous les matins, penché sur mes grimoires, dans le cercle enchanté de la lampe, lorsque ma table à écrire retentit des premières trépidations.
    C’est en effet à cheval que Dark Lady traverse l’appartement, l’air hagard dans sa chevelure imitation black, un peu le style Angela Davis à l’époque des Panthères mais le sabot précis et la flèche verbale prête à être décochée, en tout cas rien ne l’arrêtera sur le sentier guerrier de la salle de bains où elle sera la première à se claquemurer.
    Pendant ce temps, Sweet Heart figure la belle au bois somnambule qui va et vient entre sa couche désordonnée et le frigidaire, le visage dolent et la moue suggérant que ce n’est pas encore l’heure d’ouverture des guichets.
    Dans ce tumulte feutré, je me surprends à d’inconvenantes poussées de voyeurisme, ou plutôt qu’inconvenantes: dangereusement naturelles, voire un peu sauvages.
    Il arrive, en famille, qu’un sein adolescent pointe à la fenêtre, ou qu’une jeune croupe se dandinant direction les lavabos vous suggère des choses au plus total oubli du fait que vous êtes le père.
    Cela peut arriver en rue de la même façon, quand vous appréciez de loin la silhouette ravissante de Lolita ou de Baladine et que, tout à coup, vous reconnaissez votre enfant. Naturellement vous aimeriez vous précipiter et vous jeter aux pieds de la grâce incarnée, mais cela même ne se peut pas et vous pressentez que c’est bien ainsi. Car vous aimez cet Interdit plus que votre désir, en tout cas vous vous le répétez à chaque fois que Sweet Heart vous impose l’épreuve du Défilé (le supplice de Tantale du Mini Mini) ou que Dark Lady se met à danser au milieu du salon à la manière d’Isadora Duncan.
    Bien entendu, l’Interdit ne va pas jusqu’à ne pas toucher. Je caresse donc volontiers et je l’avoue sans vergogne: je bécote. J’oserai même en faire le thème d’une campagne de propagande à l’échelon de la collectivité: bécoter plus, c’est se laisser moins troubler.
    C’est aussi soulager l’angoisse de Sweet Heart, toujours lancinante en ses treize ans de nymphette aux abois, que la seule évocation d’un mollusque suffit à faire se pâmer de dégoût. Le baiser à l’américaine, dit aussi langue fourrée, fait ainsi figure à ses yeux d’odieux enlacement de limaces, et ne parlons pas des organes.
    Cela ne m’empêche pas de pressentir, en Sweet Heart, une amoureuse ardente. Tant sa passion pour les éléphants que ses débordements d’affection et les longues, longues séances qu’elle passe au miroir à se faire plus jolie que jolie, me semblent autant de signes de bonnes dispositions.
    Mais ne rien brusquer, ne rien chercher même à rabattre des sourcilleuses recommandations de Madame Mère du style L’Amie de la Jeune Fille...
    Tout cela que Dark Lady reluque à sa façon voulue sarcastique, mais le coeur et les antennes en constant état d’alerte. Dark Lady ou la fausse dure. Calamity Jane rêvant d’un prince charmant aux yeux tendres à la Ricky Nelson. Et de fait, le western sera carabiné, mais les couchers de soleil ne sont pas pour les coyotes, et là ça peut aller jusqu’à des baisers de deux trois minutes sur fond de ciel flammé, et dans la salle on s’abandonne doucement au creux de l’épaule de son soupirant, mais pour le reste essayez pas d’en savoir plus ou je tire !

    Je sais qu’en digne père je ne devrais penser qu’au statut de marchandises de mes filles. Telle nous rapportera tant, et l’autre tant; notre bien se trouvant augmenté à hauteur de tel bénéfice par rapport à l’investissement de base. Je devrais compter, au lieu de quoi je rêve. Je devrais négocier chèrement leur capital beauté et leur potentiel à tous les niveaux, alors que mon blues radoucit, jusqu’à la honte, mes velléités de père selon la Tradition.
    C’est ainsi que je finirai par les céder, en ne pensant qu’à elles, l’une au cow boy de ses rêves et l’autre à quelque clone du mousquetaire Leonardo di Caprio. La seule condition sera qu’ils se présenteront au ranch pour me soumettre leur demande en bonne et due forme. Je leur ferai savoir au préalable, par leurs amoureuses, mon exigence absolue en matière de connaissance de la musique baroque et des vendanges tardives, mon souci de beauté et plus encore de bonté, et mon souhait vif de les entendre se déclarer en vers réguliers.
    L’examen prendra le temps qu’il faut et ce seront autant de mois et peut-être d’années de sursis qui me seront accordés.
    Surtout, le faraud sans cervelle et le joli coeur volage, le marchand d’orviétan sentimental et le séducteur illusionniste seront confondus.
    La scène finale n’en sera que plus douce, plus douce et plus poignante. Déjà je nous vois bien vieux, elle et moi dans nos chaises à bascule, tandis que le grand soleil décline à l’horizon de La Désirade, à saluer encore et encore nos enfants qui s’éloignent là-bas sur leurs chevaux qu’on dirait maintenant des jouets, mais vivants, de si jolis jouets à ressorts remontés pour la vie.



  • Happy Birthday to Myself

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    Le sieur JLK
    entouré des ses chères filles
    Sophie et Julie,
    de ses beaux-fils Florent et Gary,
    de ses petits-enfants Anthony, Timothy et Elizabeth,
    entre autres sœurs, parents et amis non moins chers,
    a le bel avantage de vous annoncer par effet rétroactif,
    le 14 juin 1947,
    sa venue au monde accordée par la grâce conjointe de
    sa mère Henriette et de son père André,
    conviant ses proches et lointains à se réjouir d’être en vie et de penser à sa bonne amie, prénom Lucienne, alias Lady L.
    si présente en son absence…
     
    Post scriptum et Nota Bene :
    Un clin d’œil de circonstance sera
    adressé conjointement à la mémoire d’Ernesto Che Guevara et à l'insu de Donald Trump, nés eux aussi un 14 juin sous le signe des Gémeaux aux destinées contrastées…
     
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    La petite smala réunie à La Désirade, ou trois générations partageant la même tendresse...
     
     

  • Surtout ne pas désespérer

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    (Chanson des accablés)
     
    On dirait: à vous de jouer,
    au milieu des déchets,
    on le dirait les yeux baissés
    sans implorer les dieux
    fatigués en leurs cieux
    investis par les bombardiers -
    on ferait comme de semblant
    de ne rien voir là-bas
    des traces répandues,
    du massacre des innocents…
     
    Ce n’est pas grave disiez-vous:
    les enfants, suffit d’en refaire,
    la seule affaire étant de croire
    à votre seul Salut
    d'uniques élus par l'Unique
    défilant bien en rangs
    dans les charniers bigots
    de l’éternel fumier des mots…
     
    Les anges sourient au jeu:
    comme c’est amusant
    de faire ainsi semblant
    à tire d’ailes au vent du temps
    de se la jouer hirondelles,
    ainsi jouons donc à jouer
    en déjouant le jeu
    des méchants en lourdes cohortes -
    des violents qui l’emportent…

  • Faut-il vraiment se méfier de Yuval Noah Harari ?

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    La trajectoire du petit prof d’histoire israélien devenu mondialement connu avec quatre ouvrages de vulgarisation à large spectre, dont Sapiens aux millions de lecteurs, a suscité quelques accusations portant sur le manque de sérieux scientifique de l’auteur, lequel n’a pourtant jamais posé au savant. D’aucun(e)s vont jusqu’à le taxer de “prophète populiste”. Et vous là-dedans ?
    Vous lisez tout tranquillement ce dernier opus du fameux Yuval Noah Harari, à l’instar de millions de lectrices et lecteurs supposés innocents, cela s’intitule Nexus et se dit “une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA”, cela vous semble immédiatement intéressant comme vous ont intéressé déjà Sapiens (best-seller mondial, comme on dit), et Homo deus, Yuval est décidément un vulgarisateur hors pair de tous les savoirs, mais tout de suite il vous met en garde, précisément, contre la prétention à l’omnisavoir, bien entendu il enfonce à vos yeux une porte ouverte en rappelant illico à la lectrice et au lecteur que le plus grand savoir ne va pas forcément avec le plus de vérité ou le plus de sagesse, même que parfois (c’est Orwell qui l’a écrit avant lui, et sûrement un Grec antique avant eux) l’ignorance est plus forte que la connaissance en matière de pouvoir, bref il ne pose pas au Grand Sachant même si vous savez qu’il en sait plus long que vous à de multiples égards (la seule suite des Notes référencées en fin de volume de Nexus compte près de 100 pages), mais voilà qu’en prenant connaissance de cet immense travail peinard dans votre coin et à petites doses vu que vous lisez onze autres bouquins en même temps, comme à votre habitude de graphosaure bibliophage, vous découvrez, sur la Toile où vous surfez à la recherche d’autre chose, ce dossier qui se veut impérativement scientifique, véritable mise en accusation des méthodes et de la portée des livres d’un Harari déclaré féru de sensation à vocation populiste, non seulement coupable de peu de sérieux scientifique mais carrément dangereux !
    Donc là vous vous pincez: danger ? Mais comme vous n’êtes pas du genre à tout gober d’un coup, vous vous tirez une copie imprimée du dossier en question pour vous en faire une plus juste idée.
    Cela étant, déjà vous avez tiqué à l’argument de la scientificité, vu qu’Yuval ne pose jamais au savant titré, tout en rappelant qu’en la matière les scientifiques les plus avérés sont souvent en proie au doute – et là vous vous rappelez les mises en garde du physicien Freeman Dyson, dans La vie dans l’univers, qui relativise précisément les certitudes de la corporation en cette matière de supposée haute teneur scientifique…
    Aussi, vous vous dites que l’immense succès de Yuval Noah Harari ne pouvait que lui attirer noises et jalousies. Dans le même rayon de la dépréciation pour cause de notoriété, vous vous rappelez ainsi la petite fronde provoquée par le succès des Bienveillantes de Jonathan Littell, émanant le plus souvent de gens qui n’avaient pas lu le fameux pavé...
     
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    Quand « populaire » devrait rimer avec « populiste »…
    À l’enseigne de la revue en ligne et sur papier Current affairs (http : https://www.currentaffairs.org) une dame au nom de Darshana Narayanan et au physique de chouette star de Bollywod, mais se posant en grave spécialiste de neuroscience (ce que son joli CV rappelle d’ailleurs), entreprend un véritable réquisitoire à l’encontre de celui qu’elle taxe finalement de dangereux « prophète populiste », mais avec des arguments dont la « scientificité » ne convainc guère malgré le ton péremptoire et sans appel de l’inquisitrice.
    En gros, tout en reconnaissant ses qualité de storyteller, ladite Darshana reproche à Yuval, peu titré du point de vue académique (elle a même enquêté sur le directeur de thèse de l’étudiant Harari) de manquer de rigueur scientifique en affirmant que Sapiens est non seulement truffé d’erreurs (sans préciser lesquelles) mais pèche par son manque de références crédibles et de notes « sourcées », ce que dément absolument Nexus.
    Mais le plus grave est ailleurs : Harari ne chercherait que le succès par l’épate et la sensation, jusqu’à publier une version BD de Sapiens pour booster le chiffre de ses ventes.
    Le lecteur débonnaire de Sapiens que vous êtes n’a jamais pris Yuval pour un savant, mais qu’à cela ne tienne : le voici scientifique malgré lui, et combien égaré, coupable en plus de plaire à un immense public, à Barack Obama qui le congratule et bien pire : à Bill Gates et Mark Zuckerberg, voire Elon Musk... Du coup, ce pseudo-scientifique égaré que Current affairs présente dans un portrait-charge évoquant un grotesque gourou New Age, passe pour un allié objectif de la Silicon Valley et, malgré ses critiques explicites et répétées du populisme, un populiste avéré et même dangereux vu que le grand public n’a pas les défenses immunitaires dont seuls les scientifiques reconnus disposent. Enfin l’estocade attendue survient : que Yuval Noah Harari est idéologiquement suspect, politiquement aligné sur le pouvoir établi.
    À lire attentivement Nexus, vous vous dites que défendre Yuval Noah Harari, plutôt libéral et plutôt agnostique, abordant la question de l’IA avec autant de curiosité que de méfiance alors même qu’on aimerait le tirer du côté du transhumanisme, n’a pas plus de sens que d’affronter, en d’autres temps, les censeurs de la seule vraie foi catholique ou ceux de la seule vraie ligne du Parti unique, quel qu’il soit. À vrai dire, ses livres seront ses meilleurs avocats…
     
    L’autocorrection échappe aux idéologues
    Vous ne savez pas ce que pense Yuval Harari du gouvernement actuel d’Israël, mais vous trouveriez grave de lui chercher noise du seul fait qu’il est Israélien ; vous vous fichez du fait que Noah, pratique tous les matins la méditation dite Vipassana ou soit marié à un autre monsieur, vu que ça n’a rien à voir avec ses livres; à peu près ignare en matière scientifique vous seriez en peine de le juger à cet égard, mais vous n’admettez pas le terrorisme intellectuel qui se sert de ce critère pour l’avoir observé mainte fois dans le domaine littéraire, donc vous revenez aux seuls écrits de cet auteur et vous lisez ceci dans Nexus : «En 2016 sortait aux Etats-Unis Homo deus, où je mettais en évidence une partie des menaces que les nouvelles technologies de l’information faisaient peser sur l’humanité» (…) « Homo deus lançait cette mise en garde : les progrès des technologies de l’information, loin de nous apporter santé, bonheur et pouvoir comme nous l’espérons, pourraient en réalité nous priver de ce pouvoir et détruire notre santé physique et mentale. L’hypothèse de cet ouvrage, c’était que si nous n’y prenons garde, les humains pourraient se dissoudre dans ce torrent d’informations comme une motte de terre pulvérisée par une rivière impétueuse ; dans le grand ordre des choses, l’humanité se révélera alors n’avoir été qu’une vague ondulation dans le flux des données cosmiques ».
    Or sont-ce là les propos d’un « transhumaniste » ? Évidemment pas, pas plus que l’auteur de Sapiens ne néglige les aspects positifs de la technologie. Cela étant, en réaliste nuancé, tout en reconnaissant que, depuis 2016, la bascule vers les algorithmes a mis en valeur leur potentiel créateur, il écrit aussi ceci qui n’est pas précisément d’un gourou « populiste » tel que le décrit Darshana Narayanan : « La crise écologique s’est intensifiée, les tensions internationales aussi, et une vague populiste a ébranlé la cohésion de nos démocraties, même le plus robustes ». Et notre « prophète populiste », selon l’absurde formule qu’on lui accole, d’ajouter ceci : « Dans ses versions les plus extrêmes, le populisme postule qu’il n’existe pas de vérité objective – chacun possède sa « propre vérité » qu’il brandit pour vaincre ses ennemis. Dans cette vision du monde, le pouvoir est l’unique réalité ».
    À l’opposé des visions déterministes et binaires de l’histoire qui réduisent la réalité à l’acquisition du pouvoir (où populistes et marxistes se rejoignent en somme), Yuval Noah Harari développe une observation nuancée qui porte l’accent sur la capacité d’autocorrection des institutions humaines et de leurs réseaux d’information.
    Dans Homo deus, et plus encore dans Nexus, à propos de cette
    réalité humaine fondamentale et double que représentent la mythologie religieuse et la bureaucratie, Harari montre comment, par exemple, dans le christianisme, les récits de la Bible, fondamentaux, n’ont pu jouer leur rôle que par la diffusion qu’en ont assuré les bureaucrates, avec les tiraillements et les déséquilibres que seules des autocorrections ont pallié. « En termes de longévité, d’envergure et de pouvoir, écrit-il ainsi, l’Église catholique est sans doute l’institution la plus accomplie de l’histoire de l’humanité, malgré – ou peut-être à cause de – la relative faiblesses de ses mécanismes d’autocorrection ».
    De la même façon, s’agissant de la circulation de l’information dans les divers systèmes politiques, ou des mécanismes d’autocorrection qui devront être mis en place pour « gérer » les risques de la technologie à venir, Harari insiste, comme un Empoli dans L’Heure des prédateurs, sur l’importance de l’étude de l’histoire : « L’essor de l’IA est sans doute la plus grande révolution de l’histoire dans le domaine de l’information, écrit-il. Mais nous ne pouvons la comprendre sans la comparer à celles qui l’ont précédée. L’histoire n’est pas l’étude du passé : c’est l’étude du changement. L’histoire nous apprend ce qui demeure inchangé, ce qui change et comment les choses changent (…) Par conséquent, comprendre la processus qui a conduit à la définition du canon d’une Bible prétendue infaillible fournit un éclairage précieux sur les discours actuels mettant en avant l’infaillibilité de l’IA. De même, étudier les chasses aux sorcières du début de l’ère moderne et la politique de collectivisation de Staline permet de mieux saisir les risques encourus si, d’aventure, nous venions à confier à l’ IA un contrôle plus étendu sur le sociétés du XXIe siècle ».
    Dans la foulée, en attendant de prévisibles nouvelles chasses aux sorcières, on remarquera le décentrage idéologique de l’auteur de Sapiens et Nexus, assez typique de sa génération post-68. Né en 1976, il est de ces intellectuels en rupture d’avec l’engagement « sartrien », comme le sont aussi l’Anglais Douglas Murray (né en 1979, auteur de La grande déraison), le Néerlandais Rutger Bregman (né en 1988, auteur d’Humanité) ou l’Italo-Suisse Giuliano Da Empoli (Né en 1973), tous brillants d’intelligence stimulante et qui pourraient se reconnaître dans l’exergue de Nexus : « Sur le chemin de mille rêves, nous cherchons la réalité »…
    Yuval Noah Harari. Nexus. Une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de pierre à l’IA. Traduit de l’anglais par David Fauquemberg. Albin Michel, 567p. 2024.

  • Comme un vieux fou le dit...

     
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    De la cime on voit le tréfonds,
    à la courbe du temps,
    l’instant est comme suspendu :
    on pressent l’inconnu
    qui se dérobe au seul regard,
    on est comme perdu,
    hagard et loin des avenues
    on erre en plein désert
    on rêve de la double vue…
     
    Il croyait tout savoir de tout
    ivre de tant de livres,
    il se voyait chez lui partout ;
    cependant Einstein en vélo,
    sillonnant l’Argovie,
    lui conseilla la modestie :
    Bruderchen mon ami,
    L’Univers n’est pas que cela
    que tu saurais de lui,
    regarde mieux autour de toi,
    mieux encore : ferme-la…
     
    Les sages sont comme de vieux chats
    s’étonnant d’un peu tout
    sans le montrer la moindre fois,
    le message des sages,
    à l’image à lier des fous
    ne se délivre en aucun livre,
    mais s’enivre de tout…
    Image JLK: Selfie...

  • Le petit chat est mort !

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    Le fil invisible (89)
     
    Quand Molière le fait dire à la chère Agnès, et que, des siècles plus tard, le chanteur anar Renaud le reprend à son compte, ce qui est à la fois un posible cri de surprise révoltée ou peut-être un simple constat, retentit en chacune et chacun selon sa trempe et son coeur: quoi, non mais c’est pas vrai ! eh mais y a pas de quoi mettre le monde en deuil ! et pourtant si crient la moitié des enfants et l’autre moitié s’en tamponne après avoir lancé des pierres aux greffiers du quartier, bref l’autre jour la nouvelle t’est arrivée tôt par Whatsapp de ta fille pûinée: que la petite Lola était défuntée la veille entourée des trois petits probablemente en larmes, et toi aussi cela t’a secoué, c’est bête mais la mort des bêtes t’a toujours révolté depuis le premier petit moineau que tu as ramassé sur la pelouse de votre maison en enfance, il y a là quelque chose de pas normal même si tu sais que c’est la chose la plus naturelle, tu crois avoir fait le deuil des êtres le plus chers que tu as perdus, jusqu’à ta bonne amie, déjà quatre ans qu’elle s’en est allée – et ce fut la pire chose de ta vie qui pourtant continue avec ses plaisirs dont tu n’as même plus vergogne -, mais voilà que la mort d’une petite chienne de rien du tout t’afflige, tu t’es résigné à ne plus penser aux enfants martyrs de Gaza ni à tant de tes frères humains qui en bavent un peu partout, et voilà que la fin naturelle d’un petit clebs de plus de douze ans te désole à proportion de tout ce que ta fille évoque de ce qu’ils ont vécus ensemble avant les kids et avec ceux-ci, et tu te rappelle le dernier jour du chien Youpi, douze ans aussi, dans les bras de ta fille aînée, juste avant l’injection fatale qui lui fut une délivrance plus qu’une souffrance supplémentaire, et là tu te rappelles que tu ne supportes pas, dans les films, la vue d’une cruauté visant un animal, tu te rappelles les chevaux battus, tu te rappelles, citée par Léautaud, l'anecdote du type qui par trois fois tente de jeter son chien à la Seine, lequel chien revient chaque fois jusqu’à la troisième où, fou de rage, le type tombe avec le chien qui le ramène, tu te rappelles la vieille femme sous les bombardements allemands, à Londres, qui revient dans sa maison en flammes pour sauver son chat qui y était resté, enfin tu te dis souvent qu’un compagnon remplaçant Youpi te manque, puis tu te dis que tu risques de le précéder et qu’il resterait alors orphelin, donc tout est bien…
     
    Image JLK: Lilou, alias Lola, à La Désirade.

  • Comme une maison retrouvée

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    (Chanson de La Désirade)
     
    On reviendrait à la maison:
    on n’a pas oublié,
    on a traversé les saisons,
    ce qu’on dira : voir du pays,
    et ce qu’on n’a pas dit,
    ce qui offense la mémoire,
    ce qu’on n’a pas voulu
    ou qu’on ne veut pas reconnaître -
    mais ce n’était pas moi !
    en accusant le traitre
    qu’il y avait peut-être là,
    tout au tréfonds de soi -
    on n’en sait rien, ou mieux :
    on préfère ne pas savoir -
    on ne pense à l’instant
    qu’à la maison au coin des bois…
     
    Il y a partout des champs de ruines,
    du ciel on voit la terre,
    et ce qui exulte et fulmine,¨
    ceux qu’on bénit, qu’on assassine,
    celle qui vous accueille
    et ceux dont on recueillera
    les derniers mots au soir,
    après des jours de désespoir;
    et dans les ruines les errants
    ne pensent qu’à revoir
    cette maison au coin des bois
    qui existe ou peut-être pas…
     
    Un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit,
    fait un octosyllabe,
    suivi d’un-deux-trois-quatre-cinq-six ,
    au jeu des contrerimes,
    et c’est parti pour la chanson
    en rimes et raisons
    possiblement déraisonnables
    qui diront à façons
    ce que raconte la maison…

  • Là-bas en enfance

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    Faudrait mieux regarder tout ça:
    la prairie de nos jours,
    la rivière courant toujours
    à travers les grands bois,
    la route d’en haut remontant
    jusqu’aux pays du nord,
    et la descente vers les ports
    relançant là-bas les essors -
    où les galions reposent
    par les grands fonds aux songes d’or…
     
    Dans le quartier de nos enfances
    à la fin des étés
    de nos vacances à ne rien faire
    qu’habiter l’Univers,
    un vagabond passait parfois,
    qui donnait de la voix
    chantant les beautés de la terre
    puis s’en allait aux bois…
     
    La source est là-haut dans le ciel
    dans lequel nous cherchions
    des îles où porter nos marelles;
    la source nous venait aux mots:
    les bois les reprenaient
    en intimes échos -
    les mots parlaient quand nous parlions
    là-bas les yeux fermés …
     
    Dessin: Giovanni Bellini.

  • La croisière s'amuse

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    Le fil invisible (86)
     
    Prenant des nouvelles de ta sœur puînée qui se royaume avec son jules de par les îles bienheureuses, tu es bien aise, et comme rassuré , d’en apprendre que le binôme a été déçu par le pseudo paradis-sur-volcan sous contrôle pris d’assaut par la meute, la mince rampe de montée obstruée par les baudets candides et les ânes bipèdes, des bedaines et des tenues allégées laissant pendouiller de flasques chairs, bref ce qu’on appelle le tourisme de masse, donc on n’a fait que passer pour aller voir s’i y a encore du bleu non conditionné dans les îlot voisins, toi tu te rappelles la phrase de ce vieux faune d’Henry Miller écrivant qu’en Grèce on a envie de se baigner dans le bleu du ciel, et tu te rappelles les Cyclades au débit des années 60, à l’époque des colonels – donc on se demandait s’il était politiquement cohérent de jouir du soleil pendant qu’on torturait dans les prisons fascistes, comme d’autres se faisaient un scrupule de se baigner dans l’eau de la Costa Brava sous Franco, et ta soeur puînée, également décue par la visite très formatée et limitée de l’Acropole (deux heures chrono pas une pinute de plus) , te raconte cependant leur bonheur trouvé ailleurs, en deux ‘îles moins soumises au quadrillage des tours operators et, sur le bateau, a rencontre de Belges aussi simpas que le couple de gays rencontré par ta soeur aînée lors d'une autre croisière dans les mêmes eaux grecques – comme quoi il y aencore des îles fréquentables dans la Grèce européenne, des Belges et des gays rayonnants de belle humeur, et là tu te rappelles enfin votre premier séjour à l'île d’Ios à la fin des sixtoes, votre couple à trois qui ne donnait pas encore dans le multisexe et la vieille Maria qui se posait tout de même des questions – la vieille Maria qui partait toutes les aubes avec son âne jusqu’à son jardin à un kilomètre de là d’où elle vous ramenait ses figues de barbarie et ses oranges cueillies sur l’arbre, la vieille Maria ignorant tout du débarquement des premiers hippies se baignant à poil (comme vous d’ailleurs) dans les criques et fumant des cônes, la vieille María veuve de pêcheur toujours tout de noir vêtue et qui aurait pu avoir 600 ans comme les figures de la Bible ou 2000 ans comme celles de la Grèce Antique, etc.

  • Comme aux ciels étoilés

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    On les aura laissé tout seuls
    faute de temps pour ça,
    pour le uns retirés dans les bois,
    es autres aux abris
    de fortune des oubliés;
    ils se seront éteints discrets,
    modestes et secrets,
    frémissants en leurs humbles voiles
    dans le doux charroi des étoiles …
    À quoi avait pense son père,
    seul avec son cancer,
    du peu de nouvelles des siens;
    pensait-il à son propre père
    en son dernier asile ?
    et qui viendra me voir ce soir,
    demande-t-il à son miroir
    évitant son regard…
     
    Les nébuleuses remuant
    au ciel indifférent
    n’ont que faire de vos sentiments
    d’enfants de tous les âges
    passant de merveille en carnage ,
    et pourtant soyeuses au regard,
    comme liées entre elles,
    elles vous font lever les yeux
    scintilants autant qu'elles...
     
    Peinture: Vincent Van Gogh, La nuit étoilée.

  • Comme on dit qu'on dit...

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    (Allegretto sul serio)
     
    On dit qu’y faut dire ce qui est:
    on-dit: faut ce qu’y faut,
    on dit le faux tant que le vrai
    et qui dit le faux
    ne sait pas toujours qu’il y a du vrai ,
    disons: parfois du vrai
    dans ce qu’on dit le faux,
    et l’on conclut qu’y faut pas dire
    que le faux est le seul défaut,
    mais ce qu’on dit est une chose
    et le reste on le tait:
    c’est la poésie de la prose…
    Il y a ce que l’on dira,
    et comment on le dit:
    un tel t’assènera son dit,
    tel autre sourira en te disant
    que ce que tu en dis
    ne regarde que toi ,
    et toi tu te dis: :ah qu’ils disent !
    et ça fait une église
    ou le faux et le vrai cousus
    partagent la chemise…
     
    Tout serait question de mesure,
    dit le tailleur au théosophe,
    et ton aura dans le cosmos,
    autant que ton karma se disputent,
    mais le philosophe dira: se discutent,
    on peut en dire ce qu’on voudra ,
    on peut dire: laisser dire,
    et le cobra laissera dire,
    se rappelant que du serpent
    on a dit tout faux pour de vrai -
    enfin juste pour dire…

  • Ouverture nocturne

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    Le fil invisible (87)

     

     
     
    Les suaves soirs de l’été lacustre approchant sur les pattes de colombe des nuits de juin, nous parlons, avec la Professorella, de Rimbaud avec lequel je passe beaucoup de temps ces temps, plongé que je suis dans la lecture et l’annotation de la saga biographique de Claude Jeancolas, snobée par d’aucuns pour manque de chic académique mais dont j’apprécie la vision passionnée et sans la jobardise du pseudo-spécialiste genre poéticien attitré (il y en a et des pires), son empathie traversante et sa façon de restituer l’entier privé (et secret, qui le reste) d’Arthur traînant la malle terrible du paternel à l’ombre de la Mother, dans l’entier de l’époque (les coulisses du collège, les triomphes un peu tristes du premier de classe, les trois fugues et la Commune, avant tout le reste), et voici que l’Amica me parle de son prof de fac lui aussi passionné de Rimbaud et qui se démenait pour faire un sort à la légende selon laquelle le cher homme se serait livré au trafic d’esclaves – fable matériellement impossible au dire du prof en question pour une question toute pratique de locomotion à dos de chameaux non pourvus d’ailes appropriées -, et j’enchaîne sur la rumeur de viol, par des communards, véhiculée par la biographe Enid Starkie, fondée sur rien d’autre que de vagues supputations sans preuves (rien à voir avec les constats médico-policiers d’après le coup de revolver de Verlaine) pour en revenir à ce qu’il y a de si émouvant et souvent bouleversant dans tous les épisodes de cette quête éperdue de liberté qui n’est ni d’un anar ni d’une icône gay (suprême idiotie actuelle) ni d’un saint ni d’un martyr ni d’un génie tournant au raté ni de tout ce qu’on a dit de lui à foison et qu’il a dit à sa façon et souvent sans le dire… Sur quoi je me demande ce que donneraient les Illuminations, Le dormeur du val,Sensation ou Génie en allemand, vu que, succédant au phone de la Professorella, voilà que mon ami Lambert m’appelle du Luxembourg et me parle de la traduction des Essais de Montaigne en allemand, pas loin d’être meilleure selon lui que l’original (!) autant que la traduction de la Recherche en polonais, par Boy Jelenski, a été dite supérieure au babil du petit Marcel (!!), mais ce n’est ni de Rimbaud ni de Montaigne que nous parlons ce soir mais de Dieu, une fois de plus, de ce bon dieu de Dieu dont Lambert a imaginé le journal intime de l’avatar paternel avant d’en venir au Fils Iéshoua qui serait de la même essence divine que l'initial Elohïm (IHVH, Adonaï), puis Lambert me dit que le balcon au bord du ciel de La Désirade (où il a séjourné et dormi dans son pyjama noir) est à ses yeux de ces lieux favorables à la perception de l’universalité singulière de l’Univers général, je lui dis que le Poke Bowl volaille d’été vient de m'être servi par Elisa la Capverdienne avec trois décis de Pinot noir bien rouge, et comme c’est le soir de l’Ascension nous nous souhaitons mutuellement l’Élevation des quatre jeudis, etc.
     
    Image JLK: ma cantine du soir, à Villeneuve sur le Haut-Lac (Suisse du sud-ouest)
  • Comme dirait le ciel

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    Nous sommes-nous assez parlé ?
    te demanderas-tu,
    songeant aux derniers jours vécus
    de qui tu as aimé,
    aussi te tourmenteras-tu,
    sans le dire à personne,
    mais la nature bonne,
    aux fées à jamais généreuses,
    vous retrouve et résonne
    de voix familières et radieuses…
     
    Ce que tu n’as pas dit,
    elle le savait bien,
    les mots, tu le sais bien aussi,
    ne disent parfois rien
    de ce qu’ont avoué les yeux,
    ou rien qu’un ton de voix,
    ou le tremblement d’une main
    s’efforçant de parler…
     
    Ce qu’on dira de vos amours,
    des passions cruelles
    et autres trahisons mortelles,
    ou de l’autre merveille
    que ce fut d’aimer sans détour,
    ne sera jamais que l’ombre
    de ce que me dit en secret
    le ciel du pur aguet…
     
    Peinture: Magritte

  • Comme un recours angélique

     
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    (En mémoire de Paul Léautaud
    dont les derniers mots furent :
    « foutez-moi la paix !)
     
    Des mains de vieux lui sont venues :
    des mains qui lâchent prise,
    des mains qui ne concevront plus
    de fresques ni de frises,
    des mains qu’on dirait inutiles
    aux chantiers importants,
    des mains qu’on jugerait futiles,
    en tout cas infertiles -
    des mains égarées dans le vide
    sans autre lendemain –
    des mains qui pourtant se rebiffent
    à recoiffer les friches…
     
    À croire qu’il n’y a plus à faire,
    qu’à parler aux enfants,
    insupportables garnements,
    lui rappelant pourtant
    ces années joliment rebelles
    qui rendent la vie plus belle ;
    plus rien que les yeux de l’aïeul
    plus rien que cet esprit
    constellant ses lazzis :
    le vioque assurément se moque
    du peu de fantaisie
    des nouveaux règlements prescrits…
     
    Chats et chiens seront les témoins
    qu’il y avait un saint
    caché au cœur de l’emmerdeur
    jurant qu’il ne serait jamais pris
    à l’illusion de paradis ;
    et voici qu’un chœur tout là-haut
    retentit dans le ciel
    peint en bleu du vieux théâtre
    et voilà que la Poésie
    contre toute pensée saumâtre
    fait croire à l’infini…

  • Je me souviens...

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    Notes du fils, dans le train du retour de la Casa Hermann Hesse de Montagnola, au Tessin, la nuit du 15 août 2002, après qu’il eut appris que sa mère venait d’être frappée d’une hémorragie cérébrale qui la laisserait sans conscience jusqu’à sa mort, dix jours plus tard…

    Je me souviens d’elle dans la cuisine de la maison natale, auprès de l’ancien petit poêle à bois, tandis que je regardais les photos du Livre des desserts du Dr Oetker.

    Je me souviens d’elle en bottes de caoutchouc, maniant une batte de bois, dans la buée de la chambre à lessive.

    Je me souviens de ses photos de jeune fille en tresses.

    Je me souviens d’avoir été méchant avec elle, une fois, vers ma quinzième année.

    Je me souviens de sa façon de nous appeler à table.

    Je me souviens de son assez insupportable entrain du matin, quand elle ouvrait les volets en les faisant claquer.

    Je me souviens de sa façon de dire pendant la guerre...

    Je me souviens quand elle nous lisait Papelucho, la série des Amadou ou Londubec et Poutillon.

    Je me souviens de l’avoir surprise toute nue, une fois, en entrant par inadvertance dans la chambre à coucher des parents: je me souviens de sa forêt...


    Je me souviens de nos dimanches matin dans leur lit.

    Je me souviens de sa façon de nous seriner l’importance de l’économie.

    Je me souviens du grand baquet de bois, pour les grands, et du petit baquet de fer, pour les petits.

    Je me souviens de la lampe de chevet que lui avait offert, sur ses patientes économies (une pièce de cent sous après l’autre), un ouvrier de la fabrique d’ascenseurs où elle était comptable, qui l’avait à la bonne.

    Je me souviens de son explication confuse, rapport aux pattes qu’elle suspendait à la lessive: que c'était pour les dames...

    Je me souviens de sa discrétion (timidité) et de son indiscrétion (naïveté).

    Je me souviens de sa lettre indignée à Kaspar Villiger, ministre des finances, à propos du sort réservée aux vieilles personnes dans ce pays de nantis.

    Je me souviens de ses bas opaques.

    Je me souviens de ses larmes.

    Je me souviens du cahier jaune qu’elle a rédigé à mon intention après la mort de notre père.

    Je me souviens de sa façon de me recommander de ne pas trop travailler.

    Je me souviens de sa façon de faire les comptes.

    Je me souviens de sa façon de préparer les salaires de nos filles.

    Je me souviens de ses derniers trous de mémoire.

    Je me souviens de sa collection de chèques de voyage.

    Je me souviens de sa querelle, à propos de la facture de l’entretien d’une pierre tombale de sa belle-mère que sa belle-soeur ne voulait pas l’aider à régler.

    Je me souviens des petits repas de nos dernières années, au Populaire, où elle me recommandait toujours de ne pas «faire de folies».

    Je me souviens de leur façon de préparer Noël dans la maison, notre père et elle.

    La mère, de Lucian Freud.

  • Notre défi

     
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    Restez encore à la lumière,
    disais-je aux beaux enfants
    qui se lavaient dans la rivière
    de ces étés d’antan…
    Restez, ne bougez pas, voilà:
    ce seront des images
    qui vivront tant que vous vivrez
    et vous serez au ciel
    quand les enfants de vos enfants
    dans la même lumière
    se baigneront à l’avenant…
    Tu me regardes de là-bas ,
    d’un geste bien à toi,
    ta mèche retombée sur l'oeil
    rebelle autant que toi,
    l’adolescent bravache
    relevant le défi d'orgueil...
     
    Image: jeune réfugié hongrois, en 1956.

  • Comme au naturel

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    Il rutile sous les projos:
    il a tout réussi,
    le plus adulé des barjos
    aveuglés par l’envie,
    il explose les résultats
    serinent les médias -
    il envoie même des fusées
    dans les cieux médusés,
    il est l’Alpha promotionné
    et l’Omega total
    de la lutte finale en version relookée…
     
    Nous autres toujours indolents,
    nous regardons ailleurs,
    en louseurs que les vents décoiffent
    au dam de tout honneur
    et quitte à désoler les mânes
    du vieux Commandeur,
    l’esprit serein de son frère l’âne,
    est notre instituteur…
     
    Les rutilants dans la prairie
    ont l’air un peu perdu
    quand les filles assez mal vues
    dans les foins à peine vêtues
    sont cajolées par des garçons
    aux mines réjouies;
    riches de leurs seuls yeux tranquilles,
    facétieux et fertiles,
    les unes et les autres
    y vont de leurs doux patenôtres
    joyeusement païens...

  • Comme du Mozart

     
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    Je ne suis pas ce que tu crois,
    lui dira sa mémoire,
    tu as cru ce qu’on disait croire,
    ou tout à l’opposé,
    dans ce que tu croyais le noir
    tu t’étais libéré
    ou du moins l’auras-tu pensé
    de toute soumission
    à ce que croyait l’implorant -
    mais c’est ailleurs que j’attendais
    la joie de te revoir…
     
    À fleur de sommeil ils revoient
    les visages aimés,
    et ceux-la de tous les rejets,
    cœurs de pierre ou de glace -
    désormais rien ne vous délace
    de ce que vous rappelle
    en vous rebelle à ne pas croire
    cette voix du premier savoir
    qui n’est que d’écouter…
     
    On dirait : comme du Mozart,
    mais n’importe le nom décloué
    comme autant de portes
    où le passé jamais ne passe,
    où la portée des mélodies
    à tout jamais hors de portée
    des pire infamies,
    fait de toute chose autre chose -
    comme une élégie messagère...

  • Comme un nombre secret

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    L’envie de vomir les reprend:
    il ouvre le journal,
    elle se tait devant sa télé,
    on se dit que ça la fout mal
    d’être là seul à supporter
    au ventre une ventrée
    de dégoût ravalé
    et de peur des réalités…
     
    Moi je ne faisais que passer,
    moi je cueillais des simples,
    moi je rédigeais des rapports,
    moi j’avais les mains jointes
    et priais de toute ma plainte,
    moi j’étais tout joyeux
    d’avoir vécu vivant si vieux,
    moi j’étais malheureux
    comme on l’est tout fringant
    au trépan de ses dix-sept ans,
    moi j’étais un violent qui s’ignore,
    moi j’attendais au port
    mon semblable tout innocent…
     
    Ton corps se réveille en lumière,
    ta beauté est pareille
    à l'obscur tracé de ton sort,
    tu es l’incarnation
    des lumineuses nuit du corps
    à l'orée du sommeil,
    tu es mon nombre d’or
    mon ombre qui dort et qui veille…
     
    Peinture: Johannes Gump: Autoportrait.

  • D'ici et de maintenant

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    « Il est l’affection et le présent», etc.
    (En écho au Génie de Rimbaud)
     
    Si la Machine est un miroir,
    qu’elle dise mon profil,
    décèle en moi du fond du noir
    l’étincelle fertile
    au feu subtil dans le silence
    de l’eau que les yeux morts déplorent :
    rien que le brin de paille
    à la bouche du soupirail
    d’où monte le dernier murmure…
    Vous ne croyez plus même en vous,
    quand Dieu en jeune fou,
    numérisé par les jaloux,
    vous manque plus que tout amour
    empêché de retour ;
    votre savoir en océan
    de vagues vaguant vaguement
    aux genoux du néant
    ne trouve plus le mot qu’il faut…
     
    Alors qu’une simple chanson
    le prendrait au lasso :
    le mot léger comme l’oiseau,
    pesant du poids sacré
    des jurements du premier âge,
    le mot du frais ombrage,
    de l’innocence et du courage,
    le mot qui fait d’après-midi,
    l’été d’éternité
    des féeries variées,
    le jour plus bienveillant
    que toute charité perdue –
    le mot du Génie retrouvé…
     
    (À la Maison bleue, ce lundi 26 mai 2025, entre six et sept heures du matin)
    Image JLK: le lac et le ciel gris entrevus de la maison bleue...

  • Celles qui calment le jeu

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    Celui dont la seule présence apaise / Celle qui reste près de toi même quand elle n’est pas là / Ceux qui lèvent les yeux pour ne pas tomber / Celui qui se retire en forêt dont il sait le silence plein de cris des carnages continuels mais c’est la vie que voulez-vous / Celle qui a entendu parler de la Prière du Cœur sans trop savoir de quoi il s’agit alors qu’il y a Internet un peu partout non mais des fois / Ceux qui ne trouvent pas que la story de l’enfant Jésus soit très efficace au niveau développement personnel sauf à focaliser le message multiculturel des rois mages mais rois de quoi ça reste à discuter pour faire sens / Celui qu’émeut toujours le moindre geste d’abandon / Celle qui n’ouvre sa porte qu’aux colporteurs dont elle a vérifié la traçabilité personnelle du double point de vue du casier et des maladies sexuellement transmissibles / Ceux qui rayonnent même en cas de panne générale de secteur / Celui qui a établi le Top Ten des livres à conseiller aux Cadres de l’Entreprise sans oublier le Goncourt qui leur permette de dire deux trois mots dans leurs moments de représentation / Celle qui fréquente le confessionnal du Père Amédée qui a le don de la remettre en forme autant qu’une Piste Santé / Ceux qui se font à eux-mêmes des cadeaux dont ils ne manquant pas de se remercier par écrit / Celle qui fait toujours le signe de croix avant d’accomplir le sacrifice de son métier d’amour / Ceux qui disent (sans trop y croire) qu’il vaut mieux être piétiné que piétiner ceux qu’ils piétinent sans le vouloir (disent-ils) / Celui qui convoite la console Louis XIV de Maman pour se consoler de ce que sa sœur Edmée à mis à l’abri pendant sa retraite au couvent de Saint Frusquin / Celle qui se dit qu’elle sera comprise après comme il en fut de cet Henri Beyle dit Stendhal / Ceux qui affirment qu’ils n’ont pas que ça à faire à ceux qui leur demandent le chemin de la Concorde alors qu’on est du côté République, etc.

    Peinture : Georges de La Tour

  • Comme une féerie

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    (Pour Adrien et Chloé)
     
    Les poissons bleus dans le ciel vert
    font comme des losanges,
    un œil flottant dans l'immanence
    où s'entend le silence:
    le rêve est une eau patiente
    à la mémoire lente…
     
    Ce qu’il faut dire est la beauté
    de ces apparitions
    que les sirènes ont devinée
    à l'insu des raisons,
    sinon qui dirait la chanson
    montée des profondeurs,
    et qui oserait divulguer
    le secret des dormeurs ?
     
    Nous n’oublierons pas, enfin,
    la mémoire qui revient
    du tréfonds des eaux vertes;
    quand, au bord de la mer,
    ou de la rue déserte au soir,
    nous nous attarderons,
    nous verrons entre les étoiles
    ce que l’on voit sous l’eau;
    quand on ouvre les yeux sous l’eau,
    on voit de ces tableaux…
     
    Peinture: Adrien Lopez Lafuente, en ses 8 ans.

  • Comme un rêve éveillé

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    J’ai vu passer le lent cortège
    des âmes aux lèvres grises,
    j'étais avec elles et sans elles:
    je portais des valises
    pleines de mes diverses vies;
    je regardais le défilé
    des foules aux longs visages
    passant et bientôt dépassés
    par leurs ombres sans âge...
    Immobile je me tenais
    aux mains déjà tenues
    des vivants qui ne l’étaient plus,
    que je reconnaissais
    sans parvenir à les nommer
    tant ils étaient les mêmes,
    tant ils étaient sous tant de masques,
    tant ils me fuyaient du regard...
    Ne nous oublie jamais,
    jeunesse à jamais fantasque,
    semblaient chanter en litanie
    affligée et très pure
    leurs voix comme sorties des murs
    de mon rêve éveillé -
    n’oublie jamais ta douce enfance,
    ta mortelle innocence...
     
     
    Como un sueño despierto
     
    (Traduction de Mario Martín Gijón)
     
    He visto pasar el lento cortejo
    de almas de labios grises,
    estaba con ellas y sin ellas:
    llevaba maletas
    llenas de mis vidas diversas;
    miraba el desfile
    de una multitud de rostros largos
    pasando y en seguida superados
    por sus sombras sin edad...
    Inmóvil me aferraba
    a las manos ya tenues
    de los vivos,
    que reconocía
    sin llegar a poder nombrarlos
    de tanto que eran los mismos,
    de tantas máscaras como llevaban,
    de tanto cómo me rehuían la mirada...
    No nos olvides jamás,
    juventud siempre caprichosa,
    parecían cantar en una litanía
    afligida pero muy pura
    sus voces como salidas de los muros
    de mi sueño despierto -
    no olvides jamás tu dulce infancia,
    tu mortal inocencia...
    Peinture: Robert Indermaur

  • Comme un contre-prêche

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    Allah n’était pas obligé,
    mais nous non plus je crois :
    nul n’est forcé de crucifier
    le Dieu de son voisin,
    ni d’exterminer à Gaza,
    l’enfant palestinien...
     
    L’œil mordant l’œil au sang,
    le deuil s’ouvre béant
    comme la dent mordant la dent
    précipite aux charniers
    les frères aux frères embrassés,
    sans pardon ni cercueils…
    Le chagrin n’est pas assez pur
    pour atteindre vos âmes
    qu’inspire à jamais un Dieu en armes,
    ou plutôt sa caricature
    dont l’image vous dénature…
     

  • Comme un air enchanté

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    Le vieux sanglier tourne en rond
    dans le grand magasin,
    et se demande pour de bon,
    sans être trop mesquin,
    si le temps n’est pas arrivé,
    pièce à trop de misère
    et d’inutiles guerres,
    de foncer front bas dans le tas,
    sus a l’indifférence,
    et de lacérer les souffrances…
     
    Il y a là beaucoup trop d’objets,
    pourrions-nous ajouter
    au constat du vieil égaré,
    trop de pensées futiles,
    de victuailles en bataille,
    et trop de tout en somme
    qu’on pourrait dire comme un néant
    qui défaille sans faille…
     
    Le vieux fou et sa vieille folle -
    oui folle fut leur vie -,
    titubant entre les rayons
    de miel et de sanies ,
    chantent comme si de rien n’était,
    et d’un air enchanté,
    fredonnent l’air du sanglier
    que sa folie pardonne…

  • Toupie de Chine ancienne

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    Le Temps est un enfant, là-bas,
    devant son tas de sable ,
    que la mer en son doux fracas
    pas un instant n’accable…
     
    Le Temps ne joue pas à passer
    ni jamais ne se lasse
    de voir le sable s’écouler
    sans laisser nulle trace...
     
    Le Temps vous attend quelque part
    sans que vous sachiez l’heure,
    vous souriant avec son art
    d’éluder la douleur…
     
    D’ailleurs Le Temps n’aime point trop
    qu’on fasse tout un drame
    du moment où, tout à vau-l’eau,
    le vieil enfant rend l’âme…
     
    Le Temps est un arbre là-bas
    sous lequel l’enfant joue
    sans ressentir rien du tracas
    qui dans l’ombre se noue…
     
    Dans le temps, l’enfant aimait bien
    le vieux grabataire
    qui lui filait un peu d’argent
    dont il n’avait que faire…
     
    Le Temps est un château de cartes
    dont l’enfant tout distrait
    ne saura jamais, où qu’il parte,
    que son sort est joué…
     
    Et si le Temps n’existait pas ?
    persifle le vieux sage
    à barbiche d’enfant chinois
    remuant son potage...

  • Ceux qui sont seuls dans la foule

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    Celui qui voit la stupidité gagner du terrain / Celle qui trouve les tabloïds de plus en plus salissants / Ceux qui cherchent des sujets popus / Celui que dégoûte le travail facile / Celle qui trouve toujours la formule la plus flashy / Ceux qui se félicitent d’être dans le trend / Celui qui se réjouit de te voir faire ce travail d’imbécile / Celle qui se vante d’avoir découvert une Céline Dion malgache / Ceux qui estiment que le cinéma de l’avenir sera populaire-de-qualité / Celui qui a rêvé qu’il était un lièvre aux oreilles coupées / Celle qui rêve de se faire le sous-chef d’édition dans le local désaffecté des archives textes / Ceux qui fument leur clope en pensant à un paysage de neige / Celui que tout amuse malgré tout / Celle qui envoie des SMS à sa cousine Arlette pendant la réu des cadres dans la Salle panoramique / Ceux qui rappellent aux jeunes stagiaires qu’ils ont eux aussi « jeté quelques pavés en mai 68 / Celui qui sent l’ail et la sueur rance / Celle qui soupçonne tous les collaborateurs de la rubrique sportive d’être des obsédés / Ceux qui rient des nouvelles les plus atroces / Celui qui collectionne les calendriers d’animaux / Celle qui n’a toujours pas encaissé le fait que la secrétaire de direction Ludivine ne l’ait pas invitée à l’apéro de l’ancienne équipe / Ceux qui convoitent le poste de celui qui vient de révéler qu’il n’en avait plus que pour sept mois d’après les derniers exas du CHU / Celui qui t’explique pourquoi il ne lira pas Les Bienveillantes en suçotant son cigarillo / Celle qui pense que c’est ce salaud de Lemercier qui a déposé une souris morte dans son casier / Ceux qui se cotisent pour acheter un nouveau parapluie au coursier sourd-muet / Celui qui lit Blanchot dans les chiottes du bâtiment administratif / Celle qui n’a jamais dit non à ceux du quinzième étage / Ceux qui affirment qu’ils vivent à deux cents à l’heure, etc.

    Thierry Vernet. Dans le métro. Huile sur toile.

  • Le bouvreuil d’Emily

     
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    "Et je soupire faute de ciel - mais non pas / Le ciel qu'accordent les croyances" (Emily Dickinson)
     
    JLK
     
    Fragile, opposant l’arme blanche
    de son sourire tranquille,
    au lieu d’aucune des revanches
    qu’inspirent les désirs,
    la nuit venue il va parler,
    à l’insu des vivants
    aux disparus des temps récents,
    dont le silence même
    lui est le plus ardent poème…
    Baudelaire ce soir est absent,
    trop princier dans le noir,
    mais deux yeux comme pris au ciel
    d’un pâle immatériel
    semblent chercher l’ardent en toi,
    ou l’autre différent,
    voici le voyou des vocables,
    l’ami des écraseurs de poux,
    le dormeur éveillé –
    voilà le poète incarné:
    le Rimbe des illuminés…
    Aussi pour la mélancolie
    Leopardi parlait
    à la nuit que tu écoutais,
    et Verlaine au cœur le plus pur
    à l’Américaine Emily
    perdue dans la nature,
    parlait de leur petit bouvreuil
    au rebord des cercueils –
    douces âmes sans autre défense
    que l’innocente transe…