

Rencontre avec Hugo Loetscher
Lorsqu'on demande à Hugo Loestcher en quel animal il lui plairait de se réincarner, il répond avec malice que la position du Steinbock, dont le mot désigne à la fois, en allemand, son signe zodiacal du Capricorne (il est né à Zurich le 22 décembre 1929) et ce leste et robuste guetteur des cimes que nous appelons bouquetin, lui conviendrait assez. Solitaire et cependant solidaire du troupeau: tel est de fait l'auteur du Déserteur engagé, portrait magistral d'un héros de notre temps qui lutte pour s'immuniser contre toute forme d'asservissement social ou mental. Sans doute son extraction familiale modeste (son père, ouvrier, a connu le chômage dans les années trente) explique-t-elle le sens des réalités concrètes manifesté par le journaliste et l'écrivain, que ses études à l'étranger (notamment à Paris, d'où il tient son admirable maîtrise de notre langue) et ses multiples voyages (surtout en Amérique latine) ont exercé au «décentrage» critique. Contestataire non dogmatique, Hugo Loetscher fut l'un des premiers à s'intéresser au sort du tiers monde sans en faire un fonds de commerce idéologique. Tous azimuts, ses positions se distinguent par leur mélange d'ouverture critique et de clairvoyance constructive. La clarté d'esprit, l'érudition joyeuse et l'humour, qui n'excluent pas la profondeur, imprègnent également l'oeuvre de ce bon génie de la Cité.

- Hugo Loetscher, après les votations concernant la Lex Friedrich, on a parlé d'une cassure dramatique entre Alémaniques et Romands. Qu'en pensez-vous ?
- Ce résultat m'a personnellement surpris et beaucoup déçu, qui signale une véritable hostilité, dans notre pays, envers tout ce qui est étranger. Cela étant, ce résultat ne fait pas apparaître à mes yeux, un clivage particulier entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Avec la votation sur l'Europe, on a pu voir, déjà, que la ville et la jeunesse alémanique sont aussi ouverts que les Romands. Pour moi le grand problème n'est pas un clivage entre Suisse alémanique et suisse romande, mais entre une certaine conscience de la vie moderne, qui suppose une ouverture, et la crispation traditionaliste contraire. Je suis convaincu que le résultat de cette votation n'a rien à faire avec le contenu de la loi, mais que le mot étranger a suffit à effrayer. Ce qui est grave, alors, c'est que les cantons primitifs deviennnent représentatifs de la Suisse alémanique. Par ailleurs on a observé, chez certains de nos intellectuels, et par exemple sur la question du dialecte, une tendance à revaloriser nos origines et nos sources, avec d'étranges contradictions parfois. Ainsi un Otto F. Walter qui était contre la célébation du 700e anniversaire de la Confédération, en 1991, sous prétexte que notre démocratie ne valait pas la peine d'être célébrée, a invoqué la même démocratie pour s'opposer l'année suivante à l'Europe. Il y a là un problème lié à la perception de la ville. Ce qui est curieux, c'est que les villes ont toujours joué un rôle important dans le développement de l'histoire suisse, mais que l'idéologie nationale parle toujours des paysans. Cela se vérifie même chez la plupart de nos écrivains. Je n'ai rien contre le yodel, mais je trouve absurde que cette musique devienne le symbole de l'art suisse ! Il faut combattre ces clichés traditionalistes. La Suisse est un pays industrialisé, très moderne, avec les aspects positifs et négatifs que cela comporte.
- Pensez-vous qu'il y ait une «culture suisse» spécifique?
- Je ne me fais pas d'illusion sur les grands élans de curisosité réciproque, mais je crois qu'il y a des éléments de conscience culturelle commune, et cela commence par la langue. Chacun de nous dispose d'une langue maternelle, mais très tôt ensuite on prend conscience qu'il y a d'autres langues. Cela instaure aussitôt une relativité par rapport à sa langue. Cette disponibilité aux autres langues est un élément déterminant de notre conscience culturelle, qui a une dimension politique. C'est une chance pour notre pays. Il y a d'ailleurs, dans ce phénomène, une valeur dont l'idéal européen devrait s'inspirer. La culture germanique n'est pas une: il y a celle des deux Allemagnes, de l'Autriche et de la Suisse alémanique. Pareil pour la francophonie. Cette conscience de la relativité de la valeur de chaque culture, et de la diversité des cultures, vaut aussi sur le plan des religions. Je suis d'une famille catholique, né dans une ville protestante devenue, par les chiffres, une communauté catholique majoritaire, etc. Je n'ai pas de grande illusions sur le fait qu'on ait envie de se connaître mutuellement, mais je crois que le respect mutuel est un fait.
- Vous qui avez-vous beaucoup voyagé, que vous semble l'image de notre pays à l'étranger ?
- On a passé des clichés du pays paisible et merveilleux à un autre cliché des banques et des fonds juifs. Il y a aussi des clichés à l'intérieur. Nous étions une fois les meilleurs, puis nous sommes devenus les pires. J'appelle cela du Negativjodel. De nouveau nous faisons figure d'exception. A me yeux, la phrase la plus subversive, dans ce pays, consiste à dire que nous autres Suisses sommes assez moyens, avec des vertus et des vices. Quelque fois la critique des intellectuels me paraît ridicule, tant elle est manichéenne et bien pensante. Ce que je défends, pour ma part, c'est l'idée de la démocratisation de la démocratie. Il n'y a pas une démocratie suisse tombée du ciel, mais une évolution vers plus de démocratie. Depuis quand la démocratie existe-t-elle pour les femmes ? Une vingtaine d'années. Rappelez vous que Gottfried Keller, ce démocrate libéral, était encore contre le droit de vote à tous. La reconnaissance des quatre langues est aussi récente. Les lois en matière de sexualité et la neutralité ausi font partie d'un processus historique. Quand on réalise qu'au lieu d'une démocratie fixe, ce qu'on appelle démocratie a toujours dû se redéfinir sans cesse, on ne peut pas être si choqué de la situation actuelle. Le fédéralisme d'aujourd'hui doit évoluer, devenir peut-être plus régional et s'adapter à un autre fédéralisme plus large de niveau européen.
- Pensez-vous que les crispations actuelles vont se radicaliser, ou êtes-vous plutôt optimistes ?
- J'ai assez confiance en la tendance majoritaire ouverte de la jeunesse, même s'il y a aussi des jeunes parmi les traditionalistes et les racistes. Si la jeunesse est plus ouverte, ce n'est pas parce qu'elle est intrinsèquement bonne, ou plus humaniste que les aînés, mais parce qu'elle vit les mêmes problèmes qu'à l'étranger. La culture s'est internationalisée, et je crois qu'il y a une force des choses. Je ne crains pas qu'on reste indéfiniment dans son coin, mais qu'on perde maintenant des acquis en ne sortant pas de son coin. Ce qui me semble significatif, c'est que les questions les plus importantes ne sont plus à discuter en fonction de positions de partis. Le grand changement a été la chute du mur. Mais le mur était tombé depuis longtemps dans la tête des gens. Je n'ai pas fait des études littéraires mais des études de philosophie politique.
- Vous tenez-vous pour un auteur engagé ?
- La notion d'engagement est évidemment importante pour moi, marquée par l'époque de Sartre. Le premier livre dans lequel j'aie entrevue ma propre éthique est un sermon d'un jésuite du XVIIe, Antonio Vieira, un grand styliste. C'est un sermon de Saint Antoine aux poissons, contre les colonialiste portugais. Et dans ce sermon il dit que c'est un grand scandale que les poissons se mangent entre eux. Et c'est un scandale plus grand encore que les plus grands mangent les plus petits. Le contraire serait moins scandaleux, parce qu'un grand suffirait à nouri beaucoup de petits. J'ai écrit un long essai en introduction à la réédition de ce texte. J'ai relevé d'une part sa moralité, et son style. Dans les années soixante, il suffisait souvent d'avoir une bonne idée, un beau message pour faire de la mauvaise littérature. On m'a beaucoup attaqué parce que j'ai osé dire, à l'époque de la guerre du Vietnam, que les poètes tuaient les Vietcongs une deuxième fois par leur mauvaise littérature. J'étais contre cette guerre, au demeurant. Vieira me semblait donc combiner l'éthique et le grand style. Pour moi, je crois qu'il y a un moment moral dans le style même. C'est pourquoi j'étais très actif dans les associations d'écrivains.
- Quelle fut votre position par rapport au marxisme ?
- Les écrits critiques du jeune Marx ont été très importants pour moi, Mais jamais l'explication de l'histoire comme une détermination à 100%. Et puis la naïveté académique et l'incompétence des pouvoirs marxistes m'a sidéré, notamment à Cuba et au Chili. Je me rappelle Cuba: l'agriculture y était une catatstrophe, du fait des choix de Castro plus que des Américains. Mêmne chose au Chili. Si Marx m'a apporté quelque chose, c'est dans l'attention qu'il a porté aux mécanismes économique et aux situations concrètes.
- Quelles relations avez-vous entretenu avec Frisch et Dürrenmatt ?
- J'ai été très ami avec Dürenmatt, et il était évidemment difficile de l'être des deux. Frisch avait des disciples. Quand il est mort, il s'est posé la question de savoir qui allait le remplacer. Qui deviendrait LA conscience ? Moi je n'avais pas le don d'être un disciple. Dürrenmatt était une espèce de roi, chez lequel il y avait du bon roi. Les discussons avec lui portaient le plus souvent sur le métier ou sur des choses concrètes. Dans les discussions, il n'était pas dogmatique mais sensible à la nuance. A un moment donné, il était très chic d'être contre Israël, et très compliqué de soutenir l'exisence d'israël tout en contestant la politique extérieur d'Israël... Nous relevions, Dürrenmatt et moi, ce genre de défis...
- Pensez-vous qu'un écrivain puisse tout dire ?
- Si j'écris un texte littéraire et que je parle de notre religion, je n'hésiterai pas à dire tout ce que je pense. J'hésiterai en revanche à l'égard d'autres religione, que je ne connaîtrais pas aussi bien, crainte de juger de trop haut. Il faut prendre position contre les totalitarismes, de quelque couleurs qu'ils soient. Comme je vous l'ai déjà dit, le clivage entre gauche et droite n'est plus significatif, tandis que le clivage s'accentue entre pluralistes et totalitaires. Avec les fondamentalistes qui me répondent par des bombes, je ne peux parler. Ce qui compte est qu'on puisse discuter. C'est cela qui compte. En ce qui concerne un Rushdie, l'incitation au meurtre m'a paru inadmissible. Je puis comprendre, cela étant, qu'on hésite à publier certains textes, même si je suis contre l'index catholique et sa nouvelle forme actuelle de la political correctness, qui attaque Mark Twain pour son prétendu racisme. Mais Sophocle n'a rien dit contre l'esclavage, rendez-vos compte... Tout serait donc à réexaminer ? Que dirais-je, pour ma part, si ma maison d'édition projetait de publier Mein Kampf ? Et-ce que je l'accepterais ? Je ne crois pas. Pourtant je ne suis pas opposé à la publication de Mein Kampf. Est-ce que la démocratie n'a pas à être démocratique au point de permettre cette lecture pour sa valeur documentaire ?
- Comment faites-vous la différence entre particularisme et nationalisme ?
- Dans le cas individuel, autant que dans une communauté, on ne se connaît que par les autre. C'est assez nouveau que la Suisse doive se définir comme Suisse. La Suisse doit se redéfinir par rapport à l'Europe. L'identité ne se définit pas dans une commission parlementaire ou une révue littéraire Ce que je trouve intéressant, c'est d'envisager le rapport avec tous ceux qui nous entourent et par delà: la France, le Danemark, le protestantisme, etc. J'ai pour ma part, toujours eu un problème avec ce concept de l'identité. Il n'y a que les morts qui aient une identité définie 100%. mais si je prends mon existence, je suis Suisse, Alémanique, pratiquant de la langue allemande, influencé par l'autrichien Robert Musil et le Français d'Algérie Albert Camus. Comme intellectuel, je m'entends peut-être mieux avec un Brésilien qu'avec mon voisin de bistrot. Il y a donc toujours un système de relations et un lieu géométrique. C'est pourquoi je n'aime pas la guerre: parce que la guerre, c'est l'identité totale, fixée par l'uniforme, qui me cache l'être humain. Dans les idéologies c'est pareil, les autres sont réduits à tel ou tel type. Dans mes romans, ce qui m'importe est de raconter une situation: qu'il s'agisse du Brésil ou de la Californie. Ce n'est jamais l'individu comme tel qui m'intéresse, mais l'individu dans ses relations. Dans mon dernier roman, le jeune héros est considéré dans ses relations avec la société vue comme un théâtre.
- Qu'en est-il alors de vos relations avec la gent animale ?
- Il y a d'abord le roman consacré à Noé. Les animaux y jouent un certain rôle. Ils sont représenatifs de la Création. Ils puent, ils font du bruit. Et là, Noé dit: je ne sais pas où est la vie. Je vais donc sauver la possibilité de la vie. Dans ces histoires, le point de départ étaint purement littéraire. Je voulais écrire des fables. Et c'était clair que des fables modernes devaient intégrer le repoussoir de la société humaine. On parle des animaux dans des situatons crées par l'homme. Ensuite j'ai voulu une écrire une postface, et cela a donné un livre plus important que La mouche et la soupe. Ainsi Le coq prêcheur a-t-il été publié avant... J'étais fasciné par l'idée de ce bestiaire. Cela revenait à considérer l'unité de la condition humaine. Ces fables m'ont imposé une grande documentation. Si vous écrivez d'une manière méticuleuse, exate, vous arrivez à une sorte de surréalisme.
- Vous qui dites détester les superlatifs, quels rapports entretenez-vous avec l'Absolu ?
- Il y a un an, on m'a invité à faire un sermon dans le cadre d'un séminaire. Là, j'ai évoqué l'aspect religieux de quelques livres. Les Egouts c'est le problème du mal qui entre dans le monde. Je suis contre la pureté: je suis pour la canalisation. Hanna Arendt dit qu'elle est très intéressée par le péché dans la politique. Noé, pour moi, c'était l'homme le plus riche, qui comprend qu'un autre pourrait être à sa place. Noé devient juste quand il devient son propre remplaçant. Une phrase magnifique de la Bible dit que celui qui se perd se sauve. Dans les papiers du Déserteur engagé, il y a la définition du Dieu d'Immun. Pour Immun, personne ne peut supporter le monde ou la réalité en tant que telle. Alors il faut avoir une conscience qui est ouverte à tout et qi est prête à supporter cete totalité. Or il est vrai qu'un seul nom convient à cette conscience, qui est Dieu, lequel n'a rien d'un dieu d'église. Il y a là comme une ironie supérieure, dans ce Dieu dont la fonction serait de supporter sa propre création... Cette dimension m'a toujours intéressé. Dans mes études, en outre, j'ai toujours été intrigué par le thème de l'absurdité. Avec Dürrenmatt, j'en ai beaucoup parlé. L'absurdité survient quand il n'y a plus de sens (Sinnlos), mais un sens ouvert (Sinnfrei). La religion est-elle divisible ? Si vraiment Dieu est l'absolu, je ne peux permettre aux autres d'avoir un autre Dieu... Mais il y a un moment inexplicable dans la vie humaine: on peut dire beaucoup de choses d'un individu, pourtant il y a toujours un «reste». Peut-être est-ce notre secret ? La grande contradiction de l'homme, c'est de savoir qu'il est mortel et de vivre comme s'il était immortel...

L'oeuvre de Hugo Loetscher est publiée aux éditions Diogenes. Plusieurs de ses romans et essais ont été traduits chez Fayard. Cet entretien date de son vivant.
Le portrait de Loetscher (mal) reproduit ici est l'oeuvre de Varlin.

Super 8, de J.J. Adams. Film d’ouverture. USA, 2011. Piazza Grande.
Beirut Hotel, de Danielle Arbid. France/Liban, 2011. Compétition internationale.
Respect, de Benoît Forgeard. Court métrage. France, 2011. Compétition Léopards de demain.
Voisins, de Josh Levinsky. Court métrage. UK, 2011. Léopards de demain.
T’as une histoire ?, de Dario Jurican. Court métrage. Croatie, 2010. Léopards de demain.
Hell, de Tim Fehlbaum. Allemagne/Suisse, 2011. Piazza Grande.
Tahrir, de Stefano Savona. Italie, 2011. Chronique documentaire.
Vol spécial, de Fernand Melgar. Suisse, 2011. Documentaire. Compétition internationale.
La première partie de ce film du jeune réalisateur israélien est excellente, qui brosse le portrait de groupe d'un unité d'élite de la police spécialisée dans la répression du terrorisme arabe. Au premier rang : un flic fringant sur le point de devenir père et qu'inquiète la tumeur d'un de ses collègues. Avec une pointe d'ironie, cette entrée en matière touche par la justesse nuancée du trait. Sur quoi le film bifurque sur la présentation de quelques jeunes révoltés qu'on dirait sortis du Grand soir de Reusser, aussi naïfs qu'exaltés, qui se lancent dans une prise d'otages de haute volée, mais à vrai dire peu crédible dans sa modulation dramatique, le scénario et les dialogues péchant tout de même. Le film est cependant intéressant par sa thématique, touchant à une faille de la société israélienne contemporaine: la pauvreté que dénoncent les jeunes militants, et par le fait que des policiers israéliens soient contraints de retourner leurs armes contre de jeunes compatriotes. À cet égard, la dernière séquence durant laquelle le regard du jeune flic s'attarde sur la révolutionnaire abattue, en dit très long. Le prix spécial du jury a récompensé ce premier long métrage de Nadav Lapid. ***
Cow-boy s & Aliens, de Jon Favreau. Western SF. USA, 2011. Piazza Grande.
Nuvem - le poisson-lune, de Basil Da Cunha. Court métrage. Appellations suisses, 2011.
Toulouse, de Lionel Baier. Road-movie. Suisse, 2010. Appellations suisses.
Bachir Lazhar, de Philippe Falardeau. Comédie. Québec, 2011. Piazza Grande.
Abrir puertas y ventanas, de Milagros Mumenthaler. Comédie. Argentine/Suisse, 2011. Compétition internationale.
Romance, de Georges Schwizgebel. Film d'animation. Suisse, 2011. Piazza Grande.
The Funeral, d'Abel Ferrara. Comédie noire. USA, 1996. Hommage à Ferrara.
Mangrove, de Frédéric Choffat et Julie Gilbert. Comédie. Suisse/France, 2011. Compétition internationale.
Le Havre, d'Aki Kaurismäki. Drame poético-social. Finlande/France/ Allemagne, 2011. Piazza Grande.
Sport de filles, de Patricia Lazuy. Comédie équestre. France /Allemagne, 2011. Piazza Grande.
Otto e mezzo, de Federico Fellini. Film en abyme. Italie, 1963. Programmes spéciaux - hommage à Claudia Cardinale.


Jean-Daniel Dupuy. Le Magasin de curiosités. AEncrages & Co, 54p.

- Quel est, Michael Steiner, le point de départ de ce nouveau film ? Pourquoi vous être intéressé aux Miss, et qu’en est-il de l’intrigue ?
« Vous êtes le jury ! », scandent les affiches géantes du Prix du public, qui pourrait bien revenir à ce film. À moins que la Piazza plébiscite plutôt Quelques heures de printemps du Français Stéphane Brizé, grand moment d’émotion pure et dure, filtrée par une Hélène Vincent bouleversante et un Vincent Lindon saisissant lui aussi de vérité.
Et la compétition internationale dans tout ça ? Sans préjuger des décisions d’un jury de « pros » présidé par le très estimé réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, elle a réservé de belles découvertes. À commencer par Starlet du quadra américain Sean Baker, belle confrontation entre deux femmes, la vieille dame à chihuahua et Jane la jeune défoncée. Autre paire émouvante dans un film de haute sensibilité : les deux protagonmistes de Der Glanz des Tages des Autrichiens Tizza Covi et Rainer Frimmel. Ou dans un registre plus frais : les deux glandeurs, genre Vitelloni, de Mobile Home du Belge François Pirot. Du couple on passe au trio, toujours en finesse, dans Une Estonienne à Paris d’Illmaar Raag, avec Jeanne Moreau.
Côté Suisses, le désolant pseudo-docu Image Problem de Simon Baumann et Andreas Pfiffner semble d’avance hors-course, alors que la grande fresque poético-philosophique de Peter Mettler, The End of Time, aux images splendides mais flatteuses à la Yann Arthus Bertrand, paraît déplacée dans cette sélection…

En compétition internationale, ce premier long métrage de Niccolò Castelli (né en 1982 à Lugano) relève de la chronique actuelle focalisée sur de très jeunes gens, rappelant donc Ken Park de Larry Clark, en plus lisse ou, plus près de nous, Garçon stupide de Lionel Baier, en moins aigu et personnel, et la série de Romans d’ados. Alignant avec lyrisme des images qui exaltent la jeunesse dancingo-sportive (entre compète de ski, folles courses de rollers et matches de hockey) sur un rythme scandé par le rock et le rap, genre vidéo-clip, Castelli rend bien le labyrinthe urbain de Lugano cerné de paysage sublimes mais n’échappant pas à une menace latente.
Emotions sur la Piazza Grande
Rappelant le mérite d’Otto Preminger (dont la rétrospective fait le plein des salles) qui a tourné avec lui Carmen Jones en 1954, où tous les rôles de l’opéra de Bizet sont chantés par des Noirs, Harry Belafonte s’est livré à une belle profession de foi à la gloire de l’art rapprochant les hommes. Or la veille, le même message, assorti d’une minute de silence en hommage aux civils Maliens massacrés ces jours, avait été adressé au public de la Piazza par le grand cinéaste africain 
Une visite, en janvier 2000, à propos du Journal.


Deux glandeurs qui voyagent sur place pour notre bonheur dans Mobile Home de François Pirot. La fin du temps qui n’en finit pas de Peter Mettler. Et l'irradiante beauté d'Ornella Muti...
Une symphonie ronflante
Le soleil d’Ornella sous les trombes 


Or que nous promet cette 65e édition, troisième de l’ère d’Olivier Père ?
Comme chaque année, après Ernst Lubitsch et Vincente Minelli ces deux dernières années, la rétrospective remplira le Rex avec une trentaine de films signés Otto Preminger, de Laura à Autopsie d’un meurtre (avec un fabuleux James Stewart) ou de Carmen Jones à L’Homme au bras d’or (pour Frank Sinatra dans son meilleur rôle et la musique de Duke Ellington). En outre, un hommage plus modeste sera rendu à Dino Risi avec la présentation de cinq courts-métrages exhumés récemment, remontant aux années 1946-1949.
audra donc y revenir, Mais quel bonheur, en attendant, et contre l’avis mortifère de ceux-là qui prétendent que plus rien ne se fait en littérature de langue française, de découvrir un nouvel écrivain de la qualité de Joël Dicker, alliant porosité et profondeur, vivacité d'écriture et indépendance d'esprit, empathie h









C’est donc en marge de son activité de lecteur professionnel qu’on le suit sur ses Chemins de traverse, taillés à son allure, méditative et allègre, à saut et à gambade comme le voulait Montaigne, autre promeneur de l’Esprit. Or si la littérature n’est pas la vie, elle n’en est pas moins pensée du monde, davantage qu’un reflet, un vrai sentier de sapience. A cet égard, chez JLK, pas de nostalgie des Anciens ou des grands auteurs : admettre que tout déjà a été dit mais défendre la nécessité de le "dire encore comme personne ne l’a dit…".
Moi l’autre : - Le quartier-bibliothèque de Kanda ! Des kilomètres de boutiques de livres. Du haut du 59e étage du Centre de la presse internationale, le cher Giorgio Baumgartner venait de nous présenter les tours des cent Pouvoirs qu’il avait à défier tous les jours à Tôkyo avec ses chroniques non alignées de tronche jurassienne, et ensuite de nous recommander Kanda, et nous de nous retrouver tantalisés par ces millions de livres dont pas un ne nous était accessible.
Moi l’un : - Le fait qu’il nous balance du « grand écrivain » dans sa bouffé d’enthousiasme postfacier ? Mais les gens connaissent Jean Ziegler: ils savent qu’il a tout le temps exagéré. Que c’est un généreux excessif. Et puis tout le monde est un peu « grand écrivain » par les temps qui courent : on s’en balance. Je l’ai prié de ravaler ça. Mais rien à faire. Lui ai dit qu’il n’y avait pas un grand écrivain vivant en français d’aujourd’hui et qu’à côté de Proust, Céline, Morand, Bernanos, Ramuz, Cingria en grand écrivain mineur, plus quelques dizaines d’autres, au XXe siècle, l’époque actuelle est aux eaux basses et nous autres autant d’aimables pianoteurs, mais rien à faire non plus, donc assumons la vergogne et sourions au buzz…
Moi l’un : - Non, je ne trouve pas. Olivier se défonce pour ses auteurs et je trouve ça bien. La plupart des éditeurs n’ont plus le temps ou l’énergie de suivre les livres qu’ils publient, et ça donne des milliers de bouquins qui se perdent dans le magma des publications. Je ne me fais pas trop d’illusions sur les effets du buzz en littérature, mais cela m’amuse comme m’a amusé l’expérience des blogs, dont nous avons tiré une nouvelle forme de créativité. Cela étant, ce n’est pas le buzz qui va forcément rendre la critique ou le public plus attentifs, et de toute façon le livre fera ou ne fera pas son chemin. Un jour le snobisme parisien s’extasie devant les carnets ronchons d’un certain Blanchard, et ensuite plus rien. Un autre jour c’est la fête à Delerm ou Bobin, et le lendemain c’est oublié. Charles Juliet monte au pinacle avec ses carnets sévères, puis on le remet au placard. Ainsi de suite, en tout cas pour les livres du genre de Chemins de traverse, qui ne racontent pas de story. Si tu veux avoir un rien de succès dans le Trend actuel, faut de la story. Le patron de Grasset aimait la poésie de L’Enfant prodigue, mais l’a refusé faute de story. Pareil chez dix autres éditeurs français qui trouvaient le livre bien beau mais manquant de story pour le service commercial. N’empêche qu’on a fait, avec Pascal Rebetez, une double belle rencontre humaine et littéraire, et je suis ravi de m’être retrouvé à d'autre part avec lui et son amie Jasmine. A contrario, Jean-Michel Olivier a filé une story d’enfer avec son Amour nègre et voilà ce qu’il m’annonce ce matin par texto : 60.000 exemplaires au compteur + 20.000 en livre de poche !
Entre les lignes: ce mardi 5 juin, de 11h. à 12h. sur RTS-Espace 2. http://www.rts.ch/espace-2
Sur deux questions que j’ai aimé poser aux écrivains, rapport à la nature du Très-Haut expliquée aux enfants et à leur désir de revivre dans la peau d’un animal…




EDITORIAL
L’Afrique à la rue de Berne. Max Lobe, après L’Enfant du miracle, poursuit son observation caustique et sensible des choses de la passion "déviante" et de la société.
Les Lignes de ta paume