
Rhapsodies panoptiques (2)
Définition: le panoptique est une modulation d'architecture carcérale inventée par le philosophe anglais Jeremy Bentham, en 1798, qui permet à un seul gardien d'observer simultanément tous les prisonniers.

...T’étais pas né, l’Kid, quand la première intuition panoptique m’est venue en matant, le soir, les milliers de petites alvéoles lumineuses des barres d’habitation qui ont surgi, dans les années 60, au-dessus du quartier de nos enfances, sur les hauts de Lausanne, mais ce n’est que tout récemment, avec le rush des ordis et de la Toile, puis avec la multiplication des connexions et des blogs, des réseaux sociaux et autres flux de mots et d’images du multimonde que l’idée du Panopticon nous est venue, avec Philip Seelen, suite de quoi l’idée du roman panoptique m’est venue où j’ai introduit illico les personnages de l’Imagier et du Taulard, développant cette espèce de contrepoint en trio d’enfer, l’image suscitant des constellations de vocables et ceux-ci relançant d’autres images – mais note aussi que c’est un point de vue en constant mouvement et que le roman qui en découlerait, le film ou ce que tu voudras ne seraient jamais que des modulations d’une observation qui se déconstruirait et se projetterait à nouveau dans l’Espace et le Temps…
…L’Taulard et l’Imagier tu les connais, Kidddy, on ne sait pas trop ce qu’ils ma
nigancent quand ils ne sont pas à l’Isba ; faut que je t’explique et là c’est déjà le roman qui pourrait commencer, ou plutôt qui reprendrait puisqu’il a commencé avant la taule et les images, disons dans les années 60 au Barbare, dans le Vieux Quartier de Lausanne, et là j’te fais remarquer subito que le matos se réduisait alors à presque rien, disons le juke-box du Barbare et ma première Remington à marche arrière et sonnette genre Hemingway au Val Vert d’où j’técris précisément à l’instant – c’est là qu’on dit qu’il a fini L’Adieu aux armes, Hem qui s’est flingué en 1961, même année que l’trépas de Céline -, plus une machine à multicopier les cours des facs voisines et les tracts de l’Organisation, le premier Leica de l’Imagier à venir qui ne s’est pas encore dédoublé en Taulard mais se donne déjà à fond à l’orga, enfin tout ça ne fait pas l’ombre d’un début d’ordi qui ne se matérialisera, pour moi que vingt ans plus tard sous la marque Atari - mais tout va déjà vers la Story, comme ils disent, ça j’te jure, j’ai dix-huit ans et bientôt j’aurai ma trappe dans le quartier genre Montparno lémanique, je sais Voyage par cœur et tous on soupire à l’écoute de Quartier latin de Ferré ou de Ballad of a thin man de Dylan, plus bohème tu meurs dans la tabagie fleurant le café fort et ça se prend la tête pour prouver que l’existence précède l’essence, mais il m’arrive le soir de remonter sur la colline des hauts et là je mate, Kiddy, là j’passe des heure à mater la vie aux fenestrons des trois barres à loyers modérés - là j’suis déjà devant mon ordi à panoptiquer grave, pour parler ton sabir de slameur – mais j’te parlais du Taulard et de l’Imagier et j’y reviendrai aux lascars…
… En attendant j’dirai que le multimonde nous est arrivé par là : par les barres des cités et par l’autre fenestron domestique de la télé, ça va sans dire. Avant l’matos. Bien avant l’matos, mais on a senti la chose se faire un pas sur l’autre. Avant l’matos on avait le stylet de pierre taillée, et le stylo bleu sur le papier bleu de Sollers n’a pas grande avance sur celui-là, ma foi l’scribe à calame est multimillénaire avant l’matos, et déjà, Kiddy, déjà nous en sommes au-delà du matos, mais on est au-delà depuis toujours, la perception et la réfraction panoptique sont en deça et au-delà, cette question du matos n’est pas neuve non plus qu’obsolète vu que l’matos est en deça et au-delà de la Chose, l’matos c’est nous, c’est ça qu’il faut se dire, ça c’est sûr - l’matos c’est nous…
…C’est notre attention fulminée entre les aires d’autoroutes, c’est notre présence dès l’éveil et jusqu’à point d’heure, c’est notre fiel dans les assemblées et notre miel dans les ruelles, c’est partout notre disponibilité libertaire - et je n’te dis pas libertaire au hasard : rien à voir avec les libertaires historiques ou peu s’en faut, moins encore et loin s’en faut avec les libertariens économiques - tout est à resituer, tout est à renommer et requalifier, j’te dis libertaire en pensant à Cendrars une fois encore, et tu sais que je ne suis pas un fou de la prose de Blaise, tu sais que je ne le prends qu’à fines doses, je t’ai parlé de J’ai saigné et dans son vrac il y a encore dix mille choses qu’on oublie, mais c’est sa fuite, c’est sa fugue, c’est son échappée que j’appellerai libertaire qui est anarchie dépassée comme on le dit d’un coma dépassé, ça va vers autre chose, ça le dépasse lui-même, je ne suis pas sûr qu’il le sait lui-même ni son clebs Wagon-Lit, il n’est pas sûr qu’il le sache et qu’il l’ait su jamais, on ne sait pas, même Charles-Albert ne le sait pas je crois, le Kid, on ne sait pas, on ne sait pas vraiment comment l’matos s’est acquis entre l’inné et Byzance, moi j’te dis que nous avons Byzance en nous mais c’est à la fois de l’inné et de l’acquis, faut dépasser les vieilles chapelles, on est juste ici au seuil du roman possible et déjà les possibles prolifèrent…
… L’Imagier et le Taulard passent la plupart du temps à se royaumer quand ils ne font pas des images ou des chemins, tu sais que cette paire n’a qu’une tête et deux pieds au pseudo de Philip Seelen et je précise que le problème n’est pas genre schizo, mais je les distingue de cette façon, dans le roman panoptique, pour les faire mieux dialoguer, comme tu sais que j’aime faire dialoguer moi l’un et moi l’autre entre cent avatars, et tu sais autant que moi que nous sommes tous comme ça : cent en un au moins, avec nos prothèses en plus, étant entendu que l’matos est la somme de nos implants de toute sorte comme dans le roman de Nathanaël West dont le personnage principal, revenu de toutes les guerres serait cul-de-jatte et double manchot, et bigle et sourdingue si l’Administration Militaire et les Assurances ne lui avaient pas greffés des postiches de tous ses membres laissés au front, et c’est comme ça aussi que le Lumix de l’Imagier prolonge son corps et que le T aulard a pour ainsi dire quatre roues et un arbre à came intégré avec sa Jeep tout-terrain de défricheur roulant à l’Hybrid et connectée à la Toile – et ça aussi c’est l’sauvage selon mon cœur, peu importe l’outillage, j’suis pas sûr que Jean-Marc Lovay le prosateur dingo soit connecté et ça n’y change rien, en revanche j’suis sûr que le furieux Wölffli n’a jamais été connecté dans l’asile où on l’a claquemuré des années durant, mais il y a chez lui de l’Ordinateur Central : les tours de ses papiers enluminés où se démantibule son écriture, dans sa cellule de serial painter, les Twin Towers de son Journal Mille-Feuilles devant lesquelles il s’exerce à la trompette faite de journaux enroulées sur eux-mêmes, le Pentagone poétique de son imaginaire tonitruant, tout ça fait arsenal où tout l’matos cantonal et multimondial est stocké, et chaque matin que Dieu fait ça y reva d’un « Ch’muss’schaffe ! » proféré par le titan en camisole - faut que j’me remette au Travail…
…Le Kid m’envoie, l’autre jour que j’étais en Toscane avec Lady L., un SMS long comme un jour sans vin genre poème de Whitman corrigé par Ginsberg et qu’il a intitulé Prière polaroïd, je le lis et le relis à une table d’un café de Colonata, foyer d’anarchie, le café fait aussi cybercafé et je m’y attarde en me rinçant l’âme aux cascades du jeune rimbaldien à gueule d’éphèbe lutin et mutin, l’autre jour il m’a raconté sa dernière virée au Montenegro, je relis son poème et me dis qu’il y a là-dedans des fulgurances dans un fatras surréalisant d’après les orages de Lautréamont et les rhapsodies à la Cendrars, puis je me dis que l’ère des Futuristes nous a rejoints, j’imagine Marinetti et Maïakovski débarquant à Colonota et découvrant la télé débile du Cavaliere dans la fumée et les lazzis de l’Italie de toujours, à ce moment-là je ne sais pas encore que le bicandier va calancher dans une paire de mois - je lis et relis ces mots du Kid qu’il faudra que je réverbère à mon retour sur mon blog multimondial : «J’ai envie de rester sur mon arbre / derrière mes rochers paresser / j’ai envie de couvrir le détroit / redescendre vers le Sud / où les morcellements d’îles / font des noms de princes doux et / fermentés pluvieux / dans les bouches / et les registres saints… »
(L'auteur de l'extrait du poème cité, Prière polaroïd, est Daniel Vuataz)
… Donc ça commencerait par une relance du fameux discours du vieux dino, j’veux dire Friedrich Dürrenmatt à la blanche crinière fellinienne, devant les plus hautes autorités de la Confédération et s’adressant, en 1990, au Président de la République de Tchéquie, à savoir le dramaturge dissident Vaclav Havel qu’on fêtait alors en même temps qu’on fêtait la sortie de son pays du communisme. Tout ça donc solennel et costumé. Ministres et leurs épouses, banquiers et capitaines d’industrie, avocat poudrés et journalistes fardés - tout l’gratin. À trois mois de la mort de Fritz, mais nul ne s’en doute. Et la révolution du Président se joue encore sur du velours. Tout ainsi sous contrôle : le Mur tombé, débris revendus dans les boutiques chic ; derniers barbelés du Rideau de fer recyclés en colliers et bracelets dans les clubs SM. Et voici que le vieux sanglier passe à l’attaque de son ton traînant de Bernois des bois…
…. Ceci dit moi je t’avouerai, malgré tout, que cette histoire de prison n’a cessé de me tarabuster. Bien sûr que je la trouvais exagérée moi aussi. Aussi gonflée que ce qu’écrit le jeune Ramuz, en 1918, quand il affirme que si nos amis Français souffrent là-bas, de l’autre côté de la frontière, nous aussi nous souffrons à la seule pensée de les savoir souffrir. Blaise Cendrars, au même moment, est en train de se vider de son sang sur une civière. On lira plus tard, à chialer, le récit déchirant du jeune troufion en train de crever à ses côtés, qui fait Blaise s’excuser presque de se sentir survivre. Tandis que Ramuz souffre autant que ceux-là, non mais ! Très Suisse tout ça, tu trouves pas ? N’empêche : le vieux Dürrenmatt et le jeune Ramuz disent quelque chose qui déroge à ce qui semble juste un petit réconfort foireux, et c’est ça qui me fait y revenir. Je pense au corps de Dürrenmatt. Je pense au corps des livres de Dürrenmatt. Je pense à La visite de la Vieille Dame. Je pense à la façon dont les Messieurs ont fait d’une jeune amoureuse la vieille catin vengeresse. Je pense à la pureté de cœur du vieux Friedrich. Je me rappelle l’étudiant fonçant dans le tunnel. Le train peinard de Konolfingen à Berne qui passe soudain de l’horizontal à la bascule sauvage en chute verticale direction le profond de la Terre. Je me dis qu’il sait ce soir-là qu’il va mourir comme aux moments des transes lucides du jeune auteur mais que cette fois ça se précise. Je me dis que la réalité réelle perçue par Ramuz n’a pas d’âge mais qu’il lui arrive à lui aussi de toucher au pur sauvage. Je me dis que ces deux-là on pressenti l’horreur de l’actuel Wellness et la camisole de force de notre béate béance. Je les vois tous, les sauvages, j’vois Robert Walser, j’vois Charles-Albert, j’vois la mère Colomb, j’vois Farinet, j’vois Aloyse et Wölffli, j’vois Godard à moitié mort et Daniel Schmid encore vivant, j’vois Louis Soutter l’halluciné génie - j’les vois tutti quanti dans le jacuzzi, tous au barbecue fédéral du fédéral Office de la Culture populaire et de qualité, tous plus libres de se la jouer extrême, de se la jouer rebelle n’est-ce pas, de se la jouer barbare en veux-tu voilà, tous plus libres d’êtres libres et de ne pas dire le contraire, sinon gare aux subsides, non mais des fois…
…Le panopticon est ce lieu de la prison d’où tous les prisonniers à la promenade sont visibles, mais la position ne se borne pas à la prison suisse, j’te jure que c’est de la prison du multimonde qu’il va s’agir. Le jeune Basil da Cunha balade sa caméra le long d’un chantier nocturne genevois ou dans un bidonville lisboète et me raconte ses projets sous le Cervin mandarine du Buffet de la Gare de Lausanne, moi j’lui raconte mon projet de roman panoptique en évoquant le filmage du Filmeur d’Alain Cavalier auquel j’ai décrit le film que Lionel Baier a tourné avec son téléphone portable sous le titre de Low cost – j’te cite autant de sauvages selon mon cœur, comme l’est resté à sa façon le vieux Chappaz ou comme je l’ai retrouvé dans L’Embrasure de la jeune Douna Loup, enfin tu vois le genre : pas du tout rebelles de salon mais artisans, mais poètes de la Chose, tous résistant à la nouvelle taule sans murs du Bonheur obligatoire capté et réfracté dans l’instant par les webcams du multimonde… 






Quentin Mouron. Au point d’effusion des égouts. Olivier Morattel, 137p.
Yverdon-les-Bains. Théâtre de l'Echandole, jusqu'au 3 décembre.




À propos du recueil de nouvelles Embrasez-moi, d'Eric Holder
ERIC HOLDER: Embrasez-moi, Le Dilettante, 2011


Ces phrases relevée à la lecture de Villa Amalia de Pascal Quignard : «L’air de Paris sentait son odeur si particulière, putréfiée, charcutière, mazoutée, épouvantable». - «C’était une femme entièrement à sa faim, à son chant, à sa marche, à sa passion, à sa nage, à son destin». - «Ceux qui ne sont pas dignes de nous ne nous sont pas fidèles». - «Le chagrin est plus ancien et presque plus pur en nous que la beauté». - «C’était une petite enfant dont le visage était la nostalgie même». - «Les œuvres inventent l’auteur qu’il leur faut et construisent la biographie qui convient». - «Cela sentait la pluie, la laine mouillée, la craie, la poussière, l’encre fade, la transpiration très aigre des jeunes garçons». - «En vieillissant je suis devenue butineuse».
«Ce n’est pas pour son grand rôle politique que cette route nous est connue», écrit Pierre Michon dans la belle préface au recueil de chroniques que Pierre Pachet a publié sous le titre de Loin de Paris, «mais parce que, une fois au moins dans leur vie, les lettrés se sentaient tenus d’emprunter cette route, et d’y méditer à leur façon sur chacune des cinquante-trois étapes qui la jalonnaient. Ils s’y remémoraient tel poème, y voyaient tel arbre, tel oiseau, telle auberge que leurs prédécesseurs avaient mentionnés; ils versaient à l’endroit convenu les larmes qu’un très ancien poète avait versées; il leur arrivait d’attendre longuement à une étape que le vent se mette à souffler dans la direction exacte décrite cent ans plus tôt, et qu’il emporte cette feuille de pêcher qu’il avait emportée cent ans plus tôt. Leur cœur alors se serrait sans qu’ils sachent pourquoi, disaient-ils, ils reprenaient leur bâton et allaient se serrer le cœur à l’étape suivante. Parfois même ils avaient une émotion nouvelle que les anciens n’avaient pas eue, saisissaient une conjonction inédite d’arbre et d’oiseau et de saison. Et ceux qui venaient après eux en faisaient usage ».
Notre Tôkaidô est l’univers. A Tokyo les oiseaux m’ont conduit dans le jardin public où pleurait le vieil homme du sublime Vivre de Kurosawa, des chèvres m’ont rappelé dans les Langhe l’âcre odeur de certaines pages de Travailler fatigue de Pavese, à Sils-Maria mon cœur s’est serré le long du lac de cristal dont les eaux m’ont rappelé La montagne magique, à Soglio m’est revenue la voix grave de Pierre Jean Jouve, et de stations en stations ainsi je pourrais refaire à l’instant ma route du Tôkaidô sans me bouger plus qu’Héraclite. Ainsi le Tôkaidô est-il le chemin de nos Riches heures, et tous les possibles se concentrent en celle-ci, d’avant l’aube…
Dans les Promenades avec Robert Walser, Carl Seelig évoque cette Suisse à la fois paysanne et populaire, pieuse et sauvage, souvent instruite par les multiples voyages de l’émigration (la Suisse du début du siècle était pauvre, mes quatre grands-parents se sont connus en Egypte où ils travaillaient dans l’hôtellerie), et marquée, comme l’Allemagne du sud, par le mélange des cultures et l’esprit démocrate, l’utopie romantique et le panthéisme, qu’on retrouve dans les univers parcourus par W.G. Sebald.

C’est entendu : le thème du handicap est traité ici de façon si non convenue qu’elle devient presque convenue (le richissime bourgeois cloué sur sa chaise et le beau Black des banlieues sans commisération, ça pourrait même puer la convention dilatoire), et pourtant ce film littéralement tissé de clichés, aux saillies satiriques non moins téléphonées (sur les soignants, l’art contemporain, les goûts musicaux qui se télescopent ou les dérives de la novlangue plus ou moins branchée) ne nous vaut pas moins une formidable pinte de belle humeur et de tendresse, avec une tas d'observations fines dans la foulée - donc merci la compagnie, on ne va pas chipoter sur un tel plaisir... 
Celui qui grappille dans les vignes du Seigneur / Celle qui se nourrit principalement de produits importés par la firme dans laquelle elle est employée surnuméraire / Ceux qui se contentent d’une Ope Cup Saké avant de se mettre au lit dans leur tenue de nuit / Celui qui laisse son toutou Tom jouer sur le tatami de Tina la tatouée / Celle qui se douche à l’eau glacée entre un morceau de Stockhausen et le suivant de Schnittke / Ceux qui pagaient au rythme de la pendule tenue bien droite à l’arrière de la pirogue / Celui qui réprouve la pratique des garçons d’extrême-droite tirant à l’arbalète sur les marmottes pacifistes du haut Toggenburg / Celle qui met à fond les amplis pour chanter Saison des amours au karaoké face à la mère qui roule sa houle / Ceux qui vont exprès à Washington D.C. pour voir les Bonnard de la collection Philips / Celui qui s’exclame avec son crâne accent genevois : bravo bonnard vive Calvin ! / Celle qui aimait bien entendre Bouvier dire bonnard quand il avait le moral donc pas très souvent / Ceux qui font leur miel des faits divers du journal Le Matin dit plus souvent le Tapin / Celui qui lit debout dans le métro de Yokohma le manga sadique du père qui frit debout aussi sa fille à la poêle après l’avoir découpée en fins morceaux / Celle qui estime que le Japon doit être tenu à l’écart de l’Europe Unie / Ceux qui planchent sur la relance du dinar grec / Celui qui prétend avoir eu un rapport oral avec Limonov mais c’est pile le genre du type à se vanter un lendemain de Renaudot ou de Toussaint / Celle qui n’écoute pas ceux qui lui parlent mais eux non plus / Ceux qui estiment de leur devoir de lancer sur Facebook une association des homonymes Duclou / Celui qui a envoyé des messages à 6 homonymes Delaclope sans réponse à ce jour / Ceux qui ont une pensée émue chaque matin pour leurs 666 amis de Facebook aux prénoms variés / Celui qui est sûr de récolter 666 « j’aime » quand il colle une photo de myosotis sur Facebook / Celle qui « partage » toujours les photos de myosotis ou de hamsters malicieux sur son profil positif / Ceux qui ont passé de Facebook à Twitter pour protéger la confidentialité des révélations de leur cousine championne de canasta / Celui qui convoite le badge de meilleur joueur sur la nouvelle console japonaise du bar La Baraka / Celle qui constate avec inquiétude que le badge que portait hier son fils est le même qui a été retrouvé à côté de l’écureuil égorgé dont parlent ce matin les tabloïds / Ceux qui concluent après les derniers événements qu’après ça on ne sait plus où on va au jour d’aujourd’hui / Celui qui sa tatoue le torse au sang de bigarreaux / Celle qui se cueillait des bécots aux lèvres des voyous du quartier avant l’extinction de la race hélas / Ceux qui descendent la rivière de Grapillon / Celui qui palpait à douze ans déjà les nichons sans bonnets / Celle qui choisit les plus beaux morceaux des charcutiers charnus / Ceux qui rôdent toujours dans les vergers de leur adolescence de sauvageons, etc.






