UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Du sexe en asile de vieux - et ailleurs...

Unknown-115.jpeg
(Notes narquoises sur l'atelier protégé de l'Hospice occidental)
L’idée m’est venue, ces jours, après lecture de la double page consacrée par le journal 24 Heures à la sexualité de « nos seniors » sous un titre semi-aguicheur ("Le sexe, on ne le pratique plus, mais on a le droit d'y penser"), de la ramener un peu lourdement en commençant, par exemple, de citer la page mémorable de Georges Haldas enfant surprenant une nuit sa grand-mère en train de gémir et de se soulever spasmodiquement sous son duvet, à l’autre bout de la chambre, puis d’exploser à l’étouffée, comme on dit en cuisine, sans que le petit garçon ne réalise vraiment, sur le moment, de quoi sa chère aïeule aura souffert cette nuit-là, avant que l’adolescent à lunettes ne se rappelle l’évidence : que mémé, ce soir-là s’était joliment branlée…
Or ce qui m’aura frappé, à la lecture de la double page du reportage, assortie de divers « témoignages » personnalisés (photos assez sinistres à l’appui) c’est le côté « flouté » de tout ça, le côté gêné et en somme aseptisé, se voulant sensible et délicat tout en flattant la curiosité du public immédiatement appâté par le titre – le côté apparemment décalé de tout ça par rapport à une réalité, notamment médiatique, autrement délurée, mais correspondant en somme à la réalité réelle vécue par «nos seniors », selon l’appellation désormais controlée autant que celle de « nos jeunes » ou de nos « défunts »…
Si je parle de décalage par rapport à la société actuelle, alors qu’on se flatte de donner dans le « sociétal », et qu’un autre média local, toutes les fins de semaine, à savoir Le Temps, consacre de vrais feuilletons aux multiples aspects de la sexualité, comme dans cette page récente où il était question de l’orgasme vécu en notre sommeil plus ou moins profond, entre autres pages entières consacrées à la jouissance par les mammelles (et mamelons) et autres zones érogènes inexplorées sauf en Inde sensuelle ou au Japon fripon...
Georges Haldas lui-même était d’une pudeur à peu près constante dans ses écrits, notamment en matière de sexualité, malgré son homophobie sans complexe et sa misogynie de mâle méditerranéen typique (lui l’apôtre de l’altérité douce ne va-t-il pas jusqu’à traiter la philosophe Jeanne Hersch d’ « amazone pisseuse »), et je l’imagine sautant en l’air en découvrant, dans le magazine de la Migros typiquement « classe moyenne », telle page très technique de ton toute consacrée à la masturbation féminine...
Or la scène de l’émoi secret de la grand-mère de Georges Haldas, évoqué dans telle page de ses chroniques autobiographiques, a-t-elle quoi que ce soit de choquant ? Pas du tout ! Rien de salace ni même d’indiscret là-dedans : la vie même. Mémé se branlait, comme Picasso bandait encore au tournant de ses 80 ans, et voilà tout. Comme le disaient nos aïeules dans le langage détendu du populo: "Jedem Tierchen sein Plaisirchen", à chaque bestiole sa babiole...
Puis revenant à la double page de 24 Heures consacrée au mal-être occasionnel des résidents des établissements médico-sociaux, lié à la la carence affective de certains ou au manque d’occasions d’autres en mal de relations charnelles, je me dis aussi que la nuance s’impose, et que le floutage du sujet en est en somme l'expression légitime.
L’auteur de la présentation d’ensemble, un garçon de bonne volonté du nom de Romaric Haddou, n’a d’ailleurs pas manqué de tact à l’approche de quelques « résidents » et des soignants qui s’occupent des vieux dans les asiles où on les a casés, jusqu’à telle caresseuse professionnelle (qui avoue « prendre 170 francs l’heure, mais se cache derrière un pseudo), et finalement pourquoi et comment jeter la pierre à qui que ce soit, les choses et les gens étant ce qu’ils sont en notre hospice occidental ?
 
Donc après m’être énervé quelque peu (je déteste la commisération manifestée à « nos seniors », et surtout le ton qu'on y met, relevant de l'atelier protégé et de la thérapie de troupe) , je me dis que tout ça participe grosso modo, et entre autres, de la même « fonctionnalité marchande » des médias - selon l’expression de l’ami Ziegler -, et de ce qu'on appelle plus largement le Réel chez les sociologues et les théologiens adultes responsables, et j’en conclus qu'il n’y a rien à conclure...
 
Cf: L'édition de 24 Heures du samedi 11 avril 2026, pages 1, 2 et 3.

Écrire un commentaire

Optionnel