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  • Révélations de la vie

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    Ce mercredi 3 juin. – Je reviens, ce matin de la saint Kevin (lequel resta les bras en croix sept ans durant, comme on sait, les oiseaux nichant dans ses mains, et défunta en l’an 618 à l’âge de 120 ans), à la lecture des Révélations de la mort de Léon Chestov, dont les dernières inscriptions, au stylo rouge, notées en marge de mon exemplaire , datent du vendredi 4 juin 2021, six mois exactement avant la dernière nuit de Lady L., ce que je vivais alors d’horriblement éprouvant, avec elle et nos filles, faisant écho aux recommandations de Chestov aux deux siennes qu’il enjoignait, derrière les horreurs évidentes de l’existence, de prendre en compte la vie entière avec ses révélations non moins lumineuses...
     
    COSMOS. - Une longue et bonne conversation téléphonique avec l’AB, auquel j’ai répodu en plein brouhaha de L’Oasis bondé comme rarement, mais impatient et tout heureux de lui parler, a été l’occasion de conclure hier soir une bonne journée marquée par les retrouvailles d’avec l’ami JDR, lequel tenait à m’offrir une plaquette consacrée à une espèce de peintre de nos régions, et qui m’a donné par la même occasion de très beaux portraits photographiques d’Alexandre Zinoviev, de Maurice Chappaz et de Jacques Pajak ; et à JDR comme à l’AB je me suis fait un bonheur d’évoquer le film vu la veille, relevant d’un grand art essentiel auquel tous trois restons également attachés.
    De fait Cosmos vaut précsément, à mes yeux , par l’intensité exceptionnelle du regard de Germinal Roaux sur les éléments fondamentaux de notre relation avec la vie , par delà la perception de la souffrance quotidienne et les occurrences de la mort figurées immédiatement par un arbre en feu, puis un crâne rappelant celui d’Yorick, sans rien de morbide pour autant mais comme une progressive révélation, là encore, de la beauté ds choses et de la bonté des êtres.
    À ceux qui prétendent que tout est foutu, qu’il n’y a plus rien qui vaille – et notre petit trio, avec l'AB et JDR, est le témoin indéniable de la disparition d’une société plus sensible aux arts et aux vrais échanges que celle de la nébuleuse numérique -, que la littérature et le cinéma actuels ne sont plus rien sur fond de déshumanisation et de décadence générale, je réponds ainsi : Cosmos, en pensant aux graines de cette fleur qui passent de la main de Lena à celles de Léon.
    Je doute que l’AB, vivant pourtant à cent mètres du cinéma où se projette Cosmos, trouve l’énergie de s’y rendre sur ses jarrets fatigués de nonagénaire avancé et sans cesse menacé de choir (son onzième commandement est : tu ne tomberas point…) , mais peu importe , comme il importe peu qu’il lise réellement les 700 pages de la biographie de Rimbaud, par Claude Jeancolas, dont je lui ai parlé avec autant d’élan que de Cosmos : à vrai dire tout ce qu’il a vécu dans sa longue vie de fils de paysans protestants passé au catholicisme (la Mother n’a pas dû apprécier…) , ses paroisses successives et ses accointances avec divers démons avérés des cieux poétiques (de Gustave Roud à Jacques Mercanton, ou de Georges Haldas à Philippe Jaccottet, entre autres), sans parler de sa relation privilégiée avec ce probable saint que fut l’Abbé Zundel en bisbille récurrente avec les fonctionnaires de Dieu – tout ça fait de l’AB un cosmos en soi qui me dit lui-même que rien ne le touche aujourd’hui plus que la seule et simple vue d’un bambino dans son landau…
     
    DU BRUIT DE COSMOS. – M’ayant repéré au premier rang de la salle ou se projetait Cosmos, alors que lui-même présentait son film sur la scène, Germinal Roaux s’est inquiété le lendemain, via Messenger, du fait que j’aie peut-être été indisposé par la violence intempestive de la bande-son de son film, où les bruits du monde (tant la nature, l’orage, le vent et la foudre, que les camions et les pioches des démolisseurs rasant une humble maison pour y faire passer la route du Progrès) sont en effet en violent contraste avec le murmure des humains, mais non, pas du tout : fallait ça justement, mon gars, fallait cette vérité de plus comme toutes celles que tu as traquées et rappelées - révélations de mort et de vie, etc.
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