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  • Nuances de bleu

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    À La Désirade, ce samedi 4 juillet 2026. – Je dénombre quatre fines petites voiles immobiles, ce matin, sur les eaux étales du lac immense, qui flottent là-bas sans un souffle à la toile, j’imagine leurs occupants désoccupés sans les envier du tout mais sans exclure non plus que tel ou telle souffre dans sa vie comme, hier soir, j’ai été confronté aux tribulations de nos semblables en regardant les sept épisodes d’une série américaine toute consacrée aux conflits parfois mortels de voisinage ; or ce n’est pas morbidité mais attention lucide que de constater le cumul constant de la merveille et de l’infernal – la série en question détaillant, sur fond de banlieues apparement vouées au bonheur loin des méchants, un éventail de tous les aspects du ressentiment par humiliation, de la compulsion vengeresse et de ses séquelles criminelles – j’y ai resongé tout à l’heure en lisant, sur le Résau, la litanie aigre d’un influenceur plus ou moins écrivain convaincu d’être persécuté et concluant à la décadence inéluctable d'un monde égaré infoutu de l’écouter en sa pureté, et je nous revois sous le vent avec Lady L. barrant son 420, cette année-là, comme quoi…

  • Avatars de la menterie

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    Mon ignorance est un océan
    dont l’oreiller me berce:
    je grandis de ne pas savoir:
    je vague et je divague;
    de port en port, de porte en porte :
    partout je suis ailleurs,
    ignorant tout,
    ignorant l’heure…
     
    Je porte en moi comme une idée
    qui me fait supporter
    d’être tant en n’étant que rien
    qu’un infini qui flotte,
    mais cette idée n’a pas de nom,
    et qui veut le savoir
    porte l’épée au fond de grottes
    où tout reste secret...
     
    Au demeurant le va et vient
    d’Ulysse et de sa bande
    m’enchante quand je dors
    et comme l’antilope rêve
    en oubliant Pénélope
    et ses fileuses de feuilleton
    campant sur les rivages
    arrimés à vos illusions,
    je reste du voyage ...
     
    L’océan est une fumée
    dont l’Éternel partout,
    au nom qui vous reste ignoré
    plus que le rêve du tatou -
    l’Éternel à vue de nez
    savoure les yeux fermés
    les parfums éventés;
    et Mnémosyne au pédalo,
    loin des serpents, près des oiseaux ,
    nourrit les mêmes songeries
    fleuries de menteries…

  • Faits divers d'été

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    Ce jeudi 2 juillet. – À la peine ce matin en dépit de l’insolente splendeur du jour au balcon en forêt de La Désirade : peine à se lever et peine à marcher, peine à gravir les marches de plus en plus hautes du maudit escalier, peine de rotules et de mollets et autres jarrets au semblant d’exercice suédois pratiqué face à l’impertinent Panorama (Das Leben ist KEIN Panorama, sagte Arthur Schopenhauer), peine en somme partout et de quoi s’en réjouir comme un fou – tout cela profitant absolument à l’Esprit.
    L’Esprit est en effet en toi de toute sa force douce et tu entends encore, de l’autre jour, la voix de ton petit-fils A. te murmurant comme ça, au moment de quitter le petit gang et sa nouvelle maison du bonheur, qu’on a encore besoin de toi Papito – non mais des fois !
    Les enfants sont ces jours au jardin tout à l’insouciance de l’été, loin du terrible monde (ce qu’on apprend tous les jours des séquelles de l’affreux séisme de Caracas) le journal local s’attarde ce matin à la pendable ladrerie de l’Etat lésinant sur la climatisation des asiles de vieux du canton, tu vois d’ici ces gueules de fonctionnaires bien ventilés dans leurs bureaux frais comme des cimetières, alors que les vieilles peaux innocentes sont livrées à la cruelle canicule, tu restes conscient de tout ce qui bien plus que toi se trouve ce matin à la peine en ce monde aux dehors rutilants, sur quoi tu relève les yeux de tes fichus carnets sur le triple bleu du lac aux reflets verts et des verts paradis du ciel aux reflets bleus où palpite le cœur de ton cœur et la lumière de ta vie…

  • Sur le nuage

     
    À La Désirade, ce vendredi 3 juillet. – Un nuage d’été en forme de masque mortuaire voile ce matin les hautes roches savoyardes du Château et du Casque de Borée, qui devriat inciter à la méditation grave sur nos fins dernières, et pourtant non : le nuage s’est effiloché en frise de flocons d’ouate céleste et la pensée aussi se défait de l’Idée…
    D’ailleurs il fallait que je note ma rencontre de la nuit dernière avec Michel de Montaigne (prononcer Montagne) sur une des terrasses surplombant la cour et la basse-cour de sa demeure aux rayons préférés de sa bibliothèque (qu’il appelle sa Librairie) voués comme on sait au sciences naturelles, au jardinage et à la cosmologie et me parlant en toute simplicité à la manière des humanistes signalés par le Dictionnaire.
    Or notant cela, et la couleur amarante de la robe de chambre de mon interlocuteur nocturne me parlant maintenant avec bienveillance des « maisons » du ciel et des « trois commerces » amoureux, je me dis qu’il y aura ces jours soixante ans que je prends ces notes et qu’à soixante ans précisément Montagne (qui s’écrit Montaigne) a rendu son dernier souffle…

  • Comme une maison retrouvée

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    (Chanson de La Désirade)
     
    On reviendrait à la maison:
    on n’a pas oublié,
    on a traversé les saisons,
    ce qu’on dira : voir du pays,
    et ce qu’on n’a pas dit,
    ce qui offense la mémoire,
    ce qu’on n’a pas voulu
    ou qu’on ne veut pas reconnaître -
    mais ce n’était pas moi !
    en accusant le traitre
    qu’il y avait peut-être là,
    tout au tréfonds de soi -
    on n’en sait rien, ou mieux :
    on préfère ne pas savoir -
    on ne pense à l’instant
    qu’à la maison au coin des bois…
     
    Il y a partout des champs de ruines,
    du ciel on voit la terre,
    et ce qui exulte et fulmine,¨
    ceux qu’on bénit, qu’on assassine,
    celle qui vous accueille
    et ceux dont on recueillera
    les derniers mots au soir,
    après des jours de désespoir;
    et dans les ruines les errants
    ne pensent qu’à revoir
    cette maison au coin des bois
    qui existe ou peut-être pas…
     
    Un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit,
    fait un octosyllabe,
    suivi d’un-deux-trois-quatre-cinq-six ,
    au jeu des contrerimes,
    et c’est parti pour la chanson
    en rimes et raisons
    possiblement déraisonnables
    qui diront à façons
    ce que raconte la maison…