UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le point de vue du chat

    medium_Highsmith2.JPGmedium_Highsmith17.2.jpg medium_Highsmith25.JPG

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Des chats et des hommes, de Patricia Highsmith

    Lorsqu’on lui demandait de se situer par rapport à l’assassin et à sa victime, Patricia Highsmith prenait plutôt le parti du chat, c’est à savoir qu’elle invoquait un sens commun certes épris de justice mais plus encore soucieux des égards que chacun doit à un être vivant, qu’il soit roi de Birmanie ou chat siamois. C’était aussi, en somme, le point de vue de l’écrivain non sentimental mais capable des sentiments les plus délicats.

    Dans Un truc rapporté par le chat, la première des nouvelles réunies dans ce recueil orné de quelques portraits de chats crayonnés par la romancière, une question morale est posée implicitement sous le regard d’un chat taiseux mais qui n’en songe pas moins peut-être (sait-on ?), laquelle consiste à démêler s’il faut absolument dénoncer le meurtrier, qui s’est lui-même désigné, d’un sale con, alors que les circonstances incitent à penser que l’élimination  du fâcheux pourrait rester justement impunie. La conclusion de la nouvelle chiffonnera les vertueux, qui pensent qu’une vie est une vie et qu’un meurtre est un meurtre, mais le chat n’a fait que fournir l’indice et il se tamponne les coussinets de ce qu’il adviendra du meurtrier-justicier, du genre sympa.

    La deuxième nouvelle implique plus directement le chat Ming, amoureux de sa maîtresse qui a le tort de l’être aussi d’un sinistre bipède prénommé Teddie. Ici, c’est le chat qui fait justice, et personne ne lui donnera tort.

    medium_Highsmith170001.JPGOr faut-il donner tort, précisément, à l’éditeur de ficeler cet ensemble un peu bancal de deux nouvelles déjà parues en recueils (La proie du chat et Le rat de Venise, épuisés dit-on, mais pourquoi ne pas les rééditer ?), d’une nouvelle inédite en français qui sent tout de même le fond de tiroir (Le nichoir était vide), de trois poèmes qui n’en sont pas vraiment en dépit d’une ou deux fulgurances  et d’un essai intitulé De l’art de vivre avec les chats qui marque bien, quoique sans originalité folle, ce qui distingue le chat du chien et de la machine à coudre ? Non, l’éditeur a raison : il fallait publier ce petit livre paru en allemand, à l’enseigne de  la grande maison Diogenes de Zurich, qui détient les droits mondiaux de dame Patty, sous le titre de Katzen. Il ne faut pas que la France soit trop à la traîne de la Suisse allemande dans la défense de Patricia Highsmith, en attendant la parution de la grande biographie annoncée de celle-ci où l’on apprendra quelle chatte chaude était cette souris d'encre recuite d’ambre de scotch…

    Patricia Highsmith. Des chats et des hommes. Traduit de l’anglais par Ronald Blunden, Calmann-Lévy,135p.     

     

  • Au tour du corps

    122313346_10224978776083476_6911783742384961258_n.jpg
    Carnets du veilleur.
     
    1. Premiers signes, signaux et alertes, l’escalier vers un nouveau travail au bord du ciel...
    L’on peut en sourire ou grimacer d'humiliation: c’est pareil, c’est là, marque du Temps, gêne de sous le drap et courbatures d'avant l'aube, douleurs plus vives ensuite selon l'âge et les moments, et cela voudrait dire quelque chose - telle est la première évidence liée aux alertes initiales, cela râle au tréfonds, cela éructe et cela tousse, cela tend à déchirer le silence mais en deçà ou au-delà des mots et de tout langage articulé, bref le corps n’en peut plus de se taire et demande qu’on l’écoute, et déjà l’on pressent que ce sera tout un nouveau travail dès le premier obstacle du matin avec la montée vers le café et le travail hanté par l’obsession de tous les jours de trébucher dans le putain d'escalier dont les marches ne cessent, d’être ou de paraître plus hautes - mais la seule pensée du ciel s'accorde sereinement au silence du corps...
    2. Ce que cela demande et ce que cela raconte...
     
    Le premier travail relèvera d'un inventaire : telle est ma conviction remontant très loin selon l’expérience de ma mémoire qui date l'épisode à ma première opération d’enfant, l'année de la mort de Staline - l'enfant confronté à sa première chambre d’hôpital ou reposent et s'agitent une vingtaine de garçons en chemises indiscrètes (on voit les culs quand ils se lèvent), ensuite l'odeur de l’hôpital sera toujours la même mais la vision des grands blessés du pavillon de traumatologie de l’hôpital cantonal, à la fin des années 60, me restera comme l’image ineffaçable du silence assourdissant des corps des autres soumis à la torture - et toujours et encore la douleur des autres me fera souffrir plus que la mienne à jamais compensée par la présence, au bord du ciel, d'un livre à portée de main - Montesquieu (1684-1735) , l’entendait d’ailleurs ainsi...
     
    Peinture: Robert Indermaur.

  • Carnets du veilleur

    images-99.jpeg
    (Aux éveillé(e)s et aux bienveillant(e)s)
     
    À La Désirade, ce 31 juillet 2026. - Le choc émotionnel lié à un film vu hier soir - intitulé Un 22 juillet et consacré au massacre d'une septantaine de jeunes Norvégiens, en 2011, par le néofasciste Anders Breivik - et la répercussion de celui-ci, dans un rêve extrêmement détaillé traitant de la réparation de ce qui ne va pas dans le monde à l' exclusion de toute violence révolutionnaire ou terroriste -, sont à l’origine de ma décision de ce matin – pas un nuage sur le lac et les montagnes d’en face sont juste voilées par une brume estivale – de tenir une nouvelle série de journaliers où je développerai mes idées épurées de toute idéologie, au fil de mes lectures et de mes rencontres - un nouveau carnet qui portera le titre de Carnets du veilleur...
     
     
    À la Désirade, ce 1er août 2026. - J’ouvre, ici, et maintenant, ce nouveau carnet que j’ai imaginé d’un veilleur d’aujourd’hui, dédié aux éveillé(e)s et aux bienveillant(e)s, tels étant les camarades de mon parti excluant l’esprit partisan, dont les figures tutélaires seraient un Charles-Albert Cingria et un Anton Pavlovich Tchekhov, le psalmiste et le frère humain...
    Ces notes d’ailleurs seront ce que mes notes ont toujours été depuis la fin des années 60, en ma première vingtaine, à savoir les notes d'un éveillé porté à la bienveillance, en dépit de son âge soumis à la confusion des sentiments - le premier des grands éveillés en lequel j’ai reconnu un maître à sentir autant qu’ à penser, étant Albert Camus dont à 16 ans j’ai mémorisé la formidable prose lyrique du Vent à Djemila - sa récitation publique m'ayant valu un prix de l’orateur en 1963.
    Le mufle chauve. - La répulsion quasi épidémique que m'inspire, non pas l’écrivain, mais le personnage de Gabriel Matzneff ou plus précisément sa personne, n’est pas tant liée à son état de pédophile – il préfère se qualifier de philopède, croyant que cela fait plus chic – mais à sa muflerie de ponte des lettres au-dessus de toute critique et à son crâne excessivement chauve jusqu’à l’obscénité du lombric bipède qu'aucun bonnet de coton ne suffit à occulter...
    Or la réapparition, ce soir sur YouTube, dudit mufle chauve assis à la table des invités de Bernard Pivot, à l’enseigne d’Apostrophes dont une brave séquence de l’édition se trouve insérée au fil du long entretien avec Alain Bauer consacré à l’affaire Epstein, m’a fait prendre conscience du fait que mon rejet de Matzneff relève d’une seule question de goût - comme lui-même affirme que violer des enfants khmères ou thaïlandais de 10 ou 12 ans n’est en somme qu’une question de goût, et partagé par ceux-là à ce qu’il prétend outrageusement.
    Mais peut-on s’en prendre à un homme de goût qui a signé d’aussi bons livres - je le reconnais pour le avoir parfois appréciés avant la plongée dans la médiocrité satisfaite des carnets du pédolâtre - que Nous n’irons plus au Luxembourg, Ivre du vin perdu, ou L’archange aux pieds fourchus, entre pas mal d'autres ? À cette question, d'innombrables téléspectateurs ont répondu en mitraillant Denise Bombardier, l’accusatrice de Matzneff sur le plateau d’Apostrophes, la taxant de mal baisée ou de nullité provinciale, avec le renfort de diverses éminences parisiennes tels un Beigbeder ou une Josyane Savigneau se la jouant beaux esprits à la coule.
     
    Juger Gabriel Matzneff pour sa philopédie n'est pas du tout mon truc, pas plus que juger Montherlant ou Klaus Mann, Oscar Wilde ou le Charlus de Proust s'en prenant à un môme de moins de dix ans (on se rappelle la confidence outrée de Jupien), mais que Monsieur l'Auteur se disculpe au titre d'Auteur, précisément, en accablant ses semblables pédophiles de mépris - à eux la police, à lui l'absolution - m'est aussi insupportable que d'entrevoir sa calvitie et de constater une fois de plus sa muflerie policée, et dans la foulée me revient la tentative d'un Richard Millet de faire passer Anders Breivik pour un artiste tant son crime relevait des beaux-arts à la Thomas de Quincey - ah l'imbécillité crasse des écrivains , parfois, jusqu'aux plus stylés...
     
    images-97.jpeg