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Mohicans

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Par manière de salutation matinale et quasiment estivale à Lambert Schlechter, mon frère d'armes...
J’essayais de me rappeler ce matin quand exactement j’ai rencontré Lambert pour la première fois, tombant alors sur cette note de 2015, prise au cours de notre voyage avec Lady L. à travers la France profonde, et me renvoyant dix ans plus tôt en 2005:
À Toulouse, ce dimanche 4 janvier. - En nous baladant hier dans les rues et par les places de la Ville rose, j'ai ressenti le confort supérieur de ce qu'on peut dire simplement la civilisation. C'était samedi et la place du Capitole était pleine de bonnes gens, les librairies étaient pleines aussi alors qu'il est de bon ton de dire que plus personne ne lit, les terrasses étaient pleines également et le bord de la Garonne accueillait autant de gens aimables qui semblaient prendre le temps de flâner tandis que les pigeons faisaient leur job.
Je me suis alors rappelé la première fois que j'ai passé, trop vite, à Toulouse, invité à un salon du livre par Marc Trillard, où j'avais fait la connaissance de quelques écrivains de premier ordre, dont Lambert Schlechter le poète-(im)moraliste luxembourgeois à la Ceronetti, Patrick Roegiers le râleur de grand style et François Emmanuel le médium des sentiments délicats - illustrant tous deux le génie belge, et je me rappelle Daniel de Roulet tôt levé en cuissettes bleu ciel de coureur à pied, filant sur ses longues pattes de gazelle gauchiste pour ses vingt bornes matutinales...
Une autre image me revient alors de ce réjouissant épisode, au soir où Daniel le sociable m’avait convaincu de rejoindre les plumitifs réunis dans un restau de la vielle ville quand, assis entre Lambert et moi, le poète William Cliff (encore un Belge et pas des moindres !) nous avait dit d’un air un peu louche : les gars je vous quitte, faut maintenant que j’aille flairer de l’homme…), et le beau vieux youngster à la gueule un peu à la Mick Jagger, dont je n’ai découvert que plus tard l’œuvre très considérable, de filer vers les bosquets où les ombres se flairent…
Quant à Lambert, lettré typique du « monde d’avant » selon l’ami Roland, mais aussi dénué de préjugés que moi en matière de communication numérique, c’est par la Toile que j’ai continué de le fréquenter assez assidument, par nos livres échangés aussi, ensuite, et par Facebook presque tous les jours, enfin par sa visite à La Désirade où il a débarqué des hautesur du lac des Quatre-Cantons de notre enfance vacancière, avec sa petit auto rouge marquée Fuck Putin, qu’a été scellée notre amitié très nourrie de nos grappillages respectfs (sa longue suite du Murmure du monde ressemble fort à mes propes Lectures du monde), il est à la fois chroniqueur et poète comme il me semble que je le suis, la constellation de ses auteurs fétiches (y compris les rares, comme Annie Dillard et Guido Ceronetti, Cingria ou Etty Hillesum) recoupe mes nébuleuses, il y a du Chinois germanisant chez lui comme il y a du Toscan russifié chez moi, mais notre tribu commune et fondamentale reste celle des derniers Mohicans et sans la moindre aigreur à vue de nez – nous sommes en effet de ces nez qui voient et ne font pas que voquer…
 
Image JLK: Lambert en Lavaux.
 

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