Ramallah, le 23 juin 2009.
Cher JLs,
Je me suis remis à l’arabe, je recopie laborieusement des aleph, des ba et des ta. Et des tha, des sâd et des dâd, des sin et des zin, des ghain. Des kaf tout en angles et des qaf tout en courbes, des h soufflés, aspirés, inhalés, et des hamze. Ta fille est passée par là, qui a étudié cette langue impossible, peut-être as-tu eu le plaisir de la voir, lors de ses premières heures d’études : couchée sur la feuille, langue pendante, traçant péniblement ces signes biscornus, comme quand elle était petite, quand les lettres étaient encore des images, quand le A avait deux pieds, le B un gros bide, le O la forme de la bouche quand la bouche fait oooo : et voilà le son qui arrive, ce lien magique entre les traits et les mots. Je me rappelle parfaitement que dans le livre Daniel et Valérie Valérie portait une salopette : sa-lo-pette. J’avais découvert avec un vrai bonheur (et un malin plaisir) comment graver cette dernière syllabe, avec le burin de mon crayon sur la pierre du papier… ma première création littéraire fut donc :
Valérie pette.
Je ne me rappelle pas quel accueil critique fut réservé à ce chef d’oeuvre, iconoclaste tant dans le fond que dans la forme, ni même si j’ai osé montrer à quiconque ce vers sulfureux. Les journaux de l’époque n’en portent pas trace, peut-être le directeur de l’école a-t-il étouffé l’affaire. Mme Berchtold, notre maîtresse, a quitté son poste peu de temps après. S’il y avait ici un lien de cause à effet, j’aimerais lui adresser aujourd’hui l’expression de mon plus profond repentir – en attendant, je la remercie de tout cœur, et avec le plus grand sérieux. On se couvre de dettes dès la naissance, la somme de ce qu’on doit aux gens qui nous poussent et nous épaulent défie le calcul, et l’on meurt toujours débiteur : Mme Berchtold m’aura permis de lire le journal tous les matins, et d’écrire ces lignes… c’est un don vertigineux, ça ne se rembourse pas. Certes elle était notre institutrice et c’était son boulot, point : pas de quoi en faire un fromage. Mais combien de temps, combien d’efforts , pour parvenir à nous faire lire le mot fromage ?
Fromage : « jibnè », en arabe. Ca commence avec un jîm en forme de triangle, ensuite un ba, à ne pas confondre avec le noun qui suit. Et puis on parsème le tout de points et d'accents en dessous et au-dessus. A la troisième tentative, quand on a obtenu quelque chose de fluide, on recopie joliment dans son cahier à la page « cuisine » - parce qu’en langue étrangère le monde se divise très strictement en rubriques « cuisine », « maison et meubles », « politique », «électricité », avec une grosse partie « divers » (car où peut-on bien classer le verbe qui signifie « envoyer un sms » ?). Après on s’en va traîner ses guêtres dans la rue, le café et l’épicerie, afin de soumettre ce nouveau vocabulaire au dur jugement du locuteur natif, en espérant en trouver un qui ne parle pas anglais, et qui n’ait pas trop l’accent d’Hébron.
Le chat s’est endormi sur le canapé. Avec lui les conversations se limitent vraiment au strict minimum… entre l'élaboration muette, toute intérieure encore, d’un livre à venir, et cette plongée dans les bases d'une autre grammaire, tracée en lettres maladroites, je côtoye souvent le silence. C’est sans doute le lot de l’expatriation, de retomber dans l’essentiel du langage - on gagne le mot « jibnè », on n’oublie pas le mot fromage, par contre on oublie un peu l’odeur du Saint-Marcelin et le vocabulaire pour la décrire. Ce n’est pas une perte irrémédiable, et cet appauvrissement consenti a peut-être ses vertus. Il décuple en tout cas le plaisir de lire tes mots, sur ce blog foisonnant… yatik ala’fie…
Pascal

La Désirade, ce 24 juin 2009
Cher,
Nos lettre me manquaient. Si je me laissais aller, s’agissant des mots, je t’en ferais une fluviale, mais là je dois finir le nouveau roman de Marc Levy, et ça c’est du sérieux. Je lis en même temps un énorme essai biographique consacré à la vie de Walter Benjamin à travers ses textes, et le dernier Marc Levy. C’est un peu par défi que je me suis collé à cette lecture de plage, comme on dit, après avoir lancé à notre chef de rubrique que je m’y refusais absolument, éprouvant à ce genre de lecture la sensation de régresser à l’état d’amibe. J’étais de complète mauvaise foi, puisque des six ou sept romans de Marc Levy, je n’avais lu jusque-là que quelque pages de celui où il est question de son père, paraît-il le meilleur, mais que j’ai laissé tomber je ne sais pourquoi…
En attendant d’arriver au bout de ce roman de l’été, intitulé Le premier jour et marqué par la rencontre d’un astrophysicien en quête des origines de l’Univers (!), et d’une paléoanthropologue en quête du premier homme (!!), je rebondis juste sur le mot fromage que tu cites en arabe, à propos de mon grand-père maternel, notre Grossvater, qui enrichissait chaque soir de nos visites notre vocabulaire cosmopilite – il savait sept langues apprises en ses pérégrinations d’employé d’hôtellerie. Je me rappelle donc le mot «gibne», comme d’hier soir, et note la juste appellation que du précises ici, de jibnè.
Et ceci aussi, à propos de ce Grossvater, qu’on disait pingre et qui n’était probablement près de ses sous que parce qu’il avait manqué dans sa jeunesse. Je te recopie donc ici un épisode de mon dernier livre, L’Enfant prodigue, que j’achève ces jours. Il y est question d’une excursion quasi mythique que notre mère nous a racontés maintes fois et que sa sœur, toute vieille dame perdant aujourd’hui la mémoire sauf de ces faits anciens, me rappelle souvent lorsque je vais la voir à Lucerne, Berg am See dans le livre…
Les petites boiteuses
Si Grossvater était près de ses sous, selon l’expression, c’est parce qu’il aura manqué, m’avait dit et répété Lena lors de nos colloques au Grand Hôtel où, sans doute, il eût trouvé que nous y faisions d’excessives dépenses, le prix de notre repas représentant à peu près le montant de son premier salaire à l’Hôtel Royal du Caire, alors qu’il était déjà l’employé qualifié que Grossmutter allait épouser en dépit de sa petite taille - et déjà je l’imaginais qui reprenait ses litanies : vous ne pouvez pas savoir, les enfants, ce que nous avons dû lutter, et de fait nous ne pouvions pas plus savoir qu’imaginer : cela nous dépassait, selon l’expression : nous arrivions dans un monde dont nous ne pouvions percevoir les ombres, tout étant prévu pour notre agrément – nous étions les seuls enfants des trois filles de la maison, nous étions le sel de la terre prochaine, en tant qu’enfants nous aurions pu nous sentir écrasés par ce monde austère, et pourtant non : tout tournait autour de nous dès que nous arrivions à Berg am See, la géographie et l’histoire se reconstituaient pour nous, de nouveaux chemins se traçaient pour nous, les enfants, toutes les fins d’après-midi nous ressortions les vélocipèdes et nos tantes chères s’évertuaient à nous ouvrir le monde de là-bas.
Les frères de ma mère étaient tous des colosses, avait remarqué Lena en revenant à la photo sépia, à côté desquels mon père a toujours eu l’air un peu emprunté, et j’avais noté l’expression en me rappelant qu’en effet mon grand-père maternel, en dépit des discours véhéments dont il nous abreuvait, les enfants, dès notre arrivée à Berg am See, s’était toujours trouvé quelque peu emprunté, et de même Grossvater, je l’avais appris plus tard, s’était-il trouvé emprunté devant ses propres frères.
Les frères de mon père, à l’exception de Grossvater qu’ils appelaient le petit Monsieur, étaient également des colosses, m’avait dit Lena une autre fois, mais ceux-là ne savaient pas parler. Du côté de Grossmuter les frères et sœurs parlaient à tort et à travers, m’avait dit Lena à propos des silencieux de la photo sépia - peu de gens de la même famille auront autant discuté et se seront autant chamaillés, tandis que les frères de Grossvater se taisaient et le regardaient de travers, n’appréciant guère qu’il pensât seulement à fuir la terre alors que tous savaient qu’on y manquerait à y rester tous.
Nos aïeux et bisaïeux de la photo sépia, du côté de Grossmutter, autant que nos aïeux peu photographiés de la ferme du père de Grossvater, tôt disparu, revenaient de plus en plus souvent dans la conversation de ma chère Lena au Grand Hôtel de Berg am See, dont le vin italien que je commandais invariablement la grisait et l’égayait à chaque fois, alors même que le fil de sa mémoire se relâchait ou s’entortillait au point de lui faire répéter les mêmes histoires, d’une façon qui me ramenait à ces moments délicieux de nos enfances où nous aimions à entendre et réentendre cent et mille fois la même histoire.
Les trois frères de Grossvater ont été Rois de la Lutte, me racontait Lena pour la énième fois, nous aimions les voir quand, petites filles, notre mère nous emmenait une fois l’an à la ferme, qui s’exerçaient en culottes de cuir sur une grand fleurier bleu, tantôt en plein air et tantôt dans la grange quand il pleuvait, nous nous tenions immobiles à les regarder, nous étions les Maïteli de la ville, autant dire : de petites dames qui n’y comprenaient rien, mais aux yeux desquelles il s’agissait de ne pas démériter, et Lena, bientôt nonagénaire, semblait revivre la scène comme du matin même, riant au souvenir des lutteurs en sueur puis se faisant plus grave au moment de revenir, pour la énième fois, à l’infortune des humble parents de Grossvater : le cancer fulgurant du père obligeant les quatre frères à se démener dès leur adolescence, plus tard le café périclitant du fils aîné, les enfants débiles du deuxième frère, et le cancer lancinant de celui-ci, le domaine repris avec vaillance par le troisième frère bientôt rattrapé lui aussi par le cancer, et Grossvater fuyant ces heurs et malheurs pour se retrouver dans un palace des hauts de la Riviera lémanique au titre de casserolier - et Lena de s’animer une nouvelle fois à la remémoration de Grossvater au Ritz de Paris ou s’initiant à la langue russe dans le froid de Saint-Pétersbourg avant de rencontrer, à l’Hôtel Royal du Caire, cette jeune fille très douce, que la vie ferait plus sévère sans la durcir, portant un prénom de pierre précieuse et qui deviendrait notre très aimée Grossmutter.
À force d’être répétés, autant que les histoires de nos enfances que notre mère nous relisait à n’en plus finir, les récits dont Lena n’en finissait pas non de nous régaler tous deux, au Grand Hôtel de Berg am See, se paraient d’une aura mythique, qui n’excluait ni l’antique facétie ni le sempiternel sanglot – comme l’illustraient deux épisodes promis à l’immortalité.
L’histoire des petites filles boiteuses appartient, ainsi, à la chronique légendaire de la smala, côté maternel et dans le registre de la comédie.
C’est un dimanche matin et le quintet, d’un bon pas, les bons parents et les trois allègres fillettes nattées, quittent à pied le domicile familial, pour se rendre dans le massif du Mont Pilate, au Lac Maudit où l’on mangera cinq pommes et boira l’eau da la gourde. Et l’on trotte et l’on chante, sans savoir encore, quand on est fillette, que ce joli tour représentera sept heures de marche et que cela fatiguera de plus en plus ; et de fait, plus on marche et plus ça monte, plus ça monte au flanc du Mont Pilate, et plus la fillette sue et soupire - et Grossmutter encourage, et Grossvater maugrée, Grossmutter dit qu’on sera bientôt au Lac Maudit et qu’on aura droit à sa pomme et à l’eau de la gourde, mais la pente se redresse une fois encore, puis il y a un méplat, la fillette croit qu’elle n’en peut plus et Grossvater lui objecte que de son temps on ne se plaignait pas, mais tout à coup le voilà : voici le Lac Maudit qu’agite, les nuits d’orages, l’âme damnée de Pilate qui s’est réfugiée là, et l’on s’arrête alors au bord de l’eau toute limpide pour le moment, chacun savoure sa pomme et l’eau désaltère les gosiers, puis le Midi tapant chasse le quintet vers l’ombre et ce sera bientôt le moment de penser au retour, et l’on boit une dernière lampée de la gourde et l’on prend le chemin du retour qui est encore plus long que celui de l’aller, plus on marche et plus le chemin s’allonge au point que la fillette peine de plus en plus, et bientôt on arrive au pied du Mont Pilate où la route aux automobiles se fait plate mais de plus en plus longue, les trois fillettes suent et soupirent et Grossmutter reprend son encouragement en murmurant qu’hélas Grossvater n’a pas envisagé le recours à l’automobile postale, par trop onéreux, et Grossvater alors, s’épongeant le front et se retournant vers se progéniture nattée et vannée, de lui lancer : «Mais boitez donc, demoiselles, boitez, boitez bas et peut-être quelque automobiliste compatissant aura pitié - c’est cela, demoiselles, boitez bas»…
T’ai-je fait sourire, cher Pascal ? Je le souhaite. Et vous embrasse fort, Serena et toi, et vous souhaite un été sans guerre.
Jls


Je me rappelle avoir jeté un froid, légèrement teinté de dédain, lorsque j’ai avoué, à vingt ans, dans un groupe d’étudiants, que je lisais André Gide avec beaucoup d’intérêt. C’est que, vers 1968, il n’était pas bien vu de lire Gide. Genet éventuellement, dont l’image sulfureuse en imposait, mais Gide : vieille noix, plus dans la course. Or relisant l’autre jour Paludes je me suis dit : pas une ride. Ou l’écoutant répondre à Jean Amrouche (on trouve ça en CD), ou parlant à Walter Benjamin : du gâteau. S’il est vrai que son plaidoyer de Corydon fait un peu vieille tenture, l’ouverture d’esprit du personnage, qui suscite évidemment la reconnaissance de WB dans sa passion multinationale pour toutes les littératures, émerveille toujours. Et voici plus précisément ce que dit Gide, venu à Berlin en 1928, à Walter Benjamin : « S’il est un point sur lequel j’ai influencé la génération qui me suit, c’est en ce que maintenant les Français commencent à montrer de l’intérêt pour les pays étrangers et pour les langues étrangères, alors que ne régnaient auparavant qu’indifférence, indolence. Lisez le Voyage de Sparte de Barrès, vous comprendrez ce que je veux dire. Ce que Barrès voit en Grèce, c’est la France, et là où il ne voit pas la France, il prétend n’avoir rien vu ». Et cela qui prend aujourd’hui un relief nouveau : « Avec Barrès, poursuit WB, nous touchons inopinément à l’un des thèmes favoris de Gide. Sa critique des Déracinés de Barrès, qui date maintenant de trente ans, était plus qu’un ferme refus de l’épopée de l’attachement à la terre. C’était la magistrale confession d’un homme qui rejette le nationalisme satisfait et ne reconnaît la nation française que là où elle inclut le champ de forces de l’histoire européenne et de la famille des peuples européens. »
À propos de ce genre de brassage, l’arrivée tout à l’heure d’un colis contenant le premier roman de mon ami Pascal Janovjak, sujet à moitié slovaque de naissance, Français par sa mère et Suisse par son passeport (Pascal a quatre moitiés avec sa compagne Serena), accompagné d’un mot gentil de Raphaël Sorin son éditeur, m’a surcomblé de joie comme à recevoir, après l’avoir vue naître, La symphonie du loup de mon ami Marius Daniel Popescu. Qu’un Roumain mal léché, conducteur de bus à Lausanne, nous donne l’un des livre les plus toniques écrits en français ces dernières années, m’a fait autant plaisir que d’échanger, un an durant, une cent cinquantaine de lettres avec Pascal, en son exil de Ramallah, tout en découvrant le tapuscrit de son Homme invisible, devenu maintenant L’Invisible chez Buchet Chastel, à lire dès août prochain. On dit que la relève littéraire de la littérature en langue française est à peu près nulle. C’est à peu près vrai mais pas tout à fait : prenez donc et lisez, fossoyeurs…

Il me semble alors intéressant de faire le détour par Thomas Bernhard, qui a payé son ticket pour le Grand Huit expressionniste. Au jeu des postures, il était assez attendu que TB fasse des petits, mais il est intéressant en le lisant, par exemple Extinction, que j’ai repris récemment lors d’un séjour à Rome - ville maintes fois citée en référence dans le roman -, comment ce grand obsessionnel et ce grand pitre va précisément vers la posture en ne cessant de surenchérir, à laquelle il échappe soudain en retournant l’invective contre lui-même.
Mais qu’en pense Claro ? Pense-t-il que Régis Jauffret pourrait tirer quelque chose d’un tel fait tellement plus noir que le noir un peu forcé de ses romans ? Quant à moi, j’en doute, me rappelant la « manière» de Microfictions, dont les mille épisodes relèvent de la projection fantasmatique plus que de la (re)création – cela dit sans dénigrer un écrivain de forte trempe, comme Volodine d’ailleurs, mais qui me paraît encore trop «littéraire» malgré tout. La vraie poésie, au sens dostoïevskien, lui reste à conquérir, qu’on trouve en revanche dans L’enfant de Dieu de Cormac McCarthy ou dans La route…
Et justement Claro dans Le clavier cannibale en revient aux longues phrases dont on ne sait à vrai dire où sur la page elles commencent et finissent (chez Beckett elles commencent ou finissent en même temps), et comment elles deviennent Opus Megalomanius, alors que Pierre Oster, aussi corseté dans l’apparence que Claro semble déjanté, interroge ce qu’il y a derrière ou dessous la phrase de Paulhan ou les stances de Saint-John Perse. Or, il me plaît de déceler, entre ces deux-là, aux horizons si peu communs (tout ce qui sépare apparemment un Gass d’un Grosjean…), question aussi de générations, comme un commun souci que je retrouve du début à la fin du XXe siècle entre Walter Benjamin et René Girard. La critique restera de type poétique en continuant de s’abreuver aux mêmes sources, en l’occurrence à la poésie critique de Hölderlin. Et Charles-Albert Cingria de psalmodier : « L’écriture est un art d’oiseleur et les mots sont en cages avec de ouvertures sur l’infini ».
Pierre Oster, dans Pratique de l’éloge, brasse apparemment très loin des eaux de Claro, mais le langage n’est qu’une mer, et je ne vois pas pourquoi les aventures de Beckett ou de Burroughs excluraient celles de Jaccottet ou de Ponge, même si je ne souscris pas vraiment à l’affirmation d'Oster selon laquelle Saint-John Perse serait « le seul maître que nous puissions honorer ». Cette façon de poser sa tiare me rappelle Philippe Jaccottet me parlant un jour de sa démarche : « Quand vous avez choisi de viser haut… ». Mais c’est là tout à fait un milieu de respect vénérant, le même que celui d’un Richard Millet, que je n’ai pas envie du tout de rejeter pour ma part, même s’il va disparaître. C’est avec tendresse que je me rappelle ainsi cette conversation récente avec ce vieux jeune homme d’Obaldia qui sursautait à chaque fois qu’il prononçait un nom, Max Jacob, Oscar de Lubicz-Milosz, André Salmon, en constatamt que, mieux que d’identifier ces noms de présumés inconnus, j’avais lu leurs livres… à la même époque que je lisais Burroughs ou Tombeau pour 500.000 soldats. Et je souscris à peu près en lisant ces mots de Pierre Oster : « Nous resterons cependant un petit nombre à refuser l’hypothèse selon laquelle le français aurait perdu ses enchantements ultimes », tout en ajoutant in petto : et qu’est-ce que t’en sais du nombre d’accros à Maurice Scève, à La Fontaine, au p’tit Rimbe, à Claudel, à Jouve ou Michon & Co ?
Christophe Claro, Le Clavier cannibale. Inculte, coll. Temps réel, 300p.
L’exorcisme
















…Il est certain que ce serait tromper notre peuple que de ne pas reconnaître la gravité de la situation, qui nous oblige à ouvrir les yeux tout grands de sorte à considérer les choses telles qu’elles sont et non telles qu’on voudrait qu’elles fussent en se voilant la face …


