
À la 23e édition du Festival international de Bellinzone : une ouverture sur le monde par le cinéma.
Zoom sur cinq jeunes musiciens sortis des bidonvilles de Caracas grâce à un réseau d’orchestres classiques de haut niveau. Gros plan sur une anorexique milanaise dont la maladie reflète les carences relationnelles d’une société gavée. Travelling dans le dédale populeux de Taipeh où la quête d’amour d’un Roméo romantique prend des allures de polar cocasse: une semaine durant, le jargon du cinéma a fait florès à la 23e édition de la Castellinaria.
À l’affiche: plus de quarante films venus du monde entier, choisis pour leurs qualités documentaires, mais aussi artistiques, et présentés, en priorité, à une centaine de classes tessinoises des degrés primaire et secondaire.
Ainsi que l’explique Giancarlo Zappoli, directeur artistique de la manifestation, les films sont sélectionnés selon deux lignes directrices. « Pour les enfants de 6 à 15 ans, nous donnons la priorité aux œuvres qui permettent aux enfants une meilleure identification individuelle dans leur environnement familial et social. Et pour les plus grands, c’est plutôt sur l’ouverture au monde et aux multiples cultures et modes de vie que nous insistons. »
Autant dire que la Castellinaria relève à la fois de l’initiation au cinéma style Lanterne magique, en marge des grands machines commerciales, mais aussi de l’aperçu documentaire international genre Visions du réel. Interactif, le festival combine découvertes et débats, ateliers et expositions. Cette année, ainsi, deux grandes figures du cinéma et de la littérature « jeunesse » étaient à l’honneur, avec Michel Ocelot (célèbre pour sa série de Kiriku) et Gianni Notari, cinéaste et écrivain
Pour cette édition, 4920 élèves ont assisté aux projections des compétitions, pour un total de 250 classes. Deux jurys d’enfants italophones attribuent les prix des compétitions définies par classes d’âge (6-15ans et 16-20 ans). Les enseignants des classes qui assistent à la compétition des plus jeunes participent à une rencontre explicative avec le directeur du Festival avant le début de la manifestation. Ils ont à disposition des fiches pédagogiques à partir desquelles ils peuvent préparer le débat sur le film qu'ils ont choisi de voir. Aux jurys italophone s’ajoute un jury romand du prix « hors les murs » emmené par deux enseignants cinéphiles de Colombier et Saint-Imier. Dans la même optique d’ouverture, on relèvera la projection de l’intégrale de Romans d’ados de Béatrice Bakhti, qui a suscité beaucoup d’intérêt parmi le jeune public tessinois
Egalement ouvert au public « adulte », le festival se déploie le soir en « événements ». En point de mire mardi soir: la première d’Allegro crescendo de Cristiano Barbarossa, précédée par un petit concert de cordes rassemblant, autour du jeune violoncelliste vénézuélien Jonathan Guzman, une trentaine d’ados tessinois ; et la remise du Castello d’oro au célèbre réalisateur italien Pupi Avati, avant la présentation de son nouveau film Una sconfinata giovinezza, évoquant la détresse d’un couple frappé par la maladie d’Alzheimer.
Ainsi que le relève encore Giancarlo Zappoli, la Castellinaria, roulant sur un budget modeste (270.000) et grâce à de nombreux bénévoles, prépare indéniablement un nouveau public mieux informé et plus ouvert, en matière de cinéma, qui se retrouvera plus tard au Festival de Locarno…
Une telle manifestation donnera-t-elle des idées aux enseignant vaudois en la matière ?
Entre malaise et joie de vivre
C’est un poncif que d’évoquer la déprime des jeunes d’aujourd’hui, et c’en est un autre que de chanter ceux qui positivent. Or cette antinomie se retrouve dans le palmarès de la Castellinaria, dominé par The Dreamer de l’Indonésien Sang Pemimpi (Castello d’or de la section 6 à 15 ans), Devil’s Town du Serbe Vladimir Paskaljevic /Prix Tre Castelli pour les 16 à 20 ans), et un prix du public partagé entre Allegro crescendo (A slum Symphony) de Cristiano Barbarossa, tonique approche documentaire d’une action sociale et musicale hors norme au Venezuela, et London River, le dernier film plus grave de Rachid Bouchared.
Même oscillation entre deux de nos coups de cœur : côté drame d’époque, avec Maledimiele, portrait infiniment sensible d’une jeune anorexique en milieu bourgeois milanais, remarquablement campée par la jeune Benedetta Gargari, sous la direction de Marco Pozzi, réalisateur au regard aussi inventif que tendre ; et côté comédie, non moins originale, avec Au revoir Taipeh, premier long métrage du Taïwanais Arvin Chen, qui se plaît à jouer avec les clichés du roman noir et des téléfilms à l’eau de rose en racontant l’histoire d’un amour naissant dans la grouillement de la ville immense où chenapans minables et braves gens se rencontrent dans de folles embrouilles - un vrai bonheur !


Pour raconter l’histoire des Orchestres de jeunes du Venezuela, fondé par José Abreu Anselmi et touchant actuellement quelque 300.000 jeunes musiciens issus de milieux défavorisés, le réalisateur italien Cristiano Barbarossa a suivi, pendant cinq ans, la trajectoire de quelques adolescents filles et garçons dont l’un d’eux, Jonathan, actuellement maître de violoncelle, était présent à la projection de l’Espocentro. Plus précisément, le jeune Vénézuélien a lancé le concert pour cordes préludant à la projection, en compagnie d’une trentaine d’ados tessinois, avec un extrait du 4e Brandebourgeois…
Rien pour autant, dans le parcours des jeunes musiciens – dont quelques-uns seulement « perceront » au niveau international – de l’exaltation de success stories. Là n’est pas le propos. Bien plus important aux yeux du cinéaste : la façon dont chacun, des enfants aux adultes (telle la formidable Carmen faisant office de recruteuse et d’éducatrice), participe à cette aventure collective lumineuse. Au bilan final, on apprendra que le petit Fabio, dont le développement a été freiné par des difficultés personnelles, a laissé tomber la musique, tandis qu’une de ses camarades violonistes joue le concerto de Sibelius avec Claudio Arrau, mais celle.ci n’est pas valorisée plus que celui-là par la caméra de Cristiano Barbarossa. De la même façon que le montage du film lui-même se construit et se rythme musicalement, si l’on peut dire, c’est en fin de compte à la gloire de la musique elle-même, reflet de la musique de vivre, que se donne ce généreux et tonique Allegro crescendo, comme porté par autant de belles personnes…
De la difficulté de vivre








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Trois sacrées bonnes dames nous ont beaucoup appris de la réalité, je veux dire : ces bonnes dames d’Amérique qui ont pour nom Flannery O’Connor, Patricia Highsmith et Annie Dillard, toutes trois réalistes à mort et suivant, chacune à sa façon, les voies impénétrables de la poésie : par le frénétique et joyeux exorcisme du mal dont
Tout communique sur la planète Littérature : tout n’est certes pas égal mais on peut s’imaginer qu’un seul livre se tisse par tous, qui raconte notre histoire commune, ainsi que l’exprimait John Cowper Powys : « Un homme peut réussir dans la vie sans avoir jamais feuilleté un livre, il peut s’enrichir, il peut tyranniser ses semblables mais il ne pourra jamais voir Dieu, il ne pourra jamais vivre dans un présent, qui est le fils du passé et le père de l’avenir, sans une certaine connaissance du journal de bord que tient la race humaine depuis l’origine des temps et qui s’appelle la Littérature.
Or il me plaît, en ce matin d’été indien, de marquer un fort contraste de générations et de mentalités en reliant ce « beau rivage » de Ramuz à l’actuel bourg lacustre de Cully où se passent, précisément, les épatantes nouvelles de Tam-tam d’Eden d’Antonin Moeri, à vrai dire fort peu soucieux de s’en tenir au « peu de chose » poétique de Ramuz, pour traiter une matière en somme «mondialisée», comme le fait aussi Jean-Michel Olivier dans L’Amour nègre. De fait, c’est bien loin de ce qu’on a appelé « l’âme romande », dont Ramuz a été le supérieur parangon avec Gustave Roud, que ces auteurs évoluent désormais, ces deux-là brillant particulièrement dans l’observation « panique » de la société contemporaine telle que la pratiquent un Bret Easton Ellis, dont L’Amour nègre s’inspire assez clairement, ou un Michel Houellebecq, duquel Antonin Moeri est également proche.
La notte quando è morto Pasolini, de Roberta Torre. (Italie). 




En lisant L’Amour nègre, de Jean-Michel Olivier. Triptyque critique, I. Ce roman est-il raciste ? Attention au deuxième degré !



