UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Les yeux fertiles

     Aloïse2.jpg

    Notes de l'isba (8)

     

    Regarder. – C’est l’injonction essentielle que je retiens de nos enfances : « Regardez ! » Et si je m’intéresse aujourd’hui à l’étymologie du mot regard je constate ceci que je pressentais : qu’il ne s’agit pas simplement de voir, au sens de zyeuter, mais de garder, de prendre et de conserver, de garder au sens de veiller et de protéger, de préserver en soi et pour le transmettre ; tout à l’opposé vivant du voyeurisme qui n’est que morne consommation : contemplation active et consumation.

     

    Cingria8.JPGDe la joie. - Le vrai travail est producteur de joie. Non d’euphorie hagarde: tout le contraire. La joie est tout autre que le sot esprit positif des temps qui courent se réduisant à l’exclamation Super ! qui relance le nordisme selon Charles-Albert, c’est à savoir l’affectation de bonne humeur déterminée par un programme.

    La vraie joie ne se programme pas mais fuse du corps et de l’âme qui est un aspect subtil du corps, et c’est d’elle et de son énergie fulminante que procède précisément l’écriture de Cingria. Je la ressens dès les premières phrases de la Lettre à Henry Spiess. Immédiatement il y a là quelque chose de prompt, de vif, de savoureux, et c’est cette joie je crois qui m’a sauvé, en quelque sorte, à vingt-deux, vingt-trois ans, quand j’avais encore la tête enchifrenée de vapeurs marxiennes…

    Charles-Albert avait vingt-quatre ans lorsque, de Meskoutines, en février 1907, il écrivait ceci au très digne poète genevois: "Cet Arabe m'apporta un petit brasier et nous causâmes en nous chauffant. Il était extrêmement long et pâle, comme un Christ de mise au tombeau, avec une barbe noire bien plantée et des yeux noirs, posés sur deux virgules d'iode qui étaient ses paupières. Il portait un pantalon bleu et un burnous de mousseline. Il me fit voir l'organe, écrit en français, d'une société islamique moderne, dont il était membre et qui avait pour but de ramener au Coran pur l'islamisme obscurci par les pratiques grossières et superstitieuses des mahométans actuels"... 

     

     

    BACH. – Je ne sais plus bien qui, il me semble que c’est Enesco, disait que la musique de Bach nous rappelle que parfois l’homme est capable du ciel.

     

     

    Unknown-3.jpegAloïse fée timbrée. - Une féerie florale de roses et de mauves et de bleus tendres et de jaunes pâles et de verts pétales compose une toile de fond végétale qu’on dirait un décor peint et qui voit surgir les corps en gloire de solennelles créatures de cinéma ou d’opéra aux yeux pleins de bleu. C’est à la fois suave et terrible. Cela figure un univers de tea-rooms l’après-midi où de très douces rêveries de femme seules se combinent à des projets de meurtres ou de compulsions protectrices. Le Drame couve en coulisses, on le sait, mais sur scène on tiendra son rang décent. Une jeune fille a été trahie à l’origine. Le Prince Charmant n’a pas été à la hauteur. Un délire en découle qui passe par l’impossible ou presque: faute d’épouser civilement et religieusement le Seigneur trop lointain dans le ciel essentiel, on briguera la place de l’Impératrice à la droite de Guillaume II. Or tout cela s’illustre en beauté. La beauté prendra même l’ascenseur au moyen de fresques verticales reliant la terre basse et le ciel haut.  La beauté des couleurs va commander et il y en aura partout sur la feuille, sans une brèche permise au souffle gris de la mortifère platitude. Nulle place pour le prêt-à-porter gris ou l’aliment rapide  à goût de carton ou d’épices industrielles.

    aloise03.jpgL’art d’Aloïse, fébrilement sublimatoire, apparaît comme une réponse joyeuse et narquoise à la démentielle agression collective de la Société, au même titre, mais en moins intelligible, que l’écriture de Robert Walser - proche aussi du théâtre pictural d’Adolf Wölfli ou des visions poétiques de Louis Soutter...

     

     

    Image: Charles-Albert Cingria enfant; peintures d'Aloïse.

     

  • Ne pas voir pour le croire

    825286355_10246810974394789_8894613453399563546_n.jpg
    (Notes aléatoires d'un récent opéré des yeux)
     
    À la Maison bleue, ce vendredi 2 octobre. – Je note, les yeux ouverts, en lettres imprimées dans le journal, qu’une chapelle séculaire devient librairie, puis je sors de chez moi mais c’est trop tôt pour bien voir le trottoir, donc je vacille dans la brume de la rue et j’ai comm un vertige, mais songeant à Emily Dickinson, type même du poète à double vue, je me dis que c’est sans importance, un autre titre mineur du journal annonçait (rencoi en page 17) le drame humain du Soudan du Sud, et comme des surimpressions de mes lectures successives me restent après que j’ai posé les lunettes noires de protection qui me font la gueule d’un gangster et que je n’ai osé arborer dans la rue, et revenu chez moi et reprenant le journal je lis , en titre surmontant le portrait d’un type à lunettes genre pharmacien concerné,que « les rabais se sont greffés sur le sytème de santé comme une sangsue », je ne sais à vrai dire qu’en penser et m’en balance en irresponsable social que je suis, - J’ai dit tout à l’heure à mon amie la Professorella, durant notre téléphone de plus d'une heure, que je vote avec mes poèmes -, sur quoi je me rappelle ma dose de TrobaDex et ce que me disait ma sœur puînée à propos de la cataracte typique « maladie des vieux », bref tout se mêle dans ma cervelle à l’unisson de l’espèce de déséquilibre rétinien signifié à l’instant par la superpositop, sur les objets qui m’entourent, de fleurs de lys bleues restées imprimées sur la vision de mes lunettes noires pourtant retirées - et comment te faire croire à ce que je vois imbécile que tu es ?

  • Opération Niagara

    825266997_10246789768864664_6972796999921088372_n.jpg
     
    Ce jour d'une double opération de la cataracte...
     
    À la Maison bleue, ce 1er octobre 2026.  – Il fait moche ce matin où l’Almanach rappelle le décès mortel (en 1684) de Pierre Corneille, fameux auteur connu des écoliers pour sa stance fameuse d’ « Ô rage, ô désespoor, ô vieillesse ennemie) et je tremblote un peu dans ma guenille en attendant qu’un maître technicien (un ophtalmologue au nom de Cook et de haute compétence à ce que suggère sa dégaine de capitaine sexa sapé de blanc de pied en cap et ganté de latex) se penche sur mes deux zyeux tranquilles afin de les opérer de la cataracte... En fin de compte j’ai opté pour la confiance en dépit de mon état général défaillant et de ma pétoche de perdre tout à fait la vue au lieu de la lustrer, allons-y alonso me dis-je donc et parions pour l’avenir puisque demain notre petit Tony fêtera ses neuf ans me rappelant les miens et le supercadeau de mon aïeul paternel Emile, sosie du président américain Harry Truman, à savoir le Nouveau Petit Larousse illustré de l’époque et sa Julie semant à tous vents…
    Or je ne pouvaiss mieux faire que suivre son exemple en offrant à notre préado la dernière édition de mon compagnon d’une vie - LE livre que j’ai emporté sur mon île déserte ; et pour tout à l’heure on verra voir !
     
    images-211.jpeg