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  • Pour découvrir Anne Carson

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    Et par manière de séance de rattrapage...

    (Texte paru sans nom d'auteur sur le site Espace Go: https://espacego.com). À relever aussi: l'excellente Présentation de Claire Malroux au recueil intitulé Verre, ironie et Dieu, traduit par elle et paru chez Corti en 2026)

    Anne Carson, poétesse, essayiste, traductrice du grec ancien et professeure de renommée mondiale, échappe à toutes les étiquettes : aucun de ces mots, à lui seul, ne parvient à contenir la singularité de son art.
    Ses livres ne présentent jamais de photo d’autrice. La brève notice biographique en quatrième de couverture se limite à une phrase : « Anne Carson est née au Canada et enseigne le grec ancien pour vivre ». Elle ne mentionne ni ses nombreuses publications ni les prestigieuses récompenses qu’elle a reçues. Réservée, Carson choisit de dévoiler peu d’éléments sur sa vie privée, bien que certaines de ses œuvres s’en nourrissent directement, comme The Glass Essay (1995), inspiré par la démence de son père, ou Plainwater: Essays and Poetry Water (Margins: An Essay on Swimming by My Brother) (1995), dans lequel elle évoque la disparition de son frère Michael, ou encore The Beauty of the Husband (2001), marqué par son divorce.
    Anne Carson naît le 21 juin 1950 à Toronto et passe son enfance dans de petites villes de l’Ontario. Deuxième et dernier enfant de Margaret et Robert Carson, elle grandit auprès d’une mère au foyer, catholique pratiquante, et d’un père directeur à la Banque Toronto Dominion, dont le travail forçait la famille à déménager tous les trois ans pour diriger une nouvelle succursale.
    À l’adolescence, Carson découvre, dans un centre commercial de l’Ontario, un exemplaire de la poésie de Sappho en grec ancien accompagné de sa traduction en anglais. La lecture de ce livre agit sur elle comme une révélation.
    Au secondaire, sa professeure de latin, Alice Cowan, accepte de lui enseigner le grec ancien sur l’heure du dîner. Cette initiation éveille chez Carson une passion durable pour la littérature classique et hellénique.
    Dans les années 1970, Carson se forme aux lettres classiques à l’Université de Toronto, puis se perfectionne en grec ancien auprès du grand spécialiste Kenneth Dover à l’Université de St. Andrews en Écosse. En 1981, elle revient à Toronto pour y rédiger une thèse de doctorat consacrée à Sappho, qui deviendra par la suite Eros the Bittersweet — un essai incisif sur la nature paradoxale de l’amour romantique et le désir dans la littérature et la philosophie de la Grèce antique. Par la suite, Carson enseigne les lettres classiques dans de nombreuses institutions aux États-Unis et au Canada, dont l’Université McGill où elle est nommée en 2000 professeure titulaire de la Chaire John-MacNaughton.
    Sa formation en civilisation et histoire du monde antique, ainsi que ses connaissances des langues et des littératures classiques marquent profondément son œuvre. Anne Carson est reconnue pour son écriture innovante et sa démarche intertextuelle, qui combinent poésie, théâtre et essai tout en réinterprétant des mythes et des textes classiques. Cependant, son œuvre reste longtemps méconnue. Ce n’est que vers la fin des années 1980, que certaines revues littéraires américaines commencent à publier ses textes, amorçant sa visibilité internationale. Au Canada, le public et les éditeurs sont réticents, et ce n’est qu’en 1992 qu’une petite maison d’édition, Brick Books, publie son premier recueil, Short Talks, qui reçoit un accueil chaleureux de la part de la critique.
    Au milieu des années 1990, Carson n’a plus besoin de chercher des éditeurs : ce sont eux qui la sollicitent. Trois recueils de poèmes et d’essais paraissent coup sur coup — Plainwater: Essays and Poetry (1995) ; Glass, Irony and God (1995) ; Men in the Off Hours (2000) — ainsi qu’un roman en vers, Autobiography of Red (1998). Deux ouvrages d’apparence plus académique suivent : Economy of the Unlost et sa traduction de Sappho, If Not, Winter, tous deux en 2002.
    Nourrie par son érudition classique et sa vaste culture littéraire, la poésie de Carson est dense et allusive, évoquant à la fois les figures de la mythologie grecque (Hélène de Troie, Hector, Géryon) et des écrivains modernes tels que Virginia Woolf, Gertrude Stein ou Emily Brontë. Son style se distingue par une fusion originale de formes poétiques et de vers libres avec la prose, notamment l’essai. L’œuvre de Carson, à la fois érudite et accessible, invite à réfléchir sur la condition humaine et la place de l’individu dans le monde. Ses thèmes de prédilection sont l’amour, avec ses séductions et ses blessures, et les questions spirituelles ou divines.
    En 1995, Glass, Irony and God offre l’une des représentations littéraires les plus saisissantes d’un amour abandonné, mêlant la douleur de la rupture à la vie complexe d’Emily Brontë. Comment surmonter la perte ou le chagrin ? Quelle est la nature de l’amour ? Ces questions, bien que quotidiennes en apparence, sont explorées avec finesse et profondeur dans l’ensemble de son œuvre.
    Parmi ses titres les plus connus figurent Autobiography of Red (1998), Norma Jeane Baker of Troy (2020), qui réinterprète les mythes d’Hélène de Troie et de Marilyn Monroe, Glass, Irony, and God (1995) et Red Doc> (2013), la suite de The Autobiography of Red, qui raconte l’arrivée à l’âge adulte de Géryon et les répercussions de sa relation amoureuse avec Héraclès.
    Il y a deux ans, Autobiography of Red célébrait ses 25 ans. À sa parution, le livre reçoit des critiques enthousiastes, notamment de la part d’Alice Munro et de Michael Ondaatje, et il continue, un quart de siècle plus tard, de captiver ses lecteurs.
    « Pour moi, Anne Carson est la poète la plus passionnante qui écrive aujourd’hui en anglais. Autobiographie du rouge est une œuvre magnifique et hybride, un étrange et ambitieux pont entre les textes classiques et la poésie autobiographique contemporaine. »
    — Michael Ondaatje
    « Ce livre est extraordinaire : il y a des années que je n’ai pas découvert une écriture aussi merveilleusement troublante. »
    — Alice Monro
    Dans Autobiography of Red, Anne Carson réinvente la figure mythologique de Géryon en la transposant dans une forme à la fois poétique et romanesque. Elle s’inspire du récit traditionnel attribué au poète lyrique grec Stésichore — qui raconte comment Héraclès devait, pour son dixième travail, tuer le monstre rouge et ailé Géryon. Carson déplace ce mythe dans un univers contemporain et en modifie la portée. Chez Stésichore, Héraclès tue Géryon et lui vole ses troupeaux rouges. Chez Carson, Héraclès brise le cœur de Géryon et lui vole son innocence. Les deux personnages prennent l’allure d’adolescents : Géryon (toujours rouge et pourvu d’ailes) est un garçon sensible et protégé, tandis qu’Héraclès est un rebelle séduisant et effronté. Les deux entament une liaison qui se termine lorsque « Héraclès ne peut correspondre à l’adoration totale et déchirante de Géryon ». Des années plus tard, à Buenos Aires, Géryon s’engage dans un triangle amoureux destructeur avec Héraclès et son nouveau compagnon, Ankash. Tout ramène à la couleur rouge dans Autobiographie du rouge, des descriptions de ce qui compose Géryon à la présence importante des volcans évoqués par le voyage, en passant par la passion et la violence du désir. Pour Anne Carson, la couleur n’est pas seulement un élément visuel, mais une expérience qui façonne notre perception du monde et joue un rôle actif dans la construction de l’identité. Si les noms désignent le monde et que les verbes lui donnent vie, les adjectifs, bien que perçus comme anodins, jouent un rôle essentiel, car ils fixent chaque chose à sa place, agissant comme des « verrous » de l’existence. À sa parution, l’ouvrage suscita de vives réactions dans la presse littéraire.
    La fable de Carson ne connut pas d’emblée le succès. Le bouche-à-oreille prit de l’ampleur lorsque le livre remporta le prix QSPELL du Québec de poésie (Quebec Society for the Promotion of English-Language Literature). À partir de là, l’ouvrage fut sélectionné pour le National Book Critics Circle Award en 1998, faisant de Carson, née au Canada, l’une des deux premières autrices non américaines à figurer sur la liste restreinte du cercle. Elle y sera finaliste à deux autres reprises — en 2000 pour Men in the Off Hours et en 2010 pour Nox — avant de remporter les honneurs en 2024 avec Wrong Norma.
    En 2000, Anne Carson atteint une réputation internationale avec Men in the Off Hours, qui mélange poésie, prose et même une forme de scénario de télésérie. Dans ce recueil, elle s’intéresse à la vie quotidienne, à la vieillesse, à l’isolement, à la fragilité des hommes, à ces moments où l’on n’est pas héroïque, mais vulnérable, humain. Catherine Deneuve, Sigmund Freud, Jean-Luc Godard ou Anna Akhmatova se croisent dans ce texte, où Carson joue avec les genres avec ironie et liberté.
    Dans The Beauty of the Husband (2001), sans doute son ouvrage le plus célèbre, Carson raconte les tourments d’une épouse obsédée par son mari volage. Le livre est marqué par des passages érotiques, poignants, douloureux et empreints d’un humour noir.
    Au fil de sa carrière, Anne Carson a été honorée de nombreuses distinctions qui témoignent de son influence et de l’originalité de son œuvre. En 2016, elle reçoit le Nobel de littérature, la plus haute distinction dans ce domaine. Elle reçoit également, entre autres le prix littéraire Lannan (1996), le prix A.-M.-Klein (1996, 1998, 2001), le prix Pushcart (1997), ainsi que les bourses de la Fondation Guggenheim (1998) et de la Fondation MacArthur (2000). Elle remporte à deux reprises le prestigieux prix Griffin de poésie (2001, 2014), celui de l’Académie américaine de Berlin (2007), le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada à trois reprises (2001, 2020, 2022), et le prix Princesse des Asturies de littérature (2020), qui la consacre comme « l’une des écrivaines les plus exquises et les plus érudites de la littérature contemporaine ». Première femme à recevoir le prix T.S. Eliot en Angleterre (2002) pour The Beauty of the Husband, elle est également nommée membre de l’Ordre du Canada (2005) et reçoit le prix PEN de traduction de poésie (2010) pour sa traduction du grec à l’anglais de An Oresteia, qui comprend les pièces Agamemnon d’Eschyle, Électre de Sophocle et Oreste d’Euripide.

    L’œuvre d’Anne Carson est traduite dans de nombreuses langues.

    Depuis le début des années 2000, Anne Carson vit surtout à Ann Arbor, dans le Michigan (États-Unis), avec son mari et partenaire professionnel Robert (Bob) Currie. Régulièrement présents en Islande — où ils ont séjourné notamment en 2008 lors d’une résidence à la Vatnasafn / The Library of Water — ils ont obtenu la citoyenneté islandaise en avril 2022.

    En 2024, elle confiait dans un texte publié dans The London Review of Books qu’elle était atteinte de la maladie de Parkinson, rendant plus ardu « le plaisir à écrire dans des carnets, des étagères de carnets, jour après jour, année après année ». 

  • Revenants de la mémoire

    images-298.jpeg
    images-1.pngÀ propos de L’éléphant de Patrick Modiano et de ses résonances diachroniques dans les temps antérieurs et nos rêveries à venir…
    Plus Modiano l’on ne trouvera point, sans doute, en tout cas pour le moment. D’abord à cause du climat immédiat (le fameux climat Modiano) des rues de Paris, dans ce quartier à la fois central et écarté où vit le Narrateur (plus Modiano tu meurs), lequel eût aimé « faire médecin » en sa jeunesse et qui ne l’a pu faute de formation adéquate en mathématiques (les obstacle classiques faisant des héros de Modiano des anti-héros) et se retrouve affilié aux éditions du Sablier (visez le Symbole) où il est plus ou moins lecteur ou même directeur de collection, proche du patron peu malin qui le tanne pour qu’il écrive ses Mémoires ; et ensuite à cause des noms des personnages, très Modiano eux aussi, du Narrateur (Ludo Van Walle) aux deux femmes d’âge flottant qu’il observe d’abord de loin puis de tout près, la plus jeune (Yvonne Beulaigne) et Madame Thouvenin qui n’a pas d’âge ou dont la trentaine s’éternise au point de troubler la mémoire de Ludo, dont l’amnésie figure un autre thème récurrent de Modiano.
    L'on voit ces jours, sur Netflix, une série brève intitulée Trouble échange et qui joue aussi sur l’amnésie d’un des quatre personnages, utilisée pour en faire le coupable d’un meurtre. Modiano ne va pas jusque-là, mais les failles de la mémoire de Ludo, ou plutôt ses errements, ses tâtons et ses retours, pourraient occulter une grand passion de jeunesse autant qu’un éventuel meurtre lié à celle-ci, tout en nous ramenant à nos propres souvenirs brouillés ou embrouillés, car le flou des souvenirs de Ludo nous renvoie à nos popres oublis et retours de mémoire – et cela nous implique au-delà de la curiosité initiale du voyeur un peu voyou sur les bords et qui pourrait devenir voyant chez un Modiano plus rimbaldien – mais on ne se refait pas.
    L’on pense aussi à Simenon en lisant L’éléphant, et plus précislment au très mémorable roman « dur » intitulé La fenêtre des Rouet dont me reviennen ces mots : « Les hommes se doutent-ils que le commencement du jour est aussi mystérieux que le crépuscule, qu’il contient en suspens la même part d’éternité? On ne rit pas aux éclats, d’un rire vulgaire, dans la fraîcheur toute neuve de l’aurore, pas plus qu’au moment où vous frôle la première haleine de la nuit. On est plus grave, avec cette imperceptible angoisse de l’être devant l’univers, parce que la rue n’est pas encore la rue banale et rassurante, mais un morceau du grand tout où se meut l’astre qui met des aigrettes aux angles vifs des toits ».
    Modiano ne détaille pas le physique de Ludo, mais le titre et divers indices transitoires annoncent l’épaisseur du lascar, le poids de son corps mortel contrastant avec ce qu’il y a de fragile et d’incertain dans son récit. Or les défaillances de sa mémoire nous ramènent aux nôtres, nous nous imaginons tomber par hasard sur tel ou tel personnage de notre roman passé, nous aimerions peut-être corriger ce qui n’a pas été vécu comme il eût fallu, nous serions prêt à nous accuser et peut-être à nous excuser – comme ce personnage d'une nouvelle d’Alice Munro qui se lance dans une sorte de pèlerinage des excuses à ceux qu’il a blessés -, bref cet éléphant, plus ange pantelant que pachyderme, est lui aussi du pur Modiano , etc.
    Patrick Modiano. L’éléphant. 97p. Gallimard 2026

  • Du virtuel au plus-que-réel

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    À propos de l'IA utilisée à fins guerrières, des fondateurs orwelliens de la nouvelle gouvernance numérique et des jeunes gamers jouant les démiurges. La stimulante grille d'interprétation de Giuliano Da Empoli...
     
    (Encore un rêve)
    Le type qu’on appelait désormais le Fondateur, par référence à ses innombrables initiatives dans le domaine de la tech mondiale, m’avait convié à Davos au titre de confident particulier spécialiste de Giotto et bon connaisseur des millésimes de Vega Sicilia, et c’est là, à l’enseigne du Golden Dragon, qu’il m’avait présenté celui qu’il appelait le Conquérant, dont la première apparition me glaça sans que je ne le montre évidemment.
    Avec sa chemise hawaïenne débordaant de son short cargo froissé (remarquable sur le fond enneigé de la Talstrasse), les snowboots remplaçant ses tongs habituel et son air d’enfant guerrier trop vite et mal grandi, le prodigieux junior (dix-huit ou dix-neuf ans ) issu des marges belliqueuses de la Silicon Valley, avait déjà revendu à Facebook son combiné de réalité virtuelle supérieur à tout ce qui existait alors pour deux milliards de dollars , et venait de fonder sa société au nom d’Anduril, dont le premier produit avait été une tour de surveillance de la frontière américano-mexicaine inaugurée aux premiers jours de la deuxième présidence de Donald Trump...
    Le youngster ennemi juré du régime chinois (mais se régalant des chinoiseries culinaires du Golden Dragon) , se plaisait visiblement à me provoquer en évoquant les drones de combat à vue qu’il avait vu copilotés par des gamers de son âge en Ukraine et en Israël (j’avais encore à l’exprit les opérateurs de Tsahal en action dans le docu Naza ), se réjouissant maintenant de l’avenir du nouveau Battlefield passé du jeu vidéo à l’exercice sur le terrain, affirmant qu’un ado de sa connaissance avait conçu un simulateur de vol hyperréaliste pour les armées et accompagnant les dronistes au front (dans le Donbass) pour peaufiner le modèle, avec cette conclusion visant déjà la prochaine étape sus à la Chine populaire : on aura des essaims de drones fonctionnant à l’intelligence artificielle collective, et s'autoprogrammant sans intervention humaine, un peu comme un banc de poissons...
    L’image me fit me réveiller (je pensais aux poissons des tapisseries chinoises incitant à la rêverie pacifique), je me rappelai alors ma lecture de la veille au soir, et la réflexion de l’Auteur sur son personnage, lui-même lié au Fondateur et au personnage réel non moins fascinant qu’était et qu’est encore le milliardaire Peter Thiel aux innombrables fondations et initiatives d’utopiste réactionnaire...
    À proos du jeune gamer, Giuliano Da Empoli ajoutait encore : « Le dernier stade, ce n’était pas de créer un jouet qui simule la guerre, mais bien un jeu qui deviendrait la guerre ». Et là je me rappelai le frémissement de plaisir évoqué par l’opérateur de Tsahal indiquant à distance des cibles à attaquer par le truchement de l’IA...
    Nous en étions donc là. Pendant que nos petits marquis littéraires s’inquiétaient de voir leur aura ternie par des soupçons de recours à l’IA, possiblement productrice de textes mieux fichus que les leurs, une autre bascule mondiale se préparait que décrivait ce Rital à moitié suisse dont la connaissance du « terrain » et la lucidité géopolitique faisaient merveille, etc.
    Donc dans l’immédiat : attention aux gamers guerriers, milliardaires narcissiques et autres ados patriotes passé du jeu vidéo au fantasme réalisé entre Kiev et Gaza, obsédés par les ogres russe et chinois, attention à vos pieds - attention les jeunes ça pue le vieux démon...