UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Comme une maison retrouvée

    505090044_10239033813090617_6825757245250406842_n.jpg
    (Chanson de La Désirade)
     
    On reviendrait à la maison:
    on n’a pas oublié,
    on a traversé les saisons,
    ce qu’on dira : voir du pays,
    et ce qu’on n’a pas dit,
    ce qui offense la mémoire,
    ce qu’on n’a pas voulu
    ou qu’on ne veut pas reconnaître -
    mais ce n’était pas moi !
    en accusant le traitre
    qu’il y avait peut-être là,
    tout au tréfonds de soi -
    on n’en sait rien, ou mieux :
    on préfère ne pas savoir -
    on ne pense à l’instant
    qu’à la maison au coin des bois…
     
    Il y a partout des champs de ruines,
    du ciel on voit la terre,
    et ce qui exulte et fulmine,¨
    ceux qu’on bénit, qu’on assassine,
    celle qui vous accueille
    et ceux dont on recueillera
    les derniers mots au soir,
    après des jours de désespoir;
    et dans les ruines les errants
    ne pensent qu’à revoir
    cette maison au coin des bois
    qui existe ou peut-être pas…
     
    Un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit,
    fait un octosyllabe,
    suivi d’un-deux-trois-quatre-cinq-six ,
    au jeu des contrerimes,
    et c’est parti pour la chanson
    en rimes et raisons
    possiblement déraisonnables
    qui diront à façons
    ce que raconte la maison…

  • Là-bas en enfance

    501755618_10238860177829844_1218930389106416773_n.jpg
     
    Faudrait mieux regarder tout ça:
    la prairie de nos jours,
    la rivière courant toujours
    à travers les grands bois,
    la route d’en haut remontant
    jusqu’aux pays du nord,
    et la descente vers les ports
    relançant là-bas les essors -
    où les galions reposent
    par les grands fonds aux songes d’or…
     
    Dans le quartier de nos enfances
    à la fin des étés
    de nos vacances à ne rien faire
    qu’habiter l’Univers,
    un vagabond passait parfois,
    qui donnait de la voix
    chantant les beautés de la terre
    puis s’en allait aux bois…
     
    La source est là-haut dans le ciel
    dans lequel nous cherchions
    des îles où porter nos marelles;
    la source nous venait aux mots:
    les bois les reprenaient
    en intimes échos -
    les mots parlaient quand nous parlions
    là-bas les yeux fermés …
     
    Dessin: Giovanni Bellini.

  • La croisière s'amuse

    Unknown-19.jpeg
    Le fil invisible (86)
     
    Prenant des nouvelles de ta sœur puînée qui se royaume avec son jules de par les îles bienheureuses, tu es bien aise, et comme rassuré , d’en apprendre que le binôme a été déçu par le pseudo paradis-sur-volcan sous contrôle pris d’assaut par la meute, la mince rampe de montée obstruée par les baudets candides et les ânes bipèdes, des bedaines et des tenues allégées laissant pendouiller de flasques chairs, bref ce qu’on appelle le tourisme de masse, donc on n’a fait que passer pour aller voir s’i y a encore du bleu non conditionné dans les îlot voisins, toi tu te rappelles la phrase de ce vieux faune d’Henry Miller écrivant qu’en Grèce on a envie de se baigner dans le bleu du ciel, et tu te rappelles les Cyclades au débit des années 60, à l’époque des colonels – donc on se demandait s’il était politiquement cohérent de jouir du soleil pendant qu’on torturait dans les prisons fascistes, comme d’autres se faisaient un scrupule de se baigner dans l’eau de la Costa Brava sous Franco, et ta soeur puînée, également décue par la visite très formatée et limitée de l’Acropole (deux heures chrono pas une pinute de plus) , te raconte cependant leur bonheur trouvé ailleurs, en deux ‘îles moins soumises au quadrillage des tours operators et, sur le bateau, a rencontre de Belges aussi simpas que le couple de gays rencontré par ta soeur aînée lors d'une autre croisière dans les mêmes eaux grecques – comme quoi il y aencore des îles fréquentables dans la Grèce européenne, des Belges et des gays rayonnants de belle humeur, et là tu te rappelles enfin votre premier séjour à l'île d’Ios à la fin des sixtoes, votre couple à trois qui ne donnait pas encore dans le multisexe et la vieille Maria qui se posait tout de même des questions – la vieille Maria qui partait toutes les aubes avec son âne jusqu’à son jardin à un kilomètre de là d’où elle vous ramenait ses figues de barbarie et ses oranges cueillies sur l’arbre, la vieille Maria ignorant tout du débarquement des premiers hippies se baignant à poil (comme vous d’ailleurs) dans les criques et fumant des cônes, la vieille María veuve de pêcheur toujours tout de noir vêtue et qui aurait pu avoir 600 ans comme les figures de la Bible ou 2000 ans comme celles de la Grèce Antique, etc.

  • Comme aux ciels étoilés

    =?UTF-8?B?OTgtMDEzNTQ0LmpwZw==?= .jpeg
     
     
    On les aura laissé tout seuls
    faute de temps pour ça,
    pour le uns retirés dans les bois,
    es autres aux abris
    de fortune des oubliés;
    ils se seront éteints discrets,
    modestes et secrets,
    frémissants en leurs humbles voiles
    dans le doux charroi des étoiles …
    À quoi avait pense son père,
    seul avec son cancer,
    du peu de nouvelles des siens;
    pensait-il à son propre père
    en son dernier asile ?
    et qui viendra me voir ce soir,
    demande-t-il à son miroir
    évitant son regard…
     
    Les nébuleuses remuant
    au ciel indifférent
    n’ont que faire de vos sentiments
    d’enfants de tous les âges
    passant de merveille en carnage ,
    et pourtant soyeuses au regard,
    comme liées entre elles,
    elles vous font lever les yeux
    scintilants autant qu'elles...
     
    Peinture: Vincent Van Gogh, La nuit étoilée.

  • Comme on dit qu'on dit...

    images-2.jpeg
     
    (Allegretto sul serio)
     
    On dit qu’y faut dire ce qui est:
    on-dit: faut ce qu’y faut,
    on dit le faux tant que le vrai
    et qui dit le faux
    ne sait pas toujours qu’il y a du vrai ,
    disons: parfois du vrai
    dans ce qu’on dit le faux,
    et l’on conclut qu’y faut pas dire
    que le faux est le seul défaut,
    mais ce qu’on dit est une chose
    et le reste on le tait:
    c’est la poésie de la prose…
    Il y a ce que l’on dira,
    et comment on le dit:
    un tel t’assènera son dit,
    tel autre sourira en te disant
    que ce que tu en dis
    ne regarde que toi ,
    et toi tu te dis: :ah qu’ils disent !
    et ça fait une église
    ou le faux et le vrai cousus
    partagent la chemise…
     
    Tout serait question de mesure,
    dit le tailleur au théosophe,
    et ton aura dans le cosmos,
    autant que ton karma se disputent,
    mais le philosophe dira: se discutent,
    on peut en dire ce qu’on voudra ,
    on peut dire: laisser dire,
    et le cobra laissera dire,
    se rappelant que du serpent
    on a dit tout faux pour de vrai -
    enfin juste pour dire…

  • Ouverture nocturne

    492864086_10238951600755360_8546812721362003800_n.jpg

     

    Le fil invisible (87)

     

     
     
    Les suaves soirs de l’été lacustre approchant sur les pattes de colombe des nuits de juin, nous parlons, avec la Professorella, de Rimbaud avec lequel je passe beaucoup de temps ces temps, plongé que je suis dans la lecture et l’annotation de la saga biographique de Claude Jeancolas, snobée par d’aucuns pour manque de chic académique mais dont j’apprécie la vision passionnée et sans la jobardise du pseudo-spécialiste genre poéticien attitré (il y en a et des pires), son empathie traversante et sa façon de restituer l’entier privé (et secret, qui le reste) d’Arthur traînant la malle terrible du paternel à l’ombre de la Mother, dans l’entier de l’époque (les coulisses du collège, les triomphes un peu tristes du premier de classe, les trois fugues et la Commune, avant tout le reste), et voici que l’Amica me parle de son prof de fac lui aussi passionné de Rimbaud et qui se démenait pour faire un sort à la légende selon laquelle le cher homme se serait livré au trafic d’esclaves – fable matériellement impossible au dire du prof en question pour une question toute pratique de locomotion à dos de chameaux non pourvus d’ailes appropriées -, et j’enchaîne sur la rumeur de viol, par des communards, véhiculée par la biographe Enid Starkie, fondée sur rien d’autre que de vagues supputations sans preuves (rien à voir avec les constats médico-policiers d’après le coup de revolver de Verlaine) pour en revenir à ce qu’il y a de si émouvant et souvent bouleversant dans tous les épisodes de cette quête éperdue de liberté qui n’est ni d’un anar ni d’une icône gay (suprême idiotie actuelle) ni d’un saint ni d’un martyr ni d’un génie tournant au raté ni de tout ce qu’on a dit de lui à foison et qu’il a dit à sa façon et souvent sans le dire… Sur quoi je me demande ce que donneraient les Illuminations, Le dormeur du val,Sensation ou Génie en allemand, vu que, succédant au phone de la Professorella, voilà que mon ami Lambert m’appelle du Luxembourg et me parle de la traduction des Essais de Montaigne en allemand, pas loin d’être meilleure selon lui que l’original (!) autant que la traduction de la Recherche en polonais, par Boy Jelenski, a été dite supérieure au babil du petit Marcel (!!), mais ce n’est ni de Rimbaud ni de Montaigne que nous parlons ce soir mais de Dieu, une fois de plus, de ce bon dieu de Dieu dont Lambert a imaginé le journal intime de l’avatar paternel avant d’en venir au Fils Iéshoua qui serait de la même essence divine que l'initial Elohïm (IHVH, Adonaï), puis Lambert me dit que le balcon au bord du ciel de La Désirade (où il a séjourné et dormi dans son pyjama noir) est à ses yeux de ces lieux favorables à la perception de l’universalité singulière de l’Univers général, je lui dis que le Poke Bowl volaille d’été vient de m'être servi par Elisa la Capverdienne avec trois décis de Pinot noir bien rouge, et comme c’est le soir de l’Ascension nous nous souhaitons mutuellement l’Élevation des quatre jeudis, etc.
     
    Image JLK: ma cantine du soir, à Villeneuve sur le Haut-Lac (Suisse du sud-ouest)
  • Comme dirait le ciel

    images-1.jpeg
     
     
    Nous sommes-nous assez parlé ?
    te demanderas-tu,
    songeant aux derniers jours vécus
    de qui tu as aimé,
    aussi te tourmenteras-tu,
    sans le dire à personne,
    mais la nature bonne,
    aux fées à jamais généreuses,
    vous retrouve et résonne
    de voix familières et radieuses…
     
    Ce que tu n’as pas dit,
    elle le savait bien,
    les mots, tu le sais bien aussi,
    ne disent parfois rien
    de ce qu’ont avoué les yeux,
    ou rien qu’un ton de voix,
    ou le tremblement d’une main
    s’efforçant de parler…
     
    Ce qu’on dira de vos amours,
    des passions cruelles
    et autres trahisons mortelles,
    ou de l’autre merveille
    que ce fut d’aimer sans détour,
    ne sera jamais que l’ombre
    de ce que me dit en secret
    le ciel du pur aguet…
     
    Peinture: Magritte

  • Comme un recours angélique

     
    432227654_10233640259015136_5630010414861717165_n.jpg
     
    (En mémoire de Paul Léautaud
    dont les derniers mots furent :
    « foutez-moi la paix !)
     
    Des mains de vieux lui sont venues :
    des mains qui lâchent prise,
    des mains qui ne concevront plus
    de fresques ni de frises,
    des mains qu’on dirait inutiles
    aux chantiers importants,
    des mains qu’on jugerait futiles,
    en tout cas infertiles -
    des mains égarées dans le vide
    sans autre lendemain –
    des mains qui pourtant se rebiffent
    à recoiffer les friches…
     
    À croire qu’il n’y a plus à faire,
    qu’à parler aux enfants,
    insupportables garnements,
    lui rappelant pourtant
    ces années joliment rebelles
    qui rendent la vie plus belle ;
    plus rien que les yeux de l’aïeul
    plus rien que cet esprit
    constellant ses lazzis :
    le vioque assurément se moque
    du peu de fantaisie
    des nouveaux règlements prescrits…
     
    Chats et chiens seront les témoins
    qu’il y avait un saint
    caché au cœur de l’emmerdeur
    jurant qu’il ne serait jamais pris
    à l’illusion de paradis ;
    et voici qu’un chœur tout là-haut
    retentit dans le ciel
    peint en bleu du vieux théâtre
    et voilà que la Poésie
    contre toute pensée saumâtre
    fait croire à l’infini…

  • Je me souviens...

    8dbbe033321bb6229d3e0701138450d1.jpg

    Notes du fils, dans le train du retour de la Casa Hermann Hesse de Montagnola, au Tessin, la nuit du 15 août 2002, après qu’il eut appris que sa mère venait d’être frappée d’une hémorragie cérébrale qui la laisserait sans conscience jusqu’à sa mort, dix jours plus tard…

    Je me souviens d’elle dans la cuisine de la maison natale, auprès de l’ancien petit poêle à bois, tandis que je regardais les photos du Livre des desserts du Dr Oetker.

    Je me souviens d’elle en bottes de caoutchouc, maniant une batte de bois, dans la buée de la chambre à lessive.

    Je me souviens de ses photos de jeune fille en tresses.

    Je me souviens d’avoir été méchant avec elle, une fois, vers ma quinzième année.

    Je me souviens de sa façon de nous appeler à table.

    Je me souviens de son assez insupportable entrain du matin, quand elle ouvrait les volets en les faisant claquer.

    Je me souviens de sa façon de dire pendant la guerre...

    Je me souviens quand elle nous lisait Papelucho, la série des Amadou ou Londubec et Poutillon.

    Je me souviens de l’avoir surprise toute nue, une fois, en entrant par inadvertance dans la chambre à coucher des parents: je me souviens de sa forêt...


    Je me souviens de nos dimanches matin dans leur lit.

    Je me souviens de sa façon de nous seriner l’importance de l’économie.

    Je me souviens du grand baquet de bois, pour les grands, et du petit baquet de fer, pour les petits.

    Je me souviens de la lampe de chevet que lui avait offert, sur ses patientes économies (une pièce de cent sous après l’autre), un ouvrier de la fabrique d’ascenseurs où elle était comptable, qui l’avait à la bonne.

    Je me souviens de son explication confuse, rapport aux pattes qu’elle suspendait à la lessive: que c'était pour les dames...

    Je me souviens de sa discrétion (timidité) et de son indiscrétion (naïveté).

    Je me souviens de sa lettre indignée à Kaspar Villiger, ministre des finances, à propos du sort réservée aux vieilles personnes dans ce pays de nantis.

    Je me souviens de ses bas opaques.

    Je me souviens de ses larmes.

    Je me souviens du cahier jaune qu’elle a rédigé à mon intention après la mort de notre père.

    Je me souviens de sa façon de me recommander de ne pas trop travailler.

    Je me souviens de sa façon de faire les comptes.

    Je me souviens de sa façon de préparer les salaires de nos filles.

    Je me souviens de ses derniers trous de mémoire.

    Je me souviens de sa collection de chèques de voyage.

    Je me souviens de sa querelle, à propos de la facture de l’entretien d’une pierre tombale de sa belle-mère que sa belle-soeur ne voulait pas l’aider à régler.

    Je me souviens des petits repas de nos dernières années, au Populaire, où elle me recommandait toujours de ne pas «faire de folies».

    Je me souviens de leur façon de préparer Noël dans la maison, notre père et elle.

    La mère, de Lucian Freud.