
(En mémoire de Paul Léautaud
dont les derniers mots furent :
« foutez-moi la paix !)
Des mains de vieux lui sont venues :
des mains qui lâchent prise,
des mains qui ne concevront plus
de fresques ni de frises,
des mains qu’on dirait inutiles
aux chantiers importants,
des mains qu’on jugerait futiles,
en tout cas infertiles -
des mains égarées dans le vide
sans autre lendemain –
des mains qui pourtant se rebiffent
à recoiffer les friches…
À croire qu’il n’y a plus à faire,
qu’à parler aux enfants,
insupportables garnements,
lui rappelant pourtant
ces années joliment rebelles
qui rendent la vie plus belle ;
plus rien que les yeux de l’aïeul
plus rien que cet esprit
constellant ses lazzis :
le vioque assurément se moque
du peu de fantaisie
des nouveaux règlements prescrits…
Chats et chiens seront les témoins
qu’il y avait un saint
caché au cœur de l’emmerdeur
jurant qu’il ne serait jamais pris
à l’illusion de paradis ;
et voici qu’un chœur tout là-haut
retentit dans le ciel
peint en bleu du vieux théâtre
et voilà que la Poésie
contre toute pensée saumâtre
fait croire à l’infini…