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29/04/2017

Kids latinos

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Wassup rockers de Larry Clark. Quand Houellebecq se trompait de cible...


La suite de constats que Larry Clark a établis, de Kids à Billy et de Ken Park à Wassup rockers, sur les youngsters américains et leurs tribulations dans les zones plus ou moins sinistrées de la société contemporaine, se constitue en fresque acide, à la fois affectueuse et polémique, amère et lyrique. D’aucuns, à commencer par Michel Houellebecq dans La possibilité d’une île, ont taxé le réalisateur rebelle de complaisance dans sa façon de filmer les ados, comme si l’attention qu’il portait à tous les aspects de leur vie en faisait un pervers, ou comme s’il était a priori du parti des «jeunes» contre les «vieux». Or s’il est vrai que Larry Clark n’est pas neutre, et non moins évident qu’il aime les gamins qu’il observe, il me semble que c’est un bien mauvais procès qu’on lui intente. A ceux qui lui reprochent d’accuser le trait, notamment dans Ken Park, on peut répondre que la société qu’il observe n’accuse pas moins le trait, si l’on peut dire, et qui connaît un peu les States (où nous vivons d’ailleurs de plus en plus nous-mêmes) ne peut que retrouver, dans ses films, le mélange de cauchemar climatisé et de griserie suave, de facilité toute lisse et de violence brute, d’ennui hagard et de conformisme lancinant qui font que beaucoup pètent les plombs, comme on dit.
Les kids latinos de Wassup rockers sont tous de braves garçons, qui n’aiment rien tant que se griser de vitesse sur leurs rollerskates lancés le long des rampes bien larges ou bien pentues des collines de Beverley Hills. Ce n’est pas à vai dire leur quartier, même qu’ils en ont été chassés à plusieurs reprises, ces ratons échappés du ghetto de South Central où l’un des leurs vient de se faire flinguer en plein jour on ne sait pourquoi, probablement pour une affaire de drogue, ils se signent en bons cathos quand ils se recueillent en passant sur sa tombe, ils fréquentent le collège où les relations avec les blacks sont aussi «limites» qu’avec les blancs nantis, enfin ils se défoulent en jouant un rock fait de vociférations de chiens fous.

L’entrée en matière est un peu flottante, comme leurs cheveux et leurs jeans, mais la tension monte après que les compères, allumés par un flic suintant de mépris (comme tout le monde semble l’être dans les beaux quartiers à l’endroit des Latinos, sauf celles et ceux qui ont envie de s’en «faire» un) se mettent à fuir dans le dédale inextricable des propriétés friquées, tombant d’une party surfine à une autre et se mêlant plus ou moins aux noceurs avant de poursuivre leur folle cavalcade. Celle-ci ne va pas sans dommages collatéraux, une grande folle tordue et une beauté cuitée resteront sur le carreau avant qu’un des kids ne se fasse tirer comme un lapin par un vieux crocodile à la Charlton Heston, mais ces morts ne pèsent pas beaucoup plus lourd que les victimes quotidiennes des gangs, à South Central, où la vie dangereuse continuera demain pour les rescapés.
Dans la foulée, comme un symbole physique d’une situation générale à laquelle se confrontent aujourd’hui les States, on retiendra la scène tendre et si parlante du dialogue entre deux mondes que vivent tel loulou à longs crins, déjà torse nu, et la jolie fille de milliardaire qui l’a attiré dans sa chambre-bonbonnière toute rose, lui bien pataud avec ses mots de pauvre et elle genre Barbie Hilton cherchant à comprendre comment on vit «là-bas» dans le ghetto - tout cela baigné de sourires doux et de gestes câlins, en éclaircie apparente où le malentendu est cependant perceptible dans sa pleine réalité, à fleur de peau.
Cela encore: que les kids latinos de Wassup rockers jouent tous leur propre rôle, comme les blousons noirs des Cœurs verts, ce film typique du cinéma-vérité français des années 60, dont Larry Clark relance la pratique à sa façon, dans une forme à vrai dire plus élaborée, plus dramatique, politiquement plus chargée de sens et traversé par un souffle lyrique qui en compense la désespérance.

Ceux qui n'ont pas de GPS

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Celui qui se guide aux étoiles dans la nuit malaise / Celle qui branche son Mac sur EXIT / Ceux qui prennent la fausse bretelle donnant sur la ceinture désaffectée / Celui qui prétend que le FN est aussi frileux que le PS dans la gestion du PNB / Celle qui confond les acronymes de la pub et de la politique dont les frontières se diluent dans le smog / Ceux qui pratiquent la stratégie du chaos en prêchant le faux sans le dire /

18194080_10212869481318675_2058356239537465160_n.jpgCelui qui se rend au planétarium pour voir plus clair dans le jeu des naines géantes / Celle qui trouve son compte dans le PIB non sans critiquer le FMI dont son gendre prétend qu'il reste le GPS des WASP / Ceux qui vont dans le mur en pleine méconnaissance de cause perdue / Celui qui tourne en rond en butant sur les angles droits des rues qui croisent le métro aérien aux voies encombrées de sans-abris / Celle qui explique au SDF que le FN allié à l'ancien agent du KGB vont l'aider à sortir à la fois de l'UE et de l'OTAN / Ceux qui ont assimilé les lois de la robotique et se fient à leur instinct pour les affaires courantes / Celui qui affirme que Macron est un cryptopédé dont la femme est à la fois la mère de substitution et le surmoi payé par Israël / Celle qui estime que les Etats-Unis doivent sortir de l'Europe / Ceux qui se font une mousse-partie au Redbull pour affirmer leur différence de Blancs qui en ont /

18118944_10212866205036770_907797263070941397_n.jpgCelui qui compare Emmanuel Macron à John Fitzgerald Kennedy en plus Français et moins à gauche que la droite du parti démocrate de l'époque / Celle qui rappelle a son gendre que Mélenchon a traité Alexandre Soljenitsyne de fasciste prouvant en cela sa capacité de discernement corroborée par le constat que Macron roule en sous-main pour la banque Rothschild avec le soutien de Pierre Bergé l'allié objectif de l'internationale homophile travaillant à la ruine de la famille de souche celte et laïque / Ceux qui affirment clairement leur abstention pour qu'on sache que de toute façon ils auront le droit de critiquer ceux qui ont fait le mauvais choix sans savoir lequel, etc.

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Pertes et profits

 
 
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Ce n'était qu'un vil tas,
une espèce de déchet,
aux lèvres tuméfiées;
cela bougeait encore
quand nous avons passé -
juste le temps de le sentir puer
et de nous demander:
quel prénom nom de Dieu
cela peut -il avoir ?
Cela va-t-il manger ce soir
quand la nuit vomira
ses crachats étoilés ?
 
C'était ici l'entrée de la Cité des Anges
aux ailes arrachées:
profits et pertes à Malibu !
C'est cela: profitez!
 
Ne perdez rien surtout du spectacle annoncé,
vous autres imagiers des infectes gadoues;
vos clichés feront un tabac
sur les marchés branchés.
C'est cela: mitraillez !
 
Ou pour n'y plus penser, regardez donc ailleurs.
Vous n'y êtes pour rien: le Seigneur a dû le vouloir...
Vous ne savez pas bien, vous hésitez - on s'y perd à la fin...
Mais laissez-vous aller: allez donc: profitez !
 
Beverly Hills, à l’aube de ce 29 avril 2017.

18:57 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

Passagère

Freud12.jpgElle porte son duffle-coat bleu ciel comme un nain jaune.

Lorsque je me pointe dans le compartiment d’à coté, elle se déplace et vient s’asseoir en face de moi. Je n’ai pas envie de faire attention à elle, mais elle m’y oblige : elle n’a personne ni nulle part où aller.

Elle est adorable sans être jolie ni belle. En principe, elle allait à Vienne dans l'Isère, mais à la gare où je descends elle descend aussi. Je remarque qu’elle n’a aucun bagage. Ensuite elle me suit partout, jusque chez moi où je lui dis que je n’ai qu’un lit, mais ça lui va.

Alors vient la partie intéressante de la joint venture onirique , découlant des occurrences précises de la métempsycose.

Ainsi, lorsqu’elle aborde la question de nos avatars connus, lui dis-je qu’avant d’avoir été plongeur nu à Delos je fus un dauphin remontant les rivières du Dauphiné.

Pour sa part, elle se rappelle avoir été luciole dans un champ nocturne de Toscane, du côté d’Asciano, après avoir été djinn dans l’Atlas, pour l’enchantement des uns et le tourment des autres – d’où sa gravité d’adolescente ostensiblement mature.

Nous dormons sans nous dévêtir, sans nous caresser, sans rêver peut-être mais dans les bras l’un de l’autre.

Le matin je lui dis que j’ai du boulot à mon atelier de doreur à la feuille.

Le soir, quand je reviens, l’oiseau s’est envolé.

Dessin : Lucian Freud.

La maison dans l'arbre

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Nouvelles de l’étranger

  

Les poèmes nous viennent

comme des visiteurs,

aussitôt reconnus ;

et notre porte ne saurait se fermer

à ces messagers de nos propres lointains.

 

                                                       (En forêt, 1986)

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28/04/2017

L'avenir est notre affaire

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Chemin faisant (156)
 
 
De simples vérités. - Nous ne saurons pas encore dimanche, 1er mai de manifs anti-Trump prévues à Los Angeles, pour quelle figure de leur avenir les Français auront voté une semaine plus tard, confrontés à l'alternative de la démagogie raciste recyclant les vieux démons vindicatifs, et d'un vrai pari pour l'avenir dépassant le clivage idéologique de la gauche et de la droite. Mais dire qu’il y en a qui hésitent !
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Il y a quarante ans de ça, le grand écrivain Denis de Rougemont , penseur d'une Europe des cultures qui excluait la réussite d'une union fondée sur le profit et le nationalisme, publia un livre intitulé L'Avenir est notre affaire, dont les positions radicales en matière d'écologie firent ricaner à gauche comme à droite.
 
 
 
L1012746-hills.jpgOr, parcourant la sublime côte des Etats-Unis avec la femme de ma vie, incarnation même de l'équilibre et de la lucidité généreuse jamais piégée par aucune idéologie politique ou religieuse, dont le grand-père maternel hollandais fut un socialiste convaincu et l'aïeul paternel un officier Suisse pro- nazi, je ne cessais d'égrener, comme l'écho d'une vérité simple, les mots d'un poème d'un des beatniks dont je me sentais si proche dans ma vingtaine, tandis que Neil Young chantait de sa voix haut perchée dans notre Chevy de location - et ces mots signes Lawrence Ferlinghetti disaient à peu près : "Le monde est un magnifique endroit où naître / si l'on admet qu'il n'est pas fait que de plaisir ", etc.
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Une autre internationale . - Il est cinq heures du matin à Santa Barbara, je pianote ces observations sur mon I-Phone avant de les balancer sur mon laptop MacPro via cloud, je pense à l'enfant qui agrandira notre famille en octobre prochain et le courage de nos deux filles contribue à retenir nos vieilles peaux du côté de la vie et de ses lendemains, autant qu'une précieuse anthologie poétique publiées à l'occasion des 69 ans de l'édition-librairie City Lights Brooks réunissant des poèmes d'auteurs non alignés de tous les pays, d'Allen Ginsberg à Rafael Alberti en passant par Jacques Prévert et Paul Celan, Pier Paolo Pasolini et Hans Magnus Enzensberger, Dino Campana où William Carlos Williams, entre tant d'autres.
Ce recueil de plus de 300 pages m'aura accompagné sur plus de 1000 kilomètres de San Francisco à San Diego ou nous serons de retour la semaine prochaine, et je fais mienne la pensée introductive de Ferlinghetti situant la poésie hors des replis provinciaux ou académiques et réaffirmant que "tant qu'il y aura de la poésie il y aura de l'inconnu, et tant qu'il y aura de l'inconnu il y aura de la poésie".
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Dans le cerveau du monstre. - Débarquant hier dans le paradis pas tout à fait artificiel de Santa Barbara, je repensai au roman de mon ami Jean-Michel Olivier intitulé L'amour nègre, qui brasse avec l'ironie critique de rigueur la matière la plus contemporaine omniprésente en Californie, comme le font également de nouveaux auteurs tels Quentin Mouron (qui m'était lui aussi bien présent lors de notre folklorique escale à Los Alamos) ou Antoine Jaquier dont le nouveau roman, Légère et court vêtue, rappelle lui aussi l’observation frontale de la réalité propre aux écrivains ou aux cinéastes américains, en s'attachant à un couple d'enfer à la Sailor et Lula, entre Lausanne et Paris.
Enfin je me rappelle ce matin l'ordre donné par Che Guevara - que je n'ai jamais considéré comme un modèle pour ma part - à un Jean Ziegler de se camper "dans le cerveau du monstre" pour mieux l'affronter. Telle est aussi bien la situation d'un Noam Chomsky dans l'Amérique de Donald Trump, et tel notre refus de tout consentement.
 
Cathédrales de demain. - Si l'avenir est notre affaire, puisse ladite affaire ne pas se réduire au plan mondialisé des affairistes à la Trump & Co, mais nous sommes confiants n'est-ce pas; même sans nous leurrer sur l'éternelle rapacité du cretinus terrestris, l'humanité de bonne volonté survit vaille que vaille et tiens, voilà qu'un autre Ricain, poète juif new yorkais de premier rang, nous chante quelques mots à se graver au cœur:
 
Cathedral
 
And oh the difficult languages !
and oh the easy languages!
Then you left.
 
When you were a boat
and I was à boat
we hid so much and so well we were finally
 
unable to find ourselves at all
 
Yes we left the keys
your fingers were our cathedral
because everything you did was sacred to me.
 
David Shapiro, In Memory of an Angel. City Lights Brooks, 2017

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Ceux qui s'étonnent encore

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Celui qui trie les épinards dans l'équipe des Mexicains / Celle qui affirme que Trump est un mec si con qu'il pourrait bien consacrer plusieurs milliards à l'érection d'un mur pour prouver qu'il en a / Ceux qui rejouent Des souris et des hommes dans les champs de Salinas / Celui qui a perdu son meilleur ami le jour du dernier tsunami dans un accident de scooter à Oslo mais il se rappelle la date en pensant aussi aux Japonais / Celle qui lit du Kierkegaard dans la gare routière d'où le bus du Greyhound va l'emmener à Los Alamos / Ceux qui se font payer pour poser à côté des vieilles milliardaires esseulées / Celui qui envie l'insouciance des otaries de Moor Bay visiblement indifférentes aux coupes budgétaires annoncées par le nouveau Président dont le mufle rose lui évoque les porcs de La ferme des animaux de George Orwell hélas peu lu en Arizona / Celle qui estime que seul Donald à les couilles pour affronter la Corée pleine de communistes islamiques votant démocrate / Ceux qui versent une somme sur le compte du télévangeliste annonçant le retour de Jésus après la pub / Celui qui déguste son thon rouge tout en comprenant ceux qui en interdisent la pêche - ma foi la nature humaine est contradictoire / Celle qui se demande comment retrouver la grâce de l'otarie sans se priver d'un nouvel 18157403_10212866253477981_5458953093726684087_n.jpgice-cream / 18194161_10212866204716762_3791439346515525995_n-1.jpgCeux qui saluent le Bully en passant et constatent que tous les bullies ne sont pas des cowards / Celui qui remonte le fleuve en saumon à turbo / Celle qui lit le Coran version light pour les libertariens open-minded / Ceux qui n'iront pas visiter le Neverland de Michael Jackson vu qu'il affiche Nevermore / Celui qui accuse le quotidien US To-Day de propagande antii-biblique au motif qu'il prétend que des humanoïdes auraient foulé le sol américain 100.000 ans avant la naissance d'Adam le premier Républicain / Celle qui constate la réapparition du brontosaure en voyant les mâles dominants gesticuler à la télé / Ceux qui se rappellent le mémorable concert de l'OSR à Santa Barbara, en 1987, au cours duquel une hirondelle avait pénétré par une fenêtre de l'Arlington Theater pour voleter en mesure au-dessus du chef Armin Jordan surnommé l'oiseau mazouté par ses musiciens, etc.
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27/04/2017

Ceux qui en redemandent

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Celui qui reste philosophe dans le foutoir / Celle que son âge porte à l'indulgence plénière / Ceux qui exigent plus de justice sans désemparer / Celui qui se régale à la seule idée de ne pas s'empiffrer / Celle qui enquête sur l'origine ethnique des vigiles commis à la garde armée de son bunker privatif / Ceux qui réclament plus de flexibilité démocratique dans le commerce des armes / Celui qui exagère volontiers pour ce qu'il dit la Bonne Cause / Celle qui ne se doute pas de cela que le repentir du serial killer est suspendu à la condition d'un baiser volé et plus si affinités / Ceux qui aspirent à plus de transparence de la part de leurs vitres installées aux normes des big data / Celui qui milite pour l'introduction d'un code de politesse dans l'élaboration des lettres de licenciement abusif / Celle qui ouvre la fenêtre donnant sur elle-même et s'en trouve apaisée / Ceux qui préfèrent les chromos des petits gens aux vases Song de Madame Ming / Celui qui chine dans la brocante japonaise / Celle qui se dit franchement déçue par les pauvres auxquels elle a tant donné / Ceux qui acclimatent leur différence dans la jardin ou s'ébrouent le mandrill lotophage et la tourterelle frondeuse / Celui qui plante sa plume dans le pot de terre en espérant la voir fleurir comme dans un pré vert / Celle qui fait florès au niveau cookies / Ceux qui classent leurs pensées en fonction de leur applicabilité à leur plan de carrière / Celui qui kiffe le côté crissant du nom de Kraus / Celle qui a connu un Karl Kraus au club viennois des Homonymes abstinents / Ceux qui hantent les salons déserts du vaisseau fantôme en fredonnant de vieux airs de Johnny Cash et autres chamanes du Sentiment / Celui qui se refait toute la collection de vinyle du King / Ceux qui se reposent le mieux à l'entracte de la séance de relaxation / Celui qui ne pensait pas que ce canon serait un tel boulet / Celle qui déclare à son amie Claudia que ce qui compte est la beauté intérieure à quoi Monsieur Schiffer lui répond qu'ils sont en train d'installer un nouveau loft super à Malmö / Ceux qui ont de l'avance à l'allumage des feux de l'envie, etc.

Image: Vers Big Sur, avril 2017.

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Pour tout dire (100)

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Du voyage qui nous recentre par décentrage. Des grands arbres et du souffle océanique. Sanctuaires naturels et pèlerinages littéraire, etc.
Au tournant de la 100e séquence de cette suite lyrico-méditative placée sous le signe de l'impossible TOUT DIRE, dont l'impulsion initiale m'a été donnée il y a un an de ça par la lecture de la pléthorique et splendide autobiographie de l'écrivain norvégien Karl Ove Knausgaard, la présente étape de notre périple américain, le long de la toujours ébouriffante côte Ouest, nous a fait découvrir, sur les hauts de la Carmel Valley où se tastent des vins tout à fait recommandables, des crêtes d'un inimaginable vert tendre nous évoquant à la fois les bords de ciels irlandais et les hautes terres toscanes du côté de Montalcino - où le vin n'est pas mal non plus !
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Or, ces résonances de couleurs et de saveurs parentes ne vont pas sans vifs contrastes de nature et de culture - la tosillada mexicaine d'hier soir, arrosée de Merlot de la région, dans l'espèce de saloon de western du Runnig Iron -, et les arbres géants faisant parfois voûte au-dessus de la Cabrillo Highway (dite aussi Route 1), entre San Francisco et Big Sur, autant que l'immensité de l'océan aux eaux tour à tour placides et déchaînées n'auront cessé de nous dépayser et de nous tonifier dans la même alternance de décentrage et de remise au point.
 
Le portefeuille de Lady L.18193718_10212857020447161_6194623633631593475_n.jpg mystérieusement disparu - avec son contenu de cartes de crédit et autre fine liasse de dollars - à un guichet de location de voitures de l'aéroport de San Francisco , aura jeté une ombre sur notre partance en Chevy direction plein sud, mais les mécomptes font aussi partie du voyage et nous aurons rebondi en faisant bon cœur à momentanée infortune , non sans la bénédiction d'un officier de police évidemment sensible à l'irrésistible et rayonnant enjouement de Lady L!
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De façon significative, ainsi, le voyage activement vécu - et non subi passivement comme par trop de nos congénères processionnant aujourd'hui aux ordres de leurs Tours Operators - a toujours la vertu de nous resituer dans l'espace et le temps , et c'est ainsi bon pied bon œil que, tout à l'heure, nous reprendrons à l'envers la piste désormais macadamisée des plus ou moins bienfaisants colonisateurs catholiques et apostoliques de jadis, next stop San Luis Obispo...
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Bref l'expression-cliché "que du bonheur" s'imposerait dans la foulée même sans avoir pu saluer, dans leurs sanctuaires respectifs, les papillons monarques déferlant en ces lieux entre l'automne et la fin de l'hiver, ni les mémoriaux fléchés des grands dissidents plumitifs que furent Jack London, à Sonoma, John Steinbeck a Salinas ou Henry Miller le faune génial cher à Cendrars mais dont la mythique cabane de Big Sur est ces jours inaccessible du fait des intempestifs ravages naturels de l’hiver dernier.
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Enfin pour nous recentrer mieux encore, les mots des poètes nous tiendront lieu de boussole de secours, à commencer par ces quelques vers du beatnik bientôt nonagénaire Lawrence Ferlinghetti: “The world is a beautiful place / to be born into / if you don’t mind happiness not always being /so very much fun/ if you don’t mund a touch of hell / now and then /just when everything is fine /because even in heaven / they don’t sing all the time...”

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24/04/2017

Minutes heureuses

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Chemin faisant (155)
 
La grâce d'une rencontre.- Au cœur de la ville-monde, dans le prodigieux labyrinthe architectural que déclinent deux siècles de styles dégageant une identité sans pareille, une exposition rapprochant deux maîtres de la couleur et du trait irradie ces jours les murs blancs de l'un des plus beaux musées d'art contemporain qui soient.
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Rapprocher deux peintres tels que le Français Henri Matisse (1869-1954) et l'Americain Richard Diebenkorn (1922-1993) paraît aller de soi quand on découvre le magnifique ensemble de leurs œuvres continuant pour ainsi dire de dialoguer tant d'années après la mort de ces deux artistes habités par le même besoin de célébrer la vie par la couleur, mais c'est surtout l'effet révélateur de cette mise en rapport qui enchante, faisant mieux voir La beauté selon Matisse par le regard du plus inspiré de ses admirateurs tout en parcourant, à travers cette filiation unique, un itinéraire illustrant, en deux suites de séquences très représentative, l'évolution non linéaires de deux psalmistes de la couleur qui furent aussi des inventeurs de nouvelles perspectives spatiales, entre figuration épurée et stylisation abstraite.
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Deux grands nus féminins, deux "portraits " de fleurs d'un même adorable intimisme, deux intérieurs à l'espace réinventé comme dans un rêve éveillé rigoureux et flottant dans une dimension parallèle illustrent, entre cent autres exemples , ce merveilleux dialogue non concerté où les notions de maître et de disciple s'effacent dans l'affirmation parente de deux visions irréductiblement personnelles, et ça chante et ça danse dans la même poésie radieuse, sensuelle et pensive.
 
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Lumière des livres. - Le foyer de culture vibrionnant de City Lights Books n'est pas qu'un mythe littéraire de plus évoquant une période de créativité hors norme : c'est LA librairie cristallisant, dans un quartier à bigarrures métissées de Chine et d'Italie, une passion de la littérature qui reste vivace selon toute évidence. À preuve: le choix exceptionnel de livres "à lire absolument" qui échappent aux automatiques et souvent débilitants "coups de coeurs" des derniers succès, sous le signe de la qualité, d'une curiosité sans cesse relancée et de la production la plus récente, notamment en matière de pensée et de poésie en volcanique activité.
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La danse sur le volcan est alors doublement évoquée par les essais très présents en ce lieu d'un Noam Chomsky , constatant la fin du rêve américain sans ignorer pour autant les forces vives s'opposant à l'écrasante religion du dieu Dollar, et d'une kyrielle d'auteurs vivants - tel le New Yorkais David Shapiro dont City Lights Books vient de publier In the Memory of an Angel - toujours soutenus par la légendaire maison du Mathusalem jamais aligné de ce haut-lieu, en la personne du nonagénaire Lawrence Ferlinghetti.
 
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Instantanés contre l’oubli. - Un préjugé rassis voudrait que nos cousins d'Amérique, mâcheurs de chewing-gum ou d'insipide marshmallow, fussent pauvres de mémoire et moins portés que nous autres à défendre les valeurs d’intelligence et de sensibilité distinguant l'humaine créature de la brute épaisse, mais l'inculture crasse de l'ubuesque Président actuel ne saurait faire référence !
C'est en tout cas ce que nous nous disions, avec Lady L, en nous attardant ce matin dans l'enfilade des salles du MOMA de San Francisco où le regard de la photographe Diane Arbus se trouve réfracté par une centaine d'images chargées d'humanité et sous tous les aspects qu'en brasse la société.
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Imagiers défiant la fuite du temps , les photographes autant que les peintres, et parfois plus que ceux- ci se perdant dans les artifices de la pseudo -nouveauté, font figures de témoins, comme le rappellent aussi quelques-uns d'entre eux, réunis dans une suite de courts métrages du plus vif intérêt, tel Un Richard Adams travaillant à capter encore un reste de beauté dans les dévastatrices entreprises soumises au seul profit, ou telle la Vietnamienne An-My Lê exorcisant ses anciennes terreurs d'enfant de la guerre à sa saisissante façon...
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