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30/11/2016

Pour tout dire (84)

 

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À propos de l'épatant Young Pope raconté à un abbé conjuguant humour et spiritualité. De la tendresse humaine et de la dureté d'une selle d'agneau partagée en souriant. Du mystère de la vie apparemment la plus triviale. De la beauté des kangourous, des femmes et des enfants, et de l’insoupçonnée bonté des gens...

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Nous avons souri en profonde connivence, l'autre jour avec mon vieil ami l'abbé Gilbert V., à la table du Café de la Poste du village vigneron vaudois de C. , alors que j'achevais de lui raconter, par le détail, les 10 épisodes de la nouvelle série assez extravagante de Paolo Sorrentino intitulé The Young Pope, coproduite par La fameuse chaîne indépendante HBO - à laquelle on doit pas mal de réalisations de premier plan -, interprétée par des comédiens d’envergure exceptionnelle (Diane Keaton, Jude Law, James Cromwell, Javier Camara ou Silvio Orlando, notamment) et brassant quelques thèmes éternels avec un mélange d'humour et de profondeur incessamment ébouriffant, une ironie malicieuse moins corrosive qu'il n'y paraît, une fantaisie lyrico-satirique dans la filiation d'un Fellini et autant de clichés joyeusement assumés et dépassés que d'amour paradoxal - toutes choses dont l'évocation détaillée nous a fait beaucoup rire, avec l'abbé Gilbert V., et ensuite bonnement sourire.

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Comme je n'ai cessé de penser à lui en riant tout seul à ma première vision du DVD de The Young Pope, j'étais impatient d'en raconter les épisodes à mon cher ami, à quoi je me suis d'abord employé dans sa thébaïde de curé à la retraite, où il nous a servi notre Suze traditionnelle au milieu de sa collection d'oeuvres de peintres de nos régions jouxtant sa bibliothèque d'écrivains romands dont il a été ou reste (s'agissant d'un Philippe Jaccottet par exemple) l'ami attentif et fidèle, de Gustave Roud à Georges Haldas, entre autres. De surcroît, l'abbé Gilbert V., considérable connaisseur de la littérature et des arts, fils de paysans protestants du Jorat converti au catholicisme au vif déplaisir de sa mère, fut également un proche d'un autre prêtre-penseur-écrivain d’envergure quasi apostolique en la personne de Maurice Zundel, aimé des pauvres hères et confident lui-même d'un pape...

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Lorsque Jude Law cligne de l'œil, dans The Young Pope, je vois L'abbé V. cligner de l'œil comme Oscar Wilde clignerait de l'œil en se rappelant son jeune ami Bosie incarné au cinéma par le même Jude Law, et comme Dieu est supposé nous cligner de l'œil en songeant au bon tour qu'il nous a joué en nous intégrant dans le casting terrestre.


Devant la selle d'agneau au menu lundi du Café de la Poste, j'ai parlé aussi, à mon commensal, de mon actuelle traversée de toutes les pièces de Shakespeare, dont l'abbé V. ne cesse lui aussi de faire son miel , m'avouant d'ailleurs combien la littérature lui a apporté dans sa réflexion sur la vie, plus que les plus éminents théologiens ou philosophes. Or l'abbé V. n'a rien pour autant d'un curé mondain ou d’un esthète coupé de la vie : il a payé, comme on dit. Toute sa vie, non visible des gendelettre et des artistes, il l'a consacrée aux gens simples ou compliquées de ses paroisses successives, et notamment dans le village vigneron de C., puis dans le quartier de mon enfance sur les hauts de Lausanne.

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Bref, L'abbé V. manifeste discrètement, avec le clin d'œil de modestie qui lui fait aussi se demander s'il est vraiment catholique et comment Dieu à pu concevoir un monde aussi chaotique en apparence, l'intelligence du cœur.
Or toute une Italie catholique, révoltée comme pouvait l'être un Pasolini, ou mystique à la façon du Padre Pio, manifeste la même sorte de pénétration populaire ou plus sophistiquée d'intelligence spirituelle des choses terrestres, qui fait par exemple que le secrétaire pontifical du Young Pope, interprété par l'irrésistible Silvio Orlando, est un fou de foot vivant dans un immense appartement, non sans considérer un jeune handicapé mental comme son meilleur ami et conseiller.

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Paolo Sorrentino aime à "en jeter", comme on dit. Il n'a peut-être pas le génie poétique d'un Fellini, mais il sort de la même Italie que celui-ci et son Young Pope procède de la même veine, comique et sérieuse à la fois, qui marque le mémorable Habemus papam de Nanni Moretti.
Le pape de celui-ci, incarné par Michel Piccoli, se sentait dépassé par l'énormité de sa tâche et, fatigué aussi par l'âge, soupirait à l'idée d'avoir à secouer l'énorme machine plus ou moins rouillée, voire obsolète, du Vatican et de ses cardinaux à dégaine de vampires au bal.
Le jeune pape de Sorrentino, incarné par un acteur anglais taxé d'homme le plus sexy de l'année par le magazine People, ex-modèle de Dior et tombeur de diverses dames dont il a cinq enfants, a pour lui le tonus arrogant de son jeune âge qui lui fait prendre illico les décisions les plus inattendues.

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voire le plus scandaleuses au regard de l'époque: un vrai réac !
Primo, lui qui a été choisi pour sa jeunesse supposée influençable, défie l'esprit du temps en refusant toute effigie commercialisé de sa personne, toute apparition physique et toute compromission médiatique. S'il rompt avec l'ordre de saint Jean Paul II de ne pas fumer au Vatican, tout en l'interdisant aux autres, il résiste à toute tentation charnelle en dépit de fantasmes entêtants, condamne l'homosexualité (il vire le cardinal gay responsable de la formation des jeunes prêtres) et l'avortement, le divorce et tutti quanti, de sorte que la place Saint-Pierre et les églises se vident bientôt au début de son règne.
Or celui-ci, qui obéit strictement à la Tradition invoquée par les intégristes catholiques, et qui est aussi la tradition biblique et chrétienne, n'est pas traité par Sorrentino dans l'esprit du sarcasme. On entend déjà le ricanement de ceux qui ne verront que l'aspect réactionnaire du jeune pape, sans percevoir l'ironie supérieure du scénario ou la foi, ni la sainteté , ne sont à vrai dire traitées à la légère. Concernant l’homosexualité, le jeune pape montrera plus tard sa réelle capacité d’empathie, traitant en revanche la question de la pédophilie avec la plus inflexible rigueur.

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Le fait que Lenny Belardo, le jeune pape, soit un enfant abandonné par un couple de hippies, recueilli et éduqué par une religieuse dont on apprendra qu'elle même est orpheline (une Diane Keaton très finement émouvante dans le rôle de sister Maria) et que son mentor, le cardinal Spencer jaloux de voir son pupille le supplanter, soit joué par la figure hollywoodienne du méchant par excellence que représente James Cromwell, montre assez comment Sorrentino joue avec les clichés du feuilleton populaire et de la convention du cinéma mainstream pour imposer sa propre vision des choses, des femmes et des enfants, de l'effrayant désordre du monde (un épisode africain carabiné), de l'hypocrisie des appareils politiques ou religieux et de leur justification, du tragi-comique shakespearien de tout ça et du mystère enveloppant nos pauvres destinées.
À ce propos, un épisode aussi bref que significatif évoque la rencontre de Pie XIII et d’un écrivain à succès très porté sur le femmes, qui lui fait remarquer que les hommes d’église et les écrivains se ressemblent en cela qu’ils achoppent, même à des degrés divers et d’intensité variable, au mystère, figuré ici par l’apparition d’un magnifique kangourou...

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La selle d'agneau du Café de La Poste était un peu coriace, ce jour-là, mais les jeunes gens qui ont repris l'établissement, dans le même esprit que jadis et naguère, ont des sourires d'enfants du Bon Dieu.
Lorsque, à la fin de la première saison de The Young Pope, le jeune pontife buveur de Coca Cherry apparaît enfin à visage découvert devant les milliers de pèlerins réunis sur la place saint Marc de Venise, son homélie, réellement inspirée par la human kindness vécue par le Christ et qu'on retrouve au fondement de la pensée de Shakespeare, ou de l'abbé Rabelais ou de mon vieil ami Gilbert V. , aboutit à cette injonction pastorale qu'on pourrait dire juste digne d'un slogan New Age, d’un point de vue ricanant dans l’esprit du temps, ou au contraire , avec la générosité baroque de Paolo Sorrentino, en phase avec ce qu’on appelle l’amour: souriez !
Et c'est ainsi qu'Allah est grand et que Dieu nous voit (?) de son nuage-amiral, tout là-haut au- dessus d'Alep en feu et des agneaux à selles dures ou douces : sourions donc, les amis, à notre vie parfois plus divine encore qu'à la télé...

 

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15:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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