
Le jardin public est ouvert…
On ferme la nuit
pour le laisser un peu tranquille :
il aime aller par les allées
où le temps passe sans bruit ;
et voici que le jardin s’ouvre
au milieu de la ville…
Personne ne l’a vu entrer,
le sourire de côté,
son livre ouvert sur ses genoux,
l’air un peu de prier,
l’air d’avoir l’air d’être ailleurs,
mais nul ne devine où,
l’air de se fiche un peu de tout,
riche de ses seuls yeux
suivant les mots sur le papier –
l’air d’habiter le temps…
Autour de lui tout se déroule
comme si c’était écrit :
la foule lui fait comme un récit
dont la houle le berce,
mais rien ne le distrait vraiment
de ce qui le transperce…
On le dit demeuré,
on est prêt à le dénoncer –
son livre est-il armé ?
Ne sommes-nous pas en danger
dans ce jardin miné,
tandis qu’il sourit aux enfants ?
Peinture: Edvard Munch, autoportrait au jardin.
