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  • Insomnia

     
     
     
    (Ce que me disait la Professorella en rêve)
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    « Ma faiblesse est peut-être une force », m’avait dit l’Amica à propos d’une série américaine de qualité mais prodigue selon elle de trop de cadavres, «à vrai dire je ne supporte pas la seule évocation des meurtres et je ne te dis rien de la guerre en cours qui m’empêche de dormir depuis quinze jours», et de savoir cette fragilité à cette jeune fille de 80 ans m’avait rappelé la même impossibilité, chez Lady L., de se distancier le moins du monde de toute péripétie tragique, et je m’en étais senti d’autant plus proche que ces deux-là étaient des petits blessés de l’enfance, comme toi et moi, dont la conscience a été aiguisée, à l’âge sans défense, face aux multiples atteintes du malheur, de la mauvaiseté des gens ou du Mal aux main sales sous la manucure, « à vrai dire c’est cela même, » avait-elle ajouté, « c’est la façon manucurée, détachée, numérisée et aseptisée de parler de la guerre, le cynisme pourléché de cette salope mondiale de Président, sans parler des gominés de son entourage, c’est cette espèce d’acclimatation du pire passé au filtre des médias et des réseaux, qui fait qu’un mort ou quarante mômes brûlés vifs, ou dix mille juifs palestiniens crevés sous les éclats d’ogives variées ne sont qu’une statistique de vidéo – tu m'xcuse mais je n’en dors plus et personne n’y peut rien», etc.