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On the Route again

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Chemin faisant (164)
 
Libres propos d'un agoraphobe empêché de fuir et content de l'être. Lectures autoroutières, avec Nicolas Cage, le rêveur Duval et Adrien Gygax, avant une révérence aux canards de Valence et une pique aux pastiches hôteliers de Mark Rothko...
 
Départ à reculons. - C'était donc reparti pour un tour de manège et pas moyen d'y échapper: il fallait y aller, l'invitation avait été acceptée et c'eut été malpoli et inamical de se défiler, une amie perdue de vue depuis des siècles et retrouvée m'avait proposé de participer à ce Festival de littérature alors que je m'étais promis de fuir désormais les salons et signatures et lectures et débats à tourner en rond - bravo mais sans moi, toute forme d'attroupement me terrifie et m'assomme, vive l'agora mais pas à plus de trois ou de sept ou de douze a la rigueur extrême, et la probabilité de cuire dans ce four achevait de m'accabler, mais je souriais en même temps, ma bonne nature me rappelait tant de belles surprises en pochettes, et Lady L. s'encourageait elle aussi malgré son peu de goût partagé pour les conglomérations culturelles en touffeur caniculaire, donc c'était parti mais pian piano, tout en détours et dérogations, par l'ubac du lac, escale café glacé à Thonon-les-Bains, routes secondaires à n'en plus finir avant de rallier l'autopiste a poids lourds intempestifs où la lecture pallierait l'insupportable...
 
Lectures autoroutières. - De Rotterdam à Carvoeiro, ou de Vienne à Séville en passant par Sienne, nos déambulations routières et autoroutières, avec Lady L. au volant de la Japonaise Honda Jazz blanche à profil de souris d'ordinateur, et moi au lutrin de lecture, ne cessent d'être enluminées de mots et d'histoires, ou d'idées et d'images, qui forment comme un voyage dans le voyage en compagnie de moult passagers, et cette fois nous aurons d'abord passé en revue les tribulations du monde comme il va et ne va pas: une injonction humanitaire collective au nouveau président français afin qu'il corrige la scandaleuse incurie des gouvernements successifs en matière de migrations et d’intégration, une traversée des délires babyloniens de l'acteur Nicolas Cage gaspillant des millions de dollars avant de se retrouver presque à la rue, ou les derniers coins-coins d'un canard peu déchaîné en début de Macronie - cela par manière de mise en bouche.
 
 
Car le meilleur aura été, du vallon de Villard à Valence, la lecture de l'épatante évocation de la rencontre de la Marylou de Kerouac, par Jean-Francois Duval, dans la dernière longue et belle chronique de son recueil intitulé Et vous, faites-vous semblant d’exister ?, où il retrouve in vivo la blonde protagoniste du roman-culte Sur la route, et, en alternance, la suite du premier roman du jeune Romand Adrien Gygax, Aux noces de nos petites vertus, très étonnant et détonant récit des frasques festives d'une poignée d'adorables personnages se démantibulant à cœurs et corps déliés entre un trou de Macédoine et la sublime porte d'Istanbul...
 
Vrais canards et faux Rothko. - Le rêveur Duval distingue excellemment la double nature du pigeon, selon qu'il conchie votre balcon ou qu'il illustre l'indépendance libertaire d'un être picorant et indifférent aux fluctuations du cours du baril, stoïque comme Sénèque et n'en faisant qu'à son caprice sauvage. L'observation des canards incline aux mêmes conclusions philosophiques en plus fluidement gracieux, vu que le canard flotte.
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Or cette grâce aura agrémenté notre fin de soirée à l'étape de Valence, au fin bord de la terrasse suspendue du Novotel où nous savourions nos salades estivales à l'aplomb d'un ravissant ruisseau à cascades et plans d'eau claire où tourniquaient ces divins canards aux plumes imitant l'email brun rouille, avec quelques touches de blanc ou de rouge pour achever la perfection picturale du tableau.
Contraste réjouissant de la vie incessamment inventive, à l'état naturel, et du manque total d'imagination et de style manifesté par les décorateurs de certaines chaînes d'hôtels à l’américaine multipliant à l'exponentiel les plus plates imitations des épures colorées de Rothko, imprimées en quantités industrielles pour faire abstraction chic dans les chambres sans le moindre choc.
Mark Rothko s'est tué dans l'effort d'atteindre la Beauté pure, comme il en advint de la fin tragique de Nicolas de Staël , et nous en sommes, mortels, à supporter la vile parodie de ces quêteurs d'absolu ! Vergogne à celles et ceux qui mastiquent sans se cacher le magret de canard et se croient supérieurs au motif qu'ils peuvent se payer une carrée trois étoiles ornées du rectangle noir d'un écran plasma et du carré rose d'un faux Rothko...
 

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