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Helvetia fait le ménage

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Alain Delon se déclarant immortel, des petits Allemands sauvés par un Juif et des Suisses demandant pardon aux étrangers : du grand écart signé Olivier Père au Festival de Locarno…

 

Au deuxième jour du festival, la Piazza Grande était archicomble jeudi soir pour accueillir l’une des légendes survivantes du cinéma mondial : Alain Delon. À l’instant de recevoir son léopard d’or au titre de Lifetime Achievement Award, des mains d’Elsa Martinelli, le (toujours) fringant septuagénaire, jouant les mauvais garçons, a lancé avec un grain de sel qu’il détestait cette expression de « Lifetime Achievement », faisant supposer qu’il a déjà un pied dans la tombe. Et de se la jouer crâne à belle mèche argentée: « La bonne nouvelle de ce soir, c’est que je ne vais pas mourir ! Et que je vais encore emmerder pas mal de gens ».

Dans la foulée, une très jeune équipe se pointait autour de la réalisatrice australienne Cate Shortland, avant la projection du « long » unique de la soirée,Lore, évoquant la fuite éperdue de quelques enfants d’une famille de notables nazis à travers l’Allemagne en déroute de 1945, qui trouvent, chez  un jeune Juif, rencontré dans le chaos, une aide providentielle. Le retournement de situation devient un thème presque convenu, sur une intention sans doute louable, dont il résulte un film aux belles images et aux jeunes interprètes (notamment Saskia Rosendhal) émouvants. Rien de bouleversant au demeurant…

L’effet Michael Moore

« C’est du foutage de gueule ! C’est n’importe quoi ! Vous allez salir la Suisse ! ». Telles sont les premières réactions qu’on recueillies les compères bernois Simon Baumann et Andreas Pfiffner présentant quelques séquences de leur « docu » faussement patriotique à de braves Allemands.

Or le projet déclaré d’ Image problem, docu satirique en compétition internationale, n’était-il pas de redorer le blason de la Suisse supposée de plus en plus mal vue à l’étranger ? Dès les premières séquences, tournées dans les jardins proprets de villas à nains de jardin, la dérision perce cependant, au fil de réponses plus conformistes, voire débiles, les uns que les autres, genre Michael Moore chez les Deschiens helvètes. Jouant la fausse naïveté, les lascars prennent conseils chez les « experts », de tel cadre de Présence suisse prônant le multipack publicitaire (avec la casquette idoine) à telle psychologue lénifiante, tel pasteur interrogé sur les thèmes de la culpabilité et de la réconciliation ou tel spécialiste des relations Nord-Sud, entre autres.

Disposer des déchets dans une idyllique prairie zermattoise sur fond de Cervin pour « casser » le cliché trop flatteur, et demander aux touristes étrangers ce qu’ils en pensent; débarquer dans un quartier huppé de la côte dorée zurichoise pour enjoindre ses habitants de lire une déclaration d’autocritique, jusqu’à les faire appeler la police  pour filmage intrusif; proposer la même démarche d’excuses solennelles à des employés de la firme Glencore pointée du doigt par un critique virulent : tels sont quelques-unes des astuces tactiques des auteurs, qui jouent également sur le « making of » foireux du film en train de se faire.

Gorillant les clichés en multipliant contrastes pseudo-critiques (les joueurs de cor des Alpes sur fond d’installations mécaniques) et mise en scène grotesques (le Noir à sac tyrolien suivant les panneaux jaunes des joyeux marcheurs), les duettistes multiplient aussi les effets visuels (accélération folle du trafic dans une Suisse genre maquette de trains) et les ruptures d’auto-dérision.

La chose, tout de même assez « foutraque », a été trouvée désopilante par Olivier Père, Français notoire devenu polyglotte à Locarno et « star » d’une publicité de grande banque suisse. Pour faire bon poids, le film s’achève sur le casting d’une figuration idéale de la nouvelle Helvetia ? Plutôt blonde ou brune ? Peut-être une requérante d’asile sexy ? Avec un javelot en forme de tuyau d’aspirateur et un sourire à la Heidi recyclée Betty Bossi ? Aux dernières nouvelles, l’Office Fédéral de la Culture annonce qu’il va primer la qualité et récompenser le succès. On n’a pas fini de rire…

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