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  • Ceux qui voient sans comprendre

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    Celui que les explications ne satisfont jamais / Celle qui comprend tout à demi-mot / Ceux qui aiment laisser flotter les réponses / Celui qui voit réellement la peinture et ne supporte donc pas les décryptages (selon son expression) de sa cousine Ariane diplômée de l’Université et très introduite dans les milieux smart du Marché de l’Art / Celle qui pense musique en regardant Bonnard / Ceux qui se taisent après le concert d’Arvo Pärt / Celui qui s’éloigne de celle qui cite ceux qui savent ou le prétendent en tout cas / Celle qui observe les grimaces des prétendus connaisseurs et les répète le soir devant sa glace avec pour témoin le chat Picasso / Ceux qui ont perdu toute curiosité en accumulant du savoir / Celui qui sait que l’attention est intelligence / Celle dont le discours éblouit sans éclairer / Ceux qui gesticulent à l’expo branchée / Celui qui regarde ceux qui ne voient rien à en juger par ce qu’ils disent / Celle qui voit qu’il n’y a rien à comprendre / Ceux qui ne voient ni ne comprennent rien de ce qui n’a pas été expliqué par ceux qu’ils paient pour ça / Celui qui ne supporte plus le caquetage / Celle qui a beaucoup appris du cantonnier Boulon / Ceux que leur savoir terrien protège des idéologies délétères / Celui que sa mémoire longue fait sourire des idées courtes / Celle qui se rafraîchit à la fontaine de La Fontaine / Ceux qui aident les jeunes cons à le devenir moins / Celui qui n’est jaloux que des artères du jeune Albert / Celle qui trouve à l’envie un côté plèbe qui l’en préserve / Ceux qui râlent pour la forme / Celui qui sent plus qu’il ne sait /Celle qui est un psaume vivant / Ceux qui vieillissent avec leur système, etc.

    Image : Philip Seelen

  • Ceux qui ont peur

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    Celui qui note les moindres faits et gestes de  ses voisins nigérians dont le chef de famille présumé roule BMW et se prétend chirurgien au CHU / Celle qui descend du bus No 6 dès qu'un nègre y monte / Ceux qui ont voté contre les étrangers même s'îl n'y en pas dans la village mais au cas où on ne sait jamais / Celui qui estime que les étrangers criminels le sont deux fois plus que les autres / Celle qui a dénoncé le violeur Ivan S. et lui a fait prendre quatre ans au procès et l'a revu cet été devant une boîte mais n'a pas donné sa voix aux démagogues populistes pour autant / Ceux qui avaient toutes les raisons de voter populiste et que de meilleures raisons encore ont retenu de le faire / Celui qui plie ses vêtements par ordre de grandeur en ne cessant de critiquer les Roms et autres insectes nuisibles / Celle qui boit chaque matin sa propre urine à cause des risques de sida avec tous ces Latinos et autres Africains de l'Ouest dans la rue  / Ceux qui ne ferment jamais leur porte à clef en espèrant piéger quelque étranger criminel dont leur webcam branchée au bureau trahira l'incursion ah ah  / Celui qui se perd dans la neige au risque de tomber sur un loup ou va savoir avec les Roumains qui rôdent / Celle qui se taillade les bras et les cuisses pour faire croire qu'un Kosovar l'a agressée et se faire connaître des journaux / Ceux qui envoient des lettres anonymes aux médias qu'ils signent Ali ou Dragan / Celui qui s’interviewe lui-même dans son bain et dit tout ce qu'il pense au sujet des migrations criminelles et consorts / Celle qui assiste à tous les concerts de d'Oskar le rappeur d'extrême-droite / Ceux qui refusent d’être photographiés en compagnie d'autres races  / Celui qui participe à des séances d’échange verbal démocratique à mains nues  / Celle qui tient un registre des vengeances qu’elle se promet d’exercer par les urnes / Ceux qui n’auront jamais de sépulture dans ce pays ethniquement nettoyé, etc.

    Image: JLK en Appenzell

  • Ceux qui regardent sans voir


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    Celui qui dit à la cafète de l’Entreprise qu’il a fait Les Monet au Grand Palais / Celle qui affirme en plissant les yeux qu’elle donnerait tout Manet pour une repro des Nymphéas / Ceux qui n’iront voir Monet que s’ils obtiennent une exo des RH de l’Entreprise / Celui qui estime qu’à coté de Rothko Monet fait décidément vieille barbe enfumée / Celle qui parle de «patrie inconnue » à propos de ce qu’elle ressent à la fois chez Monet et Manet en pensant à Elstir qui pourrait être à la fois Manet et Monet / Ceux qui redoutent la fin du concert où le charme se rompt comme à la lecture d’une critique musicale de Marie-Ange Petiot / Celui qui envoie des pneumatiques à de jeunes barmen pour les inviter à des vernissages classieux / Celle qui feint de s’extasier devant la pièce de Sol Lewitt qu’elle confond avec du Cy Twombly / Ceux qui ponctuent leur mortel ennui d’exclamations admiratives supposées les faire remarquer par la femme du galeriste très influente dans le milieu immobilier / Celui qui parle mieux de l’expo qu’il n’a pas lue que ceux qui l’ont vue sans la regarder / Celle qui crie presque au cocktail que Baselitz marque un point de rupture indépassable / Ceux qui parient pour l’après-Basquiat après avoir fait longtemps du sous-Haring / Celui qui se donnerait à Catherine Millet pour avoir une notule dans Art Press / Celle qui a sucé le même camionneur balte que Catherine Millet et goûte aussi vachement les ciels de Denis Rivière oui ma chère / Ceux qui prennent leurs névralgies pour des signes annonciateurs de créativité prochaine / Celui qui dispose d’un radar à fraudeurs / Celle qui sait qu’un grand musicien peut avoir la dégaine d’un petit bourgeois bienséant tout en constatant que son voisin de palier Perrin fondé de pouvoir à La Vie Assurée n’a rien d’un Vinteuil à Combray / Ceux qui hasardent au cocktail qu’ils donneraient tout Dutilleux pour la Sonate de Vinteuil sans connaître l’un plus que l’autre / Celui qui a fait le voyage d’Amsterdam pour le petit mur jaune de Vermeer qui n’était même pas au Mauritshuis de La Haye pour raison de prêt momentané au Prado / Celle qui se dit en regardant tel portrait de Manet (disons celui de Berthe Morisot) que cet homme-là voyait dans le noir / Ceux qui disent se rappeler la soirée de la présentation de la Pièce pour sept instruments de Vinteuil sur la seule foi de leur lecture de La Prisonnière en livre de poche dépenaillé fauché à la Fnac de la rue de Rennes le 11 septembre 2001, etc.
    Image : M.P.

    (Cette liste a été jetée dans les marges de La Prisonnière de M.P.)

  • Ceux qui remontent les fleuves

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    Celui qui est libre de pensée sans se dire libre penseur / Celle qui se refait une beauté dans le sous-bois / Ceux dont l’horloge est la chair / Celui qui résiste à la grand fatigue d’être / Celle qui perce le Secret douloureux / Ceux qui s’arrêtent devant la Vieille Femme de Giorgione / Celui qui lit Cavafy sous une rangée de bougies / Celle qui perçoit en elle la fluctuation / Ceux qui flottent dans l’indétermination de leur sourire / Celui qui a baissé sa garde pour mieux se défendre / Celle qui déclare une guerre totale à la Cellulite / Ceux qui remontent aux sources en sautant une idée sur deux / Celui qui voit éclore la rose de douceur dans l’orage d’acier / Celle qui rayonne de toutes ses rides / Ceux qui n’entendent pas la supplique de leur chair / Celui qui retient le temps par sa main de sang / Celle qui boit les paroles du sellier métaphysicien / Celle qui subit le temps accéléré de la faim / Ceux qui distinguent « l’anatomie d’une puissance consumée » dans les traits de l’enfant tiré des gravats / Celui qui est sensible à la Moire / Celle qui pressent l’assaut des fourmis carnivores et s’en réjouit pour des raisons massivement hygiéniques / Ceux qui savent que la faim n’est pas la fin de l’anthropophagie rituelle / Celui que ses yeux très salés ont protégé quelque part / Celle qui émarge au Fichier de la police du fleuve / Ceux que renferme une capsule d’infini mais qui n’en rien à souder / Celui qui injecte quelques années de plus à sa riche patiente / Celle que ses trois liftings disposent à certaine réserve en matière d’expérimentation animale / Ceux qui se rappellent les balcons chantants de la rue de Jadis / Celui qui estime qu’un individu qui ne chante plus ne mérite plus d’être considéré comme vivant / Celle qui chante son fado dans la maison close aux fenêtres donnant sur le Tage / Ceux qui traînent derrière eux la charrette de leurs Désirs assouvis ou non quelle importance après tout, etc.

    Image : JLK, à Schoorl

  • Ciné jeune public

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    À la 23e édition du Festival international de Bellinzone : une ouverture sur le monde par le cinéma.

    Zoom sur cinq jeunes musiciens sortis des bidonvilles de Caracas grâce à un réseau d’orchestres classiques de haut niveau. Gros plan sur une anorexique milanaise dont la maladie reflète les carences relationnelles d’une société gavée. Travelling dans le dédale populeux de Taipeh où la quête d’amour d’un Roméo romantique prend des allures de polar cocasse: une semaine durant, le jargon du cinéma a fait florès à la 23e édition de la Castellinaria.
    À l’affiche: plus de quarante films venus du monde entier, choisis pour leurs qualités documentaires, mais aussi artistiques, et présentés, en priorité, à une centaine de classes tessinoises des degrés primaire et secondaire.
    Ainsi que l’explique Giancarlo Zappoli, directeur artistique de la manifestation, les films sont sélectionnés selon deux lignes directrices. « Pour les enfants de 6 à 15 ans, nous donnons la priorité aux œuvres qui permettent aux enfants une meilleure identification individuelle dans leur environnement familial et social. Et pour les plus grands, c’est plutôt sur l’ouverture au monde et aux multiples cultures et modes de vie que nous insistons. »
    Autant dire que la Castellinaria relève à la fois de l’initiation au cinéma style Lanterne magique, en marge des grands machines commerciales, mais aussi de l’aperçu documentaire international genre Visions du réel. Interactif, le festival combine découvertes et débats, ateliers et expositions. Cette année, ainsi, deux grandes figures du cinéma et de la littérature « jeunesse » étaient à l’honneur, avec Michel Ocelot (célèbre pour sa série de Kiriku) et Gianni Notari, cinéaste et écrivain
    Pour cette édition, 4920 élèves ont assisté aux projections des compétitions, pour un total de 250 classes. Deux jurys d’enfants italophones attribuent les prix des compétitions définies par classes d’âge (6-15ans et 16-20 ans). Les enseignants des classes qui assistent à la compétition des plus jeunes participent à une rencontre explicative avec le directeur du Festival avant le début de la manifestation. Ils ont à disposition des fiches pédagogiques à partir desquelles ils peuvent préparer le débat sur le film qu'ils ont choisi de voir. Aux jurys italophone s’ajoute un jury romand du prix « hors les murs » emmené par deux enseignants cinéphiles de Colombier et Saint-Imier. Dans la même optique d’ouverture, on relèvera la projection de l’intégrale de Romans d’ados de Béatrice Bakhti, qui a suscité beaucoup d’intérêt parmi le jeune public tessinois
    Allegro1.jpgEgalement ouvert au public « adulte », le festival se déploie le soir en « événements ». En point de mire mardi soir: la première d’Allegro crescendo de Cristiano Barbarossa, précédée par un petit concert de cordes rassemblant, autour du jeune violoncelliste vénézuélien Jonathan Guzman, une trentaine d’ados tessinois ; et la remise du Castello d’oro au célèbre réalisateur italien Pupi Avati, avant la présentation de son nouveau film Una sconfinata giovinezza, évoquant la détresse d’un couple frappé par la maladie d’Alzheimer.
    Ainsi que le relève encore Giancarlo Zappoli, la Castellinaria, roulant sur un budget modeste (270.000) et grâce à de nombreux bénévoles, prépare indéniablement un nouveau public mieux informé et plus ouvert, en matière de cinéma, qui se retrouvera plus tard au Festival de Locarno…
    Une telle manifestation donnera-t-elle des idées aux enseignant vaudois en la matière ?

    Entre malaise et joie de vivre
    C’est un poncif que d’évoquer la déprime des jeunes d’aujourd’hui, et c’en est un autre que de chanter ceux qui positivent. Or cette antinomie se retrouve dans le palmarès de la Castellinaria, dominé par The Dreamer de l’Indonésien Sang Pemimpi (Castello d’or de la section 6 à 15 ans), Devil’s Town du Serbe Vladimir Paskaljevic /Prix Tre Castelli pour les 16 à 20 ans), et un prix du public partagé entre Allegro crescendo (A slum Symphony) de Cristiano Barbarossa, tonique approche documentaire d’une action sociale et musicale hors norme au Venezuela, et London River, le dernier film plus grave de Rachid Bouchared.
    Pozzi.jpgMême oscillation entre deux de nos coups de cœur : côté drame d’époque, avec Maledimiele, portrait infiniment sensible d’une jeune anorexique en milieu bourgeois milanais, remarquablement campée par la jeune Benedetta Gargari, sous la direction de Marco Pozzi, réalisateur au regard aussi inventif que tendre ; et côté comédie, non moins originale, avec Au revoir Taipeh, premier long métrage du Taïwanais Arvin Chen, qui se plaît à jouer avec les clichés du roman noir et des téléfilms à l’eau de rose en racontant l’histoire d’un amour naissant dans la grouillement de la ville immense où chenapans minables et braves gens se rencontrent dans de folles embrouilles - un vrai bonheur !

  • D'amour et d'humour

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    Hommage à Pupi Avati à la Castellinaria de Bellinzone; présentation de son dernier film, Una sconfinata giovinezza, sur le thème des tribulations liées à la maladie d'Alzheimer;  et découverte du premier long métrage d'un  jeune réalisateur taïwanais, Arvin Chen: Au revoir Taipeh.

    Si les journées sont réservées aux projections visant le jeune public, avec le double concours (les 6-15 ans et les 16-20 ans) soumis au  jugement des jurés adolescents, les soirs de la Castellinaria sont voués à des événements concernant l’audience élargie des adultes, et c’est à cette enseigne que, mercredi soir, hommage fut rendu à un vieux routier du cinéma italien contemporain, assez peu connu dans nos contrées francophones mais populaire en Italie: le réalisateur Pupi Avati, qui fit ses débuts à la trentaine, en 1968, avec Balsamus, l’homme de Satan, a réalisé depuis lors plus de trente films, tels La maisons aux fenêtres qui rient, succès dans le genre fantastique, Le témoin du mari ou Un cœur ailleurs, films largement reconnus dans les années 90. Scénariste également abondant, Pupi Avati a notamment cosigné (avec sergio Citti) le sulfureux Salo de Pasolini et la série télévisée de Hamburger Serenade. Or c’est pour l’ensemble de son œuvre qu’un Castello d’or lui a été remis hier, avant la projection d’Una sconfinata giovinezza, son dernier film présenté en première internationale.

    Thème important (la maladie d’Alzheimer déchirant un vieux couple), bons acteurs (Francesca Neri et Fabrizio Bentivoglio), scénario solide autant que le dialogue: ce film traitant d’amour autant que de maladie, et d’enfance retrouvée autant que de détresse, en impose par le savoir-faire d’un artisan plus que par son originalité ou ses qualités plastiques. N’empêche : l’émotion est au rendez-vous dans cette chronique d’un couple plutôt brillant que frappe soudain la maladie d’Alzheimer dont Lino, ancien journaliste sportif de renom, est victime au grand désarroi de Chicca, qui subit sa métamorphose avec un mélange d’effroi et de sollicitude maternelle. Dans l’un des plus beaux moments du film, nous voyons Lino, à plat ventre sur une piste tracée sur le sol à l’image du Giro, tel qu’il y jouait avec ses compères enfants, enfin rejoint par Chicca dont la tentative de l’intéresser aux jeux électroniques a été vaine. Enfin c’est une lancinante histoire d’amour que raconte Pupi Davati, qui dit s’être inspiré de tribulations vécues par ses proches.

    Une comédie épatante

    Ainsi que l’a  relevé le présentateur du premier long métrage du réalisateur chinois Arvin Chen (né à Boston mais installé à Taipeh), lors du débat suivant la projection d’Au revoir Taipeh, la comédie est un art plus difficile qu’il ne semble au premier regard, dont un Lubitsch est la meilleure preuve. Or on pense à certaines idées narratives de Lubitsch, ou d’Hitchcock, en suivant l’histoire du jeune Kai, amoureux d’une fille installée à Paris et ne pensant qu’à la rejoindre à grand renfort d’apprentissage du français, avant de se trouver mêlé à un imbroglio mafieux qui donne prétexte à un délicieux gorillage des films noirs et autres téléfilms sentimentaux.

    Détaillant une frise de personnages avec autant de précision que de malice, du flic mal barré dans sa vie privée aux petits malfrats évoquant les Pieds Nickelés, le jeune réalisateur parvient à combiner une véritable histoire d'amour naissant, avec sa part de grâce intime,  dans le tumulte de la grande ville où tout le monde se presse, se compresse et bouffe tout le temps force raviolis…

    Très bien construit, très maîtrisé dans sa forme et son rythme, Au revoir Taipeh est le type même du film d’auteur  qui joue, tout en légèreté, avec tous les standards du cinéma populaire joyeusement revisités, sans mépris ni démagogie…     

    Bellinzone. Castellinaria, 23 e édition, du 13 au 20 novembre. Infos : http://www.castellinaria.ch/

  • Ceux qui ont un problème

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    Celui qui ne sait plus que faire de sa mère nympho sur le tard / Celle qui se demande tout à coup si elle a fait le bon choix avec Armand il y a 33 ans / Ceux qui ont conclu un pacte occulte avec les RH / Celui dont l’oreille absolue ne l’est plus / Celle que son nouveau diplôme de coiffure créative rend difficile d’accès pour les gens comme toi et moi / Ceux qui ont perdu tout sens de la mesure au tournant de leur premier milliard / Celui qui découvre que la fermentation du pain nuit à ses ambitions de philosophe briguant des postes  / Celle qui s’est tellement sacrifiée qu’il faudrait lui faire un monument dit-elle / Ceux qui font un tabac dans le papier mâché / Celui qui lance une mode qui lui retombe sur le pied / Celle que Pierre Cardin a lancée et n’a jamais relancée après leur querelle de la Toussaint 88 / Ceux qui ont senti le vent tourner avec le changement de maîtresse du Maître / Celui qui ose lire dans le bar bruyant / Celle qui excuse son ami visiblement trop cultivé pour la clientèle du snack Le Bambou / Ceux qui rejettent les instruits à socquettes de laine / Celui qui s’en sortira grâce à Hegel qu’il a lu en cachette de ses codétenus / Celle qui sert quand même le client discourtois surnommé Le Zébu / Ceux qui menacent le Monsieur trop stylé sûrement de l’autre bord mais on n’est pas sûr / Celui qui diffuse un discret parfum d’agrume / Celle qui rutile en body mauve / Ceux qui sont de mèche avec Bickford / Celui qui se réfugie dans le ramdam pour pallier son acouphème / Celle qui s’est épilée sans l’annoncer à son tuteur Albert Le Ver / Ceux qui se font inviter à la dégustation d’urines bio / Celui qui exhibe son iguane à l’émission hard / Celle qui lâche ses mygales à l’émission Notre Amie La Bête / Ceux qui pèsent leur pain azyme / Celui qui tient le journal de ses pesées d’anorexique albinos / Ceux qui évoquent la faim dans le monde au cocktail de la photographe de favellas, etc.

    Image : Philip Seelen   

  • Cinema jeune public

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    Entre jubilation et mal de vivre: deux films remarquables à la Castellinaria de Bellinzone, festival pour jeune public.

    Débarquer à Bellinzone un jour de novembre pluvieux, après avoir traversé les vallées encaissées du Gothard aux crêtes neigeuses transies par le vent du nord, n’a pas de quoi réjouir la bête, et c’est pourtant l’âme radieuse que la journée de mardi s’est achevée pour nous à l’enseigne de la Castellinaria, 23e édition du Festival international de cinéma jeune public, avec la projection, devant une salle comble, d’Allegro crescendo de Cristiano Barbarossa, captivante approche documentaire d’une action sociale et musicale hors norme, fondée au Venezuela dans les années 70 et désormais célèbre dans le monde entier.
    Allegro1.jpgPour raconter l’histoire des Orchestres de jeunes du Venezuela, fondé par José Abreu Anselmi et touchant actuellement quelque 300.000 jeunes musiciens issus de milieux défavorisés, le réalisateur italien Cristiano Barbarossa a suivi, pendant cinq ans, la trajectoire de quelques adolescents filles et garçons dont l’un d’eux, Jonathan, actuellement maître de violoncelle, était présent à la projection de l’Espocentro. Plus précisément, le jeune Vénézuélien a lancé le concert pour cordes préludant à la projection, en compagnie d’une trentaine d’ados tessinois, avec un extrait du 4e Brandebourgeois…
    Quant au film de Barbarossa, loin de se borner à un banal documentaire, il captive le spectateur en faisant, des jeunes musiciens sortis des favellas de Caracas (le titre anglais est Slum Symphony), de véritables personnages observés dans leur vie quotidienne, sur fond de pauvreté et, parfois, de violence. Au nombre des scènes les plus terribles du film, on voit ainsi Jonathan, momentanément engagé dans l’armée, venir en aide à son frère aîné délinquant dont une jambe vient d’être amputée. Lui-mêne a pu échapper au cercle vicieux de la pauvreté, des expédients, de la drogue et de la violence, par la musique et par sa participation à l’orchestre de Gustavo Dudamel qui jouera à un moment donné – autre séqence combien émouvante du film – sous la baguette de l’immense Claudio Abbado.
    Allegro2.jpgRien pour autant, dans le parcours des jeunes musiciens – dont quelques-uns seulement « perceront » au niveau international – de l’exaltation de success stories. Là n’est pas le propos. Bien plus important aux yeux du cinéaste : la façon dont chacun, des enfants aux adultes (telle la formidable Carmen faisant office de recruteuse et d’éducatrice), participe à cette aventure collective lumineuse. Au bilan final, on apprendra que le petit Fabio, dont le développement a été freiné par des difficultés personnelles, a laissé tomber la musique, tandis qu’une de ses camarades violonistes joue le concerto de Sibelius avec Claudio Arrau, mais celle.ci n’est pas valorisée plus que celui-là par la caméra de Cristiano Barbarossa. De la même façon que le montage du film lui-même se construit et se rythme musicalement, si l’on peut dire, c’est en fin de compte à la gloire de la musique elle-même, reflet de la musique de vivre, que se donne ce généreux et tonique Allegro crescendo, comme porté par autant de belles personnes…

    Pozzi.jpgDe la difficulté de vivre
    Si la musique, pas plus que l’art en général, n’a jamais suffi à régler les problèmes liés à la pauvreté et à l’injustice, le bien-matériel n’est pas garant pour autant de vie essentiellement meilleure, comme l’illustre le beau film de Marco Pozzi projeté ce mercredi matin au cinéma Forume devant quelques centaines de grands ados très attentifs, réceptifs et présents dans le débat avec le réalisateur à la fin de la projection.
    Le motif central de ce film, très représentatif du nouveau cinéma italien est l’anorexie dont souffre Sara, la jeune protagoniste (magnifiquement interprétée par Benedetta Gargari), et pourtant le regard du réalisateur porte au-delà de cette pathologie typique des maladies de civilisation contemporaines : sur les relations affectives en milieu aisé et le mal de vivre de beaucoup de jeunes d’aujourd’hui.
    Très étonnant cependant : que rien de mortifère, moins encore de morbide, ne se dégage du film lui-même, dont la construction des plans et l’image révèle un poète de cinéma rigoureux et constamment inventif, qui exprime énormément par l’image et cisèle un dialogue à la fois sobre et hypersensible.
    Si Marco Pozzi est parti d’une enquête qu’il a réalisée, il y a quelques années, sur les problèmes liés à l’anorexie des adolescents, Maledimiele n’a rien non plus d’un film documentaire conventionnel : tous ses personnages ont la consistance de figures romanesques, et tous les milieux évoqués, du noyau familial de Sara à son lycée, ou de la galerie de photo où expose sa mère au cabinet d’oculiste de son père, se dégagent de la simple illustration. D’une extrême tendresse dans sa façon de détailler les relations humaines, Marco Pozzi n’en fait pas moins un grand film sur le manque d’attention entre très proches, ou plus exactement sur la solitude de chacun dans un monde où les individus sont de plus en plus atomisés sous les dehors d’une parfaite normalité Ainsi Sara, dont la maladie va crescendo, est-elle à la fois figure symptomatique et révélatrice d’un malaise général.
    On pense parfois à Alain Cavalier au fil des plans très épurés de Maledimiele, dans ses parties les plus poétiques, et parfois aussi au Bergman de Cris et chuchotements, dans ses parties confinant au vertige psychique ou à l’onirisme.
    Cela étant, Marco Pozzi est d’une nouvelle génération, et son film reste très italien, mais sans aucune complaisance genre « feuilleton » qui pourrit l’univers télévisuel brocardé par les « pères », de Pasolini à Fellini. Et dire que d’aucuns prétendent que plus rien n’est à attendre du jeune cinéma…
    Bellinzone. Castellinaria, 23e édition, du 13 au 20 novembre. Infos :http://www.castellinaria.ch/

  • Prix Interallié à L'Amour nègre

    Olivier3.jpgL’Amour nègre se la joue satire globale

    Jean-Michel Olivier, écrivain-prof suisse romand, fait  fort dans la parodie de la mondialisation « people». Loué par Marc Fumaroli dans Le Point, le livre a décroché aujourd'hui le dernier des grands prix littéraires de l'automne.

     Le sentiment « panique » que nous vivons, aujourd’hui, dans un asile de dingues doublé d’un lupanar, peut intéresser un romancier. Mais comment parler de ce monde ? Comment le décrire ? Comment en illustrer la démence ?

    C’est ce défi qu’a relevé Jean-Michel Olivier, descendant légitime de Juste et Urbain, respectivement poète et romancier paysan, auteur lui-même d’une vingtaine de livres mais qui passe ici à la vitesse supérieure.

    Comme un Michel Houellebecq, l’écrivain vaudois se sert ici de tous les standards de la culture de masse (cinéma, musique, modes et marques) et de tous les poncifs du langage au goût du jour pour les « retourner » et en souligner, sans moraliser pour autant, la monstruosité.

    Par la voix de Moussa, alias Adam, jeune « nègre » adopté par un couple d’acteurs de cinéma  mondialement connus (prénommés Dolorès et Matt, mais on pense illico à Angelina Jolie et Brad Pitt, avec un zeste de Madonna), le récit carabiné de L’Amour nègre nous plonge successivement dans une Afrique de « bons sauvages » lubriques et corrompus, en pleine fiesta hollywoodienne, sur une île paradisiaque achetée par un acteur devenu célèbre en Dr Love puis en vantant une capsule de café (clone de Clooney…), dans un autre Eden sexuel asiatique pour riches Occidentaux et enfin à Genève où le jeune homme a été ramené comme un bonobo sexuel par une femme de banquier liftée, qui l’abandonne bientôt.  

    Entre autres scènes pimentées de cette satire, on relèvera celle du paparazzo flingué par Matt dans un arbre; la sauterie durant laquelle Adam coupe à la machette (cadeau de Matt…)  la main d’un producteur surpris au moment où il allait violer sa sœur d’adoption ; d’inénarrables séances de psychanalyse ; la séance de tripotage de « bambou » à laquelle Adam est invité par un certain chanteur pédophile, ou la visite humanitaire (non moins que publicitaire) de Mère Dolorès aux enfants d’un bidonville qui lui chantent un hymne du chanteur en question : We are the World, we are the Children…

    Sous ses aspects burlesques, voire gore,  à la Tarantino, L’amour nègre pose de vraies questions, notamment liées à l’humanitarisme publicitaire et à la déliquescence moralisante du monde global. Sur fond d’infantilisme généralisé, tout peut se tolérer dans la Cité des Anges : la consommation délirante, la drogue, le sexe à outrance et toutes ses variations, mais pas l’amour nègre d’un ado bien dans sa peau qui engrosse sa sœur d’adoption avec ce scandale absolu pour conséquence: un enfant !  

    Ainsi l’impression finale qui se dégage de L’Amour nègre, en dépit de sa drôlerie et de son élan tonique, dépasse-t-elle la seule charge vitriolée.

    On pense au Candide de Voltaire au fil des épiques tribulations du jeune héros, qui finit, abandonné par sa « bienfaitrice », dans les bas-fonds de Genève, en quête de sa sœur chinoise casée dans un internat chic de nos régions. Avec un marabout farceur, notre impénitent optimiste survivra en soignant les Suissesses frustrées au moyen de son « bambou » magique. Non sans arrière-goût amer, tout finit donc bien à l’enseigne de « l’amour nègre ». Nos xénophobes en seront-ils rassurés ? Et nos xénophiles de vitrine ?

    Jean-Michel Olivier. L’Amour nègre. Editions De Fallois/ L’Age d’Homme, 436p.

  • Ceux qui diffusent une lumière d’étoiles mortes

    Rodgers16.jpgCelui qui reprend sa bouteille de champ non entamée à la fin de la fête / Celle qui espère que son string vert fluo fera un effet super / Ceux qui parlent du dernier Almodovar en espérant être entendus / Celle qui étouffe au milieu de ces gens libérés / Ceux qui cherchent leur carte dans les fringues dispersées / Celui que sa propre beauté dégoûte / Celle qui va se ressourcer dans le jacuzzi / Ceux qui se taisent en allant d’un groupe à l’autre / Celui qui prétend que Godard est fini / Celle qui parle de l’outil de déstockage des marques en matant le décolleté style BHL de Jerry / Ceux qui se flattent de cliquer toujours sur la bonne affaire / Celui qui pense au décollage de sa nouvelle start-up en écoutant un blaireau de la société Grangier lui parler de l’événement e-commerce de 2005 / Celle qui a introduit la vente-flash dans l'unité de production dont on fête l’anniversaire ce soir / Ceux qui se mettent à l’abri de la même fondation de droit néerlandais / Celui qui affirme en sifflant son septième bloody mary que Patrick Le Lay est un humaniste quelque part / Celle qui prétend que Le Lay a trois couilles / Ceux qui ont souffert sous Le Lay / Celui qui ne s’occupe que de ses moutons d’Ouessant / Celle qui déjoue la nouvelle Technique du Tombeur / Ceux qui ne boivent plus que du Café pour agir responsable, éthique, durable / Celle qui surveille les stations de son fils à la salle d’eau / Ceux qui pensent que leur vie est un roman, etc.

    Terry Rodgers, huile sur toile.

  • Le règne de l’insignifiance

    Prix littéraires 2005. Clin d'oeil rétrospectif...

    Ce mauvais coucheur de Castoriadis parlait, à propos de l’évolution de la culture contemporaine, de « montée de l’insignifiance » et celle-ci me paraît précisément caractériser les prix littéraires de cet automne, mais est-ce bien nouveau ? Cela ne fait-il pas un siècle que le Goncourt revient à des Weyergans, et le Nobel de littérature n’a-t-il pas été inauguré par Sully Prudhomme ? Le ciment d’une société reste le conformisme et l’on serait bien niais (comme je le suis à mes heures…) de s’attendre à ce que la non-conformité fût consacrée, même à une époque ou le pire conformisme se pare des plumes du non-conformisme. Bref, on ne devrait pas s’étonner de voir le Goncourt attribué à une chose aussi insignifiante que Trois jours avec ma mère et pas à La possibilité d’une île de Michel Houellebecq, ce malappris, ou pire : à l’époustouflant Cosmos incorporated de Maurice G. Dantec, ce réac foldingue qui n’est apparu dans aucune liste à ce que je sache.
    Que le prix Médicis soit attribué à Fuir de Jean-Philippe Toussaint, ce savon de luxe qui vous glisse entre les pattes, et que le prix Femina revienne à Asiles de fous de Régis Jauffret, cet esthète de la désespérance affectée, paraît également ressortir au littérairement correct et à la norme, comme l’Interallié, en principe réservé à un journaliste, collé par raccroc à Houellebecq, relève du n’importe quoi…
    A supposer que Monsieur Ouine de Bernanos, Vie de Samuel Belet de Ramuz ou L’apprenti de Raymond Guérin eussent été publiés cette année, les noms de ces auteurs seraient-ils apparus sur les listes des prix ? C’est possible mais pas du tout certain. Ce qui est sûr en revanche, c’est que ces livres ont été primés par le Temps, si j’ose dire, et qu’ils signifient aujourd’hui plus que jamais, avec ou sans médailles…

    Post scriptum de 2010: Non sans grain de sel, on relèvera les progrès de l'industrie avec le Goncourt à l'Houellebecq, un Médicis étincelant à Maylis de Kerangal pour Naissance d'un pont, un Femina non moins éclatant à Patrick Lapeyre et un Prix du roman de l'Académie de grande qualité  avec Nagaski d'Eric Faye, enfin un  Prix Interallié carabiné  à un nègre suisse romand... 

     

  • Ceux qui sont à l'écoute de l'Autre

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    Celui qui vendrait sa sœur cadette pour se payer un Runner 125 / Celle qui aime faire son entrée au Théâtre National au bras de l’homme le plus friqué de la capitale / Ceux qui s’investissent complètement dans leur œuvre posthume / Celui qui enferme son fils indiscipliné dans la soute à charbon de la péniche Gundula / Celle qui a autant de romans en projet qu’Amélie Nothomb à ses débuts / Ceux qui passaient pour les maîtres à penser de la jeunesse bulgare vers 1912-1913/ Celui qui boycotte les produits Calvin Klein et mange du chat / Celle qui prétend que toutes les races de chiens savent danser / Ceux qui affectionnent les recoins des grandes brasseries ferroviaires / Celui s’est juré de rédiger un traité de bonheur pour l’homme contemporain / Celle qui estime que sa vie n’est qu’un monologue dans une chambre froide / Ceux qui n’ont plus tellement envie de faire la chose avec la lumière / Celui qui opte pour un reformatage existentiel chez les mormons / Celle qui ne pense pas que son coiffeur Alban soit capable de lire le dernier Le Clézio / Ceux qui fonctionnent à la reconnaissance ostensible au niveau des réus de l’Entreprise / Celui qui jouit de son pouvoir sur les secrétaires du Service de Automobiles / Celle qui a vu la soldate allumer les caporaux / Ceux qui alertent les médias dès qu’ils repèrent une irrégularité dans le fonctionnement des Services de la Voirie / Celui qui n’est plus le même depuis qu’il se fait appeler Graziella / Celle qui va lancer le concept des marionnettes antidrogues avec son compagnon de vie / Ceux qui exigent une label de qualité Q pour les vacances à la ferme, etc.    

     

    Peinture: Edvard Munch.

     

  • Ceux qui manquent d'humour belge


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    Celui qui estime que le Prix Goncourt 2010 est si nul qu’il ne le lira pas, voilà / Celle qui estime qu’avec une telle gueule de furet névrosé ce type ferait mieux de se cacher point barre / Ceux qui souffrent pour la France exception culturelle humiliée par l’Académie Goncourt qu’est plus ce qu’elle était / Celui qui prétend qu’à côté d’un Pierre Michet ou d’un Richard Millon y a pas photo / Celle qui range ce pseudo-provocateur de cafétéria d’aire d’autoroute au rang de Jean d’Ormessier et autres François Nourisson enfin quoi le roman bourgeois de papa / Ceux qui préfèrent le Houellebecq danois / Celui que le Président a déçu en affirmant après Carla que le nouveau Goncourt était super même sans l’avoir lu vu qu'il a pas le temps avec toutes ses Affaires / Celle qui pense surtout à tout le blé que ce nul va récolter alors que son recueil Amers de ton Absence n’a été vendu qu’à 233 exemplaires dans le canton / Ceux qui te traitent de vendu parce que tu défends ce pourri / Celui qui voit en Houellebecq un pur phénomène de pavlovisme littéraire / Ceux qui prétendent que l’enfant Houellebecq était cruel avec les mouches comme dans le film de Fassbinder Satans Betrieb donc tu fais le rapport et t’as compris / Celui que la comédie parisienne a toujours amusé et qui a donc installé un téléviseur dans son écurie pour pouvoir la suivre en gouvernant / Celle qui pouffe en imaginant la scène de porno qu’on pourrait faire tourner par MH et la Cicciolina genre sacs d’os filmés par Jeff Koons / Ceux qui voient en Houellebecq le fils putatif de J.G. Ballard avec une touche belge en sus / Celui qui s’est fait décrier en 2006 pour son soutien à Jonathan Littell, par le mêmes non-lecteurs des Bienveillantes que ceux de La Tarte et l'écritoire / Celle qui affirme qu’elle n’ose par se présenter ce matin à ses élèves de l’Atelier Littéraire après la catastrophe du 8 novembre / Ceux qui aiment bien le côté chatterie-torcherie de la remise du Goncourt chez Drouant / Celui qui ne met pas le style de MH très haut mais c’est pas le problème va-t-il répétant à ses collègues de l’Institut Littéraire dont le style à eux relève de ces choses qui font prier pour user d’un contrepet usé / Ceux qui voient en Michel Houellebecq le summum de l’esthétique Deschiens et par conséquent le Sublime Reflet de cette époque finalement assez dégoûtante sur les bords, etc.

  • Comme un acte salvateur

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    L'Epistole

    de Sébastien Meyer

    Le soleil n'éclaire encore que le toit. La lumière est transparente, le ciel bleu, bleu infini, bleu d'une aube froide et immobile. Pas un oiseau, tout est figé dans une lumière blanche. Dans la cour intérieure de l'immeuble, les volets commencent à s'ouvrir. Là, au dernier étage, une femme fume seule à sa fenêtre sa première cigarette. Elle a le regard encore empêtré dans ses rêves, légèrement flou, pensif. Les traits boursouflés et les rides obèses.

    Bob Dylan souffle un air d'harmonica qui me donne une impression d'éternité. Le sentiment que le temps n'est plus, ni l'espace d'ailleurs. Où suis-je? Quelle importance, finalement? Cet instant, photographie d'un monde qui se réveille dans le froid, de l'inertie à peine brisée de cette cour intérieure par quelques volets rouges qui ouvrent les appartements sur le monde, ressemble fort à cette minuscule cassure, cette toute petite faille dans le déroulement des jours, des vies, des banalités, des quotidiens. Le sentiment d'absurde et ridicule petitesse de nos âmes se reflète sur le bleu infini de ce ciel pur hivernal.

    Hier soir, alors que je veillais dans ce foyer thérapeutique glauque où des êtres en souffrance errent sans but ni victoire, j'ai virtuellement prêté le flan à la condescendance de quelques universitaires cultivés, j'ai expliqué à un alcoolique comment il pourrait économiser s'il se mettait aux clopes à rouler, j'ai regardé passer la nuit avec lenteur, poussée par un vent glacial qui trahissait l'isolation désastreuse de cette bâtisse croulante. Je suis rentré au matin, filant dans une ville endormie et engourdie par le froid, et me voilà, à scruter le début de la vie de la cour intérieure de l'immeuble. La vie débute et moi je m'apprête à fuir, les yeux cernés par une nuit pas si blanche que ça, une nuit où le temps et moi ne semblions plus accordés, lui avançant trop lentement, se traînant d'heure en heure, me laissant dans une attente même pas contemplative.

    Au matin la vie reprend et moi je la laisse filer, acceptant mon décalage, le fait de n'y être pas synchronisé. Et en fumant ma dernière cigarette avant de retrouver le sommeil, je vois l'absurde roulement des vies, de la mienne et des autres, l'affreux embourbement dans ce quotidien, fallacieux sentiment d'avoir un sens, je sens en moi l'envie de ne plus me débattre, mais de déclarer forfait, vraiment, un forfait intellectuel et émotionnel. Ces matins clairs poussent au sentiment d'abandon, l'anéantissement de tous nos manques moteurs, l'envie de n'être rien, puisque de toute manière on n'est déjà pas grand chose.  Le vide remplit la cour intérieure, le vide refuse les notes nostalgiques de Dylan, le vide résonne, se jette sur moi et m'assaille, dévoilant mon immobilité. Alors j'écris, face au vide, pour combler, un peu, encore, pour tenter, malgré tout, d'être prêt à vivre, pour faire ce que je peux. Je tente de saisir à nouveau l'évidence, la beauté de cette femme qui fume sa première cigarette pendant que je fume ma dernière, la clarté du mur d'en face ébloui par un soleil sans contestation, évident. Et tout le reste n'est que futilité.

    J'écris, j'écris au Passe-Muraille, une lettre qui n'en est pas une, à un destinataire qui n'en est pas un, dont j'ignore tout, jusqu'à ce que je pourrais bien lui dire. Mais comme un acte salvateur, comme une évidence qui me sauve de la déchéance, j'écris quand même.

     

    Cher Passe-Muraille…

     

    Cette lettre de Sébastien Meyer au Passe-Muraille est à paraître dans le No 84, à l'impression.

  • Le roman comme un pont

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    Editorial

    Le roman comme un pont à construire

    « Il n’y a plus d’autre raison d’être à l’art romanesque que d’arriver à saisir l’époque », écrivait Philippe Muray. « En long, en large, en travers. Découvrir le cœur du « système » nouveau. Capter ses aspects encore invisibles. Mettre à nu la voix du temps, son caquetage incessant, et toutes ces inflexions changeantes d’une musique inédite à travers laquelle se tresse l’éloge qu’il porte sur lui-même ».

    C’est exactement cette démarche qui porte l’un des plus beaux romans de la rentrée française 2010, Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal. Par delà le soupçon jeté sur le genre même du roman, réduit par Céline à la « lettre à la petite cousine » puis « déconstruit » par les Modernes, Barthes en tête, contre l’histoire, le personnage et même la notion d’auteur. Rêve d’un texte textuel qui s’éclate dans la textualité et dans l’intertextualité. Les gogos, universitaires en tête, se seront pâmés devant la nouveauté. Mais Joyce avait déjà tout fait dans Ulysse et défait avec Finnegan’s Wake, et le dernier Céline de Guignol’s Band tirait l’échelle, avant le défilé vertigineux des rhapsodies poétiques, de Paradiso de José Lezama Lima à Zone de Matthias Enard…

    Et le roman là-dedans ? Plus que de la romance ? Du fait divers étoffé ? Ou n’importe quoi : confession, carnets de voyage, choses vues dans  la garrigue ou Rive gauche, derniers ragots sur les pipoles ?

    Allons plutôt voir ailleurs, via Philip Roth, Annie Dillard, Bret Easton Ellis, Thomas Pynchon,  J.M. Coetzee, J.B. Ballard, Don DeLillo, Vargas Llosa ou Fuentes avant de revenir au sourire mélancolique de Michel Houellebecq et au pont jeté par Maylis de Kerangal vers un nouveau possible…       

      «Le roman n’est pas mort, parce que l’homme ne l’est pas », disait un jour Soljenitsyne.

    Or, tout reste à dire de la nouvelle réalité dans laquelle nous sommes immergés, jusqu’au plus fantastique et au plus fantasmatique. Jusqu’au plus irréel du réel que nous vivons. Le roman d’aujourd’hui et de demain reste à construire. Naissance d’un pont…

    JLK

     

     

  • La revanche de Michel Houellebecq

     

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    Prix Goncourt 2010 sans surprise pour La Carte et le territoire, roman déjà plébiscité par le public...

    À l’enterrement de Michel Houellebecq, son éditrice Teresa Cremisi sanglote dans le giron de Frédéric Beigbeder en considérant le cercueil d’enfant dans lequel les restes de l’écrivain, méchamment découpé en fines lanières par un pervers collectionneur d’art, ont été recueillis.

    La scène est tirée de La Carte et le territoire, dernier roman du plus juteux « poulain » de dame Cremisi, éminence dorée de l’édition parisienne, passée de Gallimard à la tête de Flammarion et qui avait déjà « boosté » les romans précédents de l’écrivain avec un art consommé du marketing.

    Résultat de la course : l’auteur le plus  controversé et le plus  « culte »  de la littérature française du tournant du siècle, a obtenu hier le plus prestigieux des prix littéraires parisiens avec un roman  caracolant, depuis quelques semaines déjà, en tête des listes de ventes. Cette « consécration » rappelle celle de Marguerite Duras, en 1984, quand L’Amant, best-seller de la rentrée, avait été «goncourtisé» de manière jugée opportuniste par d’aucuns. En ce qui concerne Houellebecq, ce Goncourt 2010 fait en outre figure de « rattrapage », en matière de reconnaissance symbolique, après que les jurés des grands prix de l’automne  eurent « snobé » ses quatre romans précédents, à commencer par les Particules élémentaires, tous traduits aujourd’hui en une quarantaine de langues…

    De fait, souvent honni de ses pairs français, irrités par ses provocations mais plus encore par son succès international, Michel Houellebecq est sans doute l’écrivain français considéré hors de France comme le plus représentatif de sa génération, en phase avec les nouveaux auteurs du monde entier.

    Un ton nouveau

     Dès Extension du domaine de la lutte, publié en 1994 par un grand découvreur des lettres contemporaines, en la personne de Maurice Nadeau, Houellebecq s’est signalé par une perception nouvelle de la réalité contemporaine, et une façon très directe de parler du monde du travail et de la sexualité, de toutes les formes de déprime et de la fuite en avant dans la course à la réussite et la recherche d’un bonheur souvent factice.

    Clonage, échangisme, tourisme sexuel, dérives sectaires ou fanatiques (sa fameuse phrase sur l’islamisme dans Plateforme…), solitude de l’individu dans une société de plus en plus formatée, simulacres de la charité ou de la culture : tels sont, entre autres, les thèmes abordés par ce médium frotté de douce désespérance…     

    Au-delà des manoeuvres

    Donné pour gagnant, la semaine passée, sur deux pleines pages du Nouvel Observateur, Michel Houellebecq a obtenu le Goncourt après une délibération-éclair d’une minute et 29 secondes, au dire du juré-secrétaire Didier Decoin, et par sept voix contre deux à Virginie Despentes. La campagne de promotion orchestrée par son éditrice, avec son consentement faussement ahuri, a fait converger stratégie de longue date et tactique de dernière ligne. À lui le pompon !

     

    Humour panique et mélancolie

    On a parlé, pour dégommer La carte et le territoire, d’un roman « consensuel » purgé des aspects «sulfureux» de ses précédents romans, comme s’il s’agissait pour l’écrivain de faire le gros dos en matou matois péchant le compliment. Or, s’il y a un peu de cette suavité composée dans la campagne de promotion de son roman, celui-ci marque une évidente évolution du regard de l’écrivain, devenant ici son propre personnage, sur le monde et sur les gens.

    Surtout : Michel Houellebecq reste un observateur aigu, et parfois percutant, de la société qui noue entoure. Des menées personnelles d’un artiste, à la fois intéressant  et « piégé » par un marché de l’art délirant, aux relations de plus en plus équivoques entre culture et commerce, vie privée et publicité, au royaume des marques et de la spéculation, l’écrivain joue avec son propre personnage dans une mise en abyme pleine d’humour tantôt tendre et tantôt noir. Le sentiment du temps qui passe, et du vieillissement, pondère la satire (même si l’association Dignitas en prend pour son grade) et le dessin des personnages se fait plus nuancé, leur substance plus étoffée.

    Dans une chronique malveillante témoignant d’une piètre lecture, l’académicien Goncourt Tahar Ben Jelloun a parlé de la mégalomanie de l’écrivain pour le « scier ». Or c’est une tout autre image qu’en donne La Carte et le territoire, roman d’un clown triste jouant le vieillard en pyjama fripé avec une énergie et un fond de jubilation sardonique que nimbe un non moins perceptible mélancolie…

     Michel Houellebecq. La Carte et le territoire. Flammarion, 428p.

     

    SMS en coulisses ?

    Un rien de temps après que l’annonce du Prix Goncourt, attribué hier à Michel Houellebecq par sept voix, contre deux à Virginie Despentes, la nouvelle tombait que le  Prix Renaudot 2010  revenait à ladite romancière « trash », au 11e tour et par  quatre voix, contre trois à Simonetta Greggio.

    Or, eût-il pu se faire que Virginie Despentes décrochât à la fois le Goncourt et le Renaudot, à supposer par exemple que, vexés par la rumeur médiatique d’un Goncourt assuré à Houellebecq, les jurés de l’Académie reportent leur voix sur la punkette ?

    Cela eût très bien pu se faire, comme cela s’est fait en 1995 où, sans concertation probable, l’écrivain russe francophone André Makine obtint coup sur coup le Prix Médicis, le prix Goncourt et le Goncourt des lycéens pour Le Testament français. De la même façon, la lauréate du Médicis 2010, Maylis de Kerangal, aurait pu décrocher à la fois le Grand Prix du roman de l’Académie française, le Femina, le Médicis et le Goncourt, puisque son (très remarquable) roman, Naissance d’un pont, figurait sur les dernières listes de ces divers prix…

    Y a-t-il eu, alors, des téléphones, des billets échangés et autres SMS de concertation ? On peut le supposer. Ou pas. Et qu’importe finalement ?        

     

     

  • L'intruse

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    À propos de Nagasaki d'Eric Faye, palmé par les Académiciens...

    C’est un petit livre à la fois troublant et prenant que Nagasaki d’Eric Faye, dont l’épisode central est tiré des journaux japonais de mai 2008 : à savoir l’installation clandestine d’une femme dans l’appartement d’un homme seul qu’elle squatte à son insu durant une année. On pense au protagoniste d’Iriku (Vivre), le chef-d’œuvre de Kurosawa, en commençant de lire le récit de la vie de Shimura, quinquagénaire employé dans un office de météorologie et vivant seul dans une maison individuelle dont il néglige de fermer la porte d’entrée, et dont l’existence est cependant très réglée, maniaque même, au point qu’il ne peut que constater, tel jour, la diminution du niveau d’un jus de fruits multivitaminé dans son frigo, et tel autre jour la disparition de quelque autre aliment. Au premier sentiment de malaise succède bientôt une vague angoisse, qui l’incite à installer une webcam dans sa cuisine qui lui permettra de surveiller celle-ci depuis son ordinateur de bureau. Or il lui faut peu de temps pour surprendre, en effet, une silhouette furtive, puis une femme vaquant chez lui avec des gestes d’habituée, à ce qu’il semble, dont la présence le plonge d’abord dans le trouble avant de l’inciter à appeler la police. Alertée, celle-ci débarque bel et bien dans l’appartement du plaignant, qui en est déjà à regretter son geste, débusque la femme réfugiée dans un placard, l’embarque et obtient l’aveu qu’elle squatte une chambre de Shimura depuis des mois déjà. L’anecdote est évidemment singulière, mais on pourrait en rester là, avec le procès suivant l’arrestation de la squatteuse clandestine et le dénouement prévisible de l’affaire. Mais Eric Faye fait bien plus que « romancer » un fait divers, nous faisant vivre de l’intérieur le bouleversement d’une vie toute plate et sa remise en question, comme dans le film de Kurosawa, en beaucoup moins radical cependant, avant la bifurcation de la narration qui nous fait revivre les faits par le témoignage de la squatteuse, ancienne militante d’une fraction terroriste qui survit chichement comme un autre « zéro » social et affectif.

    Sans un atome de sentimentalisme, avec quelque chose de kafkaïen, ou plus exactement de walsérien dans le regard, ce roman dégage pourtant une espèce de chaleur humaine qui rappelle, une fois, encore, la perception « tchékhovienne » d’Iriku, sur fond de Japon marqué par la Catastrophe. Comme la neige dans le film de Kurosawa, et comme l’inoubliable complainte de « la momie », une sorte de chanson triste court entre le lignes de Nagasaki, qui laisse au cœur une marque sensible… Eric Faye. Nagasaki. Grand prix du roman de l’Académie française. Stock. 107p.

  • Houellebecq en traversée

     

    Houellebecq (kuffer v1).jpgLa carte et le territoire - Lecture annotée.

    Avertissement : il est déconseillé de lire ces notes avant d’avoir lu le roman.

    Exergue de Charles d’Orléans : « Le monde est ennuyé de moy. Et moy pareillement de luy ».

    - « Jeff Koons venait de se lever de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d’enthousiasme ».
    - En face de la star de l’art kitsch-porno-branché : Damien Hirst, autre figure de la pseudo-avant-garde contemporaine hyperfriquée.
    - On comprend que les deux lascars sont en train d’être portraiturés dans un décor chicos, par un certain Jed.
    - Jed éprouve autant de peine à saisir l’expression de Koons que s’il s’agissait d’un « pornographe mormon ». Bien vu.
    - Kui trouve également une dégaine de vendeur de décapotables Chevrolet. Pas mal vu non plus.
    - C’est tout de suite très vif, comme dans les premières pages d’Extension.
    - On est le 15 décembre, et son chauffe-eau fait de drôles de bruits.
    - Un an auparavant, il était carrément tombé en panne.
    - Or il se met en quête d’un réparateur.
    - Qu’il finit par dénicher au matin du 24 décembre en la personne d’un Croate.
    - Lequel lui donne l’impression d’en « savoir gros sur la vie ».
    - Jed se rappelle comment in s’est installé dans son atelier d’artiste, neuf ans auparavant.
    - Il a fait récemment un portrait de son père au milieu de ses collaborateurs. Dont la composition est inspirée par une toile de Lorenzo Lotto…
    - Son père, architecte, est un homme fini.
    - Il va passer Noël avec lui.
    - Le vieux vit à Raincy dans une zone désormais à risques.
    - Un an plus tard, le chauffe-eau a tenu et le portrait intitulé Jean-Pierre Martin quittant son entreprise se trouve chez le galeriste de Jed.
    - Excellente modulation de la temporalité narrative.
    - Le père a quitté le Raincy pour une maison de retraite.
    - Se retrouvent Chez Papa.
    - Il parle de sa prochaine expo à son père, dont il évoque la vie de vieux veuf (p.22)
    - Et l’idée de son galeriste de faire un portrait de Michel Houellebecq.
    - Que son père, à son étonnement, connaît.
    - Le père de Jed : « C’est un bon auteur, il me semble. C’est agréable à lire, et il a une vision assez juste de la société »…
    - Jed observe les autres vieillards pendant qu’ils conversent.
    - Voit son père désormais « dans la position de l’enfant pensionnaire ».
    - Tout cela tendrement amer et mélancolique. Très fin, très bien perçu.
    - Jed de son père : « Il attend la libération, l’envol »…

    - Se réveille pendant la nuit suivante.
    - Son chauffe-eau lui rappelle le réparateur croate.
    - Qui lui a dit qu’il rêvait d’ouvrir une location de scooters des mers en l’île de Hvar.
    - Va voir sur Internet ce qu’il en est de Hvar…
    - Puis revient à sa toile inachevée de Koons et Hirst.
    - Se demande s’il ne faudrait pas peindre des ailes à Jeff Koons…
    - La paire canaille est au top du classement mondial d’ArtPrice, Hirst No 1 et Koons No 2.
    - Jed, lui, est No 583, mais 17e Français.
    - « C’était vraiment un tableau de merde qu’il était en train de faire ».
    - Il se considère lui-même à une « fin de cycle ». (p.31)
    -
    - Première partie
    - Retour à l’enfance de Jed.
    - Qui a connu ses premiers moments d’extase en dessinant.
    - Des fleurs pour commencer.
    - Dont il a compris le sort dès ses 5 ans…
    - Sensible aussi à la volonté de vivre des animaux.
    - Son père est PDG d’une entreprise de construction de stations balnéaires.
    - La première peinture de Jed, une gouache, représentait « Les foins en Allemagne ».
    - Une œuvre d’imagination…
    - Considère que la beauté est « secondaire en peinture ».
    - Son grand-père était photographe, et son père a eu de grandes espérances d’artiste.
    - En entrant aux Beaux-Arts de Paris, Jed a abandonné la peinture pour la photo.
    - Il a hérité une chambre Linhhof Master Tecnika Classic de son aïeul.
    - Pendant ses études, il s’adonne à la photo des objets manufacturés de toute sorte.
    - Son ambition encyclopédique est de « constituer un catalogue exhaustif des objets de fabrication humaine à l’âge industriel ».
    - Me rappelle une idée de Walter Benjamin.
    - Après son diplôme il se rend compte qu’il va être seul…
    - Il a accumulé quelque 11.000 photos.
    - Après ses études, il revient vivre avec son père au Raincy.

    - Il est alors question de la mère de Jed, Anne, qui a épousé son père par amour et s’est suicidée à l’âge de 40 ans.
    - Son père, un jour, lui propose de l’aider à acheter un appart à Paris, pour mieux percer.
    - Ce qui l’amène au boulevard de l’Hôpital.
    - Sa mère ressemble au portrait d’Agathe von Astighwelt ( ???).
    - Une nature apparemment angoissée.
    - Ne l’imagine pas à un concert de rock dans les années 60…
    - Jed a été casé dans un internat dès sa sixième.
    - Accomplit des études sérieuses et tristes. Lit beaucoup. Sa qualité d’orphelin le protège.
    - Soin projet d’artiste de donner « une description objective du monde » se fonde donc sur un terreau dense.
    - En tout cas on voit très bien le personnage.
    - Après son installation dans le XIIIe, le goût pour la photo lui passe.
    - Quelque temps, il va se passionner pour l’émission de Julien Lepers, Questions pour un champion.
    - Julien Lepers dispute la place de Jean-Pierre Foucault dans son top ten des animateurs…
    - Puis son père l’invite à se rendre à l’enterrement de sa grand-mère, dans la Creuse.
    - C’est au cours de ce voyage qu’il subit son second grand choc esthétique, en achetant la carte « Michelin Départements » de la Creuse, dont la sublimité le bouleverse…
    - Une carte au 1 :150.000e.
    - « L’essence de la modernité, de l’appréhension scientifique et technique du monde, s’y trouvait mêlée avec l’essence de la vie animale. »
    - Devant le corps de sa grand-mère dans son cercueil de chêne, son père lui dit timidement : « Elle croyait en Dieu, tu sais »…
    - Suit un enterrement « à l’ancienne », évoqué avec une sorte de tendre ironie.
    - Le prêtre est un « vieux routier » qui ne cherche pas à escamoter « la réalité du décès ».
    - Son père reparti à Paris, Jed repense à une certaine Geneviève, avec laquelle il a perdu sa virginité.
    - Une Malgache qu’il a connue à l’époque des Beaux-Arts et qui lui a raconté les coutumes de son pays
    - Une étudiante en art qui fait commerce de ses charmes pour arrondir ses fins de mois, et qui lui a tout appris.
    - En matière de dessin, Geneviève était essentiellement « innocente et joyeuse », ce qui le touche.
    - Mais Geneviève lui a préféré un avocat d’affaires.
    - Quant à la maison de la grand-mère, on a décidé de la garder.
    - Considérations sociologiques bien filées sur l’évolution de la campagne française, qui prendront tout leur sens vingt ans plus tard… (p. 61)
    - À son retour à Paris, Jed achète toutes les cartes « Michelin Régions ».
    - Il va travailler pendant six mois sur ce matériau.
    - Et vient le jour du vernissage.
    - Auquel il remarque bientôt « la plus belle femme qu’il ait jamais vue ».
    - Elle montre beaucoup d’attention à ses travaux.
    - Lui dit travailler chez Michelin : Olga Sheremoyova, du Servie de la communication.
    - La rappelle le lendemain.
    - Se voient Chez Anthony et Georges, rue d’Arras.
    - Olga essaie de pousser le mécénat de Michelin dans le domaine de l’art.
    - Olga trouve les cartes de Jed « vraiment belles ».
    - Après le repas, fin, elle l’accompagne chez lui.
    - Mais il vaut mieux aller chez elle.
    - Où ils vivront leur liaison.
    - Olga est une jeune Russe de l’élite.
    - Elle le fait beaucoup sortir.
    - Il apprend à se tenir en société, sur la défensive.
    - Avec une « courtoise neutralité ».
    - Il en vient à rencontrer Beigbeder en conversation avec une ex-hardeuse qui vient de poublier des entretiens avec un religieux tibétain.
    - Beigbeder à Jed : « Alors c’est vous ? ». par allusion à Olga, qu’il a « eue ».
    - Mais Jed ne sait pas quoi répondre. Et MH philosophe : « Que répondre, en général, aux interrogations humaines ». Exquis.
    - Croquis rapide de FB. Pas mal.
    - Déconne gentiment : « La littérature, comme plan, c’est complètement râpé », dit-il à Jed, sous entendu. C’est artiste qu’il faut être pour lever les plus belles femmes. Ce gens de choses.
    - Dans la foulée, Jed s’est trouvé « lancé ».
    - Sa prochaine expo est projetée, à laquelle collaborera une attachée de presse, Marylin, qui dit travailler « dans l’humain ».
    - Marylin fait très fort.
    - Titre de l’exposition : La carte est plus forte que le territoire.
    - Marylin gère les médias en championne.
    - Les articles vont gicler.
    - Patrick Kéchichian va délirer dans le genre mystique.
    - On fête l’événement chez les deux tantes sympas.
    - Anthony a un peu forci. MH : « c’était sans doute inévitable, la sécrétion de testostérone diminue avec l’âge, le taux de masse graisseuse augmente, il abordait l’âge critique ». Toujours la note romantique…
    - Où il est question de l’outing décisif de Jean-Pierre Pernaut, décisif pour les cuisiniers…
    - Un mois plus tard, Marylin débarque avec la presse. « On a tout le monde »…
    - Et Marylin repart vers sa destinée obscure de « guerrière »…
    - Considérations de MH sur les effets de mode et les engouements spontanés. (p.89)
    - Le succès de Jed mis en rapport avec celui des cours de cuisine, de la randonnée et des nouvelles créations charcutières ou fromagères, entre autres vins exquis.
    - De la « magie du terroir » et autres tartes.
    - Patrick Forestier, patron de Michelin, convoque Jed et lui déclare : We are a team »…
    - Lui propose de se déployer par lui-même, non sans lui proposer un contrat win-win.
    - Tout ça est finement et rondement mené.
    - Jed découvre ensuite les arcanes de la « formation du prix ».
    - En plaçant se sphotos en ligne, constate qu’il vaut cher : 2000 euros pour du 40x60.
    - Son revenu, entretemps, a dépassé celui d’Olga.
    - Considérations sur les goûts culinaires de l’époque et la préférence pour unecuisine « à l’anciene », qui incite Olga à contacter le directeur du segment Food luxe pour booster la gastro vintage. Exquisite.
    - Jed et Olga vivent plusieurs semaines de bonheur.
    - Souvent trois pages assez carabinées sur l’épicurisme tendance, la « cuisine d’intuition » et toutes ces sublimités coûteuses.
    - Cependant Olga va poursuivre sa vie en Russie, pour développer la présence de Michelin.
    - Elle propose à Jed de la suivre.
    - Mais il met du temps à répondre… (p.103)
    - Le 28 juin, Jed accompagne Olga à Roissy.
    - Se sent un peu démuni.
    - L’impression qu’il va franchir une nouvelle étape.
    - Réflexion sur les relations humaines, où il ne brille pas, et sur la famille.
    - Après lke départ d’Olga, de retour chez lui, son travail récent lui semble compètement vide. Il fiche tout à la poubelle.
    - Des années plus tard, devenu extrêmement célèbre, il dira qu’être artiste a toujours représenté à ses yeux le fait d’être soumis.
    - Il faudrait plutôt traduire : poreux.
    - Soumis à ses intuitions.
    - C’est pour ça qu’il détruit son travail.
    - Forestier, le directeur de la communication de Michelin, n’accueille pas mal la nouvelle.
    - Forestier déplore la mutation d’Olga.
    - Estime que la DG l’a enculé.
    - Les investisseurs étrangers dictent la nouvelle donne.
    - Il encourage Jed à rebondir.
    - Ils ont collaboré win-win…
    - Rien ne se passe pendant les semaines qui suivent.
    - Puis un type, la cinquantaine. L’aiur d’un situationniste belge, le hèle. Un certain Franz Teller, qui se dit galeriste.
    - Attiré par la mutation de Jed.
    - Se présente comme un pur intuitif, puis fait visiter sa galerie à Jed, une ancienne usine de construction métallique.
    - Jed est décontenancé par cette rencontre.
    - En octobre il fait une autre expérience intéressante qui l’amène rue Trudaine, dans le cabinet de son père.
    - Qu’il va retrouver.
    - Pour lui conseiller de se retirer.
    - Ce qui interloque son père : « Mais qu’est-ce que je ferais ? ».
    - Jed aussi vit un mauvais passage en matière de vie végétative.
    - Le souvenir de Joe Dassin, trèps apprécié d’Olga, le tarabuste…
    - Sur quoi, Jed passant devant le magasin Sennelier, va se décider son « retour à la peinture », qui sera très commenté plus tard…
    - Du pur Houellebecq. « Par la suite, Jed ne devait pas rester fidèle à la marque Sennelier »…
    - Ses deux prochaines toiles seront consacrée à un boucher chevalin et à un gérant de bar-tabac. À l’huile…
    - Se lance dans une série de métiers. Très Cavalier cela.
    - Sans rien de nostalgique au demeurant.
    - Cette série va durer sept ans.
    - Il y aura aussi une Aimée, escort girl.
    - Et La conversation de Palo Alto, chef-d’œuvre probable de la série de « compositions d’entreprise ».
    - 22 tableaux réalisés en moins de 18 mois.

    - Deuxième partie
    - Le 25 décembre, Jed décide d’organiser une nouvelle expo.
    - Envoie un mail de relance à Houellebecq.
    - Pui il appelle Beigbeder pour lui demander un service.
    - Ils se retrouvent à la Closerie des Lilas.
    - FB est d’accord de l’aider à s’introduire chez MH.
    - Lui suggère de jouer sur l’argent.
    - MH a été « séché » par son divorce.
    - Lui apprend qu’Olga l’a vraiment aimé.
    - Et qu’elle va diriger Michelin TV, sous l responsabilité de Jean-Pierre Pernaut.
    - Jed quitte Roissy pour Shannon.
    - Réagit à la vision d’une galerie de portraits de célébrités.
    - Se rend donc chez Houellebecq.
    - Qui a choisi l’ « option bungalow » et néglige sa pelouse…
    - Houellebecq s’excuse pour l’état de sa pelouse.
    - En ces lieux depuis trois ans.
    - MH lui offre de la charcuterie.
    - Puis se lance dans une défense fervente du porc « capable d’une affection sincère et exclusive pour son maître ».
    - J’aime beaucoup cet humour au second degré. MH ne craint pas de paraître idiot. Bon point.
    - MH examine ensuite les travaux de Jed et conclut qu’il va accepter.
    - Parle ensuite des radiateurs en fonte, et du parcours de la fonte dans le monde actuel, lié à un drame humain…
    - Jed explique qu’il est revenu à la peinture à cause des personnages.
    - Trouve que la nature morte n’a plus aucun sens depuis la photo.
    - Puis MH propose un dîner au Oakwood Arms.
    - Fait ensuite l’éloge de la Taïlande, qui est plus simple que l’Irlande, « équatorial, administratif »….
    - Puis, comme Jed lui reproche un peu de jouer son rôle, MH annonce qu’il va retourner sans la Loiret. Où il pourrait chasser le ragondin…
    - Ils vont donc dîner. MH parle de la haien qui le poursuit.
    - Parlent des journaux.
    - Puis du retour à la peinture.
    - Jed dit que ce qu’il fait se situe « entièrement dans le social ».
    - Jed lui propose de le payer avec un tableau.
    - MH dit que la seule chose qu’il possède dans sa vie se réduit à des murs… (p.150)
    - Le lendemain, Jed va dans une grande surface puis gagne l’aéroport. Nouvelles considérations sur la topologie du monde.
    - Sur le départ, Jed téléphone à MH pour lui dire qu’il aimerait faire son portrait.
    - Dialogue exquis : « Il y a un jour, une semaine spéciale où vous êtes libre ? ». Et MH : Pas vraiment. La plupart du temps, je ne fais rien… »
    - Franz est emballé par la perspective.
    - Marylin refait surface.
    - La série des portraits fera l’objet de la prochaine expo.
    - Une dizaine d’années se sont écoulées.
    - Il est sorti du circuit de l’art. Et ce sera donc son grand retour.
    - Il retourne ensuite en Irlande.
    - Où MH le reçoit en pyjama rayé gris, puant un peu.
    - Le reçoit plutôt mal. Il a replongé au niveau charcuterie et ressemble à une vieille tortue malade.
    - Très méfiant quand Jed s’approche de ses manuscrits.
    - Plus inattendu que jamais, MH se livre à une apologie de Jean-Louis Curtis. Pour ses pastiches de La France m’épuise…
    - Deux pages sur Curtis (pp.168-168)
    - Suivent des considérations sur les goûts de MH en matière de consommation : à propos des chaussures Paraboot Marcje, de l’ordi Canon Libris et de la parka Camel Legend…
    - Evoquant la disparition de la Parka Legend, MH pleure…
    - Puis l’ « illustre écrivain », comme Houellebecq appelle MH, se livre à diverses facéties, en « vieux décadent fatigué ».
    - Trouve l’idée du portrait « ronflante »…
    - Jed se rappelle ce qu’Olga lui a dit de son regard : un regard intense…
    - MH lui dit que son sentiment d’apartenance à l’espèce humaine diminue de plus en plus. (p.175)
    - Puis MH se livre à une diatribe contre Picasso qui selon lui a une « âme hideuse ».
    - Puis, quand Jed le quitte, il lui dit avec un sourire désarmant qu’il prend la peinture au sérieux…
    - Jed revient par Beauvais.
    - OÙ il « prend du recul »…
    - Suivent des considération, émises par des historiens d’art, sur le portrait de MH par Jed. (Pp. 184-185)
    - Il y est question de l’ « incroyable expressivité » du sujet, avec quelque chose de démoniaque dans la « transe »…
    - Le texte de MH, pour le catalogue, arrive le 31 ocobre. Une cinquantaine de pages contenant des « intuitions intéressantes ».
    - MH qualifie le regard de Jed comme d’un ethnologue.
    - Suit un développement, à propos de leur portrait, sur Bill Gates et Steve Jobs (pp.189-190). Très intéressant ! Cela donne envie de voir le tableau…
    - Le vernissage de l’expo est fixé au 11 décembre.
    - Avant de se pointer à l’expo, Jed se rend dans une grande surface. Bain de foule et d’objets…
    - Se demande s’il n’est pas gagné par un certain sentiment d’amitié pour Houdellebecq.
    - Quand il arrive à l’expo, Marylin lui dit : « Ya du lourd ».
    - Et de fait il y a de l’acheteur international et François Pinault et autres huiles…
    - Patrick Kéchichian en prend pour son grade, dont la dame du Monde refuse l’article genre « cuculterie bondieusarde».
    - La fortune commence de sourire à Jed.
    - Qui a l’air plus ou moins de s’en foutre.
    - Franz lui parle des offres d’hommes d’affaires qui veulent qu’on leur tire leur portrait, comme sous l’Ancien Régime.
    - Jed est toujours décidé à donner son portrait à MH, estimé 750.000 euros.
    - Jed est devenu l’artiste français le plus payé.
    - Mais on sent qu’il en est déjà fatigué. Ce que Franz perçoit.
    - Il va passer Noël avev son père.
    - Dont le cancer du rectum s’est aggravé.
    - « Je peux plus supporter la gueule des êtres humains », lui dit-il.
    - La rencontre est émouvante.
    - Jed raconte longuement la motivation de sa peinture, visant à décrire les rouages de la société.
    - Dit à Jed qu’il ne va pas lui expliquer les causes du suicide de sa mère, vu qu’il n’en sait rien (« Probablement est-ce qu’elle n’aimait pas la vie, voilà tout ») mais précise que le cyanure l’a empêchée de souffrir.
    - Le père n’a connu aucune autre femme, mais il envie de clopes.
    - Que Jed va lui chercher au coin de la rue.
    - Evoque ensuite le temps de la fumée et des grandes discussions, de ses espérances de jeune architecte, de son opposition au fonctionnalisme et de son sentiment d’écolo avant la lettre, de Fourier – très intéressant aperçu. (p.222)
    - Evoque son opposition à Corbu.
    - Très intéressant développement sur William Morris.
    - Distinction entre art et artisanat, sur la ligne de Gropius.
    - Comment il a fini par se résigner à fabriquer des stations balnéaires, qui l’ont enrichi. L’homme des illusions perdues…
    - Le 25 décembre, Olga refait surface.
    - Qui l’infite à une grande réception chez Jean-Pierre Pernaut.
    - Notes gratinées sur la « personnalité visionnaire » de cet apôtre de l’authenticité et des vraies valeurs.
    - Le lendemain, il achète « Les Magnifiques Métiers de l’artisanat », qu’il rapproche de William Morris et de sa notion de « progrès lent ».
    - Divers propos délicieusement pince-sans-tiure sur le monde des médias,
    - Puis il téléphone à Houellebecq, qui vient de couper du bois pendant une heure et se trouve en pleine forme. Lui annionce qu’il va lui amener son portrait…
    - MH a l’air heureux.
    - Réception mahousse chez Jean-Pierre Pernaut,
    - Dont l’hôtel particulier, en Vendée, est gardé par des paysans à fourches.
    - Une dizaine de binious bretons font la musique.
    - Jed n’a jamais vu in si grand appart de sa vie.
    - Il y a là 200-300 invités.
    - Jed a peint « Le journaliste Jean-Pierre Paraut animant un comité de rédaction », un tableau « discret ».
    - Il y a là Patrick Le Lay, Julien Lepers, Pierre Bellemare, Claire Chazal, et le staff de Michelin qui donne le ton…
    - Finalement, Olga ramène chez elle le « petit Français fragile ».
    - Le lendemain Jed, bientôt 40 ans, se réveille auprès d’Olga.
    - « La sexualité est une chose fragile, il est difficile d’y entrer, si facile d’en sortir »…
    - Il se rend compte que c’est fini entre eux.
    - Le portrait de Houellebecq fait partie de sa dernière synthèse.
    - Jed avance par synthèses successives. Très intéressant.
    - Ensuite monte dans son Audi direction le trou de province où Houellebecq se terre.
    - L’écrivain a changé depuis la dernière fois.
    - Il dort dans son ancien lit d’enfant.
    - Il prétend qu’il a essayé d’écrire un poème sur le soiseaux, et qu’il vieillit « tranquillement ».
    - Le remercie pour le tableau.
    - Sans faire autrement attention.
    - « Il me rappellera que j’ai eu une vie intense, par moments ». Tordant.
    - Parle de Tocqueville.
    - Puis de William Morris.

    - Troisième partie
    - Où il est question d’un certain Jasselin.
    - Un flic, dont le collègue Ferber est prostré.
    - Trois gendarmes sont également sonnés.
    - On flaire la scène de crime.
    - À côté d’une « longère ». Et c’est comme ça qu’on a appelé la maison de Houelebecq.
    - Pas mal de mouches sur les lieux.
    - Et de fait, la victime est Michel Houellebecq.
    - Un crime affreux. La victime retrouvée décapitée et en charpie…
    - Suit un peu de documentation sur le commissaire
    - Satire sur le village culturel reconstutué.
    - Avec une rue Heidegger et une place Parménide. Mouais.
    - On est alors en 2011…
    - Jasselin revient aux lieux du crime.
    - Les experts s’activent.
    - La tête de l’écrivain et du chien ont été découpées proprement, par un pro.
    - Suivent quelques pages détaillées sur le commissaire.
    - Longue digression pourquoi ?
    - Digression sur son chien Michou, bichon bolonais…
    - Un peu fastidieux à mon goût.
    - De la stérilité du commissaire et de son chien bichon Michou…
    - Tout ça pas vraiment passionnant.
    - Les flics à propos de MH : « Ce type semblait n’avoir aucune vie privée ».
    - Divorcé deux fois, un enfant qu’il ne voyait pas.
    - L’enquête se poursuit sur la piste médicale.
    - Le lendemain, la nouvelle éclate dans les médias.
    - Tout le monde se dit « atterré ».
    - Teresa Cremisi évoque les ennemis littéraires de MH devant les flics.
    - Puis c’est l’enterrement (p.317), au cimetière du Montparnasse.
    - Dans une concession proche de la tombe d’Emmanuel Bove !
    - MH le présumé athée s’est fait discrètement baptiser six mois auparavant, apprend-on.
    - Les restes très déchiquetés de l’écrivain ont été recueillis dans des sachets et placés dans un cercueil d’enfant.
    - De l’opinion de Jasselin sur les seins siliconés (p.329)
    - Jasselin et sa femme Hélène, économiste, ont d’intéressantes conversations.
    - Jasselin à propos de MH : « Au total, il avait rarement vu quelqu’un ayant une vie aussi chiante ».
    - L’enquête se poursuit dans l’ordinateur de MH.
    - Un « petit vieux» et sympa…
    - Quelques Ex qui témoigneront.
    - On remonte jusqu’à Jed Martin.
    - La mort de MH a surpris Jed.
    - Son père l’a convoqué pour lui dire qu’il a décidé de se faire euthanasier. En Suisse.
    - Jed réagit assez piteusement.
    - Etre l’enfant de deux suicidés ne lui plait pas. Trouve que ça fait beaucoup.
    - Son père le prend mal.
    - Mais lui-même n’éprouve pour la vie qu’ »un amour hésitant ».
    - Jed va comparaître devant Jasselin. (p.348)
    - « La modernité était peut-être une erreur, se dit Jed pour la première fois de sa vue » en avisant le bâtiment de l’Institut à la rotondité inutile…
    - Jasselin lui apprend que MH a été découpé en lanières.
    - Sur les photos, le sol jonché des bouts d’Houellebecq évoque un Pollock. Comique.
    - Jed est assez secoué par le Pollock.
    - Ils se rendent ensemble dans le Loiret, au domicile de MH.
    - Discussion sur le mal (p.358).
    - « Le monde est médiocre », dit Jed, « et celui qui a commis ce meurtre au augmenté la médiocrité dans le monde ».
    - Ils arrivent à Souppes, où l’écrivain a vécu ses derniers jozrs.
    - L’évocation des lieux fait très fort penser à du Ballard.
    - Jed constate aussitôt que son tableau a été volé.
    - Un tableau qui vaut maintenant 900.000 euros.
    - Jasselin conclut que l’affaire est résolue : le vol a été maquillé en crime.
    - On retrouve Jed à Zurich, sur le straces de son pèpre et de l’association Dignitas d’aide au suicide.
    - L’entreprise jouxte un bordel de luxe.
    - Un peu téléphoné, mais on est dans la satire.
    - Jed voit les cercueils sortir à la queue leu-leu du bâtiment de Dignitas.
    - Mais Jed arrive trop tard.
    - « Tout est en ordre », lui dit la réceptionniste. Bien vu ! Il la gifle violemment. Bien fait !
    - Et dire que Ben Jelloun trouve de l’émotion à cet épisode ! Foutaise.


    - Epilogue
    - Quelques mois plus tard, Jasselin part en retraite.
    - Se retire en Bretagne pour jardiner.
    - Fait jurer à Ferber de ne pas laisser tomber l’affaire.
    - L’affaire n’est résolue que 3 ans plus tard, par hasard.
    - Lorsqu’on arrête un trafiquant d’insectes.
    - La piste conduit à un chirurgien collectionneur pervers grave.
    - On trouve chez lui des plastinisations de Von Hagens et le portrait de MH.
    - À présent le tableau vaut 12 millions.
    - Et revient à Jed.
    - Lequel prend congé de son chauffe-eau et s’établit en Creuse à la Candide.
    - Et les années passent.
    - On enterre Beigbeder.
    - L’œuvre de Jed va connaître diverses autres étapes.
    - La France se ruralise de plus en plus vers 2020.
    - Tout est bien.

  • Houellebecq goncourtisé ?

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    Deux mois après sa parution, La Carte et le territoire caracole au top des ventes. Selon Le Nouvel Observateur, le Prix Goncourt lui est acquis. Verdict lundi...

    Michel Houellebecq fut immédiatement remarqué, en 1994, à la parution d’un petit livre percutant au titre suggestif, Extension du domaine de la lutte, annonçant une satire mimétique de la société actuelle obsédée par la réussite sociale, avec de multiples modulations dans la vie quotidienne, au bureau, en ville ou au lit. Observateur aigu des comportements individuels ou collectifs, Houellebecq s’affirma aussitôt par un ton unique, assorti d’un point de vue sur le monde également déjanté, politiquement incorrect à maints égards, plus proche des contre-utopistes à la J.G. Ballard que de ses pairs français. 

    Ces traits se déployèrent  bien plus amplement dans Les particules élémentaires, en 1998, qui firent de lui le véritable «auteur culte» de sa génération, avec la part de frime que peut contenir l'expression, et pas moins  conspué au demeurant qu’adulé. Médium vivant d’une déprime d’époque, Houellebecq passa pour un nihiliste cynique, contre toute évidence. Par ailleurs, le personnage public de l’écrivain, jouant souvent les provocateurs, ne manquait pas une occasion de faire parler de lui.   

    «J’ai la sensation d’avoir participé à des années innovantes et brillantes », déclarait-il dans un entretien avec Paris-Match en 2006. « Ravalec, Dantec et moi, nous avons regardé le monde en face. Cela manquait dans le paysage… ». Or il y a du vrai dans ce rappel de la secousse qui se produisit, en 1994, avec la parution de Cantique de la racaille, de Ravalec, et d’Extension du domaine de la lutte, dans la foulée de Philippe Djian et avant l’expansion de Maurice G. Dantec. En rupture avec le «politiquement correct» de leurs aînés soixante-huitards, ces auteurs, marquèrent une nouvelle façon d’«intervenir» dans les médias, jouant souvent la «provoc». Citant la mort de Guillaume Dustan, autre agitateur extrême, et celle de Philippe Muray, franc-tireur de la pensée critique, comme un double signe de déclin, Houellebecq constatait encore : «On s’est bien amusés, mais la fête est finie. La littérature, elle, continue. Elle traverse des périodes creuses, puis cela revient ».

    Pour Houellebecq, cela ne cessa à vrai dire de «revenir», plus ou moins à son avantage. Entre un procès (en 2006) qui lui fut intenté suite à des termes jugés infamants pour les musulmans (dans le roman Plateforme, où il écrit que « la religion la plus con, c’est quand  même l’islam ») et un recueil épistolaire où il pose, avec Bernard-Henri Lévy, au maudit en butte à toutes les avanies, l’écrivain hyper-médiatisé, et pour le moins consentant, se fit de plus en plus d’ennemis. Ses incursions dans la chanson et le cinéma, mal jugées, ne firent rien pour rehausser sa cote… 

    Parallèlement, son œuvre n’a cessé pour autant de trouver plus de retentissement dans le monde, notamment avec La possibilité d’une île, fascinante saga futuriste jouant sur les avatars du clonage, notamment.

    Enfin, traduit en plus de 40 langues, Michel Houellebecq reste bel et bien le plus marquant des romanciers français du tournant du siècle, en dépit des attaques de tous bords. La dernière en date émane de l’académicien Goncourt Tahar Ben Jelloun, qui condamne (dans La Repubblica) son nouveau roman en termes aussi vagues que définitifs. Pour ne citer qu'un exemple, après l'avoir dénigré dans les grandes largeurs, Ben Jelloun concède le fait que la mort du père du protagoniste, euthanasié à Zurich, est un moment réellement émouvant. Or, s'il y a de l'émotion dans la fin du père de Jed Martin, c'est dans leurs ultimes relations entretenues dans un mouroir de la région parisienne et sûrement pas à Zurich, où le père meurt seul au dam de son fils arrivé trop tard. On espère que tous les Goncourt ne sont pas aussi désinvolte, mais il y a fort à parier que ce premier tir de barrage en annonce d'autres...

     

    Ainsi va toute vie humaine…
    Lorsque Jed Martin, artiste contemporain venu de la photo (par son grand-père), de l’architecture (par son père) et de la vie difficile (par sa mère suicidée), entreprend de faire le portrait de l’artiste millionnaire Jeff Koons et de son pair milliardaire Damien Hirst, il peine. Il va même piétiner et lacérer cette toile, alors que d’autres de la même veine, dont le portrait de Michel Houellebecq, lui vaudront de devenir l’un des artistes français les plus cotés de l’époque.
    Depuis qu’il a commencé de dessiner, avant de passer à la photo de boulons et de clefs anglaises, puis à la prise de vues en relief démarquées des cartes Michelin, Jed s’est ingénument ingénié à représenter les objets du travail humain, puis des acteurs de ce travail dans sa série des métiers simples, avant sa représentation des célébrités jouant le grand jeu actuel de l’activité mondiale, de Bill Gates à Steve Jobs. Or, ce qu’il n’a pas prévu, c’est que ses tâtons artistiques le propulsent soudain au premier rang du marché de l’art, comme Houellebecq s’est retrouvé au top de la notoriété littéraire mondiale.
    Tout cela qui n’est à peu près rien au vu du vieillissement de chacun et de l’évolution du monde, où les Chinois investissent le tourisme rural de France profonde, dont l’agriculture repique vers 2020 alors que les immigrés vont chercher meilleure fortune ailleurs…
    Portrait d’un « enfant du siècle » mêlant clairvoyance réaliste et bonne volonté, dans le sillage d’un père résigné à ne pas accomplir ses grandes espérances, La carte et le territoire est à la fois une satire carabinée de tous les simulacres sociaux (l’impayable réception chez Jean-Pierre Pernaut) et des joyeuses impostures de la culture, où une toile se vend soudain 12 millions d’euros comme par magie.
    Plus que dans les romans précédents de Michel Houellebecq, qui reste un incomparable observateur des mécanismes sociaux, ce roman « travaille » les liens affectifs fondamentaux (à commencer par les retrouvailles de Jed avec son père, mais également dans son approche des personnages féminins) et l’interrogation douce-amère sur le sens de nos destinées. Sauvagement assassiné avec son chien en 2016, l’auteur joue magnifiquement, enfin, avec les clichés littéraires au goût du jour (dont ceux du thriller gore) tout en développant une méditation mélancolique sur nos fins humaines. On notera enfin que le Michel Houellebecq du roman, avant que son corps décapité ne se fasse découper en longues lanières, se fait discrètement baptiser catholique. Pour démentir Tahar Ben Jelloun qui le taxe de mégalomanie aggravée, Houellebecq enterre son clone littéraire avec une certaine discrétion, au cimetière de Montparnasse, dans un cercueil d'enfant qui suffit à contenir ses pauvres restes...
    Michel Houellebecq. La carte et le territoire. Flammarion, 428p. 
     

  • Ceux qui remettent ça

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    Celui qui ne s’est jamais laissé abattre / Celle qui revient de plus loin qu’on ne croit / Ceux dont les bleus sont autant de médailles / Celui qui repart comme en 40 à sa drôle de guerre / Celle qui brode sa vie au point de croix / Ceux qui ne manqueraient pas un ancien épisode de Derrick repris à la télé / Celui qui passait alors pour le meilleur coup de Lisbonne ce qui lui fait une belle jambe à la veille de son amputation / Celle qui peut témoigner de la vaillance du bel Antonio qui pouvait remettre ça 7 fois ce qu’elle le laissait faire tout en lisant son New Yorker peinard / Ceux qui ne vous remettent pas / Celui qui se remet à ne plus boire / Celle qui n’en revient pas de n’être jamais partie / Ceux qui remettent à jamais voire à plus tard / Celui qui se rapasse tous les 78 tours du Chaliapine de la grande période avant qu’il ne boive / Celle qui se remet à pleurer comme la mousson à pleuvoir / Ceux qui pensent Chine et Indochine pour relativiser leurs mécomptes / Celui qui a constaté que les mécomptes faisaient fuir les amis qui ne comptent pas / Celle qui a tout remis dans la remise / Ceux qui ont vu brûler la remise dans laquelle Aglaé avait remis tous les papiers de l’héritage / Celui qui a remis son costime de communiant pour aller commettre la fornication dans une maison spécialisée du canton d’à côté / Celle qui se remet à sangloter rien qu’à l’idée que Johnny ne puisse pas se remettre / Ceux qui ont mis les clefs de la réussite à leurs fils aînés sans leur dire où qu’était la serrure / Celui qui a repris le droit chemin en attendant mieux / Celle qui tremble à l’approche de celui qu’elle désire ah que la vie est compliquée Daisy / Ceux qui ont connu la tramelote nommée Daisy / Celui qui remet sa camelote dans le circuit / Celle qui fait la chèvre dans le film osé évoquant Les amours de M. Seguin / Ceux qui se remettent à déconner grave / Celui qui préfère le cresson et Monteverdi / Celle qui garde ses lunettes pendant le gang bang / Ceux qui arrêtent de déconner allez faut qu’on aille gouverner, etc.

    Image : Philip Seelen

  • Lionel Baier voit double

    Baier.jpgÀ voir aujourd'hui au cinéma Capitole, à Lausanne, sous l'égide de la Cinémathèque: deux nouveaux films de Lionel Baier. À 19h, Toulouse, et à 21h. Low Cost (Claude Jutra), découvert cet été au Festival de Locarno. Deux projections en présence du réalisateur. Entrée gratuite, sur réservation...



    Commencé en juin dernier, achevé à la veille de sa projection par l’auteur dans sa chambre d’hôtel à Locarno, Low cost, entièrement tourné avec un téléphone portable, durant une dizaine d'année, constitue plus qu’une performance acrobatique : un véritable poème cinématographique, à la fois rapide et léger, mais non moins grave et juste dans son évocation du bilan existentiel prématuré d’un protagoniste (David Miller) averti de la date de sa mort.

    Ce David est un avatar évident de Lionel Baier, mais le petit jeu des identifications est sans importance dans ce chant à la mémoire s’efforçant de capter la beauté fugace du monde et de rassembler les images d’une vie ressuscitée magiquement par le cinéma.

    De Cabourg (!) à Lausanne et de Paris à certain pont de Montréal d’où Claude Jutra, le cinéaste quebecois atteint d’Alzheimer s’est jeté, au fil de rencontres (le frère de David, sa mère, un ancien ami, un stoppeur, d’autres encore), de remémorations et de séquences multipliant les effets de réel, sans oublier la superbe bande-son (peut-être juste un peu trop belle par rapport au grain de l’image, a remarqué Renato Berta dans le débat suivant le film…), Lionel Baier est parvenu à transcender les limites de son outillage minimal au fil d’une narration éminemment cinématographique.

    À la réflexion sur le « bon marché » de nos vies, qui le « retourne » bonnement par le truchement de l’attention poétique à l’instant, s’allie une sorte de ressaisie phénoménologique du prix de la vie, précisément, pleine de tendresse et d’humour aussi. Bien plus abouti que le même exercice accompli l’an dernier par Pippo Delbono, Low Cost (Jutra) nous emmène plutôt, sans imitation ni pastiche, du côté du dernier Godard de Film socialisme ou d’Alain Cavalier dans son Filmeur, avec une patte vive qui n’est que de Lionel Baier, poète de cinéma… 


  • La furia d'un jeune écrivain

    Meyer3.jpgÀ propos de Wagner ≠ 1  de Sébastien Meyer, jeune auteur et éditeur romand qui en veut.

     La lecture de ce petit livre ardent et pur de Sébastien Meyer, âgé de 22 ans, m’a rappelé une phrase fameuse de Paul Nizan, qui amorçait ainsi son premier récit Aden Arabie, en  1931 : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie ».

    Cette phrase nimbée de sombre romantisme, à nos vingt ans de soixante-huitards, nous parlait toujours alors que les vingt ans de Paul Nizan, vers  1925, l’avaient vu passer du premier parti fasciste français, du genre socialiste-révolutionnaire, au parti communiste avec lequel il rompit en 1939 à la signature du pacte germano-soviétique, désormais considéré comme un traître, vilipendé par Aragon et consorts, pour être tardivement réhabilité à la fin des années 1970, dix ans avant la naissance de Sébastien Meyer…

    Or curieusement, malgré tout ce qui sépare évidemment des jeunes gens de 1925, 1968 et 2008, et sans réduire pour autant ce qui les rapproche à « la jeunesse », la citation de Paul Nizan m’a semblé retrouver sa pleine validité au fil du récit d’Alexandre Wagner, jeune révolté immédiatement campé en posture d’échappée par un premier message jeté à la machine à écrire sur un bout de papier : « Une chose était certaine : je ne pouvais pas rester. Il fallait partir. Fuir ».

    D’emblée en effet sont opposées une vie faite de «trop de défaites accablantes » et de « réussites insipides », et l’alternative d’une existence « intense et vibrante jusqu’à l’agonie, jusqu’à l’épuisement total, jusqu’à l’anéantissement absolu ».

    Or c’est à proportion de l’intensité de son élan vers ces grandes notions abstraites – que ses aînés projetaient dans les idéaux politiques et les utopies diverses –, que notre solitaire  incarnera bel et bien son impatience de vivre « autrement ».

    Survivant  en traduisant des textes pour le Courrier international, Alexandre se trouve en contact permanent avec le monde comme il va, ou plutôt ne vas pas. Toute velléité révolutionnaire retombée, il imagine cependant l’alternative d’une réalité microsocpique  plus habitable, où il puisse « chorégraphier» son présent. Cette intuition d’une vie « dansée » sera d'ailleurs déterminante dans son futur proche, alors qu’il se rend compte que seuls les autres le tireront de son impasse stérile. Mais que faire « avec des secs, avec des graves, avec des étriqués », et comment se contenter des errances d’un « vulgaire prédateur des nuits alcoolisées » ?

    Or voici que quelques rencontres, d’une première Ludivine le poussant au bout de ses retranchements sensuels, puis d’un groupe fusionnel de danseurs, fille et garçons, et d’une femme plus âgée - cette Maud étonnante de présence qui a la vie derrière elle et l’aide à se libérer de son carcan de cérébral tourmenté -, vont le pousser à se révéler à lui-même en s’affirmant et plus encore : en s’incarnant bonnement.

    Tant par la dégaine du livre, relevant de l’artisanat sommaire (plus de rigueur dans les corrections ne gâterait rien, et l’on aimerait bien savoir de qui sont les lavis qui l’illustrent…), que par son contenu, Wagner ≠ 1  séduit et impressionne par une sorte d’affirmation d’indépendance d’une complète fraîcheur, qui n'exclut ni la gravité ni des pointes d'humour toniques. Surtout, il y a là un vrai talent qui a fait de grands pas après un premier livre, une vraie rage de survivre et de s’exprimer, quelque chose qui sent bon la littérature et le bel âge retrouvé de nos éternels vingt ans, sans la moindre nostalgie pour autant.

    Meyer1.JPGSébastien Meyer. Wagner ≠ 1. Editions Paulette, 102p.

  • Femina raffiné

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    Ces dames choisissent La vie est brève et le désir sans fin,  au 6 e tour.

    C’est en beauté que le coup d’envoi  des grands prix littéraires de l’automne parisien a été donné hier, avec l’attribution du Prix Femina à Patrick Lapeyre, pour un roman déjà célébré par la critique : La vie est brève et le désir sans fin, paru aux éditions P.O.L. Dans la foulée, on relèvera ce nouvel hommage rendu à l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, dont la maison fut gratifiée du Goncourt en 2008 avec Terre de patience d’Atiq Rahimi.

    Or c’est également dans le registre de la sensibilité poétique raffinée que se situe le nouveau roman de Patrick Lapeyre, déjà connu du public. De fait, rappelons que L’Homme-sœur, paru en 2004, lui valut le Prix du Livre Inter et qu’il devint best-seller.  

    Variation sur le thème de la passion mimétique et obsédante que deux hommes vouent à la même femme, qui ne voit aucun des deux l’aimer comme elle le désirerait, La vie est brève et le désir sans fin vaut part son thème autant que  par la subtilité de son élaboration et la qualité, « proustienne », de son écriture fluide, limpide, suggestive et comme nimbée de mélancolie.  

  • Besoin d'Amériques

     

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    Que se passe-t-il ?  Et comment le dire ? Que nous arrive-t-il ? Qu’est-ce que le monde actuel ? Comment le décrire ? Que faire ?

    Meyer3.jpgTelles sont les questions de toujours qui se reposent aujourd’hui aux écrivains de tous âges et de partout. D’un début de siècle à l’autre, le Que faire ? lancé en 1902 par Lénine se charge cependant d’un nouveau sens après la faillite des idéologies totalitaires et des utopies tous azimuts, alors que tout semble se relativiser dans l’universel micmac. Ainsi tel petit livre tout récent, du plus jeune de  nos écrivains, Sébastien Meyer, vingt ans et des poussières, relance-t-il la question avec la candeur impatiente d’un enfant du siècle : « Que nous reste-t-il ? Que reste-t-il à faire qui n’ait déjà échoué ? »

    Lui répondrons-nous, comme tant de désabusés, que tout a déjà été fait, dit et écrit, et que plus rien n’est à attendre désormais ? Et pourquoi lui accorderions-nous la moindre attention ? Y aurait-il donc encore quoi que ce soit à découvrir ? 

    Ya t-il encore des Amériques à découvrir ?

    C’est la question qui me revient avec la déferlante de chaque nouvelle rentrée littéraire, et cet automne 2010 l’aura relancée avec une ironie particulière puisque les traductions de l’américain y foisonnent en effet et que Prix Nobel de littérature est revenu au Péruvien Mario Varga Llosa. Mais les Amériques que nous rêvons encore de découvrir se bornent-elles à la littérature du Nouveau-Monde ? Sûrement pas !

     

    Douna21.jpgC’est ainsi que, ce matin d’été indien, l’une de mes découvertes porte le nom de Douna Loup, dont le premier roman, L’Embrasure, m’a ramené  au seuil de mes Amériques, quand à seize ans j’ai commencé de lire, trouvé par hasard dans la bibliothèque familiale, ce gros bouquin dépenaillé, paru chez l’éditeur lausannois Marguerat et dont le titre, La Toile et le Roc, me semblait ne vouloir rien dire et m’attirait pour cela même,  aussitôt captivé par la prose de ce Thomas Wolfe dont j’ignorais tout, et rebondissant bientôt à la vitesse des mots destination New York où grouillaient de toute évidence le vrai monde et la vraie vie.

    Douna Loup m’a tout de suite rappelé en outre, fût-ce à sa petite échelle de débutante,   les  Amériques de Céline et de La Bouche pleine de terre de Branimir Scepanovic, les Amériques de Paul Morand et d’Agota Kristof, avec ses mots précis et inattendus , ses mots enfilés sur des cordes tendues ou des lianes souples, ses mots et ses phrases qui vont direct au corps et au cœur et à l’esprit et à l’âme puisqu’il y a à n’en pas douter une âme derrière les mots ou au bout des mots, avec autant de mystère.

    La forêt du chasseur de Douna Loup m’a tout de suite rappelé la forêt de La Bouche pleine de terre, surtout quand le chasseur découvre celui qui s’est laissé mourir sous les arbres par goût de l’absolu.

    Or cette forêt où s’enfuir se retrouve dans le petit livre de Sébastien Meyer dont le protagoniste aspire à « poursuivre le rêve d’une existence intense et vibrante jusqu’à l’agonie, jusqu’à l’épuisement total, jusqu’à l’anéantissement absolu ».

    Kerangal.jpgEt la même forêt magique nous attend aussi au cœur des ténèbres incandescentes de Naissance d’un pont, dernier roman paru de Maylis de Kerengal, peut-être le plus beau livre français de cette année, dont la ville à la fois hyper-réelle et mythique , au bord du fleuve et au seuil de la forêt, dans le désordre organisé des hommes et sous le ciel immense, brasse le goût et le dégoût des hommes entre l’immanence et l’absolu.

    Mes  Amériques sont en effet liées à ce goût de l’absolu qui brasse les saveurs et le dégoût du monde, et c’est ce goût des choses rendu par les mots que vivifie immédiatement l’écriture inouïe (au sens propre de jamais entendue) de Douna Loup et de Maylis de Kerangal , ce goût des mots qui ont du fruit et de la bête dans ce monde où tout a un nom précis, jusqu’au mystère.

    °°°

    Ramuz1 (kuffer v1).jpgVous commencez de lire Aline de Ramuz - ce serait votre  Amérique de naguère -, vous vous  lancez à dix-huit ans et des poussières dans ce premier roman d’un tout jeune homme aussi, et vous vous  le rappellez comme de ce matin : c’est ça, c’est là, c’est comme ça, la vie, la beauté et la cruauté de la vie sont comme ça, la vie de cette jeunote de peu qui s’amourache du fils du notable du coin, lequel  la saute, l’engrosse et l’abandonne, la poussant finalement au suicide -  c’est l’histoire de toujours et de partout, comme Roméo et Juliette à Vérone ou au village, tout ce qu’on apprend en rêvant d’Amérique pour buter sur la réalité qui est, en somme, le grand sujet de L’Embrasure et de Naissance d’un pont, la beauté et la cruauté de la vie et peut-être l’amour là-dedans qui se faufile comme la biche au bois.

    Flannery.gifTrois sacrées bonnes dames nous ont beaucoup appris de la réalité, je veux dire : ces bonnes dames d’Amérique qui ont pour nom Flannery O’Connor, Patricia Highsmith et Annie Dillard, toutes trois réalistes à mort et suivant, chacune à sa façon, les voies impénétrables de la poésie : par le frénétique et joyeux exorcisme du mal dont  la sainte et diabolique Flannery s’était fait la sarcastique spécialiste, par l’attention panique et médiumnique à la médiocrité quotidienne de la « poétesse de l’angoisse » que fut Patricia Hisghmith, selon le mot de Graham Greene, ou par la pénétration spirituelle et religieuse de tous les paradoxes de la nature animale, humaine ou cosmique telle que l’exerce la pensée inspirée d’Annie Dillard.    

    Notre besoin d’Amériques est un besoin vital de poésie qui est aujourd’hui nié par les bruyants, les distraits, les inattentifs que nous sommes tous plus ou moins. Cette poésie est immédiatement perceptible dans toutes les nouvelles de Flannery O’Connor, dans Les braves gens ne courent pas les rues ou dans Mon mal vient de plus loin, comme elle l’est dans l’épopée quasi légendaire  des Vivants d’Annie Dillard, dont les pionniers réapparaissent dans Naissance d’un pont, dans les milliers de pages de Thomas Wolfe évoquant à la fois l’Ancien Testament et préfigurant la Trilogie américaine de Philip Roth, ou dans celles de Paul Morand dressant New York devant nous, dans la transe musicale du Voyage au bout de la nuit ou dans la fuite éperdue du désespéré de La bouche pleine de terre dont la sombre fable renvoie à celles de Faulkner.

    Powys2.jpgTout communique sur la planète Littérature : tout n’est certes pas égal mais on peut s’imaginer qu’un seul livre se tisse par tous, qui raconte notre histoire commune, ainsi que l’exprimait John Cowper Powys : « Un homme peut réussir dans la vie sans avoir jamais feuilleté un livre, il peut s’enrichir, il peut tyranniser ses semblables mais il ne pourra jamais voir Dieu, il ne pourra jamais vivre dans un présent, qui est le fils du passé et le père de l’avenir, sans une certaine connaissance du journal de bord que tient la race humaine depuis l’origine des temps et qui s’appelle la Littérature.

    °°°

    Le toujours incontournable Ramuz, rejetant toute idée d’une littérature nationale découlant d’une idéologie identitaire exclusive et fermée sur elle-même, n’en revendiquait pas moins, à la fin de la méditation fondatrice de Raison d’être, datant de 1914, la légitimité d’une littérature où l’ici et le maintenant ne fussent pas bornés par des frontières et autres drapeaux. « Mais qu’il existe, une fois, grâce à nous, un livre, un chapitre, une simple phrase qui n’aient pu être écrits qu’ici, parce que copiés dans leur inflexion sur telle courbe de colline ou scandés dans leur rythme par le retour du lac sur les galets d’un beau rivage, quelque part, si on veut, entre Cully et Saint-Saphorin, - que ce peu de chose voie le jour et nous nous sentirons absous. »

    Moeri2.jpgOr il me plaît, en ce matin d’été indien, de marquer un fort contraste de générations et de mentalités en reliant ce « beau rivage » de Ramuz à l’actuel bourg lacustre de Cully où se passent, précisément, les épatantes nouvelles de Tam-tam d’Eden d’Antonin Moeri, à vrai dire fort peu soucieux de s’en tenir au « peu de chose » poétique de Ramuz, pour traiter une matière en somme «mondialisée», comme le fait aussi Jean-Michel Olivier dans L’Amour nègre. De fait, c’est bien loin de ce qu’on a appelé « l’âme romande », dont Ramuz a été le supérieur parangon avec Gustave Roud, que ces auteurs évoluent désormais, ces deux-là brillant particulièrement dans l’observation « panique » de la société contemporaine telle que la pratiquent un Bret Easton Ellis, dont L’Amour nègre s’inspire assez clairement, ou un Michel Houellebecq, duquel Antonin Moeri est également proche.

    Que se passe-t-il autour de nous ? Quelle mutation se prépare - quelle régression ou quelle avancée dont la littérature établie, notamment française, ne dit à peu près rien ? Mais aussi, qu’attendre des graves Cassandre qui concluent à la nullité de tout ce qui s’écrit aujourd’hui, tirant derrière eux l’échelle sacrée ?

    Après avoir lu Naissance d’un pont de Maylis de Karanval et  L’Embrasure de Douna Loup, comme en lisant Tam-tam d'Eden d’Antonin Moeri et L’Amour nègre de Jean-Michel Olivier, après avoir lu La carte et le territoire de Michel Houellebecq, je me suis dit ce jours, et je me le répète ce matin d’été indien : qu’il nous reste décidément des Amériques à découvrir – un vif besoin d’Amériques.

     

    Ce texte constitue l'ouverture-manifeste de la prochaine livraison du journal littéraire Le Passe-Muraille. No 85, novembre 2010. Consultez notre site et abonnez-vous: http://www.revuelepassemuraille.ch/

      Image: Philip Seelen

     

     

     

     

  • La nuit maudite

    LocarnoPasolini.jpgLa notte quando è morto Pasolini, de Roberta Torre. (Italie).
    Tandis qu’un employé des archives criminelles romaine déballe les sacs de plastique remplis des derniers vêtements portés par Pier Paolo Pasolini la nuit où il fut massacré, un quinquagénaire à gueule carrée et grêlée, du nom de Pelosi, raconte ce qu’il a vu et vécu en sa qualité de dernier partenaire nocturne du grand cinéaste et poète. On sait aujourd’hui que le personnage n’a pu être seul impliqué dans le meurtre de Pasolini. Sa rétractation complète, après des années de prison, et les accusations qu’il porte aujourd’hui, longtemps après la mort des probables coupables, contre les vrais assassins qui le terrorisèrent avant de le livrer aux flics, reste entourée de mystère. Son témoignage n’est est pas moins troublant et même bouleversant quand il détaille la scène du lynchage de l’artiste maudit. Plus encore, l’art de Roberta Torre sublime le seul document.

  • La poésie irrécupérable

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    Pasolini en dialogue posthume. En mémoire de la terrible nuit du 1er novembre 1975...

    «Je sais que la poésie n’est pas un produit de consommation ; je vois bien ce qu’il y a de rhétorique dans le fait de dire que même les livres de poésie sont des produits de consommation, parce que la poésie au contraire échappe à cette consommation. Les sociologues se trompent sur ce point, il leur faudra le reconnaître. Ils pensent que le système avale et assimile tout. C’est faux, il y a des choses que le système ne peut ni assimiler, noi digérer. Une de ces choses, je le dis avec force, est la poésie. On peut lire des milliers de fois le même livre de poésie, on ne le consomme pas. Le livre peut devenir un produit de consommation, l’édition aussi ; la poésie, non »…

    Ainsi parlait Pier Paolo Pasolini en 1969 à New York, répondant aux questions pertinentes de Giuseppe Cardillo, dans un entretien traduit par Anne Bourguignon et qui constitue un document réellement éclairant, à la fois sur la démarche de l’écrivain-cinéaste et sur l’esprit de l’époque.

    Cela me semble en effet très « époque » de s’attacher pareillement au caractère irrécupérable de tel ou tel objet de création, et de privilégier ainsi « la poésie ». Mais il faut lire l’entier de l’entretien, et le rapporter à l’ensemble de l’œuvre et aux réflexions de cet artiste cherchant à tout moment à « théoriser » le magma de sa complexion éminemment contradictoire en butte au chaos du monde, pour mieux saisir la tournure de cette affirmation, qui vaut autant dans la postérité de Rimbaud et Baudelaire que dans celle d’Antonio Gramsci.  

    Ce présent entretien fut capté lors du deuxième voyage de Pasolini aux States, après une premier contact en 1966 qu’il vécut avec enthousiasme, fasciné par la ville et saisi « par la ferveur morale de la contestation américaine en marche et par la découverte d’une forme d’esprit démocratique, inexistante en Italie ». En 1969, après une activité artistique intense (notamment avec Théorème et Porcherie) et de vifs démêlés idéologico-politiques liés à sa critique de la « fausse révolution » en Italie, Pasolini se trouve dans une période de remise en question dont les tenants socio-politiques (sa déception de marxiste assistant, à l’avènement d’une société consommation nivelant à peu près tout, et notamment le peuple du sous-prolétariat qui inspira ses premiers livres, dont Ragazzi di vita, et ses premiers films, au nom du bien-être généralisé) et les aboutissants éthiques et artistiques sont clairement détaillés. S’il y avait du militant « éducateur » et du provocateur chez Pasolini, c’est en poète, « irrécupérable » selon lui-même, en artiste polymorphe, que Pasolini s’exprime ici : sur le cinéma (et plus précisément celui de Godard, qu’il admire sans partager ses options esthétiques), sa conception religieuse de la réalité (hors des églises et même de la foi), les parfums de son enfance, sa première conscience politique (éveillée par la condition des paysans frioulans) et, surtout, l’importance radicale, voire sacrée, du style, à propos duquel il dit une chose à mes yeux essentielle, à la fois au regard de son œuvre et d’une approche incessamment irrécupérable de la réalité, tous genres confondus du moment que la poésie éclaire nos « minutes profondes » en toutes langues et formes : « Voilà la grande affaire : la réalité est un langage. Pour moi, je vous l’ai dit, la réalité est hiérophanie – elle l’est de façon sentimentale et intuitive – et si vous suivez mon raisonnement, tout est étrange, la réalité n’est plus une hiérophanie mais une hiérosémie, autrement dit un langage sacré »…

    L’inédit de New York, entretien de Pier Paolo Pasolini avec Giuseppe Cardillo. Traduit de l’italien par Anne Bourguignon. Préface de Luigi Fontanella. Editions Arléa, 92p.