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  • Chienne de vie

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    …Et les renards alors ? Y chient pas les renards - et les renardes tant qu’à faire ? Et les nécureuils ça fiente pas partout les nécureuils ?  Et les lynx ? Y a plein de lynx sur ces hauts et tu crois qu'y aurait des chiottes de lynx ? Et les daims et les dindes sauvages ? T'as déjà senti ce que ça chelingue la crotte de dinde sauvage ? Et le loup qui revient comme les Roms, ça chie pas,  le loup et les Roms ? Eux qui disent que les Roms valent pas les chiens, là j’y pige vraiment plus rien…
    Image : Philip Seelen

  • Tous frères comme ça

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    Lettres de l’Imagier (3)

    Paris, ce lundi 12 janvier 2009.

    Vieux frère,

    Je travaillais samedi à la vente de toutes ces Unes quotidiennes, ivres de nouvelles terribles en provenance de Terre Sainte, au kiosque du boulevard des Filles du Calvaire, appartenant à mon ami Fathi.

    Fathi, un fils de Djerba La Douce. Il y a 25 ans son père, petit agriculteur, bon chasseur de lièvre, mais sans ressource suffisante pour sa grande famille, l'encouragea au voyage pour la riche France.

    L'employé d'épicerie qu'était devenu Fathi après l'école, se résolut, l'âme déchirée, à suivre les conseils de son père et à embarquer sa petite famille pour ce dur, ce si triste voyage vers le Septentrion tant vanté, ce Royaume de l'Exil, là où sortent de terre les blancs frigidaires, les cuisinières à gaz et les belles Peugeot (prononce Pijot) 404 d'occasion.

    Installé avec sa famille dans un deux pièces-cuisine à la Rue de Suez, accroché dix-huit heures par jour au comptoir d'une épicerie de la grande chaîne parisienne de l'Arabe du Coin, dite aussi des Dépanneurs, il apprit à vivre à Paris plus chichement qu'à Djerba, mais sans jasmin et surtout sans ses amis îliens de son enfance.

    Panopticon112.jpgAprès 20 ans d'épicerie, Fathi saisit l'opportunité d'investir ses économies dans l'achat du fond de commerce d'un kiosque à journaux de la chaîne des NMPP. Gagnant à peine l'équivalent d'un salaire minimum avec revues de cul, peoples et quotidiens, il améliore l'ordinaire pour payer les études des gosses avec des activités dont il cache subtilement l'existence et la nature.

    C'est devenu un ami, on se raconte nos secrets, nos peurs et nos doutes, son humour et son sourire de djerbien sont blindés à toute épreuve. Fathi est profondément croyant:

    Pour les musulmans, « Le meilleur jour dans lequel le soleil s’est levé, c’est le vendredi: c’est le jour où Adam a été créé, le jour où il a été introduit au Paradis et le jour où il en a été chassé. En outre l’Heure de la résurrection ne peut être que le vendredi ».

    Donc tous les vendredis Fathi est à la prière. Il ferme le kiosque s'il ne trouve personne de confiance pour le remplacer. Avec le temps et la profonde sympathie que nous éprouvons l'un pour l'autre, j'ai fini moi aussi certains vendredis derrière le comptoir. En échange de quoi je peux lire gratuitement tous les journaux et les revues à ma disposition.

    Une tradition aussi que nous respectons dans notre pacte méditerranéen d'échange amical, c'est le poulet rôti hebdomadaire, ou le couscous que nous partageons installés assis de guingois entre les présentoirs de presse.

    Et ce samedi c'est ce poulet que nous avons partagé. Ce poulet je l'achète chez mes amis David, Daniel et Joseph, juifs pratiquants, qui tiennent un tout petit magasin-cuisine où ils préparent les plats qu'ils vendent en respectant leכשרות המטבח והמאכלים, autrement dit le kashrout hamitba'h vèhamaakhalim qui est le terme désignant le code alimentaire du judaïsme.

    Panopticon244.jpgC'est Fathi qui m'a fait connaître ces trois compères, en exil de Méditerranée eux aussi. Fathi leur fait confiance pour respecter les règles de l'abattage rituel, confiance qu'il n'accorde guère aux poulets rôtis des boucheries Halâl de l'avenue qu'il soupçonne de tricher sur la provenance, en toute complicité avec les autorités françaises de contrôle.

    Donc c'est ce poulet cuisiné selon le respect juif de la Cacherouth que nous partagions lorsqu' a surgit la foule de l'immense manifestation de protestation contre les massacres commis à Gaza par l'armée et le gouvernement d'Israël.

    Habitué de ce type de situation, Fathi interrompit nos agapes pour mettre à l'abri des vandales son gagne pain quotidien. La foule s'écoula heurtant sans gêne les parois du petit kiosque, transformé en un frêle esquif, au milieu de la tourmente humaine.
    Fathi faisait profil bas. Il m' enjoignit avec autorité de cacher la presse arabe ainsi que la Tribune Juive et les Actualités Juives. Je ne l'avais jamais vu dans cet état de crainte panique. Soyons prudents, se justifia-t'il, au cours d'une de leur manif ils m'ont détruit mes présentoirs, enragés de voir presse arabe et presse juives côte à côte. Ils m'ont traité d'Arabe collabo. Mais la suite s'est bien passée. Le calme est revenu autour du kiosque après une heure ou deux.

    Le poulet était froid. Je suis parti chez le Kurde du "sandwich grec" d'à côté, pour faire réchauffer notre volatile refroidi. Dans sa boutique, Dirsîm regardait les dernières nouvelles de Gaza sur son écran plat tout en réchauffant mon poulet."Y en a encore que pour ces satanés Arabes palestiniens. Quand l'armée turque bombarde et massacre un village du kurdistan, on n’en voit pas une seule image. C'est normal l'Europe et maquée avec les Turcs. Nous et notre tragédie on nous oublie. Nous sommes sacrifiés sur l'autel du fric et du commerce."

    En traversant le boulevard, je croise un groupe d'une vingtaine de femmes tout de noir vêtus, elles reviennent de la manifestation. Elle brandissent encore à l'adresse de badauds des pancartes "Israël-Palestine" "L'occupation qui tue nos deux peuples" "Les femmes en noir". Je m'adresse à l'une d'elle qui se déclare juive et israélienne et s'empresse de m'expliquer que le Groupe Femmes en Noir est né sur une place de Jérusalem Ouest en janvier 1988, au début de la première intifada, de la rencontre de sept femmes israéliennes, parmi lesquelles la féministe et pacifiste, Hagar Roublev, malheureusement décédée depuis.

    Elles ont choisi le silence et le noir pour protester contre l'occupation militaire de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, décidée par le gouvernement israélien. Ce choix de manifester en noir et en silence s'est inspiré des pratiques d'autres femmes dans d'autres luttes au monde: les femmes sud-africaines contre l'Apartheid, les mères et grand-mères de la place de Mai, qui chaque semaine en Argentine, manifestent pour leurs enfants et petits-enfants disparus.

    L'idée d'une manifestation en silence et vêtues de noir, avec des pancartes, des symboles en forme de main, avec le slogan "Stop à l'occupation", s'est répandue spontanément dans plusieurs villes israéliennes. Cette forme de protestation symbolique - non-violente est typiquement l'oeuvre des femmes. Tous les vendredis en Israël, des femmes en noir continuent à manifester contre la violence de leur gouvernement, pour réclamer des solutions politiques pacifiques et pour témoigner de leur espoirs de paix. J'embrasse cette belle femme, qui me rend chaleureusement mon accolade.

    Le poulet de nouveau à moitié froid, je retrouve Fathi qui a préparé un thé à la menthe et des pâtisseries, Aboubakar le Nigéria n vendeur du Monde à la sauvette nous a rejoints avec Jorgan, le juif marocain, boutiquier juif d'en face, tous les deux commente avec passion le dernier tiercé, Jorgan est heureux il a gagné 200 euros, et Boubakar perdant mais complice lui balance sa face pleine de sourires.

    Gaza4.jpgDe retour à l'Allée Marc Chagall j'ai découvert sur mon ordinateur toutes ces images témoignant du supplice des enfants de Gaza. J'ai regardé longtemps couler mes larmes devant le miroir de la salle de bain, avant de me décider à faire un choix parmi des centaines d'icônes plus terribles les unes que les autres.

    Un samedi comme un autre de la vie à Paris.

    La Seine te coule un doux salut.
    Philip.


    Images : Philip Seelen et divers photographes palestiniens.Gaza21.jpg

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  • Pensées de l’aube (3)

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    Des chiffres. – Ma lampe d'avant l'aube s’inscrit dans la statistique selon laquelle chacun de nous représenterait, d’après le télescope Hubble, environ neuf galaxies, soit quatre-vingt milliards de galaxies abritant chacune à peu près cent milliards de soleils. Notre Voie Lactée dénombrant quatre cents soleils, soit soixante-neuf soleils pour une lampe individuelle, et chaque étoile ayant une espérance de vie d’environ treize milliards d’année, je n’en considère pas moins l’humble ampoule halogène de ma lampe avec reconnaissance.

    Des bons sentiments. – Je me défie de celui qui se prévaut de sa foi bien plus que de celui que sa révolte enflamme. Le bien qui profite, la vertu qui se donne elle-même en exemple, l’émotion qui se nourrit d’un malheur approprié, me révulsent également, même s’il y a de la vraie bonté et du vrai sentiment dans les bons sentiments. Mon idéal juge ma réalité cabossée et c’est en moi que je travaille à la réparer, sans rien montrer de mes bons sentiments.

    De la complication et du Mystère. – Dire que tout est trop compliqué revient à nier la réalité, devant laquelle rien n’est simple. Pour faire savant et plus fiable, on dira complexe au lieu de compliqué, mais la complication est plus incarnée à mes yeux que la complexité, laquelle s’ouvre cependant au Mystère. S’il est résultat d’un travail, le simple réapparaît dans ce qu’on appelle, en horlogerie, une complication, chef-d’œuvre de mécanique au même titre qu’un sonnet de Baudelaire ou qu’une sonate de Mozart. Ce qu’on appelle l’âme humaine, l’esprit humain, le cœur humain, ressortissent en revanche à la complexité, aval de la poésie et de la musique où toute complication semble un jeu d’enfant.

  • Le sang des innocents

     

    Gaza1.jpgLettres de l'Imagier (2)

     

     Paris, ce 9 janvier 2009.

     

    Vieux frère,

    Quel tragique début d'année sur les plages gazaouites de sable rouge et quel carambolage meurtrier au carrefour oriental de nos civilisations. La vie ici se passe en tristesse mâtinée de mélancolie, une tristesse si grise sur ce macadam glacé des boulevards. Un gris glacé de dix degrés celsius en dessous de ce zéro inventé par nos Arabes. Je n'ai jamais grelotté ainsi depuis que je me suis partiellement exilé dans ma mère capitale. Et ça dure...

    A part ça le spectacle que donnent nos sociétés ces jours-ci est à la fois tragique et puéril. Puéril avec la guerre du Gaz entre l'Ukraine et la Russie en pleine vague de froid - et les gens meurent de froid en Bulgarie, en Roumanie et en Bosnie. Des millions de foyers pris en otage se retrouvent dans la tourmente. Tragique avec Gaza, bien sûr, en prime time. Gaza t'es dans quel camp ? Tu es sommé de choisir entre le camp de la fermeté stratégique contre les fous de Dieu et leur alliés iraniens et le camp des victimes innocentes de Gaza que certains osent comparer au Ghetto de Varsovie annihilé par les Allemands.

    Gaza14.jpgLes comparaisons abusives fusent de toutes parts. Les images des massacres jouent leur rôle classique de catharsis et permettent à quiconque de se prendre pour le justicier du monde. Ce qui me fascine ce sont tous ces gens qui répètent : « Mais que peut-on faire pour arrêter tout cela ? » Comme si  l'histoire vivante et cruelle des hommes pouvait s'écrire à la façon d'une recette de cuisine... Alors chacun y va de la sienne et se prend soit pour le maître du monde, soit pour l’Etat major israélien ou le président des Palestiniens. Libé a fermé ses commentaires sur son édition du net tant les insultes racistes, antisémites et islamophobes ont gangrené son site par milliers.
    On appelle à la vindicte, à la menace physique, on réduit le peuple juif à son gouvernement actuel, et les Palestiniens à de braves combattants à mains nues. Plus personne n'accepte de voir les terribles logiques à l'oeuvre du côté israëlien comme du côté palestinien. Folie technologique contre folie irrédentiste. Et un peuple pris au milieu dans cet étau mortel qui se referme. Avec le Le Hamas qui le prend comme bouclier et les Israéliens qui tirent sur le bouclier. Le moloch de la guerre réclame sont dû de sang quotidien.

    A quand la paix des coeurs et des esprits contre l'armistice des héros va-t-en-guerre sanglants ?

    Um beijo à toi, mon frère.

    Philip

     

     

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    Images: les photos rassemblées  ici ont toutes été prises par des photographes palestiniens.

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