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  • Work in progress

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    De même qu’ils ont fait un pas vers le Ciel en passant des pyramides de crânes à leurs homologues de pierre finement taillée et agencée à l’égyptienne , ils ont franchi un nouveau pas en sacrifiant le bouc au lieu de l’enfant, mais qu’en est-il du transit d’Instagram succédant a la peinture? Y a photo ou pas photo ?
    Peinture JLK : huile sur toile, 20x 20.

  • Que tout continue !

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    Ils prétendent que plus rien ne se fait, mais je n’en crois rien. Ils le ressassent avec une sorte de Schadenfreude visant en somme à les valoriser eux-mêmes par défaut. Ils idéalisent le monde d’avant, et je partage, dans le détail, pas mal de leurs constats, à certains égards même plus sévère qu’eux, mais c’est dans les sources et les ressources de ce même monde d’avant que je retrouve à tout coup l’énergie de bien recevoir ce qui m’est donné de nouveau, et voici que m’y exerce, pour preuve, le dernier livre affectueusement dédicacé de mon cher Lambert Schlechter, 13e volume de son Murmure du monde, et dont le titre à la chinoise, Lu Yu ne répond jamais, lui ressemble si fort, qui me prend littéralement par le museau quand je l’y glisse en sirotant ce soir mon vin chaud - et c’est parti pour un nouveau voyage au bout de nulle part en fraternelle compagnie avec «Soixante billets sur presque la moitié de toutes choses » aux bons soins des éditions Tinbad/Poésie, 148 pages rédigées à la pointe de l’aile fourchue du jeune ange octogénaire entre août 2020 et avril 2024…

  • La folle

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    Elle a les cheveux blancs, très blancs. Elle est jolie
    Encore, dans sa robe aux chiffons de couleur.
    Elle emporte, en passant, des branches qu’elle oublie :
    Les jardins sont absents et morte est la douleur.
    Elle a des yeux d’enfant qui reflètent les jours,
    Eau transparente où passe et repasse une fuite.
    Sa sagesse est donnée avec des mots sans suite,
    Des mots divins qui vont mourir dans le vent lourd.
     
    (Edmond-Henri Crisinel, 1897-1948)
     
    Encre: Jacques Pajak

  • La Faute à Dieu

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    (Ce que Simone Weil me disait en rêve)
     
    « À treize ans j’étais jolie comme un cœur », me disait la terrible Simone qui, dans le rêve, avait l’âge du Christ à sa mort, donc un an avant la sienne , «mais des lunettes m’ont bientôt poussé et je suis devenue la démente à penser que tu sais, et donc penser à souffrir comme une damnée que j’ai été, penser à crever, et cet automne 41 à faire l’ouvrière agricole avec la guerre tout autour, après l’enfer de l’usine sept ans plus tôt, n’a pas été trop bon pour ma santé mais de quoi me plaindre alors que la Machine à tuer y allait à fracas pire qu’à la chaîne où je me disais à longueur de journée que je n’étais rien, que je ne comptais pas, que je n’étais là que pour plier et la fermer - alors j’ai senti des rides me pousser dehors et plus encore dedans comme tu n’as pas idée en insouciant débonnaire que tu es, je me suis senti vieillie comme les Américains d’aujourd’hui n’ont pas idée - et pas question de lifting, même que j’en rajoutais comme à plaisir, et le silence de Dieu quand les trains filaient à travers nos champs de blé, le silence alors que même les barbelés criaient, je n’ai cessé d’y penser comme tu peux t’en douter mais à la fin j’ai cessé de penser que j’étais, moi, la souillure, et que l’usine moderne était mon moi multiplié à la chaîne, j’ai pensé que c’était la Faute à Dieu d’avoir fait tout ça et si mal, puis j’ai pensé tout le contraire en remerciant Dieu pour le goût des dernières petites cerises que j’ai savourées à la fin - à la fin je ne digérais même plus le lait mais j’ai supplié ma mère de rester fraîche et jolie comme une sœur cadette, j’ai dit à mon père de se saouler de l’air de New York et, pendant que Dieu dormait, je me suis sentie fin prête comme je te le souhaite »…

  • Le cheval rouge

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    (Rêves de Kasperl, 1)
    Je me trouvais sur une pente incurvée de sable très doux et de couleur indéfinissable, alors que celle du cheval était du rouge amarante que les chevaux n’ont qu’en rêve, et celui-ci m’a paru bientôt comme une présence proche dont la voix était d’une sorte de conseiller particulier à fonction initiatique - tout de suite, je l’ai senti, et la figure du cheval rouge s’est effacée alors que je me demandais comment percer l’énigme de ma présence, et c’est alors que la voix m’a parlé du Secret à découvrir, j’ai découvert ma nudité et le souvenir de l’Ami unique m’est revenu avec le sentiment qu’une fois de plus je me trouvais accueilli et comme accompagné – sur quoi je me suis éveillé pour constater qu’il faisait jour…

  • Guerre à la guerre

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    (Ce que me disait Max Daetwyler en rêve)
     
    « Vous avez compris, jeune Monsieur, que je n’avais aucun mérite, en tant que l’onzième de douze enfants, de préférer la paix à la guerre alors que mes dix aînés se chamaillaient à longueur de journée et que la petite douzième s’occupait, déjà, de nos poules et de nos abeilles, «m’avait dit Max attablé dans la cuisine bien chauffée de la ferme familiale, «et l’exemple de mon père et de ma mère, aussi braves que la mère et le père du Mahatma Gandhi, a beaucoup compté aussi même s’ils n’étaient pas d’accord quand je suis allé jusqu’à refuser de saluer le drapeau en 1914 - hélas j’étais une sacrée caboche, comme disait mon père, et ma mère voyait plutôt mon bon cœur, et vous êtes d’accord qu’on ne peut pas être d’accord avec tout le monde, donc je me suis obstiné en 14-18 puis en 39-45, comme Gandhi s’est obstiné à la même époque, je suis allé en prison et lui aussi est allé en prison, plus tard il s’est fait traiter de communiste par certains de vos journaux quand il a séjourné dans notre pays alors que l’on me fourrait dans un asile psychiatrique - c’est vrai qu’il faut être un peu fou pour s’opposer à la guerre, mais n’est-ce pas encore plus fou de la faire ? pourtant je n’étais pas d’accord avec Gandhi quand il parlait des Noirs, selon lui paresseux et parasites, avec mépris, comme quoi nous avons tous en nous des germes de guerre et là encore ce n’est pas un mérite mais une obligation de s’y opposer, non pas «à la guerre comme à la guerre » mais juste guerre à la guerre - d’accord ou pas jeune Monsieur »?
     
    Photo Claude Paccaud: Max Daetwyler et JLK, en 1970, à Zumikon.

  • Insomnia

     
     
     
    (Ce que me disait la Professorella en rêve)
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    « Ma faiblesse est peut-être une force », m’avait dit l’Amica à propos d’une série américaine de qualité mais prodigue selon elle de trop de cadavres, «à vrai dire je ne supporte pas la seule évocation des meurtres et je ne te dis rien de la guerre en cours qui m’empêche de dormir depuis quinze jours», et de savoir cette fragilité à cette jeune fille de 80 ans m’avait rappelé la même impossibilité, chez Lady L., de se distancier le moins du monde de toute péripétie tragique, et je m’en étais senti d’autant plus proche que ces deux-là étaient des petits blessés de l’enfance, comme toi et moi, dont la conscience a été aiguisée, à l’âge sans défense, face aux multiples atteintes du malheur, de la mauvaiseté des gens ou du Mal aux main sales sous la manucure, « à vrai dire c’est cela même, » avait-elle ajouté, « c’est la façon manucurée, détachée, numérisée et aseptisée de parler de la guerre, le cynisme pourléché de cette salope mondiale de Président, sans parler des gominés de son entourage, c’est cette espèce d’acclimatation du pire passé au filtre des médias et des réseaux, qui fait qu’un mort ou quarante mômes brûlés vifs, ou dix mille juifs palestiniens crevés sous les éclats d’ogives variées ne sont qu’une statistique de vidéo – tu m'xcuse mais je n’en dors plus et personne n’y peut rien», etc.