
À propos des nouveaux Xperts clonés par l’IA...
Si le phénomène n’est pas tout à fait nouveau, notamment observé durant les années Covid et ravivé avec la guerre en Ukraine, c’est avec une intensité accrue que s’est manifestée, depuis le début de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, et notament sur la plateforme Youtube, la prolifération des experts autoproclamés spécialistes en géopolitique qui se signalent par deux caractéristiques communes : d’une part, leur recours manifeste à l’Intelligence artificielle pour la mise en ligne de leur contenu, et d’autre part la revendication insistante de leur indépendance et de l’originalité quasi exclusive de leur discours, assez systématiquement opposé à celui des « médias ordinaires ».
La première de ces deux composantes est la plus troublante, voire la plus dérangeante, en cela que l’identité réelle et la nature des experts qui s’adressent à nous de face et les yeux dans les yeux fait « problème », en dépit de l’intérêt souvent indéniable de leurs analyses, bien documentées et parfois éclairantes.
Des noms sont parfois auréolés de la meilleure réputation, tels ceux des professeurs américains Jeffrey Sachs ou John Mearsheimer ; des figures non moins intéressantes mais parfois contestées, au prétexte plus ou moins suspect lui-même de «complotisme », tels Caroline Galacteros ou Jacques Baud se sont imposées dans l’aire francophone, et d’ailleurs, à propos de l’ancien colonel suisse récemment sanctionné de la façon la plus douteuse par la bureaucratie européenne l’on aura remarqué son ralliement à la technologie de l’IA, dûment déclarée et qui ne semble pas altérer l’essentiel de sa communication. Également à citer, lui aussi taxé de russophilie : Régis Le Sommier, à l’enseigne d’Omerta, multipliant les entretiens avec des analystes de bonne volée.
Un certain malaise, au demeurant, ou du moins est-ce mon sentiment, va de pair avec les vidéos de certains analystes même ferrés apparemment en matière de géopolitique, qui interviennent parfois sous des enseignes variées, ou fait plus troublant : avec le même visage, exprimant des opinions opposées – comme il en irait de girouettes à la Donald Trump lui-même…
Quant à la prétention récurrente, chez la plupart de ces «influenceurs », de détenir des informations qui seraient censurées par les « médias dominants », force est de convenir qu’elle se justifie souvent, mais le sens critique et la bonne foi y ajouteront les nuances requises.
Tout cela pour dire quoi ? Qu’à la différence de nos jeunes années – nos vingt ans à l’époque de la guerre au Vietnam, où les informations nous arrivaient via les journaux, la radio ou la télévision, c’est aujourd’hui en temps réel que nous sommes (sur)informés et que, peu ou prou, nous nous transformons en consommateurs d'information plus ou moins consentants.
Qui parle ? En qui puis-je avoir confiance ? Comment ne pas douter de la moindre analyse au moment où le personnage le plus puissant de la planète, et le plus inquiétant par ses palinodies de chaque instant, le plus dangereux sans doute, affirme tout et son contraire sous couvert de vérité ? Et si cette folie n'était pas, aussi, une chance ? Et si ce Mensonge assené si constamment et si grossièrement, n'était pas le meilleur butoir de notre esprit critique ?