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  • Par les prés et les villes

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    (Pour L. la nuit venue)
     
    Le silence n'a pas duré:
    nous nous parlons la nuit:
    dès que je me suis endormi,
    elle est là dans le pré
    le grand pré d'herbe sous la lune
    où nous restons pieds nus
    seulement à nous écouter...
     
    La nuit, l'autre vie continue,
    l'air a fraîchi la-bas,
    tous deux revenant sur nos pas
    embrassés comme au souvenir,
    nous sourions à la lumière
    de la ville endormie
    de l'autre coté des rivières
    où des gens vivants vont mourir...
     
    Peinture: Félix Vallotton

  • Frères et sœurs

     
    (Chronique des tribus)
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    5. Journal du cardiopathe, IV. Avant le troisième coup de cœur, affects amoureux non compris, qui vous a valu ce dernier séjour de sept jours à l’hôpital, vous luttiez, comme à un autre mal, contre le tic de langage exaspérant consistant à dire à tout moment « du coup », soudain remplacé, dans le mouvement précipité des événements, par la locution « ça marche », lancée initialement par les ambulanciers vous interrogeant longuement et vous examinant une première fois pour conclure, du coup, qu’il fallait vous emmener d’urgences aux Urgences et vous confier aux urgentistes, lesquels ont continué de vous interroger et de vous examiner selon les normes administratives jusqu’au soir où, le bloc opératoire étant non opératoire par mesure administrative, il a été jugé approprié, du coup, de vous envoyer par hélico à l’hôpital de catégorie supérieure aux opérateurs habilité à opérer à deux heures du matin, et la voix claire du pilote, s’exclamant résolument « ça marche », relayée ensuite par la voix du jeune chirurgien Victor, aura résumé ce transit joyeux dont, à votre retour en ville bien portante, vous rendiez compte ce matin à votre cardiologue traitant au prénom vaillant de John-John, bonnement éberlué et bientôt fâché de n’avoir été informé de rien, rapport au suivi de votre dossier, par les services administratifs de l’Hôpital Régional selon lui devenu gouffre à millions par la seule incurie des bureaucrates, au dam des soignants et des patients, et du coup, vous qui avez débonnairement rengainé toute critique de tout ce qui vous semblait un peu clocher dans le fonctionnement de l’institution en question (manque d’information réelle et surinformation virtuelle, détérioration de la relation médecin-patient, multiplication des procédures formelles et pesantes lenteurs, etc.), vous avez entendu le plus sévère réquisitoire du praticien d’expérience soucieux du sort des patients et des soignants plus que des classements selon les normes ISO et autres évaluations à n’en plus finir - constat bientôt étendu à l’ensemble des sociétés actuelles saturées d’administratifs et de bureaucrates de plus en plus autocrates - du coup vous vous êtes entendus, lascars en foire, pour nuancer le « ça marche » en matière de médias et de politique nationale et internationale, enfin vous en avez conclu, vous le patient obsédé par les faits de langage, qu’il était plus que jamais important de renoncer aux locutions automatiques à la ChatGPT genre « du coup », et du coup votre impatient et bouillant cardiologue vous a répondu : « ça marche »…
    (Avec toute la reconnaissance du chroniqueur aux soignant.e.s de l’hôpital régional de Rennaz)

  • Donne et maldonne

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    J’ai fait hier soir dans mon Salon
    défiler mes Démons,
    mes préférés en pyjamas
    de la marque Cobra,
    et mes anges aux yeux en losanges
    souriaient de concert…
     
    Je revenions de l’hôpital
    sans avoir trop souffert.
    Les démons avisés le savent:
    c’est aux méchants que va le mal:
    possiblement au pauvre enfant,
    et en toute innocence,
    aux yeux fermés de la Maldonne,
    à qui ne vaut que Dieu pardonne
    en sa divine cécité,
    et les anges aux pansements…
     
    Le monde où tout va mal demeure
    où nous resplendissons
    au milieu des enfants qui meurent
    et revivent à l’avenant
    dans le sourire des démons
    et l’infime chant des mésanges…
     
     
    Peinture: Michael Sowa.

  • Intercession

     
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    Le côté soleil du trottoir
    t’attend au bout du noir,
    te dit la vieille aïeule assise
    dont l’espoir est de mise…
     
    Elle a vu passer tous les trains
    remplis de beaux garçons
    aux chansons si pleines d’entrain,
    bénissant les canons,
    et revenant vides le soir -
    elle ignore le désespoir…
     
    Les mains de nos mères sont des livres
    ouverts au fond de nous,
    nous délivrant de tout l’amer
    de nos combats de fous…
     
    Dessin: Joseph Czapski.

  • Frères et sœurs

     
    (Chronique des tribus)
    43. Reliefs de nos amours, après la St Valentin...
    Pour affrioler ses sœurs et autres amies qui se royaument de par le monde, veuves joyeuses ou autres jouvencelles éternelles se rappelant, au jour de la Saint Valentin, leurs béguins de quinze ans, leurs premiers baisers ou la première fois où elles ont senti (ou pressenti, ou carrément ressenti sur leur giron ou sous son blanc caleçon) s'ériger le Piquet légendaire du Garçon, le frère plumassier (plumitif et carnassier) leur a envoyé hier en fin de soirée, de son escale solitaire au restau, une image vengeresse typique de son esprit sardonique, des restes de son demi-poulet-frites en leur avouant qu’il s’est montré bien imprudent, au soir du Grand Menu réservé aux protégés du saint fameux, de commander quoi que ce soit d’autre qui puisse distraire l’attention exclusive des cuisiniers, mais va-t-on, leur demande-t-il alors, se contenter des restes de nos amours passées ? Que non pas que non pas, et partout les anciennes amoureuses, les reléguées du fleuretages, les désossées de la fête du Bienheureux galopin se prennent sans regrets ni remords à se rappeler alors les mille bonheurs passés de la Saint Valentin où la roue gèle avant le moulin, où le Seigneur fait le sang net soir et matin, où la saignée du jour garde des fièvres en tout l’an - il n’y a dans la vie que l’amour qui compte, s’accordent à penser de concert les sœurs aînées et puînées, autant que leurs amies, et leurs progénitures juvéniles alors les pressent de se lâcher : allez raconte ! Ainsi les vieilles toupies se mettent-elles à ronfler et ronronner en rafrâichissant leurs cerceaux à l’évocation des kyrielles de Valerios et de Marios, de Pedros et d’autant d’hidalgos qu’il en faut pour rivaliser avec Roméo…