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  • Frères et sœurs

     
    (Chronique des tribus)
    43. Reliefs de nos amours, après la St Valentin...
    Pour affrioler ses sœurs et autres amies qui se royaument de par le monde, veuves joyeuses ou autres jouvencelles éternelles se rappelant, au jour de la Saint Valentin, leurs béguins de quinze ans, leurs premiers baisers ou la première fois où elles ont senti (ou pressenti, ou carrément ressenti sur leur giron ou sous son blanc caleçon) s'ériger le Piquet légendaire du Garçon, le frère plumassier (plumitif et carnassier) leur a envoyé hier en fin de soirée, de son escale solitaire au restau, une image vengeresse typique de son esprit sardonique, des restes de son demi-poulet-frites en leur avouant qu’il s’est montré bien imprudent, au soir du Grand Menu réservé aux protégés du saint fameux, de commander quoi que ce soit d’autre qui puisse distraire l’attention exclusive des cuisiniers, mais va-t-on, leur demande-t-il alors, se contenter des restes de nos amours passées ? Que non pas que non pas, et partout les anciennes amoureuses, les reléguées du fleuretages, les désossées de la fête du Bienheureux galopin se prennent sans regrets ni remords à se rappeler alors les mille bonheurs passés de la Saint Valentin où la roue gèle avant le moulin, où le Seigneur fait le sang net soir et matin, où la saignée du jour garde des fièvres en tout l’an - il n’y a dans la vie que l’amour qui compte, s’accordent à penser de concert les sœurs aînées et puînées, autant que leurs amies, et leurs progénitures juvéniles alors les pressent de se lâcher : allez raconte ! Ainsi les vieilles toupies se mettent-elles à ronfler et ronronner en rafrâichissant leurs cerceaux à l’évocation des kyrielles de Valerios et de Marios, de Pedros et d’autant d’hidalgos qu’il en faut pour rivaliser avec Roméo…

  • Frères et sœurs

     
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    (Chronique des tribus)
    47. Journal du cardiopathe, III.
    Dans le dédale de l’usine à soins régionale aux longues plages de patience, entre examens périphériques ou plus invasifs, tu avoues une fois de plus l’heure de ta venue au monde , par le train de 8h 47 que tu sais le titre d’un vaudeville, un 14 juin, le même jour que le révolutionnaire rouge Ernesto Che Guevara vénéré par le camarade Ziegler qui a postfacé ton vingt-troisième livre et le même aussi que le réactionnaire orangé Donald Trump en train de stresser un peu tout le monde, et pour éviter les fake news tu te diras juste en processus de troisième infarctus dans un box des Soins Intensifs, donc juste un seuil avant les Soins Critiques, répétant à la Belle Docteure à petite tortue tatouée sous le coude ce que tu as déjà détaillé, rapport à tes premières fibrillations, à l’ambulancier Sancho qui a eu la délicatesse d’emporter le coussin à fleurs bleues sur lequel Lady L a rendu son dernier soupir, et te dédoublant tu te dis qu’un natif des Gemeaux est l’incarnation même de la dualité et même plus au delà de Castor et Pollux ou d’Anima et Animus: le multivers sensible propice à l’observation phénoménologique nuancée, et la Professorella confirmera, qui en sait un bout sur notre putain de belle vie, sur quoi l’on te dit que ton coeur est visiblement « en souffrance », comme à dix-huit et vingt-huit ans, mais qu’il faudra une radio de plus pour confirmer, ce qui signifie trois heures de rab à patienter, donc je résume : type caucasien de 77 balais, 2 prothèses dentaires pour l’inventaire, bon pour la coronarographie à l’Hosto Principal au bloc disponible vers 2 heures GMT donc baptême de l’air en vue, plus tard il racontera à ses petits-fils Tony et Tim les sauvetages par hélico auxquels il a assisté telle année au pied du Col de l’Aigle et telle autre à l’envers des Aiguilles à la redescente du Requin, et voilà qu’il se rappelle le pavillon de traumatologie d’un autre épisode à pleurer (cinq ou six motards de vingt ans comme lui qui ne marcheraient plus jamais), et c’était 15 ans avant la maladie qu’on a appelée LA Maladie, 30 ans avant son propre crabe aux pinces désormais ficelées, l’infirmière Prévert repassera pour le dernier inventaire mais là nous allons vous reprendre un peu de sang - en espérant qu’il en reste…
     
    Image JLK: le coussin aux papillons bleus sur lequel Lady L. a rendu l’âme, emporté par l'ambulancier Sancho bien inspiré...

  • Frères et sœurs

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    (Chronique des tribus)
     
    46. Journal du cardiopathe, II
     
    Quand le sang se met à te galoper dedans comme un fou, tu te dis que c’est ton cœur et qu’il est seul à foncer dans le tunnel de l’Artère, mais l’image de la cavale unique à tagadam de sabots, pour te saisir d’une première panique, ne tarde à diffuser du chaud-froid de la douleur conscient et des tripes, et là tu te dis que t’es seul et que ça va faire mal si ça fait mal et qu’il faudrait faire un call au 144, mais le parler ne parle plus et les sabots ont été remplacés par des griffes au torse et aux épaules jusqu’au fond d’un bras, et c’est alors que le cardiopathe alerte ses filles aînée et puînée d’un HELP réflexe via What’app et le quart d’heure et demi plus tard la cavalerie ambulancière débarque, quatre centaures tout de noir sanglés et deux accortes amazones ont surgi autour du lit défait , et que je te déploie le premier attirail de monitoring à cadrans et manettes, et que je te sangle et te branche ici et là tandis que le questionnaire à questions se met en branle – il y en aura de toutes les sortes de listes et relances avant les deux heures du matin suivant le départ de l’hélico pour l’autre Hosto Principal pas prévu du tout pour le moment - pour le moment on a ligoté le patient médiqué à la morphine en camisole de nuit sur la civière qu’on trimbale en désescalade dans le colimaçon centenaire, et c’est parti dans la stridence des sirène destination l’Hosto Régional où dans l’urgence on se jouera d’interminables parties de Patience…

  • Frères et sœurs

     
     
    (Chronique des tribus)
    45. Journal d'un cardiopathe, I.
     
    Une fois de plus il lui sera demandé d’évaluer , sur une échelle de dix, le niveau chiffré de sa douleur après avoir annoncé la date précise de sa venue au monde, et là il aura la faiblesse cabotine d’annoncer le 14 juin qu’avec lui se partagent Ernesto Che Guevara et Donald Trump... Il s’était pourtant promis de ne pas se montrer trop disert ou facétieux dans le sanctuaire des soins , les ambulanciers garçons et filles avaient bel et bien souri à la première pique du vieux piqué mais ce n’est que plus tard que son vice taquin l’avait repris, après le trajet jusqu’à l’hosto, toutes sirènes hurlantes à travers la ville et les étendues; puis il avait sidéré, l’espace de trois secondes, la Belle Docteur lui demandant au terme d’un questionnaire quasi inquisitorial, s’il était une question qu’elle ne lui avait pas posée, alors lui: « Vous ne m’avez pas demandé si je crois au Diable, et elle: « Eh bien ?» , et lui: « Eh bien non, mais il n’empêche que Brad Pitt, en sa blondeur démoniaque, va se faire vieux un jour comme aujourd’hui », et elle: « Vous avez toujours été aussi mordant? », et lui: « Dès l’âge de sept ans mes oncles théologiens me voyaient un avenir déplorable" , sur quoi la soignante et le soigné avaient évoqué les livres préférés de leurs enfances où les merveilles d’Alice et les menteries de Pinocchio s’étaient retrouvées en situation commune de première pharmacopée…

  • Frères et sœurs

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    (Chronique des tribus)
    44. Eva
    Qu’il lui ait été offert un « cadeau de la nuit », lui rappelant alors le titre du récit posthume de celui qu’il appelait l’ami secret, quête de soi de son alter ego de quelque années qu’il se chargea de publier après avoir pleuré devant son corps que la vie quittait – que ce songe lui était ainsi offert par il ne savait quelle désignation particulière de l’universelle Administration des Rêves, il ne se l’explique pas, pas plus qu’il ne cherchera à en dire plus, à ses sœurs dont il n’a pas la moindre idée de la vie onirique, se bornant juste à leur suggérer l’idée que la séparation d’avec les défunts n'est peut-être qu’un illusion, et que bien des vivants qui nous entourent nous sont moins présents que tant de nos disparus; ainsi de cette Eva dont le prénom ne lui apparut qu’après son éveil et la disparition de sa vieille interlocutrice comme surgie de l’obscurité, d’abord de la voix, aux inflexions nettes et au parler d’une implacable précision juste pondérée par le nuancé de chaque propos – révérence absolue à la réalité des faits rapportés de personne en personne à fiabilité avérée – tant dans le domaine de la botanique (tout y avait passé jusqu’au Cattleya labiata dit aussi Cattleya cramoisi ou à lèvres de rubis) que dans celui de l’Histoire falsifiée (elle était sans pitié pour les narcotrafiquants de l’idéologie), mais sans dériver jamais dans la politique récente des brigands russo-américains, et l’on insisterait sur ce qu’il y avait d’intensément présent dans les réponses de l’ancienne doreuse à la feuille au rêveur insistant taxé de coupeur de cheveux par son frère aîné décédé, puis il y avait des silences éloquents que respectait la petite foule attirée par la conversation, il faudrait bien faire ressentir l’impression que, loin d’être à bout d’arguments ou d’exemples concrets à détailler, et juste avant que le rêveur s’était dit qu’il leur faudrait échanger les coordonnées de leurs bureaux, Eva paraissait être arrivée à la limite de ce qui se dit même dans un rêve, et c’est alors qu’on vit surgir et grandir dans l’ombre générale l’ombre particulière du piano dans laquelle la sienne fut bientôt confondue à jouer la sonate dite Entre chien et loup, comme il l’intitula après coup en identifiant rétrospectivement sa préférée, de Franz Schubert, traitant elle aussi des passages secrets qui relient les mondes, au chiffre de D 960 et dont il recommanderait particulièrement, à ses deux sœurs jamais dédaigneuses de derniers renseignements, l’Andante sostenuto…
     
    « Qui sait, dit Euripide, il se peut que la vie soit la mort et que la mort soit la vie »…

  • Frères et sœurs

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    (Chronique des tribus)
    43. Dindo
    Lorsqu’il a appris l’autre soir que son ami Dindo était passé de l’autre côté du miroir, il ne s’est pas autrement étonné de ne pas ressentir de trop vive émotion, remarquant cependant que le cher homme avait juste l’âge de sa sœur aînée et le même que son autre compère Roland Jaccard à la veille de sa mort, lequel avait pourtant choisi d’ingérer son fameux sirop mexicain – et voilà s’est-il dit, ils étaient là en apparence même sans se voir trop souvent et ils n’y sont plus, ma frangine reste sur son rivage et Dindo est « au jardin », comme le disait la veuve de Marcel Aymé le lendemain de son départ à lui, la dernière fois que j’ai vu Richard c’était dans un rêve où je lui racontais ma rencontre de Jean Genet rue de Rome, l’année où je recopiais le manuscrit du Journal intime d’Amiel dans une mansarde des Batignolles à l’enseigne de la Félicité, Dindo féru d’Amiel s’était montré très intéressé par mon dialogue avec le terrible Genet dont j’avais lu tous les livres mais évitais d’en parler en me faisant passer pour un jardinier juif argentin (que le rêve ne permet-il pas, n’est-ce pas), mais avant ce rêve il y avait des années que nous ne nous étions plus vus Richard et moi, ses dernières nouvelles l’évoquant en train de préparer un film sur James Agee l’auteur de Louons les grands hommes, je lui avais dit que je reconnaissais parfaitement en cela le familier du poète japonais Bashô, oui tout se tenait et je me disais que, rencontrant mes sœurs aînée et puînée, Dindo se fût montré rugueusement délicat à sa manière de Rital un peu rogue sous sa tendresse de coureur de jupes (ou tendre son son air mâlement mal luné) et ce soir à la Désirade je conclus que Dindo était en somme, comme l’Hidalgo de ma soeur aînée ou comme Genet l’amateur de mauvais garçons, comme Bashô composant ses haïkus d’un monastère à l’autre, ou comme Kafka dont il pratiquait le journal depuis ses quinze ans, l’un de ces personnages sans âge que Georges Haldas, après Baudelaire, disait de la « société des êtres », loin de celle des titres et des fonctions, dont mon autre ami de 7 ou 700 ans au prénom de Charles-Albert écrivait ceci, dans Le Canal exutoire : « L’homme-humain doit vivre seul et dans le froid : n’avoir qu’un lit – petit et de fer obscurci au vernis triste. – une chaise d’à côté, un tout petit pot à eau. Mais déjà ce domicile est attrayant : il doit le fuir. À peine rentré, il peut s’asseoir sur son lit, mais, tout de suite, repartir. L’univers, de grands mâts, des démolitions à perte de vue, des usines et des villes qui n’existent pas puisqu’on s’en va, tout cela est à lui pour qu’il en fasse quelque chose dans l’œuvre qu’il ne doit jamais oublier de sa récupération. », et tel m’apparaissait aussi bien Dindo, une nuit dans un rêve ou une première fin de matinée à la Bodega espanola du Niederdorf de Zurich, dans sa parka noire et sa chemise passée de deux modes - un « être » mais je ne vais pas, frangines, vous parler trop pompeusement de l’ « être » de ce type se méfiant des grands mots pour mieux partager les vrais sentiments, ainsi le final cut ne peut-il être confié qu’au poète vélocipédiste Charles-Albert Cingria q'un jour Dindo m’avoua ne pas connaitre, mais qu’importe puisque décidément tout se tient par-dessus et dessous: «Contre la « société » qui est une viscosité et une fiction il y a surtout cela : l’être : rien de commun, absolument, entre ceci qui, par une séparation d’angle insondable, définit une origine d’être, une qualité d’être, une individualité, et cela, qui est appelé un simple citoyen ou un passant. Devant l’être – l’être vraiment conscient de son autre origine que l’origine terrestre – il n’y a, vous m’entendez, pas de loi ni d’égalité proclamée qui ne soit une provocation à tout faire sauter. L’être qui se reconnaît – c’est un temps ou deux de stupeur insondable dans la vie n’a point de seuil qui soit un vrai seuil, point de départ qui soit un vrai départ : cette certitude étant strictement connexe à cette notion d’individualité que je dis, ne pouvant pas ne pas être éternelle, qui rend dès lors absurdes les lois et abominable la société »...