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Le Grand Tour

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31. L’amour à Carvoeiro
La diatribe amoureuse n'est pas gravée dans le marbre mais elle n'en reste pas moins indélébile, rédigée au Marker sur le dossier du banc de pierre propice aux épanchements amoureux des fins de soirées d'été, à mi-hauteur de l'escalier tortueux descendant à la prahia do Paraiso (la plage du Paradis), au pied des falaises ocres tombant à pic sur l'eau turquoise. On imagine la scène: vacances, visages dorés, parfums entêtants, musiques montant du port en foule et tournoyant partout, désirs en boucles. Et là-haut, cette première rencontre...
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Le texte, à la fois douloureux et cinglant, signale son jeune romantique jurant que l'a trahi l'éternelle tentatrice à dégaine d'ange et coeur de diablesse. Le ton et la manière, le choix des mots, la scansion rageuse des images et des sons désignent le probable étudiant américain ou peut-être anglais, qui croyait rencontrer la créature de ses rêves et s'est fait larguer, à ce qu'il écrit, par une vraie bitch, laquelle lui inspire un final FUCK que Lord Byron, à Capri et dans les mêmes circonstances, eût remplacé par un mot peut-être plus choisi...
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Mais il va de soi qu'on peut ne pas le prendre au mot, le Jim ou le Jack (ou le John, ou le Tom ?). Penser que son réquisitoire est d'un petit raseur phraseur. Que la démoniaque Dulcinée en question s'est détournée de lui pour de bonnes raisons ? Qu'elle l'a trouvé trop poseur ? Qui sait? Se la jouant victime véhémente, il prend à témoin l'humanité passante, s'abandonnant au pouvoir des mots: la romance tournant du miel au fiel. Mauvais littérature que tout ça ? Révolte d'un coeur sincère ? Narcisse se saoulant de son propre sanglot ? Qui, jamais, démêlera le secret de ce qui se joua dans ce décor de roman-photo du quartier du Paraìso, sur les hauts de Carvoeiro ?
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Lady L. s'est fait du bien en Algarve, et plus précisément à Carvoeiro la blanche, au Castelo de la dona Eunice et de don Joao Bernardo Trindade, château d'hôtes dont les terrasses couleur vanille donnent sur la mer turquoise. L'art de vivre passe aussi par le vrai confort qui n'est pas tant de luxe que de goût et d'accueil, comme nous l'avons vécu de Noirmoutier, chez le compère Beaupère, à la Vila Duparchy de Luso, en passant par la Casona de Andrin chez la dona Hermana Grande et son hidalgo Ramon de La Fuente.
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Chez les Trindade de Carvoeiro, au Castelo, l'accueil à la fois discret et généreux de don Joao Bernardo, et l'harmonieuse décoration conçue par dona Eudice procèdent en somme de la même culture conviviale qui s'est développée ces dernières décennies en marge de l'industrie hôtelière. Or le maisons que j'ai citées étaient toutes tenues par des « amateurs » éclairés, anciens profs ou autres sexas de professions diverses, et tous visaient le respect d'un certain bien-vivre plus que le profit; tous firent en outre bon accueil à notre ami Snoopy, dont les futures mémoires seront empreintes, sans doute, de la même suavidade...
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Comme on le voit en Espagne ou en Tunisie et sur tout le pourtour méditerranéen colonisé par le tourisme de masse ou de luxe, il suffit de faire quelques kilomètres à l'intérieur du pays pour découvrir un aspect moins clinquant, et parfois plus attachant, parfois aussi plus attristant, du pays traversé, et c'est particulièrement vrai en Algarve.
Passer ainsi d'Albufeira aux bourgs de l'arrière-pays, comme nous l'avons vérifié nous-mêmes en nous baladant, à quelques kilomètres à l'intérieur des urbanisations somptueuses de Carvoeiro, dans le centre populaire plus ou moins décati de Lagoa - nous rappelant un peu le même centre plus ou moins sinistré de Moknine, en Tunisie pauvre jouxtant les palaces côtiers -, revient à entrevoir une partie du Portugal « oublié » par la prospérité, dont la Crise européenne n'a pas aidé les gens...
 
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Nous n'aurons fait que passer au Portugal. Dix jours à peine, du nord au sud, à peine un jour à Porto où nous nous sommes immédiatement promis de revenir, quelques jours en Algarve et déjà nous repartons pour l'Andalousie; mais cette traversée nous aura permis, tout au moins, de donner à la carte les visages d'un territoire. Miguel Torga et les monts âpres de son enfance, Antonio Lobo Antunes et le quartier de Benfica ou les demeures patriarcales écrasées de soleil de l'Alentejo, Pessoa aux quatre hétéronymes et ses multiples reflets de Lisbonne: le Portugal des poètes et des écrivains qui nous ont déjà marqués, par le coeur et l'esprit du verbe, auront aussi gagné à s'incarner en autres nuances et détails.
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Enfin c'est avec les journaux que nous quittons aujourd'hui le Portugal, et sur une note encourageante en somme. Nous lisons en effet, dans l'édition lusitanienne du Courrier international, ces mots que nous déchiffrons sans dictionnaire et qui ne laissent de nous réjouir avec Lady L. : « Apesar da instatisfaçao, portuguesses resisten ao populismo: em tempos de crise,Portugal dà uma liçao de moderaçao e, a contrario do resto da Europa, nao surgem partidos antieuropeus ou anti-immigraçao »...

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