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Fille de déesse

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Stephanie Argerich évoque, avec beaucoup de sensibilité chaleureuse et de qualités cinématographiques, la difficulté et le bonheur d'avoir une mère géniale.

 "J'aime te regarder !", lance Martha Argerich en affectueuse conclusion du film sans complaisance que sa fille Stéphanie vient de lui consacrer, répondant, entre autres, à la question de savoir si une grande artiste peut être, à la fois, une mère attentionnée.

Deux heures durant, c'est pourtant la célébrissime pianiste qui est observée, et dans toutes les postures et situations, à la fois dans sa vie de concertiste et "à la maison", à cela près que son foyer est des plus errants. Or le contraste est grand entre la diva du piano adulée, notamment par les Japonais - une vraie folie quasi fétichiste -, et la femme qui accueille le nouvel enfant de Stéphanie, fait part de ses angoisses de septuagénaire, se remémore ses relations difficiles avec sa propre mère ou parle très librement, couchés sur une pelouse, avec ses filles de trois pères différents.   

Locarno42.jpgAutant que dans le Karma Sahub de Ramon Giger, quoique de façon moins lancinante sur le manque de présence ressenti, et plus chaleureuse aussi, à proportion directe de la formidable générosité de sa mère, Stéphanie Argerich fait bien ressentir le désarroi éprouvé par un enfant élevé tout autrement que les gens de son âge. Mais cette éducation "bohème" fonde aussi la liberté non conformiste de son regard, qui recompose une vaste et belle chronique englobant l'exceptionnelle trajectoire de la pianiste et l'évolution des relations familiales (par le truchement d'une caméra amateur aux précieux documents d'époque) ou du lien particulier de Stéphanie et Martha.

Le film qui en résulte, où les témoignages des soeurs de Stéphanie et de son père complètent le dialogue de la mère et de la fille, laisse aussi entendre beaucoup de musique et, par celle-ci (même si Martha dit ce qu'elle ressent en profondeur avec Schumann, son compositeur préféré, autant qu'avec Chopin, Mozart et Schubert, Beethoven ou Ravel), la difficulté de mettre des mots sur tout ce qu'on ressent...

Comme dans le film de Ramon Giger, la part d'incertitude, de pudeur, de mystère aussi, qui subsiste entre les êtres même les plus proches, reste insi bien perceptible dans celui de Stéphanie Argerich. Mais la musique est là qui relaie ce que les mots ne peuvent dire, et les images, la présence des individus sur l'écran, le temps de plusieurs vies ressaisi dans le temps d'un film, aboutissent à une très belle rencontre que chacun partage, cristallisée par une belle oeuvre de cinéma.  

 

Stéphanie Argerich. Bloody Daughter. Suisse/France, 2012.

 

 

 

 

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