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  • La bataille de René Girard

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     Achever Clausewitz, par René Girard. Notes de lecture (1)

     

    -          Introduction de René Girard.

    -          Après un exergue de Pascal commençant sur ces mots : « C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité ».

    -          Annonce « un livre bizarre ».

    -          Excursion du côté de l’Allemagne et des rapports franco-allemands, à la lumière de la lecture de Clausewitz  redécouvert », par delà la lecture de Raymond Aron.

    -          Resitue son travail, jusqu’à maintenant « présenté comme une approche du religieux archaïque, par le biais ’une anthropologie comparée.

    -          « Il visait à éclairer ce qu’on appelle le processus de l’hominisation, ce passage fascinant de l’animalité à l’humanité, il y a de cela des milliers d’années. Mon hypothèse  est mimétique. C’est parce que les hommes s’imitent plus que les animaux qu’ils ont dû trouver le moyen de pallier une similitude contagieuse, susceptible d’entraîner la disparition pure et simple de leur société. Ce mécanisme, qui vient réintroduire de la différence lä où chacin devenait semblable à l’autre, c’est le sacrifice ».

    -          Rappelle son travail essentiel sur le thème du bouc émissaire.

    -          Evoque ensuite le passage du religieux mythique au christianisme, avec la dualité fondamentale du destin de celui-ci.

    -          « C’est le christianisme qui démystifie le religieux et cette démystification, bonne dans l’absolu, s’est avérée mauvaise dans le relatif, car nous n’étions pas préparés à l’assumer »,

    -          Paradoxe selon lequel le christianisme « est la seule religion qui aura prévu son propre échec. » -          Cette prescience est omniprésente dans les textes apocalyptiques, le plus souvent inaperçus même dans les Evangiles synoptiques et les épîtres de Paul.

    -          Rapporte les textes apocalyptiques au désastre en cours en ce début du XXIe siècle.

    -          « Nous ne pouvons échapper au mimétisme qu’en  en comprenant les lois : seule la compréhension des dangers de l’imitation nous permet de penser une authentique  identification à l’autre. Mais nous prenons conscience de ce primat de la relation morale au moment même où l’atomisation des individus s’achève, où la violence a encore grandi en intensité et en imprévisibilité ».

    -          Affirme que le violence qui produisait du sacré ne produit plus désormais qu’elle-même.

    -          La réalité rejoint une vérité dite il y a deux mille ans.

    -          « Le paradoxe incroyable, que personne ne veut accepter, est que la Passion a libéré la violence en même temps que la sainteté. Le sacré qui depuis deux mille ans « fait retour » n’est donc pas un sacré archaïque, mais un sacré « satanisé » par la conscience qu’on en a, et qui signale, à travers ses excès même, l’imminence de la Parousie ».

    -          Rappelle le mot d’Héraclite : « Polémos est père et roi de tout ».

    -        1e95278dc36f92d430718da18188e28d.jpg  Puis en vient à la « montée des extrêmes » perçue et décrite, théorisée par Carl von Clausewitz (1780-1831), dont il précsie aussitôt que De la Guerre déborde de tous côtés les kimites d’un traité technique.

    -          Annonce qu’il ne fera pas de Clausewitz un bouc émissaire, après qu’on l’a trop adulé ou trop attaqué, mais le sujet d’une discussion cruciale sur l’évolution de la guerre et ce qu’il en est aujourd’hui.

    -          « Clausewitz est possédé, comme tous les grands écrivains du ressentiment »

    -          Estime que le sens du De la guerre est religieux, et que seule une interprétation religieuse

    -            Clausewitz est le premier à montrer, presque à son corps défendant, malgré la raison des Lumières qui continue de l’éclairer, que « le monde va de plus en plus vite vers les extrêmes ».

    -          « Nous sommes la première société qui sache qu’elle peut se détruire de façon absolue. Il nous manque néanmoins la croyance qui pourrait étayer ce savoir. »

    -          Clausewitz a pressenti le lien entre la rivalité mimétique et la formule apocalyptique, sans le théoriser clairement.

    -          « Non seulement Clausewitz a raison contre Hegel et toute la sagesse moderne, mais cette raison a des implications terribles pour l’humanité. Ce belliciste a vue des choses qu’il est le seul à avoir vues. En faire un diable, c’est s’endormir sur un volcan ».

    -          Pour René Girard, qui invoque Hölderlin, il pense que « seul le Christ nous permet d’affronter cette réalité sans devenir fous. L’apocalypse n’annonce pas la fin du monde ; elle fonde une espérance ».

    -          Mais l’espérance n’est possible qu’à proportion de notre lucidité sur les périls de l’heure, et à condition de s’opposer aux nihilistes et aux réalistes cyniques de la gouvernance, de la banque et de l’industrie militaire…

    -          Montre ensuite la force et la fragilité de notre civilisation, qui découle de la force et de la faiblesse du christianisme

    -          Rappelle l’efficacité du sacrifice et du bouc émissaire dans le maintien de l’ordre social.

    -          « Pour rendre la révélation entièrement bonne, pas menaçante du tout, il suffirait que les hommes adoptent le comportement recommandé par le Christ : l’abstention complète de représailles, le renoncement à la montée aux extrêmes.

    -          Or nous progressons de plus en plus vite vers la destruction du monde.

    -          « Pour rendre la situation encore plus démente, la révélation chrétienne est la victime paradoxale de savoir qu’elle apporte. On la confond de manière absurde avec le mythe, que visiblement elle n’est pas, doublement méconnue et par ses ennemis et par ses partisans, qui tendent à la confondre avec une de ces religions archaïques qu’elle démystifie. Or toute démystification vient du christianisme ».

    -          Montre comment le christianisme tend à la sortie du religieux.

    -          Constate que « les sages et les savants » redoublent de furie contre le christianisme et se réjouissent de sa disparition prochaine.

    -          Rappelle quant à lui la fonction pacifiante des « niaiseries sacrificielles » dont le progrès prétend se débarrasser, qui nous manquent paradoxalement aujourd’hui.

    -          « Les seuls chrétiens qui parlent encore de l’apocalypse sont les fondamentalistes, mais ils s’en font une idée  comlètement mythologique. Ils pensent que la violence de la fin des temps viendra de Dieu lui-même : ils ne peuvent pas se passer d’un Dieu méchant. Ils ne voient pas, chose étrange, que la violence que nous sommes en train d’amasser sur nos propres têtes a toutes les qualités requises pour déclencher le pire. Ils n’ont aucun sens de l’humour ».

    -    2b707b6d899c0a2349ed7a379c7b7dc6.jpg      Rappelle enfin la place centrale qu’aura Hölderlin dans les conversations qui suivent.

    -          « Ce contemporain exact de Clausewitz et de Hegel est indéniablement celui qui voit, au cœur des conflits européens, que l’essentiel se jouera pour le monde dans le face à face entre la Passion et le religieux archaïque, entre les Grecs et le Christ.

    -          Evoque la « haine mystérieuse » qui a opposé la France et l’Allemagne.

    -          « Nous ne cessons de souligner, au cœur de ces entretiens, que la relation loge au cœur de la réciprocité, etq eu la réconciliation révèle ce qu’aura signifie la guerre en négatif.

    -          « Le primat de la victoire est le triomphe des faibles. Celui de la bataille, en revanche, prélude é la seule conversion qui compte. »

    -          « On ne pourra pas sortir de cette amibivalence. Plus que jamais, j’ai la conviction que l’histoire a un sens ; que ce sens est redoutable ; mais qu’ »aux lieux du péril, croît aussi ce qui sauve »… (p.21)  

            La montée aux extrêmes

    -          Benoît Chantre interroge RG sur l’origine de son intérêt pour Clausewitz.

    -          Découverte récente.

    -          Liée à sa réflexion sur la violence traversant toute son œuvre.

    -          A découvert que Clausewitz était un penseur beaucoup plus profond, par delà la technique, sur le dépassement de la raison politique par la guerre sans fin.

    -          A vu dans De la guerre l’amorce du drame du monde moderne.

    -          Jusque-là, l’analyse d’Aron lui avait masqué le livre.

    -          Aron appartenait encore à un monde (celui de la Guerre froide) où la politique avait le dessus.

    -          Pense que l’anthropologue aura désormais plus à dire que les sciences politiques.

    -          Pense que le rationalisme des Lumières est dépassé par la nouvelle radicalité de la violence.

    -          BC rappelle qui fut Clausewitz (p.27)

    -          RG date à Valmy la nouvelle ère de la mobilisation totale.

    -          Rappelle ensuite le caractère fulgurant de la victoire d’Iéna.

    -          Traumatisme décisif pour la Prusse.

    -          Evoque la triste fin de Clausewitz, qui ne pourra concrétiser ses théories au service de son pays.

    -          Retour à Qu’est-ce que la guerre, premier chapitre du traité.

    -          Que dit Clausewitz ?

    -          Que la guerre en dentelles du XVIIIe est révolut.

    -          Que la stratégie indirecte est une erreur »due à la bonté d’âme ».

    -          Le duel devient une « montée aux extrêmes ».

    -          Celle-ci est théorique.

    -          Corrigée par la réalité de l’espace et du temps.

    -          Observe les effets de la masse.

    -          L’objectif politique est faible quand les masses sont indifférentes.

    -          « Ce sont bien les passions qui mènent le monde, n’en déplaisent au rationalisme de Raymond Aron ».

    -          Comment le darwinisme social a précipité les choses.

    -          Hegel a vue passer « l’esprit du monde » sous ses fenêtres, mais quel est-il ?

    -          « Moins l’inscription de l’universel dans l’histoire que le crépuscule de l’Europe. Non plus la théodicée de l’Esprit mais une formidable indifférenciation en cours. Voilà pourquoi Clausewitz me passionne et m’effraie à la fois ».

    -          Les interlocuteurs abordent alors les questions  de l’action réciproque et du principe mimétique.

    -          Le ressort de l’imitation violente fait se ressembler de plus en plus les adversaires.

    -          La théorie mimétique contredit la thèse de l’autonomie : « descendre en soi, c’est toujours trouver l’autre ».

    -          On va vers la militarisation de la vie civile.

    -          Ce sont les guerres napoléoniennes qui ont provoqué cette mutation.

    -          Le terrorisme est l’aboutissement des « guerres de partisans2 qui justifient leur violence par l’agression dont ils le prétendent victimes.

    -          L’action réciproque contient une double virtualité : d’accélérer ou de freiner la violence.

    -          Napoléon obsède Clausewitz comme un « modèle-obstacle » à la Dostoïevski.

    -          Cite la scène de Charles V et de son fils Ferdinand auprès de l’Empereur, comme une scène d es Possédés.

    -          Clausewitz tire son ressentiment de sa passion venimeuse pour Napoléon. Le mimétisme le ronge lui-même.

    -          RG s’intéresse à la continuité de l’action guerrière, sur laquelle travaille justement Clausewitz.

    -          Revient à sa notion de « crise sacrificielle », qui risque de devenir le danger suprême au temps des armes nucléaires.

    -          L’action réciproque accélère la montée aux extrêmes dès lors qu’elle n’est plus cachée.

    -          Le christianisme a joué un rôle déterminant dans cette mise au jour.

    -          BC, rappelant les analyses de La violence et le sacré, observe que les guerres réelles masquent la guerre absolue à laquelle elles tendent de plus en plus.

    -          Evoquent les thèmes de l’attaque et de la défense.

    -          Force de la défense observée par Clausewitz.

    -          La victoire de celui qui attaque n’est souvent que provisoire.

    -          « Le conquérant veut la paix, le défenseur veut la guerre ».

    -          Rappelle la fuite en avant de Napoléon, contrainte par Alexandre.

    -          Clausewitz montre comment la défense « dicte la loi ».

    -          Les guerres modernes ne sont si violentes que parce qu’elles sont réciproques.

    -          Hitler mobilise tout un peuple pour répondre à l’humiliation de Versailles. L’attaque est entée sur une défense.

    -          Ben Laden répond aux USA en posant les siens en victimes agressées.

    -          Celui qui organise la défense est maîtrisé par la violence.

    -          En outre, différée, le choc n’en est que plus violent.

    -          Que l’agression ex nihilo n’existe pas.

    -          « L’agresseur a toujours déjà été agressé ».

    -          Chacun a toujours l’impression que c’est l’autre qui a commencé.

    -          Jusqu’à la Révolution, les instances de l’ordre et du désordre se trouvaient codifiées.

    -          Aujourd’hui, avec la mondialisation, la violence a toujours une longueur d’avance.

    -          Contrairement aux animaux, les hommes n’arrivent plus à contenir la réciprocité parce qu’ils s’imitent beaucoup  rop.

    -          Revient à Œdipe vu par Sophocle.

    -          Qui voudrait nous faire croire qu’Œdipe est aussi coupable.

    -          Alors que c’est le groupe qui est coupable.

    -          Les petites sociétés archaïques ont canalisé leur violence par le sacrifice du bouc émissaire.

    -          La guerre d’extermination

    -          Selon RG, le principe de réciprocité, une fois libéré, n’assure plus la fonction inconsciente de jadis.

    -          La violence devient sa propre fin. On détruit pour détruire. « la montée aux extrêmes est servie par la science ou par la politique ».

    -          Principe de mort ou fatalité ? Il se le demande.

    -          Les massacres de civils sont autant de ratages sacrificiels.

    -          « Les rivalités mimétiques se déchaînent de façon contagieuse sans pouvoir jamais être conujurées ».

    -          On l’a vu au Rwanda comme dans les Balkans.

    -          « Bush est, de ce point de vue, la caricature même de ce qui manque à l’homme politique, incapable de penser de façon apocalyptique. Il n’a réussi qu’une chose : rompre une coexistence maintenue tant bien que mal entre ces frères ennemis de toujours ».

    -          Et d’entrevoir le pire.

    -          Qui mènera à l’affrontement sino-américain.

    -          Cite La guerre civile européenne de Nolte et Le passé d’une illusion de Furet, avant d’envisager une interprétation anthropologique du péché originel.

    -          « Le péché originel, c’est la vengeance, une vengeance interminable ».

    -          En revient à Pascal, contre Descartes.

    -          Parce que Descartes prétend commencer quelque chose alors qu’ « on ne commence rien. On répond toujours ».

    -          Revient ensuite aux instances opposées de la mimésis, en évoquant Durkheim et Gabriel Tarde et le moteur de la construction du social, à savoir l’imitation.

    -          Montre comment la mimésis est à la fois la cause de la crise et le moteur de la résolution.

    -          « La victime est toujours divinisée après qu’elle a été sacrifiée : le mythe est donc le mensonge qui dissimule le lynchage fondateur, qui nous parle de diux mais jamais des victimes que ces dieux ont été ».

    -          Passe emsuite à la mimésis paisible, qui a commebase l’appretissage et le maintien des codes cultureles dans la longue durée.

    -          « Pascal a très bien vu cela, quand il évoque la ruse de l’ »honnête homme » défendant les « grandeurs d’établissement ».

    -          Evoque la stérilité des « groupes de fusion » imaginés par Sartre.

    -          « La violence  a depuis longtemps perdu son efficacité, mais on commence seulement à s’en rendre compte. »

    -          Clausewitz entre voit cette réalité qu’il n’y a pas de différence de nature, mais de degré, entre le commerce et la guerre.

    -          Les interlocuteurs vont parles des relations franco-allemandes, un des foyers mimétiques les plus virulents de l’ère moderne.

    -          Cite Clausewitz comme un curieux « avatar des Lumières » qui annonce « l’imminente dictature de la violence ».

    -          Il entrevoit  « la lutte tragique des doubles ».

    -          « C’est au cercle vicieux de la violence qu’il faudrait pouvoir renoncer, à cet éternel retour d’un sacré de moins en moins contenu par les rites et qui se confond maintenant avec la violence ».

    -          Pense que le « religieux démystifié » du christianisme sera la seule issue de ce cercle vicieux. (p.65)    René Girard, Achever Clausewitz. CarnetsNord, 363p.  A suivre...

  • De Hegel à Pascal

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    Achever Clausewitz de René Girard. Notes de lecture (2)

    Clausewitz et Hegel

    - RG s’oppose à l’hégélianisme plus qu’à Hegel.
    - Clausewitz n’est pas philosophe.
    - L’hégélianisme nous a masqué le tragique de la pensée de Hegel, qui se méfie des Lumières.
    - Hegel parle d’un « Golgotha de l’Esprit.
    1c75e5bd417a7c5f047eb1d839eb56df.jpg- Hegel prend à la révélation chrétienne une double Aufhebung (élévation).
    - Mais Hegel ne voit pas, selon RG, la montée aux extrêmes procédant de l’oscillation des positions contraires.
    - « Je disais, comme Hegel, que nous désirons moins les choses que le regard que les autres portent sur elles : il s’agissait d’un désir du désir de l’autre, en quelque sorte », dit RG.
    - Décrit ensuite plus précisément ce processus (p.73).
    - « Le danger de la pensée hégélienne vient paradoxalement de ce qu’elle n’a pas au départ une conception radicale de la violence ».
    - Et rappelle que Hegel n’a jamais participé à aucune opération militaire.
    Deux conceptions de l’histoire.
    - Hegel distingue l’histoire « vraie » de l’histoire « apparente ». L’histoire vraie est constituée par le sacrifice des individus.
    - Pour Clausewitz, la seule réalité est l’histoire apparente.
    - Ni l’un ni l’autre ne laissent beaucoup de place à l’espérance.
    - Deux grands penseurs de la guerre, relève cependant RG.
    - Mais à l’époque il y a aussi Schelling et Fichte, et tous regardent Napoléon.
    - En vient à Germaine de Staël qui, comme d’autres à l’époque, a l’intuition que seul le religieux offre un recours.
    - Se joue dans le face-à-face franco-allemand, « rempli de haine et de fascination ».
    - Clausewitz est à la fois anti-napoléonien et napoléonien.
    - La mort du héros participe chez Hegel à l’avènement de l’Esprit.
    - Tandis que l’héroïsme pour Clausewitz est une exaspération du mimétisme. Il est à la fois attiré et horrifié par la guerre.
    - « Clausewitz entrevoit le moteur essentiellement réciproque de ce que Heidegger appellera plus tard « l’arraisonnement du monde à la technique ».
    - La montée aux extrêmes rend toute réconciliation impossible.
    - Clausewitz est plus réaliste que Hegel.
    - RG dépasse la vision d’un « christianisme essentiel » pour faire retour au réalisme de saint Paul : « Il faut penser le christianisme comme essentiellement historique, au contraire, et Clausewitz nous y aide ».
    - « Nous sommes immergés dans le mimétisme et il nous faut renoncer aux pièges de notre désir, qui est toujours désir de ce que l’autre possède ».
    - Rejoint la notion chrétienne d’auto-limitation de Soljenitsyne.
    - Reste cependant très pessimiste,
    - « Le mimétisme a ses raisons que la raison ne veut pas voir », observe BC en évoquant la fonction de la Réforme prussienne de réponde à la Révolution française.
    - De l’ »irrésistible séduction » de Napoléon.
    - Mais c’est contre Napoléon que Clausewitz pense.
    - A l’origine d’un mouvement qui mène à Bismarck. A Lüdendorff (rédacteur du plan Schlieffen) et à Hitler.
    - Le primat de la défense sur l’attaque devient le thème majeur.
    - D’une citation de Bergson en 1914 (p.83) RG tire la conclusion que « la raison a du mal à envisager le pire ».
    - Clausewitz est essentiellement réaliste.
    - Il pressent l’avènement des guerres idéologiques.
    - La boîte de Pandore s’ouvre plus grande avec le léninisme.
    - La guerre idéologique nous fait passer à la violence imprévisible et indifférenciée.
    - Evoque la montée aux extrêmes au Rwanda et en Irak : « Entre les coups de hache et les missiles, il n’y a pas une différence de nature, mais de degré », visant à l’extermination.
    - « Clausewitz nous dit à sa manière qu’il n’y a plus de raison à l’œuvre dans l’histoire ».
    - On en vient au dépassement de l’idéologique par le technologique.
    - La militarisation totale de la vie civile s’opère avec le stalinisme et le nazisme, marquant la montée aux extrêmes qui a détruit le cœur de l’Europe.
    - On en arrive à une totale imprévisibilité de la violence, que RG appelle la fin de la guerre, « autre nom de l’apocalypse ».
    - « Nous sommes bien loin de la fin de l’histoire annoncée par Fukuyama, ce dernier rejeton de l’optimisme hégélien ».
    - RG inoque la nécessité d’une histoire mimétique.
    - Se déclare anti-maurassien et anti-positiviste.
    - « Ce positivisme français qui perdure est d’autant plus ridicule qu’il se refuse à voir que la France a cessé d’être à l’échelle des superpuissances qui mènent le monde depuis 1940 ».
    - « Ou l’Europe se fait, ou elle devient une poussière minable, comme les cités grecques sous l’Empiuire romain ou les Etats italiens jusqu’à Napoléon III ».
    - RG en revient ensuite à la gémellité des islamistes et des occidentaux, pas nouvelle.
    - Se demande si les excès des Croisades ne sont pas une réponse mimétique au djihad, dont nous subissons encore les conséquences.
    - Affirme que le duel entre Chine et USA n’a rien d’un choc des civilisation, mais promet un affrontement mimétique en puissance.
    - « A la différence près que les Chinois, qui ont une vieille culture miliaire, ont théorisé depuis mille ans le fait qu’il faut utiliser la force de l’adversaire pour mieux la retourner ».
    - « En ce sens, le terrorisme islamiste n’est que le prodrome d’une réponse beaucoup plus redoutable de l’Orient à l’Occident ».
    - Cite les vols de cuivre endémique, conduisant systématiquement à la Chine… (p.92)
     

    L’impossible réconciliation
    - BC interroge RG sur son pessimisme.
    - « Beaucoup d’intellectuels essaient de me faire le bouc émissaire de leur aveuglement », répond RG.
    - La leçon de Clausewitz, ou de la lecture de Clausewitz, est que la montée aux extrêmes démystifie toute Aufhebung, toute réconciliation.
    - « Et les illusions fondées sur la violence créatrice de paix illustreront dans la réalité historique la folie de toute cette affaire ».
    - Il a cru lui-même en l’enseignement pacificateur d’un savoir de la violence.
    - Mais il en doute aujourd’hui, et cela l’amène au silence d’Hölderlin, poète immense « exact contemporain de Hegel et Clausewitz ».
    - Sa retraite définitive à Tübingen équivaut selon RG à un rejet de l’Absolu, « une distance radicale prise à l’égard de tous les optimistes qui ont accompagné a montée du bellicisme en Europe ».
    - G cherche aujourd’hui la vérité que Hegel ne lui a pas donnée.
    - Evique la « tristesse invincible du protestant, moins protégé que le catholique peut-être ».
    - Passe de l’univers chrétien à l’univers biblique.
    - Pour désigner la continuité des deux traditions.
    - « La pensée des Lumières, toutes les pensées de l’égalité, de la démocratie, les pensées révolutionnaires, sont essentiellement non-grecques, juives d’origine, car elles se fondent sur la vision ultime de l’identité, de la fraternité ».
    - La réconciliation ne sera pas la suite mais l’envers de la montée aux extrêmes.
    - « Le Royaume est déjà la, mais la violence des hommes le masquera de plus en plus ».
    - « L’identité paisible gît au cœur de l’identité violente comme sa possibilité la plus secrète : ce secret fait la force de l’eschatologie ».
    - Rappelle l’affrontement d’Etéocle et Polynice, qui ne se réconcilieront jamais.
    - Voit en le christianisme « le pensée originelle de l’identité ».
    - « Il est le premier à voir la convergence de l’histoire vers une réciprocité conflictuelle qui doit se muer en réciprocité pacifique sous peine de s’abîmer dans la violence absolue »
    - Pense que nous sommes entrés « dans une ère d’hostilité imprévisible, un crépuscule de la guerre qui fait de la violence notre ultime et dernier Logos ».
    - Voit en l’apocalypse l’expression du « neuf absolu» et de la parousie.
    - « Il faut arracher l’apocalyptique aux fondamentalistes ».
    - « La violence des hommes produit du sacré, mais la sainteté mène à cette « autre rive » dont les chrétiens, comme les juifs d’ailleurs, gardent la conviction intime qu’elle ne sera jamais entachée par la folie des hommes ».
    - « Nous devons nous détruire ou nous aimer, et les hommes – nous le craignons – préféreront se détruire.»
    - Pense que la réconciliation n’est pas immanente au mouvement de l’histoire.
    - « C’est donc Pascal, beaucoup plus que Hegel, qui devient notre contemporain ». (p. 101)
    -
    René Girard, Achever Clausewitz. CarnetsNord, 363p.
    A suivre...

  • Races de la guerre

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    Lecture d'Achever Clausewitz, de René Girard. Notes (3) 

    - Le problème est de passer d’une mimesis violente à une mimesis paisible.
    - Hegel fait du Dieu de la Loi celui qui écrase et domine.
    - Sa lecture de a Bible est statique et « morte ».
    - De même le rationalisme re-mythifie-t-il ce qu’il croit démystifier.
    - Avec le Christ, Dieu est désormais aux côtés de la victime émissaire.
    - Ce qu’il faut imiter dans le Christ, c’est son retrait.

      III. Le Duel et la réciprocité
    - L’enjeu de la discussion est d’envisager la possibilité d’empêcher la catastrophe.
    - Clausewitz définit la guerre comme « étonnante trinité ».
    - Mais il a du mal à convaincre qu’un frein politique peut encore contenir les guerres.
    - L’« étonnante trinité », avec la Formule bien connue (« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »), est la clef de sa pensée.
    - En fait « l’action réciproque » est le moment crucial, soit provoquant soit différant la guerre.
    - La montée aux extrêmes est devenue la règle dans la logique de la réciprocité.
    - Ce que Clausewitz appelle l’action réciproque correspond à « la capacité des hommes de s’imiter de lus en plus en le méconnaissant absolument. »
    - « Duel, action réciproque et montée aux extrêmes finissent ainsi par s’équivaloir. Ils correspondent précisément à ce que j’appelle indifférenciation. »

      La guerre et l’échange
    - Reviennent au duel comme structure cachée de tous les phénomènes sociaux, dot le commerce.
    - Avant Marx, Clausewitz voit que le commerce concerne la même réalité que la guerre.
    - Aux antipodes de Montesquieu, qui pensait que le commerce permettait d’éviter les conflits armés.
    - « Louis XIX avait encore des visées impériales sur l’Europe, quand l’Angleterre, elle conquérait le monde de façon beaucoup plus efficace. Le commerce est une guerre redoutable, d’autant qu’elle fait moins de morts ».
    - C’est par ailleurs une guerre continue, de faible intensité.
    - La haine croissante vouée par Napoléon à l’Angleterre vient de là.
    - Pense cependant que le commerce peut contenir la guerre « tant que nous restons dans un capitalisme raisonnable ».
    - Le fétichisme de l’argent est un des grippages du mécanisme
    - Lucien Goldmann l’a sensibilisé à la dégradation de l’échange, qui de qualitatif est devenu quantitatif.
    - Aujourd’hui, le commerce peut conduite vite à la « montée aux extrêmes ».
    - La confrontation Chine-States.
    - Le commerce peut retenir la violence, mais la relation morale est d’un autre ordre.
    - Eclairage sur la nature ambigüe et cachée de la réciprocité, et le risque de la découvrir (p.120) 

      La logique des prohibitions
    - Stigmatise le rationalisme de Raymond Aron, qui l’empêche de voir la réalité réelle de la guerre.
    - Revient à son ouvrage-clef : La violence et le sacré.
    - Rappelle que les prohibitions archaïques étaient dirigées contre la violence.
    - Non pas contre le sexe coupable mais contre «les rivalités mimétiques dont la sexualité n’est que l’objet ou l’occasion ».
    - Œdipe est l’épidémie de peste.
    - La « guerre de tous contre tous » et la façon de revenir à la paix par le sacrifice du bouc émissaire.
    - « Chaque lynchage issu d’une crise mimétique accouche ainsi d’une nouvelle divinité ».
    - Comment les prohibitions et le sacrifice ont permis aux sociétés pré-humaines de passer aux sociétés humaines.
    - Le judéo-christianisme seul place l’humanité devant l’alternative : « ou continuer à ne pas vouloir voir que le duel régente souterrainement l’ensemble des activités humaines, ou échapper à cette logique cachée au profit d’une autre, celle de l’amour, de la réciprocité positive. »
    - « Nous entrons donc dans une perspective eschatologique ».
    - Nous ne croyons plus aujourd’hui à la catastrophe, alors même qu’elle est plus prévisible que jamais, remarque BC.
    - RG : « C’est très juste. D’une certaine manière, le progressisme est issu du christianisme et le trahit ».
    - Ce qui manque à Hegel autant qu’à Raymond Aron, c’est la dimension tragique.
     
      La fin du droit
    - La montée aux extrêmes va de pair avec les manquements croissants aux règles de l’honneur.
    - Carl Schmitt annonçait la « théologisation » de la guerre, exactement visible dans le conflit entre Bush et Ben Laden.
    - L’origine du terrorisme est bien vue par Carl Schmitt.
    - Le terrorisme actuel serait l’intensification de la guerre totale au sens de Hitler et de Staline.
    - Le modèe du partisan, selon Schmitt, illustre le passage de la guerre au terrorisme.
    - Selon RG, Schmitt aurait sous-estimé le rôle de la technologie devenant folle. « Il n’a pas vu que le terrorisme démocratique et suicidaire allait empêcher tout containment de la guerre. Les attentas-suicides sont de ce point de vue une inversion monstrueuse de sacrifices primitifs : au lieu de tuer des victimes pour en sauver d’autres, les terroristes se tuent pour en tuer d0’autres. C’est plus que jamais un monde à l’envers. »
    - Evoque Guantanamo qu’il taxe d’ignominie, contre tout contrat.
    - « Nous sommes entrés dans un monde de pure réciprocité », dans l’époque du « tout ou rien ».
    - « Bush accentue jusqu’à la caricature la violence guerrière dont les Américains sont capables, hors des cadres de toute raison politique – et ben Laden et ses imitateurs lui répondent de façon tout aussi « souveraine ».
    - Rappelle l’observation de Heidegger sur « l’arraisonnement du monde à la technique ».
    - Rappelle le drame vécu par Kennedy et ses proches lors de l’affaire cubaine.
    - Me rappelle le témoignage terrible de Mc Namara dans Fog of War
     Retour à la vie simple ?
    - Clausewitz nous apprend que la réconciliation n’est jamais acquise.
    - « Il y aura toujours le risque de la montée aux extrêmes ».
    - BC cite une lettre de Clausewitz à sa femme (pp.135-136).
    - Où l’on voit que Clausewitz, jusque dans la religion, ne parvient pas à changer d’ordre.
    - Au lieu de maîtriser le duel, il cherche à le servir « de droit divin »
    - Le dieu de Clausewitz reste le dieu de la guerre.
    - BC cite alors Totalité et infini de Levinas.
    - RG voudrait dépasser l’apologie des différences pour mieux affirmer l’identité.
    - « L’humanitarisme, c’est l’humanisme tari ! »
    - Que la réconciliation est l’envers de la violence.
    - Mais les hommes ne veulent pas l’entendre et serons de plus en plus violents.
    - BC cite Bergson à propos de la « loi de dichotomie » et de la « loi de double frénésie ». (p.140)
    - RG acquiesce mais va plus loin en revenant à Pascal qui pense que « la vérité livre une guerre essentielle à la violence ».
    - Accentue encore sa perception réaliste et tragique de la violence humaine.
    - Contre la sérénité bergsonienne, pense que « le pire a commencé de se produire ».

      IV. Le duel et le sacré

       Les deux âges de la guerre
    - BC rappelle l’enjeu de la discussion : penser la réconciliation en considérant toutes les données de l’action réciproque.
    - Rappelle les distinctions de Péguy sur les deux « races de la guerre », lutte pour l’honneur ou lutte pour le pouvoir.
    - Peut-on se battre sans haine dans la situation faite à la guerre moderne ?
    - RG rappelle que les génocides du XXe siècle ont été planifiée calmement et froidement.
    - RG, évoquant le ratage du christianisme historique, revient sa vision apocalyptique : « Le Christ impose donc une alternative terrible : ou le suivre en renonçant à la violence, ou accélérer la fin des temps ».
    - Cite Pascal à la fin de la XIIe Provincale : « C’est une étrange et longue guerre que celle ou la violence essaie d’opprimer la vérité ; tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et ne peuvent que la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l’irriter encore plus ».
    - Note que Pascal dit « la violence » et non pas « la guerre », relevant déjà d’une pensée apocalyptique . (p.150)

    René Girard, Achever Clausewitz. CarnetsNord, 363p.

  • Face à l'abîme

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    Lecture d'Achever Clausewitz de René Girard (4) 

      Une religion guerrière
    - De la loi de « double frénésie ».
    - Relance du combat pressenti par Pascal, entre la violence et la vérité.
    - Clausewitz comme antidote au progressisme : pour lever les illusions.
    - « Achever ce qu’il n’a fait qu’entrevoir, c’est retrouver ce qu’il y a de plus profond dans le christianisme.
    - Revient à Péguy et à sa façon de dépasser la notion de duel comme « lutte à mort ».
    - « Clausewitz ferme tout de suite la porte qu’il a ouverte ».
    - Trop mimétique et patriote pour tirer conséquence de ce qu’il pressent.
    - Ne parvient pas au dépassement de la haine pour Napoléon.
    - C’est même cette haine qui le fait théoriser, selon RG.
    - Cite les exemples de Dostoïevski et de Proust qui vivent eux aussi la montée aux extrêmes mais la dépassent en l’exprimant.
    - RG pense qu’il faut repenser le mimétisme de l’intérieur de celui-ci.
    - Taxe la pensée de Raymond Aron sur Clausewitz d’ « irréalisme total ».
    - Aron voudrait rester dans le seul politique, alors que cela se passe dans le religieux.
    - BC passe à la question essentielle de l’héroïsme.
    - Le ressentiment de Clausewitz contre la France va le faire s’inventer un modèle avec Frédéric II, piètre figure à cet égard.
    - Joseph de Maistre, à la même époque, écrit que « toute guerre est divine », pressentant le caractère surnaturel de la montée aux extrêmes.
    - Clausewitz, au principe mimétique, ne trouve qu’un frein temporaire.
    - Clausewitz est plus du côté de Napoléon, malgré sa haine, que du côté de Frédéric II.
    - RB souligne la modernité et la lucidité réaliste des pages de Clausewitz sur la réalité physique de la guerre, tout en pointant sa fascination pour la « mystique guerrière » de Napoléon.
    - Pointe la « psychologie souterraine » de Clausewitz.
    - Son ressentiment, plus fort que toutes les rationalisations, donne à son œuvre son tour tragique.
    - Rappelle les relations entre Voltaire et Frédéric II, et l’humiliation de celui-ci par celui-là.
    - L’humiliation de Versailles, en 1918, relancera le ressentiment mortel de l’Allemagne.
    - Evoque Péguy, qui joue Polyeucte contre De la guerre.
    - L’ « étonnante trinité de Clausewitz » établit la maîtrise du peuple par le commandant et la maîtrise du commandant par le gouvernement. Et, selon RG, démultiplie la violence plus qu’elle ne la contient.
    - La violence, devenue automne, fait craquer la belle ordonnance du système glorifiant le « génie guerrier ».
    - Cite le général de Gaulle comme incarnant la dernière geste d’une culture militaire avant la déroute en Indochine et l’impasse algérienne.
    - « Il semble que toute culture militaire soit morte en Occident », dit RG après le constat des nouvelles formes de guerre, asymétrique ou « chirurgicales »
     

    Le génie guerrier et le surhomme
    - De la bataille , où la violence produit encore du sens à la nouvelle forme de violence de la guerre, stérile.
    - Que la « bataille décisive » selon Clausewitz repose encore sur le duel, le corps à corps pour ainsi dire.
    - Liddel Hart, un siècle plus tard, au temps des « escalades », conclut qu’il ne faut pas de combat.
    - RG devant la nouvelle réalité : « Il n’y a rien à attendre de la violence ».
    - Clausewitz identifie vérité et violence. Anti-Pascal à cet égard.
    - Les thèses de Clausewitz absolutisent les intuitions de RG sur le mimétisme.
    - Pour Clausewitz, « la guerre est le seul domaine où le métier et la mystique soient totalement unifiés, ceci dans les moments les plus intenses ». (p.172)
    - L’homme ne deviendrait homme que dans la guerre.
    - Une tentative de régénération «surhumaine» pour éviter de retomber dans les « sphères inférieures de la nature animale ».
    - Cite alors l’aphorisme 125 du Gai Savoir de Nietzsche : « Ne faut-il pas devenir dieux nous-mêmes », etc.
    - Nietzsche prend le relais de Clausewitz, tout en décelant le mécanisme du meurtre fondateur.
    - RG estime que Nietzsche « va trop loin dans la révélation. Il détruit son propre fondement »
    - « C’est tout le drame de Nietzsche que d’avoir vu et de ne pas avoir voulu comprendre cette sape opérée par le biblique ».
    - En pariant sur Dionysos, Nietzsche redonne un sens à la violence.
    - « Il y a là un drame terrible, un désir d’Absolu dont Nietzsche ne sortira pas ».
    - Clausewitz est « protégé » par la réalité et l’exutoire de l’armée.
    - Nietzsche n’a devant lui que « l’abîme d’une volonté de puissance ».
    - RG estime toute valorisation de l’héroïsme surannée ou dangereuse.
     

      Cet ennemi qui me fait face
    - BC en revient à Totalité et Infini d’Emmanuel Levinas.
    - Se demande après Levinas s’il n’est pas vrai que « seule l’expérience de la guerre peut nous permettre de penser la réconciliation ? »
    - Levinas ne croit pas à une régénération par la guerre.
    - Envisage une relation à l’Autre qui serait purifiée de toute réciprocité.
    - « Levinas s’en prend à l’Etat et au totalitarisme. L’hégélianisme est visé frontalement, c’est clair ».
    - BC relève que la relation éthique rendrait possible cette sortie de la totalité.
    - RG précise alors sa position par rapport à Levinas (p.179)
    - BC montre à RG que Levinas est au cœur de leur discussion, en pensant la transformation de l’héroïsme en sainteté.
    - RG revient à l’exemple du Christ
    - « Levinas est peut-être au coeur de cette mystérieuse similitude entre la violence et la réconciliation. Mais à condition de bien souligner que l’amour fait violence à la totalité, fait voler en éclats les Puissances et les principautés ».
    - Reviennent à Péguy pour penser la dialectique de l’indifférencié et du différent, l’autre en tant qu’autre.
    - BC : « C’est parce que les combattants ne veulent pas voir leur ressemblance croissante qu’ils provoquent une montée aux extrêmes ». Reconnaître l’autre ouvrirait à la réconciliation.
    - RG trouve BC trop optimiste. Craint le caractère irréversible de la montée aux extrêmes, la réalité du mimétisme.
    - BC relève le paradoxe de la tradition biblique et évangélique, qui propose à l’homme de se diviniser en renonçant à la violence, ce que Nietzsche considère comme la pire des choses qui pouvait arriver à l’humanité.
    - « Le christianisme nous invite à imiter un Dieu parfaitement bon (…) Il n’y a aucune aucune autre solution au mimétisme qu’un bon modèle. Mais jamais les Grecs ne nous ont invité à imiter les dieux ? Ils disent toujours qu’il faut mettre Dionysos à distance, ne jamais s’en approcher. Seul le Christ est « approchable », de ce point de vue. Les Grecs n’ont pas de modèle imitable de la transcendance, c’est leur problème, c’est le problème de l’archaïque. La violence absolue n’est bonne pour eux que dans le souvenir cathartique, la reprise sacrificielle. Mais dans un monde où le meurtre fondateur a disparu, nous n’avons pas d’autre choix que d’imiter le Chrust, de l’imiter à la lettre, de faire tout ce qu’il dit de faire. La Passion révèle à la fois le mimétisme et la seule manière d’y remédier. Chercher à imiter Dionysos, à devenir un « Dionysos philosophe », comme l’a tenté Nietzsche, c’est adopter une attitude chrétienne pour faire l’exact contraire de ce qu’invite à faire le christianisme » (p.185).
    - Passe au terrorisme contemporain comme nouveau modèle de guerre asymétrique.
    - BC : observe que RG substitue au projet héroïque un projet de maîtrise.
    - Là encore, RG rejoindrait Soljenitsyne dans son appel à l’auto-limitation.
     

     Le tournant apocalyptique
    - RG en revient à la structure de décomposition figurée par Satan.
    - «La violence ne fonde plus rien, elle n’est plus qu’un ressentiment qui s’irrite de plus en plus, c’est-à-dire mimétiquement, devant la révélation de sa propre vérité.
    - Que le Christ « irrite les rivalités mimétiques ».
    - Que nous ne voulons pas les voir quand il nous les montre.
    - Que chaque nation pense que c’est bon pour l’autre mais pas pour elle.
    - Que le christianisme historique a échoué pour cela même.
    - Affirme que les textes apocalyptiques « vont maintenant nous parler plus qu’ils n’ont jamais fait ».
    - Le volontarisme de Clausewitz prépare le pangermanisme, le sacré dévoyé et la destruction du monde.
    - Sa notion du « dieu de la guerre » est significative.
    - Le chaos dionysiaque a encore un aspect « fondateur » selon RG, tandis que celui qui se prépare est absolument destructeur .
    - Décrie l’héroïsme dévoyé où «la canaille s’est introduite depuis toujours, d’une certaine manière, et en particulier depuis Napoléon ».
    - « Si les hommes se battent de plus en plus, c’est qu’une vérité s’approche contre laquelle réagit leur violence. Le Christ est cet Autre qui vient et qui, dans sa vulnérabilité même, provoque un affolement du système ». (p.191)
    - La vulnérabilité du Christ : à l’opposé de la figure du dieu de la guerre…
    - Que les hommes sont désormais capable de détruire l’univers.
    - Mais que cela ne concerne que le monde abandonné à la violence mimétique.
    - BC cherche à tempérer, à nuance la vision par trop « globale » de RG, invoquant « notre résistance toujours possible au cœur des choses ».
    - RG invoque son côté « romantique refoulé ».
    - Et s’excuse par son besoin d’une eschatologie.
    - Evoque les diverses « atmosphères du christianisme », notamment au XVIIe où l’eschatologie est peu présente.
    - RG estime « qu’il est urgent de prendre en compte la tradition prophétique, son implacable logique, qui échappe à notre rationalisme étriqué. »
    - « C’est la fin de l’Europe qu’annonce Clausewitz. Nous le voyons annoncer Hitler, Staline et le suite de tout cela, qui n’est plus rien, qui est la non-pensée américaine dans l’Occident. Nous sommes aujourd’hui vraiment devant le néant. Sur le plan politique, sur le plan littéraire, sur tous les plans ». (p.195).
    - Evoquent encore la question cruciale du droit, à propos d’un texte de Marc Bloch.
    - RG se demande si l’on est encore dans un monde où la force peut céder au droit.
    - Le droit cède de toutes parts.
    - RG rappelle comment le droit surgit. Dans les tribus archaïques. Dans le Lévitique, etc.
    - « La violence a produit du droit qui est toujours, comme le sacrifice, une moindre violence. Qui est peut-être la seule chose dont la société humaine soit capable. Jusqu’au jour où cette digue cède à son tour ».
    - Et l’on va passer, du pessimisme radical (s’agissant du monde) de René Girard, à la tristesse de Hölderlin. Joyeux compères !
    René Girard, Achever Clausewitz. Entretiens avec Benoît Chantre. CarnetsNord, 363p.