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Se faire voir chez les Grecs...

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Cette année-là, de Thessalonique à Athènes, pour y célébrer le souvenir de Jacques Chessex...

Athènes, ce jeudi 17 mars 2011. – La crise grecque nous attendait ce matin de pied ferme, à Athènes, sous la forme d’interminables encombrements routiers provoqués par la grève des transports, et une autre surprise non moins fâcheuse m’a navré à l’ouverture de ma valoche, dans le cinq étoiles au beau design Black & White où mes chers hôtes du DFAE m’ont retenu une chambre donnant sur l’Acropole: à savoir que j’avais oublié dans l’armoire de l’Electra Palace de Salonique, les étincelantes chemises blanche et bleue que je me suis achetées à Amsterdam, tout spécialement, en sorte d’être présentable chez MM. Les ambassadeurs d’Athènes et de Bratislava, qui m’on prié tous deux à déjeuner sur carton imprimé aux armes du Pays. Du moins avais-je emporté, faute de cravate (j’ai plus encore horreur des cravates que des chemises blanches ou bleues), un seyant foulard griffé La Placette; et la veste « habillée » qu’a choisie ma bonne amie à Amsterdam, pour la même occasion, a complété l’illusion évidemment entamée par mes chaussures de marche Méphisto même pas lustrées…

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Athènes, ce vendredi 18 mars. – Le jour se lève sur l’Acropole dont je vais visiter tout à l’heure le nouveau musée en compagnie de Sylvain Fachard, le jeune directeur de l’école d’archéologie suisse d’Athènes, charmant garçon dont tout le monde loue la compétence et que j’ai rencontré hier chez l’ambassadeur Amberg, à l’occasion d’une réception où je me suis tout de suite trouvé en phase avec Madame, découvrant la grande toile hodlérienne du salon de la résidence, faite de sa main et représentant, tout en bleu, le lac et la Savoie que nous avons sous les yeux à La Désirade !
Autant que son ambassadeur de mari, grand diable barbu et très jovial dont on m’a parlé du cursus universitaire imposant qui l’a ouvert au monde slave, et qui a poussé la diplomatie jusqu'à trouver élégante ma tenue de patachon, Madame Amberg rompt complètement avec le genre de diplomates lisses ou coincés en présence desquels on se rase. Leur fille Lydia est d’ailleurs à l’avenant, qui étudie à Genève et peint elle aussi. Pour faire bon poids dans les coïncidences heureuses, le grand paysage bleu de Madame Amberg faisait face à une toile de Thierry Vernet datant du voyage avec Bouvier: peut-être pas encore du grand Vernet mais d’un climat dégageant bien le ton et la calorie balkaniques, dans une composition solide mais comme embuée - donc très Vernet.

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En outre, j’ai découvert au passage un peintre serbe que je ne connaissais pas, un certain Zdravko Mandic dont le sfumato des aquarelles, à la limite du léché, m’ont cependant touché. Parmi les convives se trouvait donc également le jeune Sylvain Fachard, ancien élève de Chessex, qui m’a appris que l’affreux m’aura souvent cité devant ses classes, sans doute pour le pire (!), et une petite dame vive au casque de cheveux noirs étonnant, qui enseigne la littérature romande à l’université et porte le joli prénom de Ioanna. Elle m’a dit que c’est elle qui me présenterait à l’Institut et j’ai pensé que c’est à elle que j’offrirais le dernier exemplaire emporté de L’Enfant prodigue.

Dans la foulée, le soir, ma conférence à l’Institut français s’est donnée dans les meilleures conditions, devant une salle d’une cinquantaine de personnes bien attentives et réceptives, et dont beaucoup m’ont témoigné leur vif contentement. J'espère que ce succès diplomatique sera rapporté à dame Calmy-Rey, qui a besoin ce sjours d'être encouragée.

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View-of-Athens-from-Lycabet-940x360.jpgEn toute fin de soirée, l’indispensable Monsieur Péclard, type par excellence du Suisse de bonne volonté, m’a encore entraîné jusqu’au sommet du Mont Lycabet, dont nous avons gravi les dernières pentes en évoquant les figures diversement inspirées de notre politique nationale, qui n’ont pas de secret pour lui - je censure ici le détail pour ne pas lui attirer d’ennuis en sa fin de carrière...
Or, un mot de Monsieur Péclard, m’a mis là-haut en joie quand, désignant les myriades de lumières de la ville, il m’a lancé d’un air complice: « J’aime mieux voir Athènes comme ça, la nuit : ça fait plus propre »…

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Au fil de mes rencontres, et notamment en compagnie d’une jeune femme très vive et intéressante, prénommée Sophie et présente elle aussi au déjeuner de l’ambassadeur, j’ai entendu pas mal de choses sur la crise qui frappe actuellement la Grèce, où la responsabilité des élites notoirement corrompues, même à gauche, et la propension d’une partie des Grecs à vivre au-dessus de ses moyens, reviennent souvent dans la conversation.


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Une scène m’a captivé ce matin, à l’étage panoramique du palace où se prend le petit déjeuner, quand s’y est pointé un Américain au visage de batracien froissé, style homme d’affaires trapu, que tout visiblement mettait en fureur. Il a commencé par invectiver la très accorte préposée à l’accueil, en désignant la fucking music de fond, très feutrée et lointaine à vrai dire, affirmant qu’il détestait ça, puis il s’est fait placer au fond de l’arrière-salle dont il a resurgi en continuant de pester sur le service, s’est ensuite rendu au buffet - absolument somptueux, voire pléthorique -, dont il est revenu en affirmant que c’était un very bad buffet, comme tout était bad dans ce fucking hotel, enfin je l’ai encore entendu vitupérer le pauvre serveur qui n’en pouvait plus d’encaisser ses fuck you en se retenant visiblement de lui envoyer la cafetière à la gueule, ce que j’eusse fait avec un plaisir certain.
On ne se rappelle pas assez, à l’ordinaire, que de tels types existent, et c’est peut-être l’avantage, de temps à autre, de passer une nuit dans un hôtel de grand luxe, où se déploie la vilenie prétentieuse de ceux qui s’imaginent avoir tous les droits du seul fait de leur compte en banque.

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La visite du nouveau Musée de l’Acropole, signé Bernard Tschumi, m’a d’autant plus intéressé et même émerveillé, ce matin, que les explications de Sylvain Fachard y ajoutaient un véritable « récit », inscrit dans l’histoire, et une quantité d’observations détaillées extrêmement vivantes et pertinentes, liées autant aux objets qu’à la saga du lieu et de ses avatars, aux tribulations du temple (jusqu’à la fameuse affaire des frises du British) et à la nouvelle mise en valeur des chefs-d’œuvre dans l’espace magnifiquement spacieux et lumineux du musée.

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La dernière fois que je me trouvais à Athènes, l’archéologue Charles Bonnet, auquel on doit la découverte de la cité nubienne de Kerma, m’avait déjà fasciné par sa « lecture » des ruines, et c’est le même gai savoir, érudit et fervent, que pratique son jeune et très brillant collègue. L’archéologue parle, et la ruine se relève en villa, en palais, en ville sous nos yeux ébahis…

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