UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • L'épreuve du Faux

    670366447_10164209010013588_3780185997539875296_n.jpg
    (Ici et maintenant, avec les nuances)
     
    À La Maison bleue, ce dimanche 12 avril 2026. – Alexandre Zinoviev me disait un jour, dans une taverne munichoise où nous nous étions attablés pour évoquer le souvenir du Führer virtuellement présent en ces lieux, que ce que les monstres ont de bon - et il le disait aussi à propos de Staline et de l’idéologue stalinien Mikhaïl Souslov «juste assez humain pour qu’on puisse le mépriser » - tient à cela qu’ils visibilisent en somme la monstruosité du Pouvoir et suscitent l’opposition comme un devoir obligé, même si les moutons continuent de se faire tondre et de bêler de reconnaissance au pied des monstres les pires qui soient – et l’actuel Président américain, qu’on s’abstiendra raisonnablement de comparer avec Hitler ou Staline, apparaît bel et bien lui aussi, ces derniers temps, comme l’incarnation d’un pouvoir abusif, avec les particularités propres au monde virtuel des temps qui courent, où le show prend le pas sur la ligne idéologique ou politique.
    L’incroyable se déroule sous nos yeux, mais le faux a cela de particulier et de troublant, en ce qui concerne Donald Trump, qu’il se mêle constamment à son contraire qui, sans être le vrai, correspond à un projet moins irrationnel et fou que son apparence, dicté par l’expérience réelle, basique et cynique, pragmatique et toute vouée au deal final du business, de l’agent immobilier véreux aux ruses relancées par le bateleur de télé le plus roué de sa corporation de crapules lustrées.
    Ceci noté, et même si les palinodies de l’ectoplasme mondial, nous présentent les aspects les plus monstrueux d’un Pouvoir perverti, le plus grave probablement reste que les mensonges et gesticulations de l’énergumène, même disssimulant des plans moins absurdes qu’il n’y paraît, aboutissent à normaliser, ou plutôt à banaliser l’idée, ou plutôt le sentiment que plus rien n’a importance au plus haut lieu des décisions et cela dit en des termes d’une vulgarité assumée revenant à une sorte de « fuck ‘em all »nihiliste qui n’empêche pas le Président de viser les midterms avec attention...
    Au demeurant,ce qui m’intéresse n’est pas le tableau géopolitique mais les détails, perceptibles dans l’usage courant du langage (on se rappelle la contamination de la langue allemande par le langage des nazis ) d’une espèce de démence au consentement de laquelle il convient de s’opposer tranquillement…
    EXPERTS & CO. – Tous les experts ne sont pas à jeter, loin de là. Ce samedi matin, j’accueille, dans mon quatre-pièces avec vue sur le lac, la jolie Elise Blaise de LSP et son hôte Alain Juillet, ancien patron de la DGSE (entre autres) à la solide expérience « sur le terrain » économico-politique, pour une longue et très éclairante conversation sur l’état actuel des choses entre guerre en Iran (et maintenant au Liban, avec le dernier massacre israélien visant à saboter les négociations en cours), une très substantielle approche de l’intelligence stratégique des Iraniens – en contraste avec l’aventurisme de Trump – et des propos non moins documentés et nuancés sur les chances pour les Américains de se tirer du guêpier à leur avantage, à vrai dire improbable mais sait-on ?
    Ce qui est sûr, c’est que l’argumentation de Juillet rompt avec le catastrophisme satisfait des commentateurs se suivant avec le même ton lugubre sur Youtube, où le recours au formatage de l’IA donne l’impresion que tous procèdent de la même officine de réflexion fleurant tantôt la propagande et tantôt son contraire, en Cassandre jouissant pour ainsi dire d’entrevoir l’Apocalypse – mais là encore il faudrait nuancer, car nombre de ces commentateurs sont loin de se borner aux arguments simplistes de café du commerce, parfois même très avisés.
    TOUT ÉTANT DANS LA NUANCE. – La digne et droite Mademoiselle Lepoil, maîtresse de piano de nos enfances, en venait à tout coup, après le patient déchiffrement préalable d’un nouveau morceau de la Méthode Rose, à nous déclarer solennellement : « Et maintenant, enfant, nous allons mettre les nuances ».
    Or c’est exactement ce que nous nous disions hier avec mon voisin de palier Monsieur Pierre : qu’un monde sans nuances est immonde, et que cela règle en somme nos approches particulières et générales de la géopolitique mondiale où règne ces jours, plus que jamais, la Hache sans nuances de l’Histoire, avec les invocations de tous au seul Dieu juste et bon qui justifie les justes et bonnes croisades: « Tue-les tous ! » s’exclamait déjà le Moïse de l’Exode au nom de l’Unique, comme le relance le terrifiant Netanyahu...
    La nuance n’est pas le propre de la théologie ou d’aucune idéologie, mais dans la poésie, et c’est un scientifique qui le rappelle: le physicien rebelle Freeman J. Dyson, qui rend hommage à l’immense poète William Blake, considéré comme fou par ses conteporains orthodoxes, qui écrivait : « Savez-vous que tout Oiseau qui fend les airs / Est un monde immense de ravissement, fermé par vos cinq sens » , et le scientifique nous invite dans la foulée du poète «À voir un monde dans un grain de sable /Et un paradis dans une fleur sauvage, À tenir l’Infinité dans la paume de votre main / Et l’Eternité dans une heure », Freeman Dyson concluant que William Blake « nous a donné plus d’information spirituelle en quelques lignes que tous les théologiens et les scientifiques dans leurs ouvrages savants.»
    Et d'ajouter: «Dans l’avenir également, si nous cherchons de l’information spirituelle, nous la trouverons probablement plus chez les poètes que chez les scientifiques », et telle est aussi la conclusion du penseur allemand Peter Sloterdijk célébrant, dans La Folie de Dieu, les nuances de la « théopoésie » à l’encontre de tous les « ismes » et de toutes les croyances exclusives et meurtrières.
     
    672421920_10244137511679892_4246602694120846773_n.jpg
    Freeman J. Dyson. La Vie dans l’univers. Réflexions d’un physicien. Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 2009.
    Peter Sloterdijk. La Folie de Dieu. Du combat des trois monothéismes. Fayard / Pluriel, 2012.

  • Écrire pour soi

    672687558_10164213129978588_2572831902279509843_n.jpg
    Ce lundi 13 avril. – Temps couvert et relents d’un sommeil perturbé par des rêves où je me reprochais de n’être qu’un insignifiant personnage justement ignoré ou fui par ses semblables, exemples à l’appui, et je me suis rappelé péniblement, au réveil, que je suis bel et bien « oublié » de la plupart des gens que j’ai fréquentés, soit qu’ils m’aient fui sans explication, soit qu’il s’abstiennent désormais de prendre de mes nouvelles, etc.
    °°°
    Pour avérer mon impression de ne représenter plus rien dans le monde actuel, je constate que mon (long) texte sur la démence apparente du Président américain, et l’impresssion que la folie collective gagne, n’a suscité sur Facebook, où je suis censé compter 5000 amis ( !) que deux « likes » et pas le moindre commentaire, m’incitant à conclure que je parle dans le vide ou que ce que j’écris n’a plus aucun intérêt, sauf pour moi - donc je continue d'écrire « pour moi »…

  • Ce que dit le silence

    streghe5.JPG
    « Qui sait, dit Euripide, il se peut que la vie soit la mort et que la mort soit la vie »
    (Léon Chestov, Les révélations de la mort)
     
     
    Pour Emilia, en mémoire de Pierre-Guillaume.
     
    La suprême ignorance est là,
    de ne plus savoir si
    de la nuit avant l’heure,
    ou du jour et ses leurres
    sont ce qu’ils sont ou ne sont pas…
     
    L’étrange chose qu’une rose
    qui ne parle qu’en soi
    et dont jamais aucune foi
    n’osa dire qu’elle dispose…
     
    Les mots ne voulaient dire que ça:
    qu’ils savent qu’ils ignorent
    que le silence dort,
    et que la mort n’existe pas…
     
    Peinture JLK: Al Devero.

  • Marche au pas, camarade

    668829040_10244098851953423_6450827094430556573_n.jpg
    À L'Oasis, ce jeudi 8 avril 2026. – Le soleil printanier dénude les cuisses et fait tomber les chemises : il y avait ce soir comme un prélude estival sur le ponton où je descends tous les soirs mon vin chaud, un formidable Black tout tatoué, comme laissait le voir son maillot, semblait trés lancé dans l’entreprise de séduction de deux blondes dans la trentaine, tandis qu’un préado écrasait sa joue sur la table d’à côté avec une sorte de tristesse accusatrice, entre trois dames jacasses, dont sa mère probablement parlant fort l'américain; et je me réjouissais d’être encore en vie au milieu de ce tableau après avoir décidé résolument, en fin de matinée, après un téléphone de notre fille puînée m’annonçant le départ de sa petite équipe demain destination Majorque, de ne pas lâcher la rampe de la fusée avant la fin des vacances des petits…
    NE PAS CRIER AU LOUP. - On dit que c’est le bon vieil Esope qui a forgé le conte du garçon multipliant les fausses alertes avant de voir son troupeau dévoré par le loup profitant de l’insouciance stimulée des villageois, et c’est fort de cette sagesse antique que, ce matin, j’ai déclaré à mes filles de ne pas s’inquiéter tout en évoquant le contraire entre les lignes, de mon état de plus en plus chancelant, mon souffle réellement défaillant et mes jambes ne me portant plus qu’à peine, doutant de plus en plus d’arriver au 14 juin prochain où l’on sera censé fêter (sans moi) les 80 ans du Président américain, s’il ne s’est pas effondré d’ici-là sous le poids de sa nullité, et la mémoire de Che Guevara né le même jour (en 1928) et assassiné à la veille de ses quarante ans – tous trois donc nés sous le signe des Gémeaux qui passe pour celui de la dualité...
    Or la question reste à mes yeux, ce soir, de savoir si le Che, au pouvoir eût été moins malfaisant que le misérable Donald Trump ? L’exemple de Fidel Castro en fait douter malgré la jobardise à lunettes de plomb d’un Jean-Paul Sartre et de tant de grands intelligents, mais passons...
    Et marchons plutôt, camarades, jusqu’à la fin des vacances de nos innocents…

  • La poésie "agie"...

    669296851_10164195816913588_8445851678980517298_n.jpg
    « La poésie n’est pas dans l’émotion qui nous étreint dans quelque circonstance donnée – car elle n’est pas une passion. Elle est même le contraire d’une passion. Elle est un acte. Elle n’est pas subie, elle est agie. Elle peut être dans l’expression particulière suscitée par une passion, une fois fixée dans l’œuvre qu’on appelle un poème et seulement dans l’émotion que cette œuvre pourra, à son tour, provoquer. En dehors de l’œuvre poétique accomplie, il n’y a nulle part de poésie. Elle est un fait nouveau, certainement relié aux circonstances qui peuvent émouvoir le poète dans la nature, mais ce n’est que formé par les moyens dont dispose le poète que ce fait, chargé de poésie, viendra prendre la place qui lui revient dans la réalité. Ce n’est pas l’art que la nature imite, c’est la poésie, parce que la poésie nous a appris à y voir ce qu’elle y a mis ».
     
    (Pierre Reverdy, En vrac)
     
    Peinture: Floristella Stephani, Ostende.

  • Transfiguration

    668831119_10164191482108588_8781402727250506093_n.jpg
    Ce sont, alignés sur une table de cuisine recouverte, comme d’une nappe, par la double page ouverte du Figaro, trois bols blancs et un bol noir que la vieille Maria regarde en pensant à quelque chose que le contraste des bols blancs et du bol noir lui ont suggéré, se disant qu’elle est là - comme cette espèce de tableau est là devant elle -, sous le regard du Seigneur qu’elle prie alors de lui dire ce qu’elle verra après ce qu’elle voit là, dans l’autre monde - dis-moi, Seigneur, dis-moi ce que je verrai après, je vais fermer les yeux en comptant les bols qu’il y a là et ensuite je les rouvre et tu me montres ; et la vieille Maria ferme les yeux et compte jusqu’à trois pour les bols blancs, respire et compte le bol noir, puis elle ouvre les yeux et voilà ce qu’elle voit exactement comme c’est là, mais dans une autre lumière qui est peut-être celle qu’elle voit en elle quand elle ferme les yeux.
     
    Joseph Czapski. Quatre bols et le Figaro. Huile sur toile.