
Régals mortels et autres velléités d'en finir...
À La Désirade, ce mercredi 22 juillet. – Je nous observais hier, le Marquis et moi, d’un œil curieux frotté de malice ironique, sur la terrasse agréablement ombragée jouxtant le petit port de plaisance de Pully, à parler suicide et nihilisme en sirotant nos apéros (lui à la bière et moi à la Suze), à propos d’Albert Caraco et d’Emil Cioranescu dit Cioran, mais aussi de Roland Jaccard le disciple de celui-ci et qui se posait un peu en Caraco dilettante impatient de se supprimer à la fin des vacances), et je me disais in petto, après que les compères eurent passé commande de plats italiens - paccheri à la Sorrentina - à la serveuse asiatique, qu'il serait énorme que leurs voisins en tenues d’été, la plupart aux têtes blanches, les entendant «échanger» à propos de si graves sujets, se mêlassent au débat grave avec le point de vue de l’ancien fondé de pouvoir de telle ou telle banque prospère ou de la retraitée des postes aux fins de semaines souvent occupées à soulager ses filles de leur progéniture, sans parler de tous les autres clients de la terrasse supposés tenir à la vie ? Le concert que ça ferait !
Dans la foulée, j’étais tenté de rappeler aux commensaux que c’était en ces lieux, d’autres étés, que, descendu de sa suite du Lausanne-Palace à huit cents balles la nuit, le regretté Roland venait passer ses après-midi à la piscine toute voisine et se déchaîner sur la table de ping-pong, en face de l’un ou l’autre des grands intellectuels locaux de ses amis (un Michel Thévoz ou un Etienne Barilier en caleçons décents) avant de se prélasser sur quelque solarium voisin me rappelant les étalages de nudités des entraîneuses du Tabaris ou du Brummel se faisant brunir avant le turbin au temps (années sixties) de notre adolescence où les plus cracks roulaient les mécaniques en slip minimum – notre façon à nous de ne pas en finir avec la bonne vie estivale…