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  • De mémoire incertaine

     

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    À Venise nous étions trois

    à nous tourner autour:

    la solitude, l’amitié et l’amour...

    Tu m’avais dit que tu m’attendais chez Florian,

    mais il n’était pas dans l’annuaire,

    et tu t’es moqué;

    ou c’était plus tard, une autre année

    quand je croyais encore à l’amitié,

    et l’amour n’était pas chez Florian non plus -

    qui m’attendait ailleurs...

    La première fois j’étais venu seul,

    il neigeait sur la lagune

    et déjà tu me manquais

    d’amitié ou d’amour, je ne sais -

    on ne sait rien à Venise

    quand l’eau monte dans la nuit nocturne;

    j’étais seul et dans le miroir

    l’ombre a failli m’emporter...

    Une autre fois, aux Zattere,

    quelqu’un me dit qu'il m'attendait,

    qui peut-être m'aurait aimé,

    mais là encore j’étais ailleurs...

    Et après ? Où est celui que je serais

    si nous nous étions attendus

    sous le haut ciel de Tiepolo

    où les eaux se diluent ?

    Au vrai, seul reste enfin l’amour

    aux amis qui se rappellent,

    et le vieil Ezra, aux Zattere,

    dans le temps infidèle,

    depuis toujours regarde ailleurs...

     

    Peinture: Thierry Vernet, Chez Florian.

  • Gracias a la vida

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    (À nos sœurs d’ici-bas)
     
    J’ai peu de lettres de sa main,
    comme si tout écrit
    qui ne fût pas texte sacré
    lui eût paru peu digne
    de simplement nous raconter,
    ainsi se parait-elle
    en costume et queue d’hirondelle
    pour se poser au clavecin
    à jouer du Chopin…
     
    Le carnage entre gens qui s’aiment
    ne sera pas de mise
    après l’ouverture des valises
    à l’arrivée là-bas
    devant la mer ouvrant ses bras
    sous la lune de miel;
    il n’y aura pas de fiel
    dans le premier ciel des auras,
    et plus haut le septième
    de son œil de lune à la feuille,
    clignera son conseil…
     
    C’est dans le Psaume et loin de Job,
    bien accrochés au mât
    des misaines ourdies
    par le Grand Océan qui bat,
    que nous écrirons la story
    de notre humble détour,
    et nous clignons aussi,
    dans l’herbe noire où tout scintille,
    payant ainsi à l’œil
    cette maudite vie qu’on aime…
     
     
    Y en el alto cielo su fondo estrellado
    Y en las multitudes la hombre que yo amo
    (Violeta Parra, 1966)

  • Elégie au bord de la nuit

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    Nous n’avons pas encore fini:
    de moment en moment
    nous nous attarderons encore
    parmi les éboulis
    à nous émerveiller de tous
    ces bijoux de vermeil ;
    le monde est une vraie merveille,
    lançons nous à l’immonde
    qui serpente en démon sournois
    sans nous désespérer...
     
    Notre faiblesse est un rempart
    surmontant la prairie
    où survivent les ancolies:
    bleu profond reflétant le ciel,
    douces au toucher des yeux,
    parfumées de musique
    et constellant le noir
    comme au fond d'un ciboire
    ouvert à la voûte angélique ...
     
    Nous tenons le soleil en laisse,
    et qu’il nous obéisse
    quand des yeux nous le fixerons
    pour les lui faire baisser;
    et que de l'astre de la nuit
    les rayons mélodieux
    veuillent éclairer nos mélodies
    de leur douce mélancolie.