UA-71569690-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Féerie fiction

    7-Cristina-Faleroni-magic-city-fantasy.jpg
     
    Je me dédouble volontiers,
    tu souris sous le masque
    sans la moindre duplicité:
    votre fidélité
    ressortit au mystère des dieux
    nés des jours et des nuits
    où tout ce qui parait s'enfuit...
     
    Il ne faut pas se regarder,
    mais accueille l'image
    de cet autre toi qui se tait
    quand tu vas pour te délivrer
    d'un semblant de secret;
    combien alors tu te rassembles
    quant au garçon la fille
    se disait du pareil ensemble
    dans la vive Cité...
     
    Au théâtre des ambigus,
    c'est aux beautés cachées,
    aux bontés qu'on ne savait plus
    déceler au chaos,
    que là-bas vous en appelez
    en tendres ingénus -
    voici donc la fertile alliance,
    d'enfantine venue,
    des inconnus et de la danse...
     
    (Ce 6 février de la saint Amand, patron des vinaigriers et moutardiers,
    en lisant La Cité aux murs incertains d'Haruki Murakami)

  • Féerie fiction

    7-Cristina-Faleroni-magic-city-fantasy.jpg
     
    Je me dédouble volontiers,
    tu souris sous le masque
    sans la moindre duplicité:
    votre fidélité
    ressortit au mystère des dieux
    nés des jours et des nuits
    où tout ce qui parait s'enfuit...
     
    Il ne faut pas se regarder,
    mais accueille l'image
    de cet autre toi qui se tait
    quand tu vas pour te délivrer
    d'un semblant de secret;
    combien alors tu te rassembles
    quant au garçon la fille
    se disait du pareil ensemble
    dans la vive Cité...
     
    Au théâtre des ambigus,
    c'est aux beautés cachées,
    aux bontés qu'on ne savait plus
    déceler au chaos,
    que là-bas vous en appelez
    en tendres ingénus -
    voici donc la fertile alliance,
    d'enfantine venue,
    des inconnus et de la danse...
     
    (Ce 6 février de la saint Amand, patron des vinaigriers et moutardiers,
    en lisant La Cité aux murs incertains d'Haruki Murakami)

  • Féerie fiction

    7-Cristina-Faleroni-magic-city-fantasy.jpg
     
    Je me dédouble volontiers,
    tu souris sous le masque
    sans la moindre duplicité:
    votre fidélité
    ressortit au mystère des dieux
    nés des jours et des nuits
    où tout ce qui parait s'enfuit...
     
    Il ne faut pas se regarder,
    mais accueille l'image
    de cet autre toi qui se tait
    quand tu vas pour te délivrer
    d'un semblant de secret;
    combien alors tu te rassembles
    quant au garçon la fille
    se disait du pareil ensemble
    dans la vive Cité...
     
    Au théâtre des ambigus,
    c'est aux beautés cachées,
    aux bontés qu'on ne savait plus
    déceler au chaos,
    que là-bas vous en appelez
    en tendres ingénus -
    voici donc la fertile alliance,
    d'enfantine venue,
    des inconnus et de la danse...
     
    (Ce 6 février de la saint Amand, patron des vinaigriers et moutardiers,
    en lisant La Cité aux murs incertains d'Haruki Murakami)

  • Féerie fiction

    7-Cristina-Faleroni-magic-city-fantasy.jpg
     
    Je me dédouble volontiers,
    tu souris sous le masque
    sans la moindre duplicité:
    votre fidélité
    ressortit au mystère des dieux
    nés des jours et des nuits
    où tout ce qui parait s'enfuit...
     
    Il ne faut pas se regarder,
    mais accueille l'image
    de cet autre toi qui se tait
    quand tu vas pour te délivrer
    d'un semblant de secret;
    combien alors tu te rassembles
    quant au garçon la fille
    se disait du pareil ensemble
    dans la vive Cité...
     
    Au théâtre des ambigus,
    c'est aux beautés cachées,
    aux bontés qu'on ne savait plus
    déceler au chaos,
    que là-bas vous en appelez
    en tendres ingénus -
    voici donc la fertile alliance,
    d'enfantine venue,
    des inconnus et de la danse...
     
    (Ce 6 février de la saint Amand, patron des vinaigriers et moutardiers,
    en lisant La Cité aux murs incertains d'Haruki Murakami)

  • Féerie fiction

    7-Cristina-Faleroni-magic-city-fantasy.jpg
     
    Je me dédouble volontiers,
    tu souris sous le masque
    sans la moindre duplicité:
    votre fidélité
    ressortit au mystère des dieux
    nés des jours et des nuits
    où tout ce qui parait s'enfuit...
     
    Il ne faut pas se regarder,
    mais accueille l'image
    de cet autre toi qui se tait
    quand tu vas pour te délivrer
    d'un semblant de secret;
    combien alors tu te rassembles
    quant au garçon la fille
    se disait du pareil ensemble
    dans la vive Cité...
     
    Au théâtre des ambigus,
    c'est aux beautés cachées,
    aux bontés qu'on ne savait plus
    déceler au chaos,
    que là-bas vous en appelez
    en tendres ingénus -
    voici donc la fertile alliance,
    d'enfantine venue,
    des inconnus et de la danse...
     
    (Ce 6 février de la saint Amand, patron des vinaigriers et moutardiers,
    en lisant La Cité aux murs incertains d'Haruki Murakami)

  • Féerie fiction

    7-Cristina-Faleroni-magic-city-fantasy.jpg
     
    Je me dédouble volontiers,
    tu souris sous le masque
    sans la moindre duplicité:
    votre fidélité
    ressortit au mystère des dieux
    nés des jours et des nuits
    où tout ce qui parait s'enfuit...
     
    Il ne faut pas se regarder,
    mais accueille l'image
    de cet autre toi qui se tait
    quand tu vas pour te délivrer
    d'un semblant de secret;
    combien alors tu te rassembles
    quant au garçon la fille
    se disait du pareil ensemble
    dans la vive Cité...
     
    Au théâtre des ambigus,
    c'est aux beautés cachées,
    aux bontés qu'on ne savait plus
    déceler au chaos,
    que là-bas vous en appelez
    en tendres ingénus -
    voici donc la fertile alliance,
    d'enfantine venue,
    des inconnus et de la danse...
     
    (Ce 6 février de la saint Amand, patron des vinaigriers et moutardiers,
    en lisant La Cité aux murs incertains d'Haruki Murakami)

  • Éloge du tendre

    fish-magic-1925.jpg
     
     
     
    Quant aux vives douleurs de vivre
    dont jamais ne se lassent
    les amants aux passions tenaces,
    que nous en délivre la grâce
    de plus tendres desseins…
     
    Les extrêmes sont énervants
    qui des reins de si peu
    voudraient tirer des dieux,
    et la bave d’excitation
    est funeste aux nations;
    aussi d’Epicure le très sage
    soyons les bons amis,
    discrets et quelque peu volages...
     
    Aux caprices de tout désir
    à jamais incertains,
    la vague sera vagabonde,
    entêtée de plaisir,
    criseuse en vaines guerres,
    et tantôt ressaisie
    sous de neuves et vives lumières,
    épurée par les amitiés
    des ardents de tous âges
    aux chemins sereins du grand jour...
     

  • Quand Snoopy rime avec Bovary

    430818371_10233629088975892_3403719013966675336_n.jpg
     
    (Le Temps accordé, Lectures du monde 2024)
     
    À La Désirade, ce vendredi 8 mars.- Cinq heures du matin. Dernier jour de mon frère le chien. Je m’efforce de n’y pas penser. Nous allons le délivrer de sa vie qui n’en est plus une, et la seule conclusion sera celle-ci: c’est la vie...
    Pour ma part je continue à tenir le journal de bord de l’humanité en ma modeste part, lisant et annotant Madame Bovary et La vie dans l’univers du physicien rebelle Freeman Dyson. Mon ami Bona met la dernière main au formatage de ma trilogie poétique, qui sera bientôt disponible, via le Nuage, à l’enseigne des Éditions de La Désirade, sous le titre de La Maison dans l’arbre, incluant La Chambre de l’enfant et Le Chemin sur la mer.
    432218275_10233641840174664_8916389766140982532_n.jpg
     
    La première édition de La Maison dans l’arbre, parue hors commerce en 2018 au Cadratin, pour les 70 ans de ma bonne amie, était en somme une préoriginale, alors que la réédition augmentée de cette année, qui ne sera pas distribuée en librairie par les réseaux ordinaires, mais obtenue sur commande par le diffuseurs mondiaux associés à la firme américaine où tout se manigance, constituera pour moi, avec l’aide de mon cher Bona, le début d’une expérience qui pourrait ne pas s’en tenir à un titre puisque je dispose, actuellement, d’au moins six autres livres publiables demain, à savoir : un roman (Les Tours d’illusion, suite du Viol de l’ange), deux nouveaux volumes de mes Lectures du monde (Mémoire vive et Le Temps accordé), une suite poético-polémique de délires extralucides (Les Horizons Barbecue), un recueil de chroniques (choix tiré des quelque 260 chroniques de BPLT, intitulé Le Rêveur solidaire), une suite de proses voyageuses (Le Tour du jardin), et je passe sur un autre recueil de mes listes ou mes essais critiques sur la Commedia de Dante et les 37 pièces de Shakespeare…
     
    DE L’IMPENSABLE . - Aurais-je encore le goût de vivre si j’étais aveugle ? Je me le suis demandé à l’époque où Czapski a commencé de perdre la vue, alors même que nous possédons ses Mimosas peints au moment où il ne voyait quasi plus rien, j’y ai repensé quand Haldas a abouti lui aussi à la cécité complète, et je me dis aujoud’hui que ce que je croyais hier encore une sorte de mort est « vue » tout autrement par celui qui la vit, la capacité d’adaptation de l’animal humain excédant ce qu’on imagine le plus souvent – enfin je n’en sais rien…
     
    432218449_10233629098296125_6059189009156729059_n.jpg
    BOVARY. C’est peu dire que revenir à Madame Bovary m’intéresse: je m’en régale et m’en délecte, soixante ans ( !) après ma première lecture, au même âge à peu près que celui de mon petit-neveu Adrien qui, à la veille de son bac, en a tiré une dissertation intéressante (sur la notion particulière de «bovarysme »), et avant deux ou trois retours dans les décennies suivantes, en marge de L’Éducation sentimentale et de Bouvard et Pécuchet, mon préféré jusque-là.
    Or je me rends compte, aujourd’hui, que mon plaisir de (re)découvrir ce prodigieux tableau de la vie provinciale paru à l’époque de la naissance de Rimbaud, et suscitant le même délire punitif qu’a subi Baudelaire, apprécier avec mes yeux de vieille peau la vitalité critique du jeune Flaubert et sa faconde, son humour entre les lignes, sa tendresse sous les vacheries, la sensualité de sa poésie – autant de poésie chez lui que chez Balzac, mais différente, aussi différente que la poésie en prose de Proust) et son intelligence pénétrante en matière de sentiments et de psychologie différenciée – sa façon de silhouetter Charles « de l’intérieur » avant les Homais, l’adorable Léon et Rodolphe ensuite et tous les ploucs du bourg d’alentour -, les intermittences affectives et sensuelles d’Emma et son donquichottisme poético-érotique, les paysages sous la loupe ou en panoramique, et son écriture avant toute chose avec sa musique et ses irrésistibles formules – bref tout cela m'enchante et je me réjouis, demain, d’en parler avec mon compère Quentin dont je me souviens qu’il avait été passionné, lui aussi, par ce sacré bouc de bouquin « revisité », comme on dit aujourd’hui, grâce au jeune Adrien auquel je dois une bonne lettre de remerciement et d’incitation à y regarder d’encore plus près …

  • L'amour au véronal

    maxresdefault.jpg


    Au miroir de Shakespeare (2)


    2.Roméo et Juliette

    Après le carnage à la romaine de Titus Andronicus, on change de costumes et de décor avec Roméo et Juliette, qui peut d'ailleurs se jouer aujourd'hui encore sans être forcément actualisée: au contraire, son côté comédie romantique et ses beaux jeunes gens ferraillant ou flirtant dans les nobles murs d'une ville italienne semblent faits pour le cinéma en alternant scènes d'action et duos d'amour, mélo juvénile et tragédie.

    4d8b308328019-1190560809romeojuliettejpg.jpg
    Mais où est le tragique dans Roméo et Juliette, au sens grec qui exclut toute échappatoire, ou au sens racinien ?
    Du temps de Shakespeare, déjà, certains puristes ont trouvé à la pièce un caractère composite où l'élément tragique figuré par le dénouement mélodramatique, relève du coup de théâtre plus que du fatum, avec quelque chose qui paraît téléphoné malgré la beauté de la chose aiguisée par un humour noir very british.


    En fait, la réponse à cette question du tragique essentiel, ou inessentiel, de cette tragi-comédie ouverte à de multiples interprétations, dépend du point de vue dominant, qu'il soit social et psychologique (la haine opposant les Montaigu et les Capulet, qui rappelle celle des Gibelins et des Guelfes du temps de Dante, dans la Commedia duquel on trouve d'ailleurs les deux jeunes amants, mais à Crémone et pas à Vérone), ou plus radicalement "métaphysique".
    Grand Corps Malade ne pousse pas trop l'analyse , mais son Roméo kiffe Juliette privilégie le conflit social, comme le fait Léonard Bernstein dans son sensationnel opéra-rock West Side Story, alors que les Montaigu et les Capulet ne se trouvent ni en conflit de classes ni d'ethnies; et la même approche à dominante sociale marque un très beau film de 1942 co-signé par Hans Trommer et Valerian Schmidely - l'un des chefs-d'œuvre du cinéma suisse, selon Freddy Buache,- et constituant l'adaptation d'une des plus belles nouvelles de Gottfried Keller intitulée Roméo et Juliette au village .
    Or la partie secrète, chuchotée dans la nuit ou modulée en vers merveilleux (Roméo kiffe aussi le sonnet) dit autre chose que l'obstacle obstiné des familles: bien sûr elle capte la haine, mais elle parle aussi d'amour fou comme l'a célébré le romantisme et le surréalisme, la passion enivrante et mortelle, d'autant plus funeste qu'elle est à la fois glamour et brutale, cernée de jeunes épées et trop impatiente pour écouter aucun conseil de sagesse.

    images-1.jpeg


    Pour un René Girard, le caractère tragique de Roméo et Juliette tient surtout au drame de jeunesse exacerbé par la précipitation. On sait la défiance de Girard envers les gesticulations romantiques, et c'est vrai que cette belle jeunesse se fait tout un cinéma, ce qui explique d’ailleurs le goût de la télé et du cinéma pour la story, du téléfilm déclamatoire à la française style Claude Barma aux superproductions italo-américaines d'un Zeffirelli ou d'un Baz Luhrmann, après George Cukor, entre autres.

    Romeo_and_Juliet_Lobby_card_1936.jpg


    Par delà ces éléments antagonistes "physiques" de jeune chair enflammée et de verrous familiaux, ou de morale chrétienne et de transgression passionnelle, Shakespeare nous dit aussi autre chose, là-dedans, qui va par delà le "physique" et qu'on dira donc "métaphysique " , où l'autre opposition d'Éros et Thanatos se perpétue sous le ciel étoilé auquel s'adresse Juliette :


    "Viens, douce nuit, viens amoureuse nuit au front noir,
    Donne-moi mon Roméo, et quand je mourrai,
    Enlève-le et découpe-le en petites étoiles,
    Et il rendra si beau le visage des cieux
    Que le monde entier s’éprendra de la nuit
    Et n’adorera plus le soleil éclatant”.


    On pourrait sourire du fait qu'une Lolita ritale (Juliette à moins de quinze ans) tienne un si sublime discours, comme lorsqu'elle prononce ces autres paroles si pénétrantes:


    “Mon unique amour né de mon unique haine
    Inconnu vu trop tôt et reconnu trop tard,
    Pour moi l’amour est né comme un enfant bâtard
    Qui me pousse à aimer la source de ma haine”.


    Mais la Béatrice de Dante ou la Laure de Pétrarque étaient plus jeunes encore que Juliette, et il ne serait guère plus étonnant non plus que les vers de Roméo aient été inspirés, au vrai Shakespeare des fameux Sonnets, sur lequel on n'a d'ailleurs aucune certitude, par un joli brin de garçon...

    Soldat-Romeo.jpg
    Sur cette même pente allègrement déviante, et pour rassurer telle enseignante anglaise qui s'indignait que Roméo et Juliette fût une pièce si exclusivement hétéro, l'on peut signaler qu'un film en a tiré l'argument d'une adaptation homophile. Plus précisément, le réalisateur américain Alan Brown, dans Private Romeo (2011), a imaginé qu'après avoir lu la pièce de Shakespeare dans le cadre d'un collège militaire américain, deux boys s'éprennent l'un de l'autre en provoquant la scission du dortoir en deux clans opposés, etc.


    Ma lecture fera souvent référence à l’essai magistral de René Girard consacré à Shakespeare, sous le titre Les feux de l’envie (Grasset, 1990) et au grandiose Shakespeare de Victor Hugo. Quant à l’essai de Jan Kott, Shakespeare notre contenporain, il a été repris dans la Petite Bibliothèque Payot en 2006. Vient enfin de paraître: Dictionnaire amoureux de Shakespeare, par François Laroque, 918p. Plon, 2016.

  • Shakespeare en traversée

     

    6614677-quel-grand-malade-ce-shakespeare.jpg

    Une lecture des 37 pièces de William Shakespeare

     

    Les Tragédies.

     

    1.   Titus Andronicus

     

    Le monde dit civilisé s’est ému, ces derniers temps, à l’annonce de quelques décapitations. On y a vu l’expression d’une sauvagerie sans nom. Du jamais vu auront clamé ceux qui ont la mémoire courte. On se sera saintement indigné. On aura fait l’impasse sur des siècles de sauvagerie exercée par les prétendus civilisés et les enfants auront été renvoyés dans leur chambre où ils se seront passés le dernier film gore.

    Laura_Rees_as_Lavinia.jpg

    Tout cela sent pourtant le sang réchauffé, si l’on peut dire, Alors que faire ? Se détourner et positiver, comme on dit. On le peut certes. Mais on peut, aussi, regarder autrement.

     

    C’est cela : regarder autrement.

     

    L’art et la littérature ont, entre autres, cette vocation : de nous faire regarder autrement.

     

    L’Iliade d’Homère nous fait regarder autrement la guerre. Les Entretiens de Confucius nous font regarder autrement la recherche personnelle de la sagesse et la recherche collective de l'harmonie sociale et politique. Le Sermon sur la montagne du Galiléen nous fait regarder autrement chaque personne humaine. Mais les hommes n’ont cessé de fouler au pied les enseignements des sages et des saints, et ce sont les violents qui continuent de l’emporter.

     

    Or nous permettre de regarder autrement la violence humaine, ou plus exactement l’inextricable mélange de la férocité et de la douceur humaines, est peut-être ce qui justifie le mieux le fait qu’on appelle Shakespeare « notre contemporain » le génie poétique qui a probablement le mieux pénétré ce qu’il y a de plus inhumain et de plus humain dans l’humain.

     

    Ainsi l’inhumanité monstrueuse des humains se révèle-t-elle dès la première tragédie de Shakespeare, Titus Andronicus, dont le grand poète T.S. Eliot a dit qu’elle était la plus stupide au motif que les horreurs y culminaient sans la moindre contrepartie lumineuse. Ce n’est pas l’avis de Jan Kott, entre autres commentateurs, qui voit en cette pièce une sorte de projection hallucinée, poussée en effet aux extrémités de l’absurde, de toutes les turpitudes humaines commises au nom de l’esprit de domination et de vengeance. Shakespeare notre contemporain est le titre, fameux, de l’essai consacré par Jan Kott à Shakespeare, et les pages concernant cette pièce insistent, justement sur son aspect contemporain. 

    896046237.jpeg 

    Titus Andronicus, dont tous les protagonistes finissent par s’entretuer, sauf un, est en effet la plus gore des pièces de Shakespeare. L’ouvrage n’est que partiellement attribué à celui-ci, mais la touche du Big Will se reconnaît en ses parties les plus lyriques, notamment dans la partie finale, autant qu’au tracé de ses grandes figures, à commencer par Titus, la reine des Goths Tamora et le Maure Aaron.

     

    images-2.jpegLorsque Titus Andronicus, général romain de retour à Rome après avoir défait les Goths, dont il ramène captifs la reine Tamora et ses trois fils, lui-même a déjà perdu vingt-deux fils sur les champs de bataille. Mais un quart d’heure n’a pas passé qu’il aura déjà trucidé un autre de ses fils, Mutius, qui défie le nouvel empereur au motif que celui-ci a jeté son dévolu sur sa sœur Lavinia, fille de Titus et déjà promise au noble Bassinius. Dès le même premier quart d’heure, la reineTamora, qui sera faite plus tard impératrice en lieu et place de Lavinia, a vu son fils aîné coupé en morceaux par les hommes de Titus afin d’honorer les mânes des défunts romains. Or toute la pièce, ensuite, va tourner autour d’une suite de meurtres et de vengeances du même acabit, pour laisser trente-cinq cadavres sur le carreau. Dans la foulée, on aura coupé la langue de Lavinia fraîchement violée par les fils de Tamora, Titus devra sacrifier son bras avant qu’il ne fasse du pâté avec les têtes de ses ennemis, et autres raffinements dont la littérature la plus noire, et les gesticulations des djihadistes, sont de pâles reflets.

     

    images-3.jpegMalgré cette suite d’abominations confinant au Grand Guignol, Titus Andronicus est « déjà du théâtre shakespearien »,comme l’a reconnu Peter Brook, même si ce n’est « pas encore le texte shakespearien », relève Jan Kott, qui précise que Peter Brook et Laurence Olivier ont monté la pièce « parce qu’ils en ont vu, dans sa forme brute,l’embryon de toutes les tragédies de Shakespeare ».   

     

    Produite par Shaun Sutton et dirigée par Jane Howell, cette version de Titus Andronicus, avec Trevor Peacock dans le rôle–titre, date de1985. Longtemps délaissée, la pièce a été « revisitée » dans la seconde partie du XXe siècle de façon significative, notamment par Peter Brook.

     

    Numériser.jpegSources. Les 37 pièces de Shakespeare(1564-1616) adaptées par la BBC entre 1978 et 1985. Le premier coffret du Volume I des Tragédies contient 6 DVDcconsacrés respectivement à Titus Andronicus, Roméo et Juliette, Jules César, Hamlet, Troïlus et Cressida et Othello. Editions Montparnasse.

    Ma lecture fera souvent référence à l’essai magistral de René Girard consacré à Shakespeare, sous le titre Les feux de l’envie (Grasset, 1990) et au  grandiose Shakespeare de Victor Hugo. Quant à l’essai de Jan Kott, Shakespeare notre contenporain, il a été repris dans la Petite Bibliothèque Payot en 2006.

    Egalement à consulter quoique bien conventionnellement universitaire à mon goût: Dictionnaire amoureux de Shakespeare, par François Laroque, chez Plon, 2016.

    Formidablement documenté sur l'époque, l'oeuvre et le feu qu'on sait de l'auteur, mais s'opposant aux thèses anti-Stratford : Will le magnifique de Stephen Greenblatt, aux éditions Libres/Champs. Etc.