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D'autres révélations

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(Le Temps accordé, lectures du monde 2022)
 
À la Maison bleue, ce vendredi 11 novembre. – Hier m’est arrivé, par la poste, un tout petit paquet envoyé de je ne sais quel bled de France profonde, dans lequel se trouvait le tout petit livre de Grégory Rateau que j’ai préfacé, et passée la surprise le format de ce recueil d’Imprécations nocturnes et sa couverture comme dorée à la feuille m’ont paru parfaits, comme d’un bréviaire libertaire à emporter dans sa poche revolver; et relisant ma préface il m’a semblé que ce que j’y disais n’était pas moins dans la juste tonalité.
 
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Aussi ce que je me dis ce matin, revenu à La Haine des oiseaux de mon ami Quentin, qui m’a pour ainsi dire dicté mes contrerimes du lever du jour, je me dis que, décidément, ce qu’on appelle la poésie n’est pas ce qu’en disent les poéticiens et autres théoriciennes. Mais qu’en sais-je ? À vrai dire seuls les poèmes le savent, qui me viennent je ne sais comment…
Ceci donnant cela :
Ne parlons pas de la guerre...
 
«Ce soir
Aucun semblable
Ne se ressemble plus».
 
(Quentin Mouron, La haine des Oiseaux)
 
Ils font semblant de faire semblant
et cet eux, ce sont nous:
il n’y a plus d’île qui fasse,
les confins effondrés
vous ont rejetés dans les nasses
de ce vivre-ensemble factice
dont vous vous repaissez...
Le prix de l’eau va remonter,
ou la nuit régnera
sur la ville assiégée de partout;
tu ouvriras les bras
où se jetteront des zombies;
tu te feras l’amour,
et les momies de la télé
mordront à tes appâts...
Tout est lié, jolie pianiste:
tes doigts sur le clavier
du lanceur d’élégants missiles
donnent aux imbéciles
le droit de t’aduler à mort -
tu diras protester,
mais les violents l’emporteront
 
MORTS ET VIVANTS. – J’en reviens sans cesse à la parole d’Euripide citée par Léon Chestov dans Les Révélations de la mort, mais ne sachant pas le grec ancien ni n'ayant la moindre idée du timbre de la voix de Chestov, je ne sais réellement ce que cela signifie, ou disons que je cherche à le convevoir, et vous pouvez en ricaner sur vos plateaux télé : « Qui sait, dit Euripide, il se peut que la vie soit la mort et que la mort soit la vie »…
Or cela n’est pas d’un constat morbide qu’il s’agit, ni d’un paradoxe d’évitement de la réalité réelle : c’est une sorte de pari lancé à ce qui se voit ou qu’on croit voir, et c’est le fondement du doute et le tribut accordé à l’illusion féconde.
Au miroir de ce soir, je te vois derrière moi, et bien entendu je doute même de ce que je redoute…
Il va de soi que, tout ordinaire que je suis, je sache comme tout un chacun ce qu’est la vie, ayant vu la mort en diverses occasions, mon aïeule paternelle énorme comme posée sur le catafalque et le nez soudain exagéré pointant au ciel, et notre père ensuite en sa nudité christique oblitérée de cicatrices et d’ecchymoses, ou notre mère en jolie robe apprêtée derrière sa vitrine de la chapelle funéraire, et mon grand frère le forban , et mes amis aimés, mais pas un instant ne me lâche mon doute,pas un instant je ne conclus au néant de ces visages réduits en cendres, pas un instant je ne crois à la mort de mon amour en notre dernière nuit passée dans les bras l’un de l’autre - elle déjà voyant par delà notre temps accordé…
 
Peinture: Thierry Vernet. Pp LK / JLK.

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