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Simon Leys contre l'amnésie. 30 ans pile après Tian'anmen...

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En octobre 2008, Simon Leys écrit ceci dans l’avant-propos à la réédition des Habits neufs du Président Mao : «La Chine a connu ces dernières années de prodigieuses transformations. Elle est en passe de devenir une super-puissance – sinon LA super-Puissance. Dans ce cas, elle sera – chose inouïe – une super-puissance amnésique. Car, jusqu’à présent, sa miraculeuse métamorphose s’effectue sans mettre en question l’absolu monopole que le Parti communiste continue à exercer sur le pouvoir politique, et sans toucher à l’image tutélaire du président Mao, symbole et clé-de-voûte du régime. Et le corollaire de ces deux impératifs est la nécessité de censurer la vérité historique de la République Populaire depuis sa fondation : interdiction absolue de faire l’Histoire du maoïsme en action – les purges sanglantes des années cinquante, la gigantesque famine créée par Mao (dans un accès de délire idéologique) au débit des années soixante, et enfin le monstrueux désastre de la « Révolution culturelle » (1966-1976). Treize ans après la mort du despote, le massacre de Tian’anmen (4 juin 1989) est encore survenu comme un post scriptumajouté  par les héritiers, pour marquer leur fidélité au testament laissé par l’ancêtre-fondateur. Mais ces quarante années de tragédies historiques (1949-1989) ont été englouties dans une « trou de mémoire » orwellien: les Chinois qui ont vingt ans aujourd’hui ne disposant d’aucun accès à ces informations-là – il leur est plus facile de découvrir l’histoire moderne de l’Europe ou de l’Amérique, que celle de leur propre pays. »

Or, que peut-on dire de l’amnésie des Chinois virtuels ? Combien de followers de Kim Kardashian se rappellent-ils ce qui s’est passé le 4 juin 1989 sur la place Tian’anmen sans qu’il leur soit même besoin de «tirer un trait» sur ce fait historique avéré dont seule le nombre de victimes fait débat, entre 200 morts selon le régime de Xi Jinping et quelque 10.000 à en croire l’ambassadeur de Grande-Bretagne Alan Donald dans un télégramme adressé à Londres le 5 juin et rendu public 28 ans après les faits, alors que ceux-ci restent un tabou absolu verrouillé par le secret du Parti auquel le président Xi Jinping a juré de s’en tenir comme on le voit, main levée, sur YOUTUBE.

  Qu’elle soit soumise à la surveillance étatique, ou qu’elle procède des lacunes de l’enseignement actuel de l’histoire, ou plus généralement d’un effacement par nivellement ou saturation mentale en ce qui concerne les millions de Chinois virtuels d’Occident ou de partout, cette amnésie exponentielle est d’autant saisissante qu’un CLIC suffirait à la pallier… 

 

Mais de quoi parle-t-on au moment où, au plus haut niveau de la Confédération helvétique, la proposition officielle est faite de «tirer un trait». Et qui réagit ? Quels collègues du collège fédéral, certes fort imbu de collégialité, ont-ils réagi à cette expression juste jugée «malencontreuse» par les médias ? Et dans lesdits médias, qui a vraiment réagi à cette petite phrase d’une si évidente servilité ? Quels éditorialistes ? Quels écrivains supposés incarner la lucidité morale de nos «élites» ? Quels esprits révolutionnaires et quels réactionnaires ?  Et va-t-on  désormais «tirer un trait» sur l’extermination des juifs en Europe ? Va-t-on «tirer un trait» sur tout ce qui fait obstacle au libre-échange et à la dévastation de la planète par les prédateurs inféodés à l’idéologie du profit ?  

(Ces lignes sont extraites du libelle intitulé Nous sommes tous des zombies sympas, à paraître cet automne)

 

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